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Quand les conscrits ont « le vin mauvais »

Episode lyonnais


jeudi 30 mai 2019, par Michel Guironnet

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Une trentaine de conscrits, attablés devant un café, ivres, débraillés, hurlant la Marseillaise... Une quinzaine d’élèves des Chartreux, accompagnés par leur abbé, rentrant de promenade. Nous sommes à Lyon en février 1884 : l’alcool et les passions exacerbées du moment vont provoquer de violents heurts.
La presse s’empare de ce fait divers. Elle en rend compte à sa façon, plus ou moins orientée selon la tendance du journal.

Quels que soit l’année et l’endroit en France, les « excès de libations » des conscrits alimentent la rubrique « faits divers » des journaux. C’est là une source intéressante pour les généalogistes. Voici un exemple trouvé dans la presse lyonnaise, mais les conscrits Lyonnais ne sont pas les seuls, tant s’en faut, à défrayer la chronique.

Bataille de journaux

Dans "Le Salut public" quotidien lyonnais du 5 février 1884 est publié "Une lâcheté", article au ton bien polémique :
"Un fait ignoble s’est passé hier à l’Ile Barbe. Voici ce que raconte « Le Progrès », journal républicain :

Une ridicule et lâche agression a eu lieu hier, à trois heures de l’après-midi, sur le quai de Serin, à la hauteur du barrage de l’Ile-Barbe. Une vingtaine de conscrits étaient attablés dans un établissement voisin, quand passèrent devant ledit établissement les élèves de l’institution des Chartreux, qu’accompagnaient deux ecclésiastiques.
Ce que voyant, les conscrits sortirent de l’établissement, huèrent les deux prêtres et les jeunes gens qu’ils conduisaient à la promenade, et se livrèrent même à des voies de fait sur la personne d’un de ces ecclésiastiques. On nous assure que plusieurs des auteurs de cette lâche et brutale agression ont été arrêtés dans la soirée.

Nous félicitons « Le Progrès » d’avoir présenté les faits exactement et de les avoir appréciés comme ils méritaient de l’être. Un autre journal républicain, Le « Lyon Républicain », n’a pas eu le même courage. Il publie un récit entortillé, dans lequel il cherche à faire retomber sur les victimes la responsabilité de cette agression.

Le Salut public ne cite pas l’article de son "confrère" comme il l’a pourtant fait pour "Le Progrès" ! Dans le "Lyon Républicain" daté du 4 février 1884, on trouve ce court entrefilet à propos de l’affaire [1] :

"Conscrits et séminaristes - Un assez grave incident s’est produit, hier soir, vers 4 heures, sur le quai de Cuire, près du pont de l’Ile-Barbe. Des élèves de l’École préparatoire des Chartreux, sous la conduite de leur professeur nommé Tardy, étaient en promenade. C’étaient des jeunes de 18 à 20 ans. Arrivés près du pont de l’Ile, ils firent la rencontre de plusieurs conscrits un peu "éméchés". Les conscrits chantaient à tue-tête, comme cela se pratique d’habitude.
Les conscrits s’étaient arrêtés, les séminaristes passèrent à côté d’eux pour continuer leur route ; à leur vue les jeunes gens crièrent : "Vive la République ! A bas les calotins ! " Le compliment n’était pas flatteur pour les élèves, mais ceux-ci, au lieu de passer outre, sans faire attention à ces bravades, jugèrent convenable de s’arrêter et de se porter en face des conscrits, en prenant une attitude provocatrice et arrogante.
Des gros mots furent échangés et une bataille en règle s’en suivit. Les séminaristes, quoiqu’en plus grand nombre que les conscrits, reculèrent ; ce fut le signal d’un assaut en règle, dans lequel le professeur, frappé à la tête tomba étourdi sur le sol.
Les élèves, au lieu de défendre leur maître qui avait pu se relever au bout d’un instant et s’était sauvé dans une maison voisine, détalèrent à toutes jambes. Ils allèrent prévenir la police de la Croix-Rousse ; mais, quand les agents arrivèrent, les conscrits avaient disparu. Une enquête a été ouverte aussitôt sur cette affaire."

Le Salut public termine : "Voici en effet comment les faits se sont passés, d’après "Le Nouvelliste" qui les rapporte exactement :"

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Une lâcheté

Cet article du "Nouvelliste de Lyon" du 4 février est repris les jours suivants par les journaux régionaux et nationaux, ceux-ci oubliant au passage les plus élémentaires vérifications.
Ainsi, au sujet de la date et du lieu des faits, "Le Courrier de Saône et Loire" écrit : "Dimanche, vers cinq heures du soir, sur la route de Collonges" alors que "Le Journal de l’Ain" écrit : « Lundi, une lâche agression a eu lieu sur le quai de Serin, à la hauteur de l’Ile Barbe".
Pour "L’Avenir des Hautes Pyrénées" les conscrits étaient attablés devant un cabaret alors que pour "La Croix" ils marchaient sur la route de Collonges "battant la mesure sur des bouteilles et des verres".

"L’Avenir des Hautes Pyrénées" termine son article sur un ton vengeur :
"Nous espérons que la police de Lyon et le parquet sauront faire leur devoir. Sans cela, il ne resterait plus aux braves gens qui auraient le courage de sortir avec un prêtre qu’à se munir d’un revolver de fort calibre."

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« Salut Public » 6 février 1884

Au tribunal correctionnel de Lyon

Le compte-rendu d’audience du 21 février 1884 dans le "Salut Public" du lendemain donne des détails sur cette "affaire de coups et blessures" :

Nos lecteurs se souviennent de cette agression qui a eu lieu sur le chemin de l’Ile-Barbe à Caluire, de la part d’une bande de conscrits de la Guillotière contre M. l’abbé Tardy, qui conduisait en promenade un certain nombre de jeunes gens internes à l’Institution des Chartreux.
Dix-neuf conscrits avaient, le lendemain même, été mis en arrestation, mais à la suite d’une minutieuse instruction, ont été relâchés.
Les nommés Marius Gerardin, Victor Ruf, Jean Berthet, Jean Charoud, Louis Crevet, Paul Vénat, comparaissent seuls devant, le tribunal.

Le témoin le plus important est l’abbé Alexandre-Eugène Tardy, 37 ans, préfet de discipline à l’école préparatoire des Chartreux :
« Je regrette vivement tout le bruit que les journaux ont fait autour de ce triste incident ; plusieurs détails donnés par les feuilles publiques sont inexacts. Voici le résumé sincère de ce qui s’est passé :
« Le dimanche 3 février, je conduisais en promenade dix-neuf jeunes gens de notre école préparatoire des Chartreux, jeunes gens se préparant au baccalauréat ou aux écoles spéciales du gouvernement et tous âgés de seize à dix-huit-ans ; c’est donc faussement d’abord que certains journaux nous ont représentés comme une bande de séminaristes dont la vue aurait exaspéré MM. Les conscrits.
« Nous partîmes de la maison à une heure et demie du soir ; à deux heures, nous étions à l’Ile-Barbe ; le but de notre promenade était Fontaines (sur Saône).
Déjà nous avions fait un grand détour pour éviter cette bande de conscrits que nous avions vu sortir d’un restaurant. Au lieu de suivre le bord de la Saône, nous avons pris la rue qui traverse le village de Saint Rambert.
« A quatre heure et demie, nous sommes revenus en longeant la Saône pour prendre la montée de l’église de Cuire. En nous engageant dans ce chemin, nous fûmes obligés de traverser la bande des conscrits qui étaient au nombre de vingt au moins, ils étaient arrêtés devant deux cafés qui font l’angle de la rue et du quai. J’eus le pressentiment qu’il allait se passer quelque chose, aussi, m’arrêtant un instant, je donnai l’ordre aux élèves d’accélérer le pas.
« Le récit des journaux est donc mensonger quand ils représentent ces jeunes gens et moi-même comme ayant répondu : « A bas la République ! » aux cris de « Vive la République ! » poussés par les conscrits.
Nous n’avons proféré et je n’ai moi-même entendu proférer, ni par les conscrits ni par les élèves, aucun cri politique, et il est même faux qu’en ma présence ces jeunes gens aient chanté la Marseillaise.
Les injures proférées contre nous sans provocation de notre part ont été celles-ci : « A bas les calotins ! » il ne faut plus de calottes ! les Guillotins sont là ! Ils chantaient même un refrain dont les derniers mots étaient : le Sacré-Cœur est là, faisant allusion sans doute au quartier auquel ils appartiennent.

Je n’ai rien répondu aux conscrits, ce qui paru les exciter, ils devinrent plus menaçants et m’entourèrent bientôt, armés de clairons et de bouteilles qu’ils faisaient tournoyer devant moi. Presque tous les élèves avaient défilé, il n’en restait plus que quatre ou cinq auprès de moi. Un des clairons, je ne saurai dire lequel, me provoqua en sonnant contre moi du clairon, dont le pavillon reposait sur mon oreille ; je n’ai fait que repousser le bras de ce jeune homme, sans le frapper.
A ce moment, un clairon, le nommé Gerardin, se permit de s’avancer vers un de mes élèves, le jeune Bidon, et il s’apprêtait à lui lancer un coup de clairon dans les reins, ce que voyant, et pour ne pas le laisser frapper, je m’avançai et levant la canne que je tenais à la main, j’en ai porté trois coups sur la figure du provocateur.
« Tant que ces jeunes gens n’avaient fait que m’insulter et me provoquer même, je n’avais rien dit, me contentant de répondre à nos agresseurs : « Laissez-nous tranquille, vous voyez que nous ne vous disons rien. »
Mais je regardais, comme mon devoir, d’intervenir, même par la force, pour empêcher que les élèves qui m’étaient confiés ne reçussent de mauvais coups. « Les coups de canne que j’avais donnés à Gerardin et qui, parait-il, l’avaient un peu étourdi, puisque des camarades l’emmenèrent, ne firent naturellement qu’accroître la rage de nos agresseurs.
Un d’entre eux, un grand, tenant un clairon et qui n’osait pas s’avancer de sa personne, excitait ses camarades en me montrant et en disant : « Tapez sur celui-là ! tapez sur le curé ! »

« Je me souviens d’avoir donné un coup de canne à un autre qu’à Gerardin, c’était un jeune homme ayant une bouteille à la main, qui s’avançait vers moi pour m’en frapper. Je l’ai atteint au visage. A ce moment, une grêle de pierres tomba sur mes élèves et sur moi, c’étaient de gros cailloux. J’ai été atteint à la tête de deux blessures assez graves, mon chapeau a amorti le coup. Henri Denner a été blessé aussi.

Aveuglé par le sang, je tâchais de me réfugier dans quelque maison voisine, je vis une porte entr’ouverte, je me précipitai dans un jardin, je fus accueilli par Mme Deschamps la propriétaire, qui me donna les soins les plus empressés.

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Recensement de Caluire et Cuire (1886)
Au 10, montée de l’église.

« Au bout d’un moment, un jeune adjudant du 105e de ligne dont la compagnie est en garnison à l’Ile-Barbe, M. Linof, vint très obligeamment se mettre à ma disposition et poussa la complaisance jusqu’à vouloir m’accompagner jusqu’à l’octroi de La Croix-Rousse. Je dois dire que je suis ancien sous-officier, j’ai pu obtenir la faveur d’être exempté de la dernière année de service pour pouvoir faire mes études ecclésiastiques »

M. Denner, élève aux Chartreux, confirme en tous points la déclaration de l’abbé Tardy. Ce jeune homme a fait preuve, dans cette triste circonstance, d’un véritable courage ; sans lui l’abbé Tardy succombait sous les coups de ses agresseurs.
Après avoir entendu M. Philippon, substitut du procureur de la République, et Maitres Arcis et Minard, avocats des prévenus, le tribunal condamne Gerardin à un mois de prison, deux prévenus à trois jours de prison et les autres à 50 francs d’amende.

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Détail d’un plan de Lyon de 1882
Sur le bord de la Saône, au bas de la montée de Cuire, l’endroit (indiqué N° 61) où se sont passés les faits.

Le journal « L’Univers » du 24 février 1884 donne la même information. Seuls les noms des condamnés sont différents :
« Le tribunal correctionnel de Lyon a jugé les conscrits qui se sont récemment livrés à d’inqualifiables violences contre des élèves du pensionnat des Chartreux et un vénérable ecclésiastique, qui les accompagnait dans leur promenade. Le tribunal a condamné Gérardier à un mois de prison, Verrot à trois jours, et chacun des autres prévenus à 50 francs d’amende.
L’une des victimes de ces forcenés, M. l’abbé Tardy, qui avait cependant reçu une blessure assez grave dans l’odieuse agression dont il s’agit, a lui-même sollicité du tribunal la plus grande indulgence pour les prévenus. »

Agresseurs et victimes

Les six prévenus
Le jugement prononcé à l’issue de cette audience, conservé dans les archives du tribunal correctionnel de Lyon [2] dévoile la véritable identité des prévenus :

  • Girardin Marius Benoît, né à Lyon 3e le 31 décembre 1864, de Pierre et Françoise Simon, ébéniste, place de la Villette, à Villeurbanne, maison Cyselet [3]
  • Ruf Victor, né à Lyon 2e le 8 mai 1866, de Auguste et Victorine Marie Rosalie Liabeuf, graveur sur métaux, rue des Petites Sœurs 16, à Villeurbanne [4]
  • Berthet Jean Jules, né à Lyon 2e le 11 juillet 1867, de Jules Jean Jacques et de Agathe Tallare, corroyeur, rue de l’Ordre, maison Berthet
  • Charoud Jean Pierre, né à Lyon 3e le 13 janvier 1863, de Jean Baptiste et Marie Louise Coindet, chaudronnier, rue Sébastopol 45, à Villeurbanne
  • Crevet Louis, né à Lyon 2e le 2 septembre 1864, de Jean et Genèse Durand, chaudronnier, rue Casimir Perrier 19
  • Verrot Paul Léon, né à Lyon 3e le 18 décembre 1863, de Augustin et Foregine Chareyre, polisseur sur métaux, rue du Sacré Cœur 151

Tous sont « prévenus de coups et blessures volontaires, violences, voies de fait et complicité…Girardin est l’auteur principal de l’agression, il a provoqué l’abbé Tardy en le poursuivant avec son clairon et en sonnant à ses oreilles, il avait levé son clairon pour en frapper l’élève Bidon quand l’abbé Tardy, parant avec sa canne, en donna plusieurs coups sur la figure de Girardin. A ce moment là, la rixe prit des proportions beaucoup plus graves, l’abbé Tardy fut renversé par un coup de bouteille et une pierre qui le blessèrent assez grièvement à la tête. L’élève Denier, qui cherchait à porter secours à l’abbé Tardy fut lui-même atteint mais moins gravement… »
Tout cela est confirmé par la déposition du témoin Barrot.

En conséquence, Girardin est condamné à un mois de prison ; Verrot à trois jours ; Charoud, Ruf, Berthet et Crevet à 50 francs d’amende.
Au moment des faits, ils vivent encore tous chez leurs parents. Quatre ont à peine une vingtaine d’années, les deux autres sont plus jeunes. Ils seront tous incorporés pour leur service militaire, hormis Verrot ajourné en 1883 [5].

Alexandre Tardy
M. Tardy Alexandre-Eugène, né à Paris, le 31 janvier 1846, ne reçut le sacerdoce qu’en 1880. Le fait qu’il ait commencé ses études sacerdotales alors qu’il était soldat et qu’après sept ans de service militaire il soit entré à l’Argentière pour les continuer révèle clairement le sérieux et la générosité de son âme.
Toute sa vie sacerdotale s’est passée aux Chartreux. Jusqu’en janvier 1887, il fut surveillant à l’École préparatoire ; puis sous-économe chargé du service des étudiants, des domestiques et de la bibliothèque. En 1908, à la mort de M. Pagani, il prenait l’économat de la Maison des Missionnaires. Entre temps, il remplissait l’office de confesseur auprès de diverses Communautés religieuses qui lui en gardent un pieux et reconnaissant souvenir.
Il est bien vrai que « l’homme propose et Dieu dispose ». Sur sa demande, M. Tardy venait d’être déchargé de ses fonctions d’économe que son mauvais état de santé, la difficulté du ravitaillement, le renchérissement de toutes choses, le changement fréquent du personnel domestique, lui rendaient trop pénibles. Du repos qu’il avait ardemment désiré et certes bien mérité, il n’aura pu jouir longtemps. Une fatigue des reins qui l’obligeait à s’aliter vers le milieu de novembre l’a conduit rapidement au tombeau, malgré tous les soins compétents et dévoués qui lui furent prodigués.
M. Tardy a donc exercé pendant trente-deux ans les importantes et ingrates fonctions d’économe dont beaucoup ne soupçonnent pas assez les soucis et les labeurs et qui souvent ne donnent guère d’autre joie que celle du devoir accompli. Il s’adonna humblement et fermement à sa tâche.
Humble et réservé au point de garder le silence si l’on n’avait soin de le mettre à l’aise ; sensible et affectueux sous une apparence de froideur qui était, au fond, de la timidité, M. Tardy laisse le souvenir d’un bon confrère et, surtout, l’édifiant exemple d’une vie sacerdotale simplement et généreusement dépensée, sans bruit ni ambition, dans le ministère qui lui était confié. R. F.
 [6]
Alexandre Eugène Tardy, « Prêtre de la Maison des Chartreux », est décédé à 73 ans le 23 décembre 1919 « rue Pierre Dupont N°58 »

Deux "bons samaritains"

Henri Denier ou Denner reste, malgré mes recherches, introuvable : il aurait entre 15 et 18 ans au moment des faits. Le jeune adjudant Linof résiste lui aussi à mes nombreuses investigations.

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Le 105e de Ligne arrive à Lyon
« Mémorial de la Loire et de la Haute Loire »
21 octobre 1881

Notes

[1Merci aux documentalistes du "Guichet du Savoir" pour m’avoir transmis cet article.

[2Ministère Public (1er au 29 février1884) cote Ucor 344 aux archives du Rhône

[3Déclaré en mairie le 2 janvier 1865 avec le nom de Gérardin, il est dit né "avant hier". Son père est charpentier, sa mère tailleuse. Le couple habite 162 rue Duguesclin. Il meurt à 27 ans à Villeurbanne le 15 août 1892, probablement de la tuberculose, célibataire.

[4Marié deux fois, il meurt à l’Hôtel-Dieu de Lyon le 4 janvier 1907

[5Leurs fiches matricules sont consultables sur le site des archives du Rhône, tous recrutés au bureau de Lyon Central : Classe 1883 : Charoud N°1181 Classe 1884 : Crevet N° 969, Gérardin N° 1190 Classe 1886 : Ruf N° 1087 Classe 1887 : Berthet N° 1375

[6« Semaine religieuse du Diocèse de Lyon » du 27 février 1920

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14 Messages

  • Quand les conscrits ont « le vin mauvais » 31 mai 09:30, par Colette Boulard

    Ils sont bien intéressants à lire, ces regards croisés qui relatent différemment un même fait. En pleine époque de combats entre convictions opposées, anti-cléricaux contre cléricaux,on imagine bien la scène, lors d’un jour de grand relâchement de jeunes conscrits ! Avoir collecté l’ensemble des articles, la déposition du prêtre puis le jugement, les peines prononcées, est une bonne idée. Avec le recul, il est amusant de constater cette grande diversité de récit des journalistes dont la rigueur n’est pour certains pas la vertu première. Aux ordres ?

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  • Quand les conscrits ont « le vin mauvais » 31 mai 12:04, par Odile Godard

    Félicitations pour cette mise en perspective des différents points de vue, y compris pour terminer celui des témoins devant le tribunal ! j’ai adoré. Alors, qui a dit que les fake news sont un mal du temps présent ? Merci.

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  • Quand les conscrits ont « le vin mauvais » 31 mai 18:26, par J.J.Bonnin

    Quelques précisions pour remettre l’affaire dans son contexte historique.

    Nous sommes en 1884 ; en 1881/82 on été votées les lois Jules Ferry, instituant l’École Laïque, Gratuite et Obligatoire, ce qui a échauffé quelques esprits et crée des dissensions dans la population.
    Les enseignants, les élèves des grandes écoles et les séminaristes(qui sont les plus « visibles ») sont alors dispensés du service militaire(jusqu’en 1889).

    La plupart des futurs « pioupious », qui ont tiré un mauvais numéro, essaient de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Malgré leurs clairons, leurs airs franchouillards et bravaches ils ne sont sans doute pas vraiment enchantés d’aller passer entre 3 et 5 ans loin de leur foyer, de leur travail, de leur "bien aimée, peut être.

    Ils ont bu un coup de trop, pour se donner du courage, et la vue des séminaristes, qu’ils considèrent à juste titre comme des privilégiés suffit à déclencher leur colère.

    Maintenant, chacun voit "midi sa sa porte....

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    • Quand les conscrits ont « le vin mauvais » 1er juin 10:16, par Pierrick Chuto

      Bonjour
      je connais bien ces différentes versions journalistiques pour les avoir souvent décrites dans mes livres et merci à Michel pour les faire revivre. La presse de l’époque est une mine d’or

      Pour J.J Bonnin, une précision : les lois Ferry rendent l’instruction obligatoire et non l’école.

      Autre chose : avec la loi appelée loi curés sac à dos, les séminaristes durent d’abord faire un an de service.
      Mon grand-père, petit séminariste à Pont-Croix (Finistère) , fit un an, puis ne voulant plus aller au grand séminaire, dut faire deux ans supplémentaires sous les drapeaux.

      Dernier détail, après avoir lu l’histoire des ces Marseillais :
      Et dire que certains prétendent que seuls les Bretons boivent plus que de raison....
      Pierrick

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    • Quand les conscrits ont « le vin mauvais » 1er juin 10:47, par Michel Guironnet

      Bonjour,

      Merci pour cette utile mise en perspective.

      Cordialement.
      Michel Guironnet

      Répondre à ce message

  • Quand les conscrits ont « le vin mauvais » 2 juin 10:18, par J.J.Bonnin

    les lois Ferry rendent l’instruction obligatoire et non l’école.

    Soyons donc précis : les lois Ferry organisent l’École gratuite, l’Instruction obligatoire et l’Enseignement public laïque c’est vrai. Mais à part quelques rares exceptions, l’instruction est généralement délivrée dans les écoles...
    Les Établissements Publics, institués et organisés à la suite de la promulgation de ces lois, sont d’ailleurs devenus des « écoles du diable » pour certains esprits échauffés.

    Il y a quelques années, j’ai entendu ce terme employé par des personnes de l’autoproclamée"bonne société"(sic).

    Utiliser le terme école pour instruction constitue une métonymie, ou une catachrèse, figures de style courantes.

    La loi Freycinet, ou « loi de 3 ans », dite également « curés sacs au dos », de 1889 tendait à atténuer ce que certains considéraient comme un privilège peu justifié.

    Répondre à ce message

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