Votre témoignage est sensationnel !J’ai entrepris de mon côté d’écrire l’histoire de ma marraine Marguerite MIMEUR, soeur de ma mère, qui a été résistante, déportée, évadée, à partir du document ci-après :
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Marguerite Mimeur, résistante, déportée, évadée
Je me sens très concerné par "Dire l’impensable" car ma marraine a été résistante , déportée et évadée durant la seconde guerre mondiale et je souhaiterais vivement, moi aussi réaliser une étude sur son histoire, une manière de lui rendre hommage ; vous trouverez ci-après un extrait d’un texte lu par sa petite-fille lors de ses obsèques en 2005.
Bernard Moreau
« Cependant, le climat international s’assombrit, la famille Mimeur est bien inquiète des rumeurs venant d’Outre Rhin : revenu de la 10 guerre en Mars 1919, Mr Mimeur, ancien chasseur à pied décoré de la croix de guerre avec palmes,écoute régulièrement la TSF et exprime ses angoisses à sa fille cadette ; en 1933, année de la prise des pleins pouvoirs par Hitler, Marguerite a 11 ans ; en entendant les propos de ses parents, elle comprend parfaitement que les évènements sont graves.
Elle commence ses études supérieures en 1939,l’année de la déclaration de guerre suivie de l’armistice honteux. Marguerite et sa famille sont Gaullistes de la première heure et pas seulement parce que les Allemands réquisitionnent leurs voitures et matériel ou embarquent tous les saucissons de la boutique familiale, pas seulement parce qu’ils doivent loger successivement 2 soldats allemands chez eux.
Ainsi, Marguerite ne veut pas VOIR l’arrivée des troupes allemandes dans sa région, son pays, et oblige son père à « émigrer » à St Jean de Bœuf, d’où la famille redescendra bien sûr 24 heures plus tard.
La famille écoute la radio anglaise et Marguerite a installé une grande carte d’Europe dans sa chambre sur laquelle elle suit les batailles mais la chambre est réquisitionnée, alors elle installe une nouvelle carte dans la cuisine familiale, beaucoup plus grande et où elle fixe des petits drapeaux.
Sa Maman, qui connaît son fort caractère, tremble lorsque Marguerite répond vertement à un officier allemand faisant quelques achats à l’épicerie Truchot.
« Fotre chien apoit fort, Matmoizelle ! » « C’est qu’il est comme moi, Monsieur, il n’aime pas les allemands. » Une enquête est diligentée pour savoir si cette Marguerite Mimeur, cette grande fille brune au nez bien affirmé, ne serait pas « israélite »...
Elle rejoint bientôt le maquis LIBERTE où ses compétences d’étudiante en médecine sont bien utiles jusqu’au jour funeste du 31 Juillet 1944 où des miliciens l’arrêtent, l’emmènent à la Gestapo de Dijon où on l’interroge quelques jours avant qu’elle ne soit« expédiée » au camp de concentration de Ravensbrück via le fort de Romainville.
Sa carte de« déportée- internée de la résistance » précise que Marguerite Mimeur, alors étudiante en médecine et domiciliée 3 rue Kleber à Dijon, a subi sa déportation dans les camps de Ravensbrück, Torgau, Buchenwald, Markleeberg et qu’elle a été libérée le 9 Mai 1945 à Prague par les Russes.
On peut apporter quelques précisions sur la fin de sa déportation : Pris en tenaille entre armées russes et alliées,
le commandant du camp de Markleeberg a décidé mi-avril de faire partir une « colonne » de déportées en direction de Dresde et des Sudettes.
Marguerite faisait partie de cette colonne et, comme toutes ses compagnes épuisées et affamées, elle a pris la route, encadrées des habituels chiens et des SS assez désorganisés.
Comme celles qui ne pouvaient plus marcher étaient bientôt fusillées, Marguerite a décidé de tenter le tout pour le tout le soir où elle a réalisé qu’elle était incapable de faire un pas de plus et que la colonne s’était arrêtée dans un bois pour la nuit : elle s’est donc cachée dans un arbre creux et est restée là, inconsciente, et serait certainement morte si le miracle ne s’était réalisé.
Des prisonniers de guerre français basés dans le village de Stadice passaient dans ce bois, l’ont découverte gisant là et l’ont cachée, au risque de leur vie, dans la grange où ils logeaient et où le fermier et maire du village nazi les inspectait et enfermait tous les soirs.
Ils l’ont cachée, nourrie, habillée avec des vêtements procurés par une famille patriote du village jusqu’à ce que les troupes russes arrivent le 9 mai et que Marguerite puisse sortir dans le village de STADICE mais jamais sans ses fidèles gardes du corps.
Marguerite voudrait sûrement que soit nommé aujourd’hui l’un d’entre eux, George Bidault qui, représentant des prisonniers de guerre, prit la décision de la cacher et auquel Marguerite devait particulièrement la vie.
Dans les années soixante, Marguerite avait repris contact avec Georges Bidault et sa famille, consciente de ce qu’elle devait à« ses prisonniers ».
On ne revient pas indemne de l’expérience concentrationnaire ; rapatriée par un train de la Croix Rouge, Marguerite s’est vue installée dans un autocar anonyme qui l’a conduite jusqu’au café où l’attendaient ses parents, pauvres parents si heureux de la revoir vivante mais certainement démunis face à cette expérience indicible.
Il n’y avait pas d’antenne d’aide psychologique à cette époque et Marguerite a dû, une fois de plus, faire d’énormes efforts pour s’en sortir, retrouver une santé potable, reprendre ses études de médecine alors que ses camarades d’étude avaient progressé d’une année ; elle se sentait si misérable lorsqu’elle les rencontrait, insouciants dans les rues de Dijon, vaguement gênés de la voir, alors que l’humeur en 45-46 se voulait légère, flonflons et« vin blanc qu’on boit sous les tonnelles » donnant la tonalité de cette période de l’après-guerre.
Ce fut très dur pour Marguerite de reprendre et achever ses études de médecine et de présenter sa thèse. Son père l’y poussa mais surtout, elle fit la rencontre de celui qui devait devenir son mari, Félix Dupré, alors basé à la préfecture de Dijon et qui lui redonna confiance. Il était de 13 ans son aîné, ce n’était pas un hasard, Marguerite trouvait alors « tous les jeunets » insupportables et Félix Dupré avait la maturité, probablement le sens de l’écoute dont elle avait besoin.
Elle participait aux réunions et au travail de mémoire de l’ ADIR, association des déportées et internées de la résistance présidée jusqu’à sa mort par Geneviève de Gaulle, aimée de tous, de gauche comme de droite.
Marguerite avait aussi modestement œuvré au rapprochement entre la France et l’Allemagne en établissant des liens personnels avec un couple de la municipalité actuelle de Markleeberg, Philip et Martina STAUDE avec lesquels elle avait sympathisé lors de l’inauguration d’une plaque en mémoire des déportées de ce camp il y a quelques années ».
Bernard MOREAU [ La généalogie
Bonjour,
Votre témoignage est sensationnel !J’ai entrepris de mon côté d’écrire l’histoire de ma marraine Marguerite MIMEUR, soeur de ma mère, qui a été résistante, déportée, évadée, à partir du document ci-après :
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Marguerite Mimeur, résistante, déportée, évadée
Je me sens très concerné par "Dire l’impensable" car ma marraine a été résistante , déportée et évadée durant la seconde guerre mondiale et je souhaiterais vivement, moi aussi réaliser une étude sur son histoire, une manière de lui rendre hommage ; vous trouverez ci-après un extrait d’un texte lu par sa petite-fille lors de ses obsèques en 2005.
Bernard Moreau
« Cependant, le climat international s’assombrit, la famille Mimeur est bien inquiète des rumeurs venant d’Outre Rhin : revenu de la 10 guerre en Mars 1919, Mr Mimeur, ancien chasseur à pied décoré de la croix de guerre avec palmes,écoute régulièrement la TSF et exprime ses angoisses à sa fille cadette ; en 1933, année de la prise des pleins pouvoirs par Hitler, Marguerite a 11 ans ; en entendant les propos de ses parents, elle comprend parfaitement que les évènements sont graves.
Elle commence ses études supérieures en 1939,l’année de la déclaration de guerre suivie de l’armistice honteux. Marguerite et sa famille sont Gaullistes de la première heure et pas seulement parce que les Allemands réquisitionnent leurs voitures et matériel ou embarquent tous les saucissons de la boutique familiale, pas seulement parce qu’ils doivent loger successivement 2 soldats allemands chez eux.
Ainsi, Marguerite ne veut pas VOIR l’arrivée des troupes allemandes dans sa région, son pays, et oblige son père à « émigrer » à St Jean de Bœuf, d’où la famille redescendra bien sûr 24 heures plus tard.
La famille écoute la radio anglaise et Marguerite a installé une grande carte d’Europe dans sa chambre sur laquelle elle suit les batailles mais la chambre est réquisitionnée, alors elle installe une nouvelle carte dans la cuisine familiale, beaucoup plus grande et où elle fixe des petits drapeaux.
Sa Maman, qui connaît son fort caractère, tremble lorsque Marguerite répond vertement à un officier allemand faisant quelques achats à l’épicerie Truchot.
« Fotre chien apoit fort, Matmoizelle ! » « C’est qu’il est comme moi, Monsieur, il n’aime pas les allemands. » Une enquête est diligentée pour savoir si cette Marguerite Mimeur, cette grande fille brune au nez bien affirmé, ne serait pas « israélite »...
Elle rejoint bientôt le maquis LIBERTE où ses compétences d’étudiante en médecine sont bien utiles jusqu’au jour funeste du 31 Juillet 1944 où des miliciens l’arrêtent, l’emmènent à la Gestapo de Dijon où on l’interroge quelques jours avant qu’elle ne soit« expédiée » au camp de concentration de Ravensbrück via le fort de Romainville.
Sa carte de« déportée- internée de la résistance » précise que Marguerite Mimeur, alors étudiante en médecine et domiciliée 3 rue Kleber à Dijon, a subi sa déportation dans les camps de Ravensbrück, Torgau, Buchenwald, Markleeberg et qu’elle a été libérée le 9 Mai 1945 à Prague par les Russes.
On peut apporter quelques précisions sur la fin de sa déportation : Pris en tenaille entre armées russes et alliées,
le commandant du camp de Markleeberg a décidé mi-avril de faire partir une « colonne » de déportées en direction de Dresde et des Sudettes.
Marguerite faisait partie de cette colonne et, comme toutes ses compagnes épuisées et affamées, elle a pris la route, encadrées des habituels chiens et des SS assez désorganisés.
Comme celles qui ne pouvaient plus marcher étaient bientôt fusillées, Marguerite a décidé de tenter le tout pour le tout le soir où elle a réalisé qu’elle était incapable de faire un pas de plus et que la colonne s’était arrêtée dans un bois pour la nuit : elle s’est donc cachée dans un arbre creux et est restée là, inconsciente, et serait certainement morte si le miracle ne s’était réalisé.
Des prisonniers de guerre français basés dans le village de Stadice passaient dans ce bois, l’ont découverte gisant là et l’ont cachée, au risque de leur vie, dans la grange où ils logeaient et où le fermier et maire du village nazi les inspectait et enfermait tous les soirs.
Ils l’ont cachée, nourrie, habillée avec des vêtements procurés par une famille patriote du village jusqu’à ce que les troupes russes arrivent le 9 mai et que Marguerite puisse sortir dans le village de STADICE mais jamais sans ses fidèles gardes du corps.
Marguerite voudrait sûrement que soit nommé aujourd’hui l’un d’entre eux, George Bidault qui, représentant des prisonniers de guerre, prit la décision de la cacher et auquel Marguerite devait particulièrement la vie.
Dans les années soixante, Marguerite avait repris contact avec Georges Bidault et sa famille, consciente de ce qu’elle devait à« ses prisonniers ».
On ne revient pas indemne de l’expérience concentrationnaire ; rapatriée par un train de la Croix Rouge, Marguerite s’est vue installée dans un autocar anonyme qui l’a conduite jusqu’au café où l’attendaient ses parents, pauvres parents si heureux de la revoir vivante mais certainement démunis face à cette expérience indicible.
Il n’y avait pas d’antenne d’aide psychologique à cette époque et Marguerite a dû, une fois de plus, faire d’énormes efforts pour s’en sortir, retrouver une santé potable, reprendre ses études de médecine alors que ses camarades d’étude avaient progressé d’une année ; elle se sentait si misérable lorsqu’elle les rencontrait, insouciants dans les rues de Dijon, vaguement gênés de la voir, alors que l’humeur en 45-46 se voulait légère, flonflons et« vin blanc qu’on boit sous les tonnelles » donnant la tonalité de cette période de l’après-guerre.
Ce fut très dur pour Marguerite de reprendre et achever ses études de médecine et de présenter sa thèse. Son père l’y poussa mais surtout, elle fit la rencontre de celui qui devait devenir son mari, Félix Dupré, alors basé à la préfecture de Dijon et qui lui redonna confiance. Il était de 13 ans son aîné, ce n’était pas un hasard, Marguerite trouvait alors « tous les jeunets » insupportables et Félix Dupré avait la maturité, probablement le sens de l’écoute dont elle avait besoin.
Elle participait aux réunions et au travail de mémoire de l’ ADIR, association des déportées et internées de la résistance présidée jusqu’à sa mort par Geneviève de Gaulle, aimée de tous, de gauche comme de droite.
Marguerite avait aussi modestement œuvré au rapprochement entre la France et l’Allemagne en établissant des liens personnels avec un couple de la municipalité actuelle de Markleeberg, Philip et Martina STAUDE avec lesquels elle avait sympathisé lors de l’inauguration d’une plaque en mémoire des déportées de ce camp il y a quelques années ».
Bernard MOREAU [ La généalogie
Amicalement
Bernard MOREAU