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Nos ancêtres disparus en haute mer sans témoin

« Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts, et ceux qui vont en mer » (Platon : Critias, L’Atlantide)


mercredi 6 février 2019, par Philippe de Ladebat

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Dans un pays à longues façades maritimes comme la France, nos lecteurs d’Histoire- Généalogie ont dû souvent rencontrer dans leurs recherches et leurs arbres généalogiques un ou plusieurs ancêtres « péris ou disparus en mer » qui ont leurs places très particulières dans leur "roman familial" ; c’est le cas de l’auteur dont un aïeul a disparu "corps et biens" avec son navire, Le Renard, le 4 juin 1885 dans le golfe d’Aden.

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Museo Atlantico de Lanzarote/Canaries

Depuis les temps les plus reculés de l’Antiquité, des millions d’hommes et de femmes sont ainsi morts en naviguant. Outre les maladies à bord, les accidents et les blessures aux combats, ce sont les naufrages avec leurs noyades par submersion qui rendent compte de la plus forte mortalité en mer.

En dépit des perfectionnements incessants des navires et de leurs équipements de navigation, les naufrages se produisent toujours aujourd’hui et on continue de mourir noyé au voisinage des côtes comme au milieu des océans et des mers. Hors faits de guerre, Wikipedia répertorie 22 naufrages survenus dans le monde de 2002 à 2017 entraînant plus de 7000 morts ou disparus, dont 1500 migrants lors des chavirages de leurs canots pneumatiques de fortune.

Marines de guerre, de commerce, de pêche, de course ou de plaisance, le naufrage concerne ainsi tous les types de navires ou d’embarcations du petit voilier à l’immense paquebot de croisière en passant par le sous-marin de la Marine nationale. Si l’on exclue les faits de guerres ou de pirateries, ce sont toujours le mauvais temps, les erreurs de navigation ou les défauts de conception ou de construction du bateau qui en constituent les causes principales.

Pour être les plus nombreux mais tout autant dramatiques que les naufrages en haute mer, les naufrages à la côte présentent cependant moins d’inconnues et de mystères avec leurs caractéristiques particulières : il y a souvent des rescapés, quant aux noyés leurs cadavres éventuels sont plus souvent retrouvés, tout comme les journaux de bord et les rôles d’équipage, et il y a des témoignages de rescapés ou d’observateurs sur la côte, parfois aussi de sauveteurs ; les causes directes de ces naufrages à la côte sont le plus souvent imputables à des récifs, écueils, hauts-fonds, bancs de coraux, courants ou vents locaux, etc.

La rubrique « L’expérience de la mer » du site Histoire-Généalogie présente ainsi de nombreux exemples et commentaires de naufrages à la côte avec des précisions sur les catastrophes, leurs causes et souvent les noms des « péris en mer ».

Dans ces conditions, à titre complémentaire, on n’abordera ici que les seuls cas spécifiques des disparitions loin des côtes sans rescapé, témoin ou traces exploitables. À cet égard les disparitions de plusieurs sous-marins en sont de parfaits exemples (Quatre sous-marins français de 1946 à 1970).

Outre les problèmes que peuvent nous poser ces disparitions d’ancêtres en haute mer à des dates parfois approximatives et en des lieux souvent lointains, incertains ou imprécis, pour des causes pas toujours établies, l’absence de survivants et de cadavres dans la plupart des cas, et la disparition des journaux de bord, empêchent de bien connaitre les circonstances du drame et de son dénouement mortel. Dans le meilleur des cas on doit donc se contenter de communiqués lapidaires et souvent tardifs d’autorités maritimes et de commentaires journalistiques qui cachent leur méconnaissance du sujet par un verbiage grandiloquent.

Au-delà du roman ou des légendes familiales particulières qui ont pu s’élaborer alors, spontanément et progressivement au fil des générations successives, lointaines ou proches, au sujet de l’ancêtre ainsi « disparu en haute mer », la tentation est forte pour les descendants de savoir « comment cela s’est passé ? ». On tente ici d’apporter des éléments généraux de réflexion selon deux points de vue :

1 = Le naufrage : représentations imaginaires, spiritualités et superstitions.
2 = La noyade en haute mer : réalités scientifiques et mort administrative

1= Le naufrage : représentations imaginaires, spiritualités et superstitions.

Faute de récits de cas individuels de disparitions en pleine mer puisque sans témoin ni survivant, on peut d’abord s’en remettre à la fiction pour se représenter un naufrage et aux artistes, peintres, romanciers, poètes, musiciens, cinéastes qui pallient l’absence de témoignages par leur imagination stimulée par les drames des catastrophes maritimes et leurs charges émotionnelles pour leur public. Ces représentations et transpositions artistiques nous rendent compte, en tout cas, des interrogations et des inquiétudes contemporaines de leurs auteurs.

Si l’on se place maintenant du point de vue du vécu des parents et proches des victimes, on sait qu’ils ont dû affronter les affres du doute sur leurs morts disparus sans preuves et un deuil sans cadavre et donc sans sépulture. Dans ce domaine on trouve bien sûr des rites et croyances religieuses locales ou régionales, des légendes et différentes mythologies brodées sur « la cruauté de la mer », les divinités marines, les dieux et les monstres marins, etc. On trouve aussi, bien sûr, des superstitions, des incantations, des conjurations, des invocations diverses et variées pour se protéger des violences et périls de la mer. Ces représentations culturelles ont certainement pu apporter des consolations, voir des explications ou des espoirs en un au-delà, à nos lointains ancêtres dans le passé, mais elles ne paraissent plus d’un même secours de nos jours.

1 A = L’imaginaire du naufrage en haute mer dans les arts : réalisme, fiction et romantisme

Aujourd’hui la télévision, la photographie et les documentaires cinématographiques nous offrent des images de tempêtes voire de naufrages « en direct » et disponibles à volonté en archives visuelles et sonores. Ce n’était bien sûr pas le cas pour nos ancêtres qui devaient s’en remettre aux représentations littéraires, musicales et picturales que pouvaient en faire leurs contemporains ; c’est ainsi que l’on trouve dans les différents domaines artistiques des figurations, illustrations, interprétations, transpositions, de naufrages destinées à satisfaire la fascination et les terreurs du public pour les catastrophes.

Nos lecteurs amateurs d’humour noir britannique connaissent sans doute la fameuse séquence du film « Noblesse oblige » ou l’Amiral Horatio d’Ascoyne-Chalfont donne un ordre absurde :

  • l’Amiral : Bring her to port.(Barre à bâbord)
  • L’officier en second : Surely you mean starboard, sir.(Vous voulez dire tribord, Monsieur.)
  • L’Amiral : Port ! (Bâbord !)
    L’Amiral coule alors au garde-à-vous avec son navire et son équipage !

Basée sur un fait réel, le naufrage en 1893 du cuirassé HMS Victoria causé par une bourde inexplicable de l’amiral George Tryon, cette séquence illustre la transposition d’un drame réel en effet comique au cinéma. Bien d’autres créateurs ont su dans les différents domaines de leurs arts exploiter par leur imagination le naufrage en mer mais en illustrant le plus souvent son caractère dramatique.

Au cinéma citons ainsi parmi d’autres et plus près de nous, le film « En pleine tempête » (Wolfgang Petersen, 2000, image ci-dessus) qui s’inspire de l’ouragan force 12 de novembre 1991 baptisé « Perfect Storm » dans l’Atlantique nord au large du cap Flemish, pour nous montrer des images impressionnantes de tempête avec vague scélérate et de naufrage d’un bateau de pêche. Mêlant vérité et fiction, ce film fait couler et disparaitre l’audacieux George Clooney avec son bateau et son équipage sous une vague monstrueuse. Ce même réalisateur Allemand, amateur de catastrophes en mer, avait déjà montré le naufrage d’un sous-marin (Das Boat – Le Bateau, en 1981) et celui d’un énorme paquebot de 20 étages (Poseidon, en 2006). Tout récemment un film de Thomas Vinterberg « Kursk » vient de sortir en France (7/11/2018) qui relate la tragédie de la vraie disparition du sous-marin nucléaire Russe « K-141 Koursk » le 12 aout 2000 en mer de Barents avec son équipage de 118 hommes. Pour mémoire plus d’une trentaine de films ont été réalisés sur le naufrage du Titanic !

Bien d’autres réalisateurs de films catastrophes ont tiré parti de tempêtes et de naufrages dramatiques, toujours très impressionnants et effrayants pour des spectateurs confortablement installés au chaud et au sec, dans leurs confortables et immobiles fauteuils.

Dans la littérature on trouve aussi de nombreux exemples de recomposition et de mise en scène de naufrages, voire des allusions comiques comme au début du « Marius » de Marcel Pagnol : dans cette scène Escartefigue, fier commandant de son « fériboite » qui fait le va-et-vient 24 fois par jour entre les deux quais opposés du port de Marseille discute avec Marius qui lui vante les grands voyages en mer sur des bateaux qui vont loin. Escartefigue lui rétorque :
-Oui ils vont loin. Et d’autre fois ils vont profond !

En dehors des romanciers anglais et français spécifiquement maritimes qui trouvent souvent dans les tempêtes et les naufrages l’occasion d’écrire quelques lignes impressionnantes et de valoriser à l’occasion leurs héros ou de mettre le point final de leur roman, on peut d’abord citer l’exemple de Bernardin de Saint Pierre qui à la fin de Paul et Virginie, nous donne avec la description du naufrage du Saint-Geran une page d’anthologie de la littérature française. C’est certainement le roman ou la mer nous est le plus magistralement décrite comme une puissance de désastre : pour Bernardin, la mer porte en elle la terreur et le malheur.

Ces pages très belles et émouvantes, sont cependant très loin de la vérité du vrai naufrage du Saint-Géran survenu en 1744. Dès sa publication en 1788 le livre fut cependant décliné en « produits dérivés » : tableaux, gravures, cartes postales, tabatières, rubans, tissus, lampadaires, livres pour enfants, etc. montrant s’il était besoin l’intérêt du public pour les situations dramatiques de tempêtes en mer ; le succès du livre a pu s’expliquer en outre par la fin tragique de l’héroïne qui obligea l’auteur d’entretenir un courrier des lecteurs passionnés par le drame.

Lors du récit du naufrage du Saint-Géran l’auteur décrit ainsi la mort de Virginie :
« …Dans ce moment une montagne d’eau s’avança en rugissant vers le vaisseau, qu’elle menaçait de ses flancs noirs et de ses sommets écumants. Virginie, voyant la mort inévitable, posa une main sur ses habits, l’autre sur son cœur, et levant en haut des yeux sereins, parut un ange qui prend son vol vers les cieux … ».

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Le naufrage de Virginie, illustration du roman, gravure 1788 Prud’hon

Dans le même domaine littéraire mais en s’en remettant à leur seule imagination bien d’autres romanciers ont introduit des scènes de tempêtes, de naufrages et de noyades dans leurs œuvres. Sans tenter d’être exhaustif on peut citer Victor Hugo qui dans la scène finale de l’Homme qui rit, décrit ainsi la mort de Gwynplaine : « … Le vide était devant lui. La nuit était épaisse et sourde. Il s’engloutit. Ce fut une disparition calme et sombre. Personne ne vit ni n’entendit rien… ».

On peut citer aussi Eugène Sue qui dans « Le Juif errant » dépeint deux bâtiments qui font naufrage ensemble : « …un cri d’agonie et de mort ! Un seul cri poussé par cent créatures s’abîmant à la fois dans les flots ! Et puis on ne vit plus rien… »

Citons encore Pierre Loti qui dans son dernier chapitre de Pêcheur d’Islande décrit de manière très émouvante le naufrage de La Léopoldine et la disparition de Yann :
« Il ne revint jamais. Une nuit d’aout, au milieu d’un grand bruit de fureur, avaient été célébrées ses noces avec la mer…Lui s’était défendu, dans une lutte de géant, contre cette épousée de tombeau. Jusqu’au moment où il s’était abandonné, les bras ouverts pour la recevoir, avec un grand cri profond comme un taureau qui râle, la bouche déjà emplie d’eau ; les bras ouverts, étendus et raidis pour jamais ».

Pour finir citons bien sûr Herman Melville qui nous offre une description saisissante de l’engloutissement final du baleinier Pequod dans les dernières lignes de Moby Dick :
« Achab sombra avec son navire qui, tel Satan, ne descendit pas en enfer sans avoir entraîné à sa suite une vivante part de ciel pour s’en casquer. Et maintenant de petits oiseaux volaient en criant au-dessus du gouffre encore béant, une blanche et morne écume battait ses flancs escarpés, puis tout s’affaissa, et le grand linceul de la mer roula comme il roulait il y a cinq mille ans. »

De son côté l’art dramatique exploite aussi les drames des tempêtes et des naufrages ; ainsi William Shakespeare nous offre dans La Tempête un dialogue éloquent :

  • Les matelots : Tout est perdu/ En prièrévocateur :e !/En prière !
  • Le bosseman : Quoi, faut-il que nos bouches soient glacées par la mort ? …
  • Des voix : Miséricorde ! nous sombrons, nous sombrons/ Adieu, ma femme et mes enfants./Mon frère , adieu./ Nous sombrons, nous sombrons.

Dans Hamlet le même auteur aborde aussi la noyade avec la fin de son personnage mythique, Ophélie, dont Rimbaud chantera plus tard lui aussi la noyade tragique dans son poème Ophélia :

« …Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles,
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles… »

Pour les poètes on ne peut manquer de citer Victor Hugo et son célèbre poème Oceano Nox (1840) :

« Ô combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfouis ! »

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Ma destinée, par Victor Hugo

Proposons aussi quelques vers évocateurs dans « Le naufragé » de José-Maria de Heredia (1842-1905) :

« …Dans le sable où pas même un chevreau ne pâture
La tempête a creusé sa triste sépulture.
Au pli le plus profond de la mouvante dune,
En la nuit sans aurore et sans astre et sans lune,
Que le navigateur trouve enfin le repos ! »

André Chénier a exprimé pour sa part de manière saisissante l’irrésistible rapidité de la noyade de sa jeune Tarentine :

« Étonnée, et loin des matelots,
Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots,
Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine,
Son beau corps a roulé dans la vague marine ».

Dans ce domaine poétique on peut encore évoquer « Le naufragé » de François Coppée qui va jusqu’à prendre la place du mort :

« Moi, pendant la minute ou le bateau coula, Dans l’émoi que vous cause un de ces plongeons là, Je revis mon passé dans un éclair rapide, Brusquement l’eau m’emplit la bouche et les oreilles »…

On cite souvent aussi, chez les britanniques le marin et poète écossais William Falconer qui dans son célèbre poème The Shipwreck traduit, avec un art consommé, l’épouvante du naufrage en mer. Ironie du sort il périra lui-même lors d’un naufrage.

Rappelons enfin qu’au croisement de la poésie et de la musique qu’on va aborder ci-dessous, on trouvait à l’époque de la marine à voile beaucoup de chansons qui évoquaient les naufrages et la mort en mer. Outre les chants de marins et chansons de la marine en bois qui en parlent incidemment, citons des chansons qui en font leur sujet principal.

On trouve par exemple : « Les Goélands » de Lucien Boyer (1911) chanté notamment par Marise Damia : “Ne tuez pas les Goélands, Qui planent sur le flot hurlant, Ou qui l’effleure, Car c’est l’âme d’un matelot, Qui plane au-dessus d’un tombeau, Et pleure…pleure !

Plus près de nous rappelons « Les Naufragés » d’André Pasdoc (1936) ou le groupe Gold et son « Capitaine abandonné » (1986).

Avant d’en finir avec la littérature des naufrages en roman, art dramatique ou poésie et chansons, précisons que nous n’avons pas évoqué les très nombreux textes qui récupèrent le naufrage comme une allégorie de la révolte (Rimbaud et Le bateau ivre), comme une métaphore (L’amour qui fait chavirer, la volupté de sombrer, la tempête émotionnelle etc.) ou l’utilisent au figuré : la vieillesse est un naufrage, le naufrage d’une entreprise, un naufrage moral, un naufrage politique, etc.

En dehors des chansons déjà citées, les musiciens pour leur part ont souvent évoqué le vent, la pluie, la grêle sur terre, mais plus rarement la tempête en mer ou le naufrage. Comment la musique qui est toute d’harmonie pourrait-elle exprimer les bruits discordants et chaotiques du tumulte du vent et des vagues ? France Musique dans une émission du 21 juillet 2015 à 10h36 (« Une tempête de musique classique ») nous donnait une « playlist ultime » des nombreux compositeurs inspirés par les tourments du ciel ; parmi eux, en dehors de Debussy dont le 3e mouvement de La Mer évoque une mer tumultueuse, seuls trois d’entre eux s’aventurent dans la tempête en mer en illustrant tous les trois « La Tempête » de Shakespeare : Adès pour l’ouverture de son opéra The Tempest, Sibelius dans le prélude de sa Tempête et Tchaïkovski dans sa Fantaisie symphonique La Tempête.

Il nous reste bien sûr à évoquer les peintres : le caractère dramatique de la tempête et de son paroxysme, le naufrage, leur offrent des sujets de représentations narratives d’évènements historiques mais aussi de visions totalement imaginaires propres à émouvoir le public. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle les peintres ont été en général moins tentés que les romanciers, les poètes et certains compositeurs, de restituer ou mieux de susciter l’émotion qui nait du spectacle de la tempête et du naufrage. Comment la peinture qui joue de la lumière et des couleurs peut-elle exprimer l’angoisse et l’assombrissement de la tempête ?

Pour la France, à la suite de Vernet (1714/1789), l’art maritime européen se développa au XIXe avec le romantisme de Delacroix, Géricault, Isabey, Le Poitevin et surtout les trois premiers peintres officiels de la Marine : Crépin (Le Bateau dans la tempête), Gudin (Nombreux tableaux de tempêtes) et Garneray dont « Le Naufragé » (Voir image en fin d’article) illustre le mieux notre propos dans la lutte désespérée d’un homme contre la mer déchainée alors qu’une déferlante est sur le point de l’engloutir.

N’oublions pas non plus le peintre Anglais Turner et sa fameuse « Tempête de neige en mer », ni le Russe Ivan Aïvazovski et ses trois impressionnants tableaux : Tempête, Naufrage et La Vague. Citons enfin la célèbre estampe japonaise de Hokusai « Sous la grande vague au large de Kanagawa » : le peintre saisit ici l’instant où la vague gigantesque menace d’engloutir deux vulnérables embarcations dont l’existence éphémère est soumise au bon vouloir de la nature toute puissante.

Nous n’avons pas cherché ici, ni atteint bien sûr, l’exhaustivité. Remarquons notamment que si nous n’avons pas évoqué dans cette partie les naufrages et disparitions de sous-marins, c’est que, à notre connaissance, ils n’ont pas inspiré les artistes. À leur décharge observons simplement que l’explosion d’un sous-marin à plusieurs centaines de mètres de fond demanderait vraiment beaucoup d’imagination pour la représenter d’une façon ou d’une autre.

Au total constatons seulement que, quel que soit le domaine artistique, toutes les œuvres traduisent sans doute plus la sensibilité des créateurs et de leurs époques respectives, que le vécu des naufragés ou la réalité des épisodes de tempêtes et de naufrages, péripéties par excellence traitées par les artistes aussi bien de façon narrative et descriptive que d’une manière romantique.

Certains historiens ou critiques d’arts ont pu qualifier de poncif ou de topos, ce thème du naufrage ; reconnaissons avec eux que ces œuvres suivent à peu près toutes le même schéma-type, plus ou moins développé, du déroulement d’une tempête en mer dont elles reprennent tout ou partie ou certaines scènes à privilégier :

  • On atteint la haute mer, on perd la côte de vue et le temps se gâte brusquement : renforcement puis déchaînement des vents, vagues énormes, nuages et obscurité, tonnerre et éclairs, pluie violente et glacée
  • Effroi et cris des hommes à bord, confusion, panique, prières diverses
  • Dégâts de la coque, du pont, de la mâture qui font sombrer le bateau ou/et vague monstrueuse qui le retourne
  • Les hommes à la mer et leur noyade survenant plus ou moins rapidement
  • Enfin ces « scénarios » se terminent souvent par l’évocation finale d’une mer qui a tout englouti, désormais calme, impassible et insensible aux drames des hommes.
    Variante éventuelle avec canot de sauvetage ou radeau qui emporte quelques rescapés provisoires comme pour le célèbre « Radeau de la Méduse » aux péripéties amplement racontées et représentées.

Certains ont pu prétendre que les scènes de tempêtes et de naufrages constituaient un « magasin de sujets » où les artistes pouvaient facilement trouver ce qu’il leur fallait pour provoquer à coup sûr et complaisamment l’intérêt d’un public toujours friand de situations dramatiques. Pour relativiser ces attitudes et jugements sceptiques ou suspicieux nous citerons une formule de Nietzche qui nous semble ici bien à propos :
« Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité ».

1 B = Le naufrage : représentations et conjurations culturelles et religieuses sur la « mer cruelle » et les « corps introuvables »

La méfiance et la peur face à la mer sont solidement ancrées dans un riche héritage de mythes, croyances, superstitions et traditions remontant à la plus haute antiquité. Divinités et nymphes marines, sirènes et autres créatures fantastiques hantent la mythologie grecque. Dans l’imaginaire collectif la mer et la mort sont indissociables : la noyade et la disparition en mer sont considérées comme les pires des fins puisqu’elles condamneraient l’esprit du défunt sans sépulture à ne jamais trouver le repos.

Dans les siècles suivants cette angoisse ancestrale va perdurer et s’exprimer sous des formes renouvelées : les religions pour leur part vont prendre le relai, voire récupérer ces croyances ou traditions en introduisant une puissance divine punitive ou salvatrice.

L’Ancien et le Nouveau Testament vont ainsi enseigner aux chrétiens à redouter la mer source de catastrophe ou de châtiments divins, illustrés par de nombreuses scènes de drames maritimes : le Déluge qui recouvre la terre : « Constatant que les hommes ne pensaient qu’au mal, Dieu se repentit de les avoir créé et décida de les anéantir en les noyant sous un déluge d’eau pendant 40 jours… ». Jonas, lui, va devoir affronter la colère divine en pleine tempête : « Prenez-moi, dit-il, jetez-moi à la mer pour que la mer se calme autour de vous. Car, je le reconnais, c’est à cause de moi que cette grande tempête vous assaille. » etc.

De même, la mer symbole du gouffre sans fond de la mort est mise en scène dans le fameux épisode de la traversée de la mer Rouge qui se referme, après le passage des hébreux, et engloutit l’armée du pharaon.

Ainsi s’est installée, notamment dans l’Ancien Testament, une imagerie mythique où la mer représentait un milieu imprévisible, violent, indomptable et peuplé de dragons, serpents de mer et monstres marins divers symbolisant la force et le pouvoir du mal révoltés contre le Créateur. Seul le pouvoir d’un Dieu tout puissant, vainqueur d’une bataille avec l’abîme et ses léviathans, pouvait produire un monde habitable.

La mer apparait alors comme le domaine de l’extrême que l’homme ne peut affronter qu’avec des aides surnaturelles. D’où des croyances, superstitions, pratiques et rites païens ou religieux pour éloigner les mauvais sorts et vaincre les tempêtes mais aussi pour conserver le souvenir des disparus ou rendre grâce après un naufrage évité.

Face au naufrage imprévisible et toujours menaçant, l’homme a ainsi multiplié les recours. La diversité des formes d’intercession, de conjuration et d’invocation attestent la force de l’espérance dans l’effroi. Dans cet ensemble qui mêle croyances ancestrales, évènements légendaires, récits exagérés ou inventés, la réalité des faits ou l’efficacité des pratiques sont souvent mises à rude épreuve.

En France la Bretagne, notamment, nous offre ainsi une floraison de légendes, de prières, de rites, de bénédictions ou d’hommages et de cérémonies funèbres ou commémoratives. Devant la très grande variété de ces manifestations on se bornera ici à quelques exemples illustratifs :

= d’une demande constante de protection face aux fortunes de mer : bénédictions ou baptêmes de bateaux aux noms de la Vierge ou de Saints, processions et bénédictions de la mer, etc.
= de la forte préoccupation du sort des corps sans sépultures et de leurs âmes dans l’autre monde : calvaires et oratoires marins, cérémonies funéraires symboliques, enterrements fictifs, rite sacré du « Broella », croix du même nom (ou proëlla pour certains auteurs), messes et processions en hommages aux disparus en mer, etc.
= de remerciements ou actions de grâce pour des naufrages, noyades ou accidents miraculeusement évités : statues et stèles votives dans les cimetières, et ex-votos marins dans les églises. Voir aussi : aticle Histoire Généalogie sur les ex-votos marins peints. 1883

La tradition votive était ainsi très présente chez les marins qui affrontaient quotidiennement les périls de la mer et demandaient le plus souvent le secours de la Vièrge, Stella Maris, protectrice des marins. Les ex-votos (Voir notamment notre article H-G sur les ex-votos marins peints) immortalisaient le moment de l’intervention céleste en reproduisant les scènes de tempête ou de naufrages avec une précision réaliste qui les authentifiait aux yeux des fidèles et prouvait la puissance de l’aide surnaturelle.

Pour autant et même dans un cimetière l’évocation du corps absent peut aussi trouver sa place : c’est le cas, par exemple, dans un petit cimetière du Finistère (Guenn-an-Avel) où une simple dalle de granit porte, parait-il, cette épitaphe :

« Où est cet homme ?
Je ne sais pas. »

mêlant ainsi la vraie disparition à la méditation sur un au-delà.

Dans un tout autre ordre d’idées enfin on peut aussi explorer les arcanes du monde de la superstition chez les marins. À l’aube des temps, lorsque l’homme se risquait à aller sur l’immensité de la mer, les dangers étaient tels qu’il se bardait de toutes les protections possibles et inimaginables. Ces pratiques ont longtemps perduré. Les hommes de la mer furent réputés pour être les plus superstitieux qui puissent exister. On a constaté par exemple que beaucoup de tatouages de marins étaient sensés éloigner les démons et les mauvais esprits. Au fil du temps, des périples et de ses aventures, le marin en est venu aussi à interdire à bord ou seulement à éviter la prononciation de certains mot jugés entrainer de mauvais sorts : lapin, curé, corde, église, noyade, prêtre, presbytère, lièvre, moine, loup, ficelle, chapelle, pourceau, volet, couturière, etc. figurent pêle-mêle dans ce listing maléfique.

En même temps certaines superstitions pouvaient reposer sur un réel danger. Ainsi le lapin est l’animal le plus détesté des hommes de la mer. Cela paraît étonnant pour un aussi paisible animal. Mais le lapin adore le chanvre et le grignote. Tout ce qui est cordage sur un navire était fait en chanvre, donc le navire était à la merci du lapin. Le lapin en outre ronge l’étoupe qui empêche les infiltrations d’eau. Les marins nommaient ce mammifère « la bête aux grandes oreilles » pour ne pas prononcer son nom.

On ne s’appesantira pas d’avantage sur le détail de ces différentes superstitions réputées porter malheur sur un bateau, qui peuvent paraitre aujourd’hui incongrues sur nos navires contemporains en métaux ou en plastiques divers, mais qui furent peut être présentes à l’esprit de nos ancêtres disparus en mer et de leurs proches contemporains.

Clôturont ce chapitre par la fameuse légende du « Vaisseau fantôme » cousin du légendaire « Hollandais volant » et voisin des « Bag noz » (Bateau de nuit) ou « Bag er Maru » (Barque des morts), barques fantôme de nos côtes bretonnes, qui embarquent les âmes des morts perdus en mer pour les transporter vers les rives de l’au-delà et font office de Chariots des morts (Carrik Ankou) qui eux jouent le même rôle sur la terre ferme. Dans tous les cas la rencontre de nuit avec ces bateaux maudits, condamnés à errer en mer jusqu’à la fin des temps avec leurs équipages et leurs passagers de squelettes et de fantômes, serait annonciatrice pour les marins de leur fin prochaine.
Comme on le sait ces « Vaisseaux fantômes » ont inspiré de très nombreuses œuvres dans tous les domaines, et, en particulier le célèbre opéra de Wagner créé en 1843.

Nous ne développerons pas plus avant ces exemples de croyances, superstitions ou fantasmagories qui d’une façon ou d’une autre ont cependant pu trouver place dans les pensées de nos ancêtres disparus en mer et de leurs proches tant ils ont imprégné l’ensemble des cultures des populations maritimes.
Bornons-nous donc à observer qu’après avoir imputé tempêtes et naufrages à des forces surnaturelles (rancunes ou vengeances de dieux offensés…), à des forces occultes (démons, diables, sorciers…), à des croyances religieuses invoquant la toute-puissance de Dieu sur la mer (le salut par la Providence, par la survenue de miracles, ou par des promesses ou engagements des hommes confrontés à une mort prochaine…), ces genres de discours ont peu à peu écarté les puissances maléfiques ou religieuses pour admettre simplement les erreurs humaines, la fatalité (Fortune de mer) ou plus généralement des évènements météorologiques majeurs.

Au total, qu’il s’agisse de l’imaginaire du naufrage présenté et illustré par les différents domaines artistiques, ou bien des invocations et conjurations diverses produites par la pensée humaine ou sociale, nous devons reconnaitre la difficulté de se figurer la réalité des faits de naufrages qui se sont déroulés sans témoin. La longue histoire des naufrages est ainsi pleine de silences que nos productions culturelles tentent toujours de combler.
Tous ceux qui ont affronté des tempêtes et en font le récit sous une forme ou une autre, prouvent par leurs œuvres qu’ils en ont échappé et ils offrent une mise en ordre, voire une mise en scène, du chaos de la tempête : les lecteurs, auditeurs, spectateurs etc. savent d’avance qu’ont les mène, à proprement parler, en bateau.

On serait alors tenté de se référer à une pensée de Pascal (593) : « Je ne crois que les histoires dont les témoins se seraient faits égorgés » et ne croire alors que les histoires ou représentations de naufrages dont les témoins se seraient noyés…C’est à peu près ce que suggère JMG Le Clezio dans Voyages de l’autre côté :
« Ceux qui ont connu la vérité s’appellent des noyés ».

Devant ce relativisme culturel contentons-nous donc de prendre toutes ces « représentations » et invocations du naufrage pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des productions humaines qui nous expriment d’abord le ressenti de leurs époques et de leurs auteurs sur les drames des naufrages en mer. C’est dire que ces tentatives artistiques et culturelles peuvent en tout cas nous renseigner sur la façon dont les proches de nos ancêtres disparus en mer ont vécu et tenté d’imaginer un drame dont elles n’ont vraiment connu que les conséquences.
Il nous faut donc étayer maintenant notre propos par les réalités scientifiques de la noyade et par ses suites administratives et juridiques pour les familles des disparus.

2= La noyade en haute mer : les réalités scientifiques et la mort administrative

Les fictions, pas plus que les invocations symboliques que nous venons d’évoquer, ne nous rendent jamais compte de la noyade en tant que telle : ce type de mort, peu photogénique, est rarement représenté et n’est jamais décrit explicitement mais toujours présumé ou soigneusement ignoré sous un voile pudique ou métaphorique. Pourtant on en sait plus aujourd’hui sur ce qui se passe pour l’homme à la mer et sur le déroulement tragique de la noyade : les études médicales et scientifiques nous apportent désormais beaucoup d’éclairages sur les conditions de la survie en eau froide et sur les aspects physiologiques de la mort par submersion.
Enfin, parfois sans guère d’appui des déclarations officielles et autorisées des services maritimes, les proches des disparus, en plus de leurs peines, doivent pour leur part affronter les problèmes juridiques posés par les disparitions sans preuves et poursuivre les longues démarches de la reconnaissance légale et administrative du décès, et souvent en subir immédiatement les conséquences sur leurs conditions matérielle de vie, sans compter les éventuels problèmes posés par des héritages restant en suspens.

2 A = La noyade en haute mer : les réalités scientifiques

Rappelons d’abord que dans tous les modes artistiques d’évocation de la tempête et du naufrage, et dans toutes les représentations culturelles ou symboliques et les superstitions, la noyade est présumée ou annoncée mais toujours hors de la vue et sous le rideau pudique de la mer qui se referme sur les personnages : on nous épargne presque toujours le spectacle tragique de l’agonie et de l’engloutissement final du noyé, et de la mort et du cadavre flottant ou dérivant entre deux eaux, ou coulant au fond de la mer. Il nous faut donc sur ces sujets abandonner les représentations des artistes et les évocations culturelles, pour voir précisément ce que nous disent aujourd’hui les scientifiques et médecins légistes sur la noyade et la mort par submersion.

Précisons que nous n’aborderons pas ici les noyades « organisées » utilisée comme moyen de torture, d’exécution individuelle ou d’extermination massive comme dans l’épisode de la Terreur révolutionnaire des « Noyades de Nantes » organisées par le sinistre Carrier et qui ont pourtant et certainement laissé des traces dans les généalogies et mémoires régionales françaises puisqu’on a dénombré plus de 5000 Nantais et Vendéens plongés et noyés dans la Loire en deux mois (décembre 1793/janvier 1794). Sans l’avoir lui-même expérimentée un témoin de l’époque assurait que la noyade « procurait seulement au début de légers bourdonnements d’oreille et des picotements du nez avant la perte des sens suivie par le remplissage d’eau des poumons… ».

On peut observer que l’instrumentalisation de la noyade non accidentelle montre à la fois son efficacité pour donner la mort sans effusion de sang et sa cruauté par les souffrances préalables qu’elle pouvait entraîner.
Pour en finir avec les noyades volontaires, rappelons que la noyade est un moyen très utilisé pour mettre fin à ses jours. Aujourd’hui encore la noyade est, après la pendaison la forme de suicide la plus fréquemment utilisée et « réussie », principalement par les femmes. Dans l’esprit de celles-ci, parait-il, il s’agirait d’une manière plus douce d’en finir avec la vie, et de « disparaitre » au sens propre du mot sans avoir à s’agresser physiquement.

Au risque de provoquer nos lectrices introduisons donc le sujet par la fable de La Fontaine « La femme noyée » :

“ Je ne suis pas de ceux qui disent : Ce n’est rien ;
C’est une femme qui se noie…
…il s’agit dans cette fable
D’une femme qui dans les flots
Avait fini ses jours par un sort déplorable.
Son époux en cherchait le corps,
Pour lui rendre, en cette aventure,
Les honneurs de la sépulture… ”
etc.

Paul Claudel dans sa « Ballade » (En mer, janvier 1917) évoquant les passagers d’« un grand transatlantique » qui sombre, écrit pour sa part :

“…C’est la mer qui se met en mouvement vers eux, plus besoin d’y chercher sa route.
Il n’y a qu’à ouvrir la bouche toute grande et à se laisser faire :
Il n’y a que la première gorgée qui coûte. ”

Voilà qui introduit crûment le sujet de la noyade dont on connait mieux aujourd’hui le déroulement physiologique.
L’OMS définit la noyade comme « une insuffisance respiratoire résultant de la submersion ou de l’immersion dans l’eau » et enregistre annuellement près de 400.000 décès par noyade dans le monde. En France l’Institut de veille sanitaire enregistre plus de 500 décès par noyade par an et la dernière enquête « noyades » a déjà dénombré du 1er juin au 9 aout 2018, 373 noyades mortelles dont 84 intentionnelles (Suicidaires ou criminelles). Encore aujourd’hui la noyade n’est donc pas un phénomène exceptionnel et rappelons que les seuls naufrages ont entrainé dans le monde, de 2002 à 2007, plus de 7000 morts ou disparus.

Quant aux circonstances notons que les naufrages en haute mer et les noyades consécutives se sont déroulées le plus souvent par très grands vents ou rafales dépassant les 100kmh (Tempêtes au sens météorologique d’aujourd’hui) et parfois par des ouragans (cyclones ou typhons selon les zones maritimes géographiques) avec des vents d’environ 300kmh, ou encore par des tornades avec des vents pouvant dépasser 500Kmh. On a observé dans tous ces cas des vagues de 6 à 15 m de hauteur. Parfois même, indépendamment du vent ce sont des vagues soudaines, monstrueuses ou scélérates (20 à 30 m de haut) qui ont pu couler des navires : de 1973 à 1994, 22 cargos auraient coulé à la suite d’une rencontre avec des vagues scélérates (Science et Vie n° 1047 de décembre 2004).

L’intérêt du monde scientifique pour le mécanisme de la submersion et de la mort qui s’en suit n’est pas récent : la noyade a depuis longtemps suscité des interrogations et fait l’objet de recherches. Cependant pendant très longtemps les médecins et professeurs d’anatomie ont pensé que le décès était tout simplement provoqué par l’absorption d’une trop grosse quantité d’eau ; d’où la première méthode de sauvetage de la victime qui consistait à la faire recracher l’eau en la suspendant par les pieds. C’est dire que si l’eau ne l’avait pas encore tuée, le traitement finissait le travail.
Il fallut attendre la fin du XIXe siècle pour que le processus de la noyade par submersion soit mieux compris avec identification des différentes sortes et phases de la noyade ainsi que la description de ses signes extérieurs et internes.

Aujourd’hui on distingue communément : la noyade syncopale ou hydrocution, qualifiée de « noyé blanc » d’une part, et d’autre part la noyade par submersion-asphyxie, qualifiée de « noyé bleu ».
On peut définir simplement le « noyé blanc » comme un mort dans l’eau, du fait de l’eau qui a provoqué chez lui un arrêt cardio-respiratoire quasi immédiat, sans inhalation d’eau. L’individu tombé à l’eau ne se débat pas, perd connaissance et ne fait aucun mouvement respiratoire. C’est une mort subite, brutale et sans agonie provoquée par un choc thermique : le choc est d’autant plus grand que la pénétration dans l’eau est rapide et qu’il existe une forte différence entre la température de la peau et celle de l’eau . Ce type de noyade est beaucoup moins fréquent, dans les régions tempérées, que le « noyé bleu ».

Le « noyé bleu » est un mort par asphyxie provoquée par inhalation d’eau avant la perte de connaissance et l’arrêt respiratoire. Elle concerne l’individu qui ne sait pas nager ou qui, sachant nager, coule par épuisement ne pouvant plus tenir sa tête hors de l’eau.

1- L’individu « boit la tasse », s’agite et se débat en faisant « le bouchon » quelques secondes.

2- Pendant une minute la victime se débat de plus en plus avec des mouvements désordonnés en coulant et remontant à la surface. Ne pouvant plus retenir sa respiration ni maintenir sa tête en surface, elle absorbe de l’eau à chaque tentative d’inspiration.

3- Au cours des trois minutes environ qui suivent, des inspirations profondes avec inhalation d’eau involontaires provoquent l’inondation des bronches et des poumons avec des convulsions. La diminution et l’interruption de l’apport d’oxygène dans l’organisme provoque une coloration bleutée de la peau au niveau de la face et des extrémités appelée cyanose, d’où la dénomination de « noyé bleu ».

4- La victime est maintenant en arrêt respiratoire et, après une brève agonie, un arrêt cardiaque se produit provoquant la mort.

En France aux XVIIe et XVIIIe siècles on prétend que moins de un pour cent des officiers de Marine savait nager et que le pourcentage était encore beaucoup plus faible chez les marins en général. On pensa en effet longtemps qu’apprendre à nager pour un marin était une grossière erreur car, une fois tombé à la mer, c’était prolonger la souffrance : c’est dire combien le naufrage en haute mer entrainait une mort certaine. C’est d’ailleurs ce que l’on constatait bien souvent : la mort par épuisement dans un corps refroidi, et que résumait ironiquement Ch. de Laclos dans Les liaisons dangereuses (Lettre 76) : « Ce sont toujours les bons nageurs qui se noient ».
Bien que la noyade ait concerné statistiquement le plus souvent des métiers de la mer, longtemps réservés aux hommes, on ne fera pas en l’occurrence de différenciation suivant le genre : hommes et femmes semblent mourir de la même façon par noyade.

Ceci nous conduit à connaitre le devenir du corps dans l’eau selon la médecine légale et criminalistique qui distingue trois phases :

1 = La personne morte coule progressivement vers le fond.

2 = Le cadavre reste ensuite immobilisé au fond de l’eau et dans des postures différentes suivant le sexe : les spécialistes des recherches sous-marines ont constaté que les cadavres immergés ou entre deux eaux prenaient généralement des postures différentes : on retrouverait les cadavres des femmes en position dorsale légèrement courbée et ceux des hommes en position ventrale fléchie. Les marques noires sur le dessin ci-dessous marquent les zones qui ont frotté les fonds marins.

3 = Sous l’impulsion de la décomposition et de la putréfaction qui provoquent des gaz et sauf obstacles qui retiendrait le cadavre au fond, celui-ci remonte lentement vers la surface entre 3 et 7 jours dans l’eau de mer et selon la profondeur. Une fois proche de la surface ou en surface le cadavre va suivre les courants, les marées et les vents.
Ensuite la décomposition du cadavre va se poursuivre, dans l’eau 2 fois moins vite qu’à l’air. On estime enfin, que le cadavre sera réduit à l’état de squelette au fond de la mer après 2 ou 3 ans.

JMG Le Clezio évoque ainsi la question dans Tempête ou il recherche son amie noyée :
« Je suis venu pour voir quand la mer s’entrouvre et montre ses gouffres, ses crevasses, son lit d’algues noires et mouvantes. Pour regarder au fond de la fosse les noyés aux yeux mangés, les abîmes où se déposent la neige des ossements ».

2 B = La noyade en haute mer : la disparition et la mort administrative et juridique

« Très mauvais cyclone sur le golfe du Bengale. Willsdorff était considéré comme disparu, corps et biens, après 35 ou 40 jours de retard sur les prévisions. La Marine avait annoncé la…nouvelle à sa famille » Comme le savent les lecteurs du Crabe-tambour de Pierre Shoendoerffer, Wiisdorff n’est pourtant pas disparue en mer...

Au moment de la disparition du sous-marin français La Minerve (27 janvier 1968 au large de Toulon avec 53 hommes à bord), le fils ainé de son commandant se souvient dans un site qu’il a créé sur le web :

« Le 28 janvier 1968, j’avais 5 ans et ½, lorsque vers 10h du matin la sonnette d’entrée de la maison a retenti. Je me précipite derrière ma mère qui ouvre la porte : ce sont deux officiers de Marine dans le même uniforme que mon père. Ils accompagnent ma mère dans le salon où ils lui annoncent la terrible nouvelle. Ma mère s’effondre. Je me demande ce qui se passe et en larmes elle m’explique que mon père ne reviendra pas… » (cf le site d’Hervé Fauve le fils du commandant de la Minerve).

Ce n’est évidemment pas auprès des artistes, ni des productions culturelles, ni dans les références scientifiques sur la noyade que l’on trouvera le moindre renseignement sur les problèmes « juridiques et administratifs » qui se sont posés aux familles des « disparus en mer », mais dans les pratiques et réglementations diverses propres à chaque pays.

En France, on désigne officiellement comme « porté disparu » toute personne dont on a pas retrouvé le corps, ce qui ne permet donc pas de déterminer si la personne est morte ou encore vivante. Nos ancêtres qui ne sont pas revenus d’une navigation en mer sont donc d’abord et officiellement « portés disparus ».
Le premier « Code Civil des Français » de 1804 abordait déjà les problèmes juridiques posés par les personnes disparues sans laisser de traces ou dans des circonstances empêchant un constat traditionnel de décès car le corps n’a pas été retrouvé. Le Titre IV, Chapitre 1, traitait ainsi de la « Présomption d’absence » et de la « Déclaration d’absence » essentiellement pour régler juridiquement « L’administration des biens » de la personne en cause.

Depuis lors des ajouts, compléments, précisions, modifications ont été intégrés prenant en compte les évolutions sociales ou des circonstances particulières comme les guerres. Pour étudier les situations d’ancêtres dans ce domaine il conviendra donc de se référer aux usages et réglementations de leurs époques : on s’en tiendra ici à des généralités inspirées des lois et réglementations françaises actuellement en vigueur.

En droit français c’est, en principe, le décès d’une personne qui marque la fin de sa personnalité juridique. Mais il arrive qu’en l’absence de cadavre le constat du décès soit impossible et le recours à la procédure applicable à la disparition est alors nécessaire. Il se peut aussi qu’un doute existe quant à l’éventuel décès d’une personne dont on est sans nouvelle depuis des années : c’est alors la procédure de l’absence qu’il convient d’appliquer.

Deux principales dispositions juridiques sont ainsi prévues aujourd’hui :
= Le cas du disparu dont le décès est présumé en raison de circonstances de nature à mettre sa vie en danger, mais dont on n’a pas retrouvé le cadavre (naufrage, noyade, catastrophe aérienne, incendie, etc.). C’est pourquoi la Loi prévoit alors que le décès soit déclaré judiciairement. La famille doit adresser une requête au tribunal de grande instance qui, après enquête, peut déclarer le décès et en fixer la date ; ce jugement tient lieu d’acte de décès : la succession est ouverte, le mariage éventuel est dissous, les enfants mineurs sont placés sous administration légale, etc.

= L’autre cas prévu par la Loi ne concerne pas spécifiquement le naufrage puisqu’elle vise les personnes qui ont cessé de paraître à leur domicile sans que l’on ait eu de leurs nouvelles. Le décès ne peut être ni constaté ni présumé en raison de circonstances particulières et une déclaration judiciaire d’absence, qui aura les mêmes conséquences qu’un décès, devra être prononcée après un délai de 20 ans à compter de la disparition, raccourci à 10 ans si une décision judiciaire préalable de présomption d’absence a été prise. Enfin on n’abordera pas ici les problèmes juridiques et le statut des restes humains qui peuvent soulever en outre des problèmes d’appropriation : s’agit-il de simples « choses » ou, au contraire, de restes de personnes par nature « inaliénables » ?

S’agissant enfin des moyens de subsistance des proches des disparus en mer, selon les époques et selon les types de marines (Pêche, commerce ou nationale) différents systèmes ont été organisés pour leur venir en aide financièrement, principalement aux veuves et aux orphelins.

Pour le cas des marins pêcheurs, gens de mer en général et marins de commerce, des dispositifs d’aides appropriés ont été mis peu à peu en place à partir du XIXe siècle dans le cadre du développement de la mutualité et sous la forme de sociétés de secours mutuel, de prévoyance ou d’assurance, complétant les éventuelles assistances publiques.

Pour ce qui concerne la Marine nationale on va trouver aussi des mécanismes d’aides aux veuves allant des droits à pensions, jusqu’aux recours aux emplois publics ou dépendant de concessions publiques (Concessions de débits de tabac par exemple) ; on trouvera aussi, bien sûr, des dispositions complémentaires et spécifiques pour les veuves et orphelins de guerres. On rappelle à ce sujet la participation de la Marine française aux deux guerres mondiales souvent méconnue : pour 14-18 on a recensé 12000 morts ou disparus (voir article Histoire-Généalogie : « 14-18 : Cols Bleus et Pompons Rouges- La mémoire de la guerre sur mer ») et pour 39-44 les pertes atteindraient 4000 hommes (dont, notamment, 1300 à Mers-El-Kebir et 700 dans les 18 sous-marins coulés avec leurs équipages).

Au total, en plus des répercussions émotionnelles et affectives provoquées dans les familles par les disparitions, il apparait que celles-ci ont dû ainsi faire face juridiquement à de nombreux problèmes légaux impliquant des procédures parfois longues et complexes. Outre les éventuels problèmes de succession, les difficultés pratiques immédiates telles que la gestion des biens et la privation de ressources financières sont souvent venues s’ajouter : les documents privés, notariés et officiels que nos lecteurs rencontrent dans leurs recherches généalogiques sont souvent là pour le prouver, notamment à la suite des guerres.

On ne peut clore cet article sans évoquer enfin quelques cas particuliers de morts en mer :

=Les commandants de bord : le code d’honneur de la marine :

Dans la Marine française, comme dans de nombreux pays, la tradition veut qu’un capitaine disparaisse avec son navire, honorant ainsi le corps maritime tout entier. Chez les anglais la Royal Navy proclame de la même façon : "Captain goes down with the ship" .
Dans la Marine nationale, le code de justice militaire prévoit d’ailleurs que le commandant d’un bâtiment qui, en cas de perte de son bâtiment, ne l’abandonne pas le dernier, est passible d’une peine de réclusion criminelle à perpétuité. Dans la marine de commerce, le code des transports édicte la règle suivant laquelle le capitaine, en cas de naufrage, doit être le dernier à rester à bord. L’exemple du Costa Concordia en janvier 2012 en fournit un contre-exemple.

=Les marins de sous-mariniers :

Ils constituent évidemment des cas d’école de disparition en pleine mer et sans témoin.
S’agissant par exemple des 183 marins français disparus successivement dans quatre sous-marins au large du Var (La 2326 =22 disparus en 1946, La Sybille =51 disparus en 1952, La Minerve=53 disparus en 1968, L’Eurydice=57 disparus en 1970) le mystère demeure sur les causes des quatre naufrages et les circonstances de la mort de leurs équipages. L’amiral Jean-Marie Mathey avait déclaré laconiquement à leur sujet : « Les fonds sont très profonds en Méditerranée et au-delà de 600 m les sous-marins sont écrasés par la pression et explosent, ce qui rend les opérations de sauvetage impossibles ». Fermez le ban !

Autre exemple très récent : le sous-marin ARA San Juan, joyau de la Marine Argentine, qui avait disparu avec ses 44 membres d’équipage le 15/11/2017. Son épave vient d’être repérée le 16/11/2018 par 850 m de fond dans l’Atlantique sud. Selon les autorités argentines « L’implosion s’est produite en 0,04 secondes, provoquant une mort instantanée : l’équipage n’a jamais su que c’était entrain de se passer, personne ne s’est noyé et personne n’a souffert… » Le capitaine de vaisseau Bertrand Dumoulin, chef du service d’information et de relations publiques de la Marine française et ancien commandant de sous-marin a précisé que « l’implosion est un phénomène physique qui correspond à la destruction de la coque par la pression de l’eau lors d’une immersion supérieure à l’immersion maximum de conception du submersible ».

=Les marins-pêcheurs :

La mer demeure un milieu particulièrement dangereux pour ceux qui y travaillent. Le métier de marin-pêcheur est l’un des plus dangereux au monde et les naufrages et chutes à la mer sont des sinistres presque spécifiques à ce secteur d’activité. En France, selon un rapport du ministère de l’environnement et de la mer pour 2015, les 11 décès et disparitions en mer se traduisent par un taux de mortalité 21 fois supérieur à celui de l’ensemble des secteurs d’activité et 7 fois plus élevé que dans le bâtiment. Sur 10 ans les naufrages sont la première cause de décès (43%) et les chutes à la mer sont à l’origine de 32% des décès.
L’exemple du naufrage du Bugalez Breiz avec la mort de ses 5 marins (2004) largement commenté a illustré les risques particuliers du métier.

=Les navigateurs coureurs d’océans :

Nombreux sont les navigateurs victimes de leur passion et qui selon l’expression des anciens cap horniers « ont fait leur trou » en disparaissant en mer avec ou sans leur voilier : ci-dessous image du premier Pen Duick de Tabarly à bord duquel il est tombé à la mer et a disparu en mer d’Irlande dans la nuit du 12 au 13 juin 1998.

En ne citant que quatre d’entre eux (Laurent Bourgnon, Loic Caradec, Alain Colas et Eric Tabarly) le navigateur et skipper Armel Le Cléach dans un récent interview au Figaro disait en conclusion : « La mer sera toujours plus forte que le marin, il ne faut pas trop la défier ».

=Les voyageurs et touristes en croisières :

Sans revenir sur la navrante affaire du Costa-Concordia en 2012 qui fit 32 morts, on ne peut écrire un article sur le naufrage et la mort en mer sans évoquer l’un des naufrages les plus tragiques du monde en temps de paix et le plus commenté et représenté, celui du Titanic qui, le 14 avril 1912 fit près de 70% de victimes noyées sur les 2201 personnes à bord, passagers et équipage. Avec ses 269 m de long, 28 de large et 45 de tirant d’air, le Titanic fait pourtant piètre figure aujourd’hui à côté du Symphony of The Seas lancé par les chantiers STX de Saint-Nazaire le 23 mars 2018, plus grand paquebot du monde avec ses 362 m de long, 47 de large et 70 de tirant d’air…Espérons que notre article ne dissuadera pas les 6780 passagers et 2100 membres d’équipage prévus de s’y embarquer pour prendre la mer pour une croisière présentée comme « merveilleuse » : n’en doutons pas.

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Dans l’une de ses « Histoires Vraies », Blaise Cendrars présente une ligue de marins « anti- immersionnistes », la T.P.M.T.R. (Tu Pars Mais Tu Reviendras) assurant aux morts en mer un enterrement au pays natal. On ne garantit pas la véracité de cette histoire qui se déroule à bord du cargo le Saint-Wandrille, mais elle révèle la préoccupation sentimentale des gens de mer, qui ont bourlingué leur vie durant, d’être finalement inhumés dans le cimetière de leur village natal, près de leurs proches qui peuvent ainsi faire leur deuil et entretenir le souvenir du défunt.
Rien de cela bien sûr pour les disparus en haute mer et pour leurs proches et descendants qui n’ont pas cet espoir et ont dû affronter la hantise et les affres de leur mort sans sépulture.

Moments très redoutés des hommes depuis qu’ils s’aventurent en mer, le naufrage et la noyade signent ainsi les derniers instants de nos disparus en mer et le début des souffrances, tourments, questionnements et problèmes de leurs familles.
Comme on l’a vu beaucoup de questions liées à la submersion en haute mer demeurent d’actualité et le sujet du naufrage dépasse les seules frontières de l’histoire et des sociétés maritimes pour avoir été et être toujours source d’inspiration des artistes, mais aussi de la méditation et de la spiritualité des hommes avec leurs lots de mythes, de croyances, de représentations et de rites.

On a tenté ici, au-delà de l’imaginaire et des tentatives de représentation des catastrophes, de donner aussi sa place à la réalité de la noyade et au vécu des proches ou des descendants des « péris en mer » qui hante peut-être encore, par leur absence, leurs arbres généalogiques.
On sait que les familles sans nouvelles de leurs proches dans les métiers de la marine sont confrontées à une situation très douloureuse : leur premier souci est naturellement de savoir si les personnes disparues sont encore en vie ou décédées. Il s’agit aussi pour elles de faire face aux conséquences de la disparition, qu’il s’agisse d’une absence ou d’un décès et bien entendu de connaitre les motifs et circonstances de la disparition.

Quelles qu’aient été les péripéties de la mort d’un ancêtre « péri ou disparu en mer », elles ont probablement généré des récits et des légendes familiales, repris et transmis par les générations successives. Le seul fait de les évoquer et d’en parler, pour ses descendants, en entretient et en ravive le souvenir, voire nourrit et perpétue le roman familial.
Bien entendu nos moyens d’information et de communication contemporains peuvent désormais entretenir et enrichir les souvenirs, comme l’a fait, on l’a vu, le fils du commandant du sous-marin disparu La Minerve en créant un site web et comme le font aussi plusieurs lecteurs et contributeurs du site Histoire Généalogie. Souhaitons que cet article y incite et y contribue en offrant des commentaires, en suggérant des questionnements ou des pistes de recherches et des sujets de conversations propres à illustrer les généalogies.

Chacun sait aussi que les enfants, en particulier, mémorisent souvent des éléments, bribes de paroles, de conversations ou de récits de leurs ainés à propos d’un ancêtre disparu en mer, qui peuvent influencer un jour ou l’autre le choix ou le rejet d’un métier (cf les lignées de marins par exemple), ou les attraits ou craintes de la mer. En parler clairement ne peut qu’actualiser et faire vivre l’histoire familiale en l’illustrant par des situations certes dramatiques, mais qui touchent au tréfonds des destinées humaines.

À cet égard et plus généralement on peut citer, pour conclure, l’historien américain Thomas Laqueur dans son dernier ouvrage (Le travail des morts : une histoire culturelle des dépouilles mortelles, 2018) qui après avoir souligné que l’homme était "un animal généalogique" écrit : « Les morts nous habitent individuellement et collectivement : ils travaillent les vivants et selon la manière dont nous nous les imaginons, ils donnent du sens à nos vies ».Une phrase qui ne doit pas manquer d’interpeller les lecteurs d’Histoire-Généalogie.

BIBLIOGRAPHIE/SOURCES
= À propos de la « Légende de la mort » de Le Braz, J. Guillandre, Annales de Bretagne,1921
= Archives Nationales, Ref 20120318B/1-20120318/34, Disparitions en mer, Procédures et sépultures des marins et voyageurs disparus, Procédures déclarations disparitions et décès
= Comité International de la Croix-Rouge, CICR Genève.
= Contes et légendes de la mer et des marins, Quinel et de Montgon, Nathan, Paris 1948
= De Charybe en Scylla, A. Cabantou et E. Buti, Belin, 2018
= Encyclopédie Méthodique –Marine, Blondeau et Vial du Clairbois, Panckoucke, 1783
= Foi chrétienne et milieux maritimes, Cabantous, Publisud, Paris 1989
= Guide de poche de la survie en eau froide, Londres OMI 1986
= Histoire des naufrages, Eyries, M.D.V., Le Touvet 2005
= Histoire des naufrages, Jean Louis Huber Simon, Deperthes, 1789
= L’agonie de la Sémillante, Alphonse Daudet, Flammarion, Paris 1998
= La mer dans la littérature française, Leys, Plon, Paris 2003 (2 vol)
= La mort et les marins, Masson, Glenat, Grenoble 1995
= La petite bibliothèque maritime idéale, Heuet, Arthaud, Paris 2010
= Le Ciel dans la mer, Cabantous, Fayard, Paris, 1990
= Le Crabe-tambour, Pierre Schoendoerffer, Grasset, Paris 1976
= Le légendaire de la mer, Merrien, Terre de Brume, Rennes 2003
= Le naufrage, Institut catholique de Paris, Champion, Paris, 1999
= Le petit dictionnaire des superstitions de Marins, Béatrice Bottet, Moséé 2003
= Le territoire du vide, Corbin, Flammarion, Paris 1990
= Le travail des morts, Thomas W. Laqueur, Gallimard 2018
= Les drames de la mer, Alexandre Dumas, 1852
= Les drames de la mer, Jean Merrien, L’Ancre de Marine, 1994
= Les écrivains de la mer, R. de Lacroix, Bartillat, Paris 1986
= Les naufrages : histoires et rituels, Serge Sautereau, Hermé, Paris 2003
= Les rituels du naufrage, Serge Sautereau, Hier et Demain, 1977
= Mythologies de la mer, Xavier Bertrac, Via Romana, 2016
= Mourir, ça fait quoi ?, Fabrice Colin, site culture-generale.fr
= Navires sans retour, R. de Lacroix, L’Ancre de Marine, St Malo 1996
= Noyade – Criminalistique, Université Paris-Descartes, mémoire de David Choisy, 2011
= Peintres des tempêtes, Laurent Manœuvre, Éditions des Falaises, Paris 2017
= Peurs bleues. La mer à la Renaissance, Augeron, catalogue Corderie, Rochefort,2003
= Société Internationale de sauvetage (Genève) et Canadian Safe Boating Council (Toronto)
= Tempêtes en mer, Eva Riveline, Classiques Garnier, Paris 2015
= Tempêtes nature et passions, colloque Paris III Sorbonne, janvier 2006
= The shipwreck, William Falconer, Bulmen and Cox, London, 1811
= Tragédies de la mer : les mythes et l’histoire, P. Lebaud, Paris 2002
= Veuves françaises de la première guerre mondiale, Peggy Bette, thèse Lyon 2, 2012
= Voyages de l’autre côté (1995) et Tempête (2014), JMG Le Clézio, Gallimard
= Voyages en mer dans le monde grec et romain, Annick Fenet, HAL, 2017.

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