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Ma généalogie par le petit bout de la lorgnette : comment répartir le franc symbolique de la Société Générale ?

, par Pierre BOITON

J’avais dit à Michel que sa vénération pour la bande à Bonnot faisait un peu anarcho-syndicaliste (ce qu’il est, mais tout le monde n’a pas à le savoir) mais il n’a pas voulu en démordre. Je lui laissais volontiers KERVIEL qui n’a coûté que de l’argent ! Mais, avec la bande à Bonnot, on circule dans le sang !

En marge de sa chronique monétaire, je voudrais célébrer un héros ordinaire, Ernest CABY, né le 28 juin 1879 à La-Croix-en-Touraine (37). Fils de meunier, ouvrier meunier lui-même, le service militaire accompli, il épouse à La-Croix une payse. Comme beaucoup de gens de sa génération, il vient vivre à Paris. Il habite rue Rambuteau dans le 1er arrondissement avec son épouse. Ils auront un seul enfant, une fille, qui malheureusement décédera très jeune.

Nous sommes le 21 décembre 1911. Depuis quelques jours, il fait un remplacement dans une succursale de son employeur. Ce matin-là, il a peut être pris le métro à la station Etienne Marcel (ouverte en 1908 sur la ligne 4) pour remonter vers le siège de l’entreprise qui l’emploie, siège qui se trouve sur le boulevard Haussmann. Là, il retrouve son collègue de travail, Alfred PEEMANS, qui lui servira de garde du corps. Garde du corps et oui mais non armé. Ernest CABY est garçon de recette à la Société Générale. Il passe tous les jours au siège, reçoit une ou plusieurs sacoches dans lesquelles il y a des valeurs pour la clientèle : des titres, des bons de caisse, quelques espèces, billets et pièces. Après le siège de la SG, ils partent tous les deux pour rejoindre l’agence de la rue Ordener et terminent leur trajet à pieds, peut être depuis la station Simplon.

Une limousine DELAUNAY-BELLEVILLE verte et noire stationne à proximité de la Banque. Quand l’encaisseur dans son uniforme chatoyant s’approche accompagné de son garde, un des "bandits" sort de la voiture et abat Ernest qui s’effondre touché de deux balles à la poitrine. Le bandit ramasse la sacoche. Bonnot démarre. Le premier hold-up motorisé vient d’avoir lieu.

Ernest CABY survivra à ses graves blessures. Il témoignera au procès des survivants de la bande à Bonnot. Mobilisé en 1914, il sera, dès le mois de novembre 1914, réformé n°2 pour "lésions pulmonaires par projectiles". La guerre fauchant de plus en plus d’hommes, il sera rappelé à l’activité en 1915 en service auxiliaire d’abord à l’Etat-Major puis en 1917 dans l’aviation. Nommé Caporal, il terminera la guerre avec les chevrons de sergent.

Bien plus tard, retraité, il viendra passer entre ses parents le reste de son âge, comme disait Joachim. Puis quand son heure sera venue, il quittera cette terre pour reposer à La-Croix-en-Touraine.

Bonnot venant de créer le premier hold-up motorisé, la SG créera le premier service de transport de fonds motorisé dans les mois qui suivirent.

Je me devais de faire le contrepoids à la "SG-phobie" de Michel !

Bonne fin de semaine à toutes et tous et à chacune et chacun.

Pierre BOITON

PS : quand je lis teuton, je pense à la chanson de Brassens "les deux oncles", celui qui aimait les Tommies, celui qui aimait les Teutons. Mon impression aurait été tout autre si Michel avait écrit, au lieu de Teuton (nom d’un peuple germanique qui a donné tedesco en italien, tudesque en français et les chevaliers teutoniques), boche ou chleuh.

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