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En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs…

, par Jacques Baillon

Analyser des écrits anciens mettant en scène le loup (ou de présumés loups) pour produire ce qu’un chercheur du Muséum de Paris avait (en son temps) appelé de « l’écologie historique » ne peut être l’apanage des seuls historiens. Il faudrait y associer d’autres regards. Un sujet comme celui là aurait mérité qu’un travail de recherche historique pluridisciplinaire soit mené, associant des zoologistes, des linguistes, des spécialistes des religions etc...
Par ailleurs, il faut savoir que certains chercheurs en sciences humaines doutent de la pertinence de certains écrits : « Ces matériaux, font inévitablement poser la question de leur fiabilité et d’abord de leur partialité, les hommes ne retenant que ce qu’ils pouvaient et voulaient voir, lisant et déformant cela avec leurs imaginaires, leurs intérêts, leurs certitudes aveugles » a pu écrire un autre universitaire, Eric Baratay, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lyon 3 dans « Pour une histoire éthologique et une éthologique » , Etudes Rurales NO 189, 2012, pages 91 à 106).
En Sciences naturelles, quand on veut comprendre ce qui se passe dans un milieu naturel donné, quels sont les rapports et les interactions entre les plantes, le sol, la faune, on étudie le milieu dans son ensemble et pas seulement une de ses composantes.

Il ne viendrait par exemple à l’idée d’aucun entomologiste de dresser sans autre explication une liste impressionnante de coccinelles prédatrices des pucerons en omettant de dire qu’il y a beaucoup de pucerons lorsque le printemps est humide et doux ce qui favorise leur développement sur les bourgeons de rosiers !

On devrait avoir la même démarche en ce qui concerne le carnivore sauvage et les sociétés humaines. Etudier le loup, son comportement, ses interactions avec l’homme, avec son bétail etc.. certes, mais en ayant les yeux ouverts sur le reste ! Sur son environnement qui n’est pas le même aujourd’hui et au temps de la Bête du Gévaudan ! C’est-à-dire sur la violence omniprésente dans la société de l’époque, la misère, la criminalité, les superstitions, les épidémies, la famine, les mœurs parfois très rudes, le poids de l’idéologie religieuse etc..

Sans oublier quelques autres phénomènes naturels heureusement oubliés aujourd’hui, comme la rage, qui fut très probablement la cause première des morts dues aux loups et autres « bêtes féroces » ainsi que l’omniprésence dans les campagnes de chiens vagabonds qui cotoyaient volontiers les loups (1).

JM. Moriceau n’est pas le seul historien à s’être intéressé aux loups mais il a eu le mérite de mettre en place une structure performante de collecte de données écrites sur les « méfaits des loups » , dans le cadre du « Pôle rural » de l’Université de Caen et cela lui a permis d’associer à sa collecte des quantités de généalogistes, d’historiens amateurs ou d’étudiants. Les enseignements qu’il en tire lui appartiennent et chacun peut avoir un avis sur ses analyses.

Le problème, c’est que le résultat de cette enquête a dès le début été présenté « à charge » contre le loup d’une manière très outrancière. Et pour cause ! Il est possible que les éditeurs de ses ouvrages et les médias aient souhaité dramatiser le sujet en mettant à chaque fois en évidence le nombre impressionnant d’attaques sur l’homme. Parfois au détriment de toute analyse fine. Il est clair aussi que les « anti-loups » d’aujourd’hui les plus engagés ont trouvé en cet historien un soutien de poids puisque la « dangerosité » supposée du loup fait partie de leurs arguments et qu’ils les puisent volontiers sur les ouvrages de M. Moriceau (ou sur ce qu’ils ont compris) .

Disons que chercher, c’est d’abord douter.. Donc, « attirer l’attention sur les limites des sources et l’importance des mots » est, à mon avis, la question la plus intéressante et la plus utile qui puisse être discutée sur ce blog.

(1) Pour les personnes que le sujet « loups, chiens, hybrides, bêtes cruelles diverses et variées, intéresse, voir mon essai « Drôles de loups et autres bêtes féroces » dont j’ai parlé plus haut (139 pages).

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