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La grève des bras croisés

, par jean-pierre auger

Oh, Daniel...

J’ai le pressentiment que je vous ai vexé en ne suivant pas votre avis sur l’état physique, sanitaire, moral et humain des ouvriers carriers de notre région. Biens que n’étant que de simples ouvriers, sans instruction ni fortune, je vous certifie que les ancêtres de mes petits-enfants n’étaient pas ce que vous décrivez. Malgré leur relative pauvreté et l’alcoolisme récurrent à leur métier, ils arrivaient à vivre petitement, mais de façon heureuse en famille et dans leur entourage immédiat. Je reste donc sur mes positions.

Elles ne sont pas basées sur des recherches documentaires aux archives départementales – où nous aurons certainement l’occasion de nous rencontrer un prochain mardi - ni sur les écrits de Monsieur Lapierre - dont je parle dans mon texte - mais sur les récits que me firent et que me font encore les membres de ma famille et ceux des descendants des anciens ouvriers carriers de Méry sur Oise, dont je puis vous donner les coordonnées, si vous souhaitiez les contacter pour vous faire confirmer mes dires.

En carrière, les soucheveurs pour se protéger les genoux s’entouraient les cuisses et les jambes par des sacs de jute emplis de charpie de vieilles toiles, maintenus en place par des ficelles. Cela pourrait correspondre à la description du carrier que vous avez trouvée dans la Vie Ouvrière du 20 janvier 1912. Mais habillés de propre et munis de leurs belles casquettes, les ouvriers carriers devaient assurément avoir de l’allure et savoir faire danser les « belles » dans les guinguettes des bords de l’Oise ou en forêt : nos arrière-grands-mères et leur descendance en témoignent !

J’ai naturellement lu votre ouvrage « Briqueteries et tuileries disparues du Val d’Oise ». Il est remarquable et fait honneur à la qualité de vos recherches. Je l’évoque dans le livre de mes petits enfants, dans un chapitre qui traite de la forêt de Montmorency, de son (ses) histoire (s), de ses légendes, ses lieux-dits, ses propriétaires…. et de ses métiers disparus. Mais à ma connaissance, il n’y avait pas de briqueterie ou de tuilerie dans notre petit village familial de Bessancourt. Il y avait par contre la carrière de monsieur Rouzée, qui devait être un homme fort correctement apprécié par la population puisqu’il fut élu au conseil municipal. Il en fut de même, pour monsieur Bélier à Méry sur Oise. Mais lui fut maire du village, je crois.

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