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Une femme de pêcheur-paysan : Anne Le Costevec (1719 - 1789)


mercredi 1er novembre 2006, par Jean-Yves Le Lan, Josiane Le Lan

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Anne est la fille de Guillaume Le Costevec et de Françoise Le Querler [1].

Elle naît le 18 mai 1719 au village de Saint Zunan en Riantec et est baptisée le même jour en l’église de Riantec par le recteur Franc Joach Gelin de Tremergat [2].

Acte de baptême d’Anne Le Costevec

L’an de grâce mil sept cent dix neuf le dix huitième jour du mois de may je soussigné recteur ay baptisé une fille née ce jour du légitime mariage d’entre GUILLAUME LE COSTEVEC et FRANCOISE LE QUERLER ses père et mère du village de SAINT ZUNAN ont lui a imposé le nom d’ANNE parrain a été MICHEL LE CAM et marraine ANNE LE QUERLER qui n’ont signé. FRANC JOACH GELIN DE TREMERGAT Recteur

De sa naissance à son mariage, elle habite chez ses parents au village de Saint Zunan. Le 27 janvier 1744, à l’âge de 24 ans, elle se marie avec François Le Duic, du village de Kerner en Riantec et d’un an plus âgé qu’elle. Sur l’acte de mariage, le recteur fait une erreur, il note Jean à la place de François comme prénom pour son mari.

Le village de Kerner est situé au sud du bourg de Riantec, au bord de la petite mer de Gâvres. Il est constitué de maisons de pêcheurs regroupées autour de la chapelle de la Trinité. Tous les habitants exploitent les ressources en coquillage de la petite mer qui leur apportent ainsi un complément de nourriture très apprécié.

Acte de mariage d’Anne Le Costevec

L’an de grâce mil sept cent quarante quatre le vingt septième jour du mois de janvier a esté célébré mariage en cette église paroissiale de RIANTEC par moy soussigné Recteur entre JEAN LE DUIC fils mineur de vingt cinq ans de défunt JEAN LE DUIC et JACQUETTE LESCOËT natif de cette paroisse y demeurant village de KNER chez la dite mère décrété de justice du présent mois signé BEVILLIERS greffier d’une part et ANNE LE COSTEVEC jeune fille de vingt quatre ans de GUILLAUME LE COSTEVEC et de FRANCOISE KLER aussi native de cette paroisse demeurante chez les dits père et mère village de St ZUNAN d’autre part. Les bans ayant esté faits à prône de grand messe par trois dimanches consécutifs savoir le cinquième douzième et dix-neuvième jour du présent mois et ne s’y étant trouvé aucun empêchement n’y opposition donné à notre connaissance après avoir pris mutuel consentement des parties je les ay solennellement conjoint en mariage par paroles de présent en présence du père et de la mère de l’épouse, de la mère de l’époux, de GUILLAUME LE DUIC et JEAN SCOLAN ses oncles et ensuite ay célébré la ste messe selon les cérémonies de notre mère la ste église en laquelle Recteur ay administré la bénédiction nuptiale.

Le 23 novembre de la même année, Anne et François ont un premier enfant, un garçon qu’ils prénomment Jean. Ensuite, Anne met au monde dix autres enfants et a son dernier enfant à 44 ans (Joseph né le 13 juillet 1746, Dominique né le 13 mai 1748, Jan-Thomas né le 29 décembre 1749, Jeanne née le 8 août 1751, Magdeleine née le 7 février, Anne née le 29 novembre 1754, Paul né le 20 février 1757, Guillaume né le 12 avril 1758, Pascal né le 22 mars 1761, François né le 9 septembre 1763). Trois de ses enfants meurent très jeunes : Magdeleine à 5 mois, Paul à 1 jour et Pascal à 2 mois.

Quelques années après son mariage, elle perd ses parents. Sa mère décède le 17 septembre 1746 et son père le 13 février 1748. Tous les deux meurent dans leur maison du village de Saint Zunan et sont enterrés au cimetière de Riantec.

Le mari d’Anne est un pêcheur du village de Kerner La Trinité à Riantec. En 1751, il est Maître de chaloupe sur la chaloupe de pêche La Marguerite et en 1753 sur la chaloupe La Marie Jeanne [3] Pendant la belle saison, il pratique la pêche et en dehors de cette période il devient paysan. Anne et son mari élèvent deux vaches, une "brun et blanc" et l’autre "blanc et jaune", qui fournissent le lait. En plus, ils cultivent quelques terres.

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L’étable

En 1763, le mari d’Anne obtient un bail pour une exploitation, située à Kerner, en commun avec sa mère Jacquette Lescoët, Jean Rio et Dominique Scolan. En 1765, Anne et son mari rachètent une partie de cette exploitation sous domaine congéable [4] à Jacquette Le Guennec pour la somme de 542 Livres. En fait, ils acquièrent une demie maison nommée Ty-Bihan et un autre bâtiment nommé Crüi Er Sent, un jardinet et les terres associées [5].

A la mort de la mère de François, François et Anne rachètent par licitation [6], toujours sous domaine congéable, le 2 mai 1768 pour la somme de 450 Livres, les édifices de l’exploitation de Kerner et ceux d’une autre exploitation situés aux environs du village de Kerviniec [7]. L’exploitation est estimée à 600 Livres mais comme il y a quatre héritiers, la part de François est déduite [8] .

Son mari décède le 10 juin 1768, à l’âge de 46 ans, dans sa maison de Kerner. Anne reste veuve avec plusieurs enfants encore jeunes. Elle est nommée tutrice des mineurs. Une quinzaine de jours après le décès, un inventaire des biens du couple est établi. La valorisation de cet inventaire s’élève à 204 livres. La part la plus importante est constituée par les meubles que sont les lits, une table, des bancs, des coffres et des escabeaux.

Après le décès de son mari, Anne vit toujours au village de Kerner. Ses enfants grandissent et quittent la maison, à l’exception de son fils Guillaume qui y reste même après son mariage ainsi que sa sœur Jeanne. A chaque fois qu’un enfant part de la maison pour monter son ménage, Anne lui offre un lit complet à la mode de campagne.

La demeure d’Anne est une petite maison basse avec une pièce unique et une cheminée. Dans l’âtre se tient un trépied sur lequel repose une marmite couverte où mijote une soupe. Suspendues au mur, à côté de la cheminée, il y a une poêle à frire, une louche et des bassines
d’airain [9]. Sur une étagère, sont posés, un passe lait d’airain, des pots, des bouteilles vides et des écuelles de terre et de bois.

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La cheminée avec le trépied et la marmite

Dans la pièce, comme mobilier, il y a tout d’abord trois lits clos, un près de la cheminée avec une couverture verte, un autre à coté de la porte communiquant avec l’extérieur et un dernier dans l’angle opposé à celui situé à côté de la cheminée. Ces deux derniers lits sont recouverts d’une couette de balle [10] .

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Le lit clot

Ensuite, on trouve au milieu de la pièce une table coulante. Elle est constituée d’un plateau supérieur mobile qui glisse latéralement et donne accès à des casiers à victuailles. Sur la table se dressent deux chandeliers en fer. Des bancs sont disposés près des lits et sous la fenêtre, l’un ferme à clef.

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La table coulante

Dans ce dernier banc est rangé le linge de la maison composé principalement de draps de réparon [11]et de chemises. A côté du banc, accrochés au mur à des clous, sont suspendus des écheveaux d’étoupe et de fils de chanvre.
Dans la pièce, on trouve aussi des récipients remplis de farines de froment et de milg [12] .

Contre le pignon de la maison et communiquant par une porte avec la pièce d’habitation se trouve l’étable. Dans cette dernière, Anne élève, toujours pour le lait, trois vaches et une génisse. La vente du lait et du beurre permet de compléter ses revenus. Ses vaches sont de couleurs différentes, la première est noire, la deuxième gare-rouge [13]et la troisième entièrement rouge. Attenant à la maison, il y a un petit potager dans lequel sont cultivés des légumes.

Elle et ses enfants récoltent, à cette époque, bien plus de produits de la terre qu’au temps où son mari vivait.

Anne est vêtue simplement. Elle porte une jupe bleue, une chemise avec par-dessus une camisole de laine blanche, le tout protégé par un vieux tablier bleu [14].

En 1778, Anne apprend avec beaucoup de peine le décès de son fils Dominique sur le navire La Consolante qui faisait route pour les Indes [15].

Elle décède le 17 février1789 à l’âge de 69 ans et est inhumée le 19 février dans le cimetière de Riantec. Le montant de l’inventaire de ses biens s’élève alors à 1093 livres. La plus grande part de cet inventaire est constituée par un bateau de pêche accompagné d’engins de pêche (600 livres), l’ensemble reste, après le partage de ses biens, en indivision entre ses héritiers.

Acte de sépulture d’Anne Le Costevec

L’an de grâce mil sept cent quatre vingt neuf le dix-neuf du mois de février a été inhumé dans le cimetière de RIANTEC le corps d’ANNE LE COSTEVEC veuve de FRANCOIS LE DUIC décédée le dix-sept du présent à KNER âgée d’environ soixante-dix ans munie des sacrements présent à la sépulture ont été JEAN LE DUIC son fils, LOUIS LE COSTEVEC son frère et JULIENNE DANIGO qui LOUIS LE COSTEVEC excepté ont déclaré ne savoir signer. LOUIS COSTOUEC, GUILLOUZIC Curé.

Notes

[1Autre orthographe Le Kler ou Le Kerler.

[2Registres paroissiaux d’état civil de la Mairie de Riantec.

[3Service Historique de la Défense - département Marine à Lorient - Registre de la Matricule.

[4Bail par lequel un domaine était affermé pour un temps indéterminé. Le propriétaire pouvant à sa volonté en reprendre la jouissance.

[5Archives Départementales du Morbihan - Dossier de congément de François et Anne Le Costevec contre Jacquette Le Guennec - EN 2566.

[6Vente aux enchères, par les copropriétaires d’un bien indivis.

[7Actuellement Kervignec.

[8Archives Départementales du Morbihan - Inventaire après décès de François Le Duic - B 3028.

[9Nom du bronze (alliage de cuivre et d’étain).

[10Grande poche en toile, du même format que le lit et qui est rempli de balle. Celle-ci est constituée par les glumes membraneuses qui entourent la graine dans l’épi des céréales ; au moment du battage, et du « vannage », les graines tombent à terre, alors que la balle, plus légère, s’envole plus loin. Pour la literie, c’est la balle d’avoine qui était utilisée.

[11Chanvre de dernière catégorie.

[12Millet.

[13GARE ou GARRE : désigne un pelage de vache marqué par deux couleurs (le mot bigarré vient de là) ; comme le blanc est toujours présent, on indique seulement l’autre couleur : un pelage blanc et rouge est donc gare-rouge ; un pelage blanc et noir, gare-noir.

[14Archives Départementales du Morbihan - Inventaire après décès d’Anne Le Costevec - B3097 ?.

[15Duic (Christian) - La famille Le Duic - Trois siècles d’aventures maritimes et de pêches en Bretagne Sud - Auto-Edition - 2002.

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10 Messages

  • Bonjour,

    J’ai beaucoup aimé votre texte, j’habite le village de Kerner, dans le bas de Kerner plus précisément, et d’en lire un peu l’histoire m’a beaucoup intéressée. C’est un site magnifique, à fort patrimoine historique maritime à protéger, quel dommage que rien ne soit fait en ce sens.

    Merci
    Huguette GLAIN

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  • Une femme de pêcheur-paysan : Anne Le Costevec (1719 - 1789) 29 août 2009 03:16, par Liliane Vignau

    Heureux ceux qui retrouvent de tels papiers parmi leur héritage.

    Ces gens étaient ingénieux et savaient combler les espaces libres. La table en est un bon modèle. Et dans ce temps-là, on y vivaient heureux avec peu.

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  • bonjour ai connu a peu pres la meme chose chez mes grands parents metayer region de la roche bernard les coffres portent ici le nom de mé et servent a monter dans les lits clots et de lieu pour mettre plutot des reserve de linge et le pain on y trouvait egalement des armoires offerte en cadeau de mariage ou recu en heritage vers annee 1950 1960 eau puisée à la fontaine lessive dans le rodoir petit lac avec la brouette et le battoir 2 vaches 1cochon mais l electricite a part votre table vous decrivez exactement la ferme de mes grands parents jacqueline

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  • Une femme de pêcheur-paysan : Anne Le Costevec (1719 - 1789) 29 août 2009 10:03, par Monique Allix-Courboy

    Bonjour,
    La lecture de votre article et les remarques orthographiques me remettent en mémoire une anecdote vécue dans mon enfance (années 50).Ma grand-mère avait une amie bretonne née à Etel que tout le monde avait toujours appelée Marie Kérino. Arrivée à l’heure de la retraite, Marie dut établir une reconstitution de carrière dont mon père s’occupa. Impossible pour lui d’établir le dossier:aucunes traces des emplois occupés par Marie ( ouvrière dans une sardinerie, employée de maison...) ! A force d’opiniâtreté et sur la foi de témoignages, on retrouva les traces d’une certaine Marie Khino, née à Etel le même jour que Marie Kérino ! Il semblerait que l’orthographe KH de Khino se soit prononcée « Ker », nom utilisé par Marie durant ses 65 premières années !
    A 65 ans Marie Kérino devint (ou redevint) Marie Khino !

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  • Bonjour ,
    Il est bon d’avoir des textes comme ceux la !
    Surtout lorsque l’on entend dire que les femmes « modernes » ont une vie trépidante , sont toujours débordées . J’ai meme entendu dire que les femmes « d’avant » ne travaillaient pas !! quelle hérésie !! J’ai 69 ans et toutes les femmes qui m’entouraient travaillaient .
    Les « femmes modernes » prenez en de la graines , ces femmes de pecheurs enont à remontrer à beaucoup de gens .
    Merci pour ce beau document !
    Bernadette

    Répondre à ce message

  • Bonjour,
    j’ai été intéressé par votre texte car je suis breton : j’habite à Kervignac, tout prés de Riantec et je m’appelle Le Querler, comme Anne et Françoise que vous citez ; mon grand père avait constité notre arbre généalogique, mais je n’ai aucune information sur ces deux femmes ;en avez vous plus ?

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    • Une femme de pêcheur-paysan : Anne Le Costevec (1719 - 1789) 27 septembre 2009 07:51, par Jean-Yves Le Lan

      Bonjour,

      Je n’ai pas travaillé sur Françoise Le Querler (ou Kerler) de même que sur Anne. Pour Françoise, j’ai simplement sa date de mariage avec Guillaume Le Costevec le 16 février 1711 à Riantec et son décès le 17 septembre 1746 à Riantec.

      Bien cordialement

      Jean-Yves Le Lan

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