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La dernière des Vaouilmeplait…

, par Jocelyne Cathelineau

Je suis émue par cette histoire !
Vous avez eu raison de chercher même si vous n’avez aucun lien avec les Vaouilmeplaît.
Mes deux filles, leur demi-frère et leurs trois demi-soeurs d’une première union de leur père, et une partie des enfants de ces demi-frères et soeurs, soit la fille naturelle d’une fille, les trois filles des deux demi-frères et LE garçon du demi-frère qui leur restent portent un nom rarissime : Béjuge. Mon ex-mari, enfant naturel d’une fille unique nommée Clotilde Béjuge, en a été longtemps le dernier porteur. A ce jour je dénombre 10 porteurs seulement du patronyme Béjuge, Isabelle, mariée, portant son nom de femme.
Sur ces dix personnes,deux seulement sont des hommes(mon beau-fils de 51 ans et son fils Théo) Théo étant le seul d’âge à envisager une descendance... plus tard (il a 18 ans.) Malheureusement, mon beau-fils aîné est décédé à 35 ans, laissant deux demoiselles encore Béjuge.
Autant dire que sur les épaules de Théo, repose la lourde charge de perpétuer le nom ! Pour le moment il songe surtout à devenir joueur de foot. Et ce n’est pas l’ex-femme de son papy, décédé depuis 4 ans aujourd’hui, qui peut tenter de l’influencer et de l’inciter à générer de nombreux garçons pour sauver la rareté que constitue le patronyme Béjuge.
Mon ex-mari n’avait aucune famille et le seul lien que j’ai avec ce nom, ce sont mes deux filles jumelles. Toutefois, comme vous, je trouve triste qu’un nom disparaisse !
J’ai une consolation : c’est moi qui il y a plus de 20 ans ai levé le mystère sur ce nom curieux, en retrouvant en Italie, dans la province de Côme, un certain Giovanni-Battista Bizzozzero qui, au début du 19e siècle, a quitté la Lombardie pour Lyon, et a épousé au passage une savoyarde qui parlait français. Il faut savoir qu’à ce moment, Italiens et Italiennes étaient mal vus à Lyon, où on les accusait d’être des briseurs de grèves : ils étaient utilisés par les "soyeux" pour remplacer les canuts et autres ouvriers rebelles. Alors, Giovanni-Battista qui, si on a croit ce que nous avons vu près de Côme, avait toutes chances d’être blond aux yeux bleus, et avait une épouse francophone, a déclaré à la mairie de Lyon ses deux garçons nés à Lyon comme étant les fils de Jean-Baptiste Béjuge. Pourquoi Béjuge ? Parce que c’est phonétiquement proche d’autres noms bien lyonnais, comme Béjut, Béjuit... A la génération suivante, lorsque ces deux fils sont devenus papas, ils ont transmis le "faux" nom, et n’ont même pas donné à leurs enfants un second prénom italien pour évoquer leur histoire. Au milieu du 19e, alors que l’ancêtre "menteur" était décédé, l’Etat a entrepris une vague de rectification des noms de l’état-civil de Lyon. Ils étaient bourrés d’erreurs, volontaires ou non, et d’office, près d’un tiers des noms a été rectifié (renseignement donné par le Cercle Généalogique de Lyon auquel j’adhérais.) Les quelques Béjuge en vie ont été priés de s’appeler Bizzozzero, mais si la branche d’Antoine l’a fait quelque temps, la branche de François s’est cramponnée à Béjuge. Il y a eu peu d’enfants à chaque génération, et Clotilde Béjuge née en 1906 sur la Croix-Rousse semble avoir été, avec son père Claude, la dernière porteuse du nom. Elle était enfant unique, ses quelques cousins avaient d’autres noms.
Chance pour le nom, en 1939, Clotilde Béjuge a accouché d’un enfant naturel nommé comme elle, prénom Jean-Robert, mon ex-mari (9 mai 1939-18 septembre 2011.
Vous savez la suite : il a eu deux garçons et cinq filles en deux mariages, Marc décédé n’a laissé que deux filles, et Laurent a eu une fille et un garçon...
Tout ce qu’on peut espérer c’est que les jeunes filles Béjuge qui n’ont pas encore eu d’enfants (Manon et Fanny, filles de mon beau-fils décédé ; Léa, fille de mon beau-fils Laurent ; et mes deux filles âgées de 27 ans) le jour où elles se décideront, accoleront comme la loi leur autorise leur nom de Béjuge à celui du père de leurs enfants. Voire donneront le seul nom de Béjuge, puisque maintenant c’est possible (voilà qui va brouiller les arbres généalogiques futurs !) Espérance bien faible, qui repose sur bien peu d’éventuelles mères : Léa ne veut pas d’enfant et ma fille Clémence, atteinte d’un handicap lourd, est interdite de grossesse. Et puis, il faut également tenir compte du désir du père des enfants, compagnon ou mari d’une demoiselle Béjuge ! Marine Béjuge, fille naturelle de la fille aînée de mon ex-mari, Isabelle, a déjà deux enfants. En couple avec un musulman traditionaliste, il était impensable que Chaïda et Hamzra s’appellent Béjuge...
Encore bravo pour cette recherche si intéressante et si émouvante, qui aura forcément un écho chez les personnes qui comme moi, ont cotôyé un nom en voie de disparition...
Jocelyne Cathelineau (ex-Béjuge, vous l’avez compris !)

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