Accueil > ... > Forum 25704

Les trois fléaux qui affligent la France en 1694

, par Robert Tricaud

A force d’écrire le nom des morts sur ses registres, le curé de Joux (69) va également dresser un terrible tableau des sinistres "années de misère" 1693 et 1694

"Georgette Colas Vermare aagé d’environ 70 ans est morte
après avoir reçu ses sacrements et a esté enterrée par moy soussigné
le quatorzième may mil six cent nonante quatre et le
mesme jour a esté enterré un petit garçon mendiant
qu’on a trouvé mort dans un chemin ce qui arrive tous
les jours en plusieurs endroits à cause de la famine
et de la disette de toutes sortes de vivres le bled seigle
valant douze livres le bichet et le fromant quatorze,
le pain bis quatre sols la livre, l’huile douze livres
la quarte, le vin douze livres l’asnée et quatorze
les pauvres ne mangeant point de pain et ne
mangeant que des herbes par les prés et quelques
morceau de pain d’avoine toutte bourrue qui
se vend jusques à trois livres le ras, meurent
de défaillance par les chemins ou dans leurs maisons
après avoir langui quelques temps, les causes de
cette disette ne peuvent estre autres que les péchés
des hommes, leurs luxes, leurs excès et autres
débordements dans les temps de prospérité et
d’abondance qui ont irrité la colère de Dieu et ont
attiré ces fléaux qui sont une guerre universelle de
tous les princes de l’heurope contre la france qui
a desja duré cinq ou six ans et n’a pas d’apparence
de finir encor si Dieu ny met dautres dispositions
les impost excessifs sur toutes sortes de choses,
d’estats, de conditions et de mestiers, la stérilité
de l’année dernière qui a esté si grande qu’il ny
pas eu le quart de la récolte mesme dans les meilleurs
endroits, tout a esté stérile jusques aux buissons,
on ne trouve point de bled ny autres grains
pour de l’argent, on en a fait venir quantité des
pays estrangers, de Barbarie mais cela
abonde peu, les villes retiennent tout, et il est
défendu de sortir du pain de Lyon passé deux
livres par personne sous peine d’amandes et
de chastiments aux boulangers, et de confiscation
du bled et du pain, et quand on l’a sorti la populace
des faubourgs et des petites villes et villages
et des personnes qui s’attroupes sur les chemins
et lenlèvent impunément aux pauvres gens qui l’ont achepté
on n’attend plus qu’une peste généralle si Dieu
par sa miséricorde n’a pitié de son pauvre
peuple, cette disette a comme(ncé) avec la guerre et
par des gresles extraordinaire et a toujours
augmenté jusques à présent et je ne seay quand elle
finira, Dieu le seait" Combe, curé de Joux
Registre paroissial de Joux - AD du Rhône

Cordialement
R Tricaud

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.