
J’étais certaine qu’elle faisait partie de la famille sans toutefois parvenir à l’identifier. J’avais bien pensé à Mathilde Pauline WERBER, l’épouse de Georges GECHTER, qui dans sa jeunesse s’était produite au théâtre de Bordeaux. A l’époque elle aurait eu plus de 40 ans et était mère de cinq enfants dont un petit dernier né à Bordeaux en 1900. La piste n’était pas vraisemblable.
Surveillant les GECHTER d’une façon générale, j’ai vu apparaitre l’inhumation au cimetière parisien de Bagneux d’une petite Louise Mathilde GECHTER âgée de 5 mois. Son acte de décès du 6 aout 1901 à Paris 14e m’apprit qu’elle était la fille de Gabrielle GECHTER et la déclaration était faite par Gaston MOUNET, artiste décorateur.
Tiens, tiens… L’acte de naissance précisait que Gabrielle Faustine GECHTER, 19 ans, était artiste chorégraphique et là encore le déclarant était Gaston.

Gabrielle Faustine GECHTER, je connaissais [1]. Elle était née en 1881 à Bordeaux [2], fille ainée de Georges GECHTER et Pauline WERBER, donc une petite-fille de ce cher Auguste. Les mentions marginales de son acte de naissance nous avaient appris qu’elle s’était mariée en 1914 à Marseille avec Jean BERMANN et était décédée en 1954 à Nice. Elle avait coupé tout lien avec sa famille. Son neveu Paul, président du Cercle généalogique de l’Aisne, l’avait beaucoup cherchée avant l’heure d’internet. Il avait fini par apprendre qu’elle avait été teinturière à Nice.

Gaston MOUNET ne s’appelait pas Gaston MOUNET [3]. C’est un jugement de faillite à Marseille en 1897 qui nous apprend son véritable nom : Marius AICARD !

De fait il était né Marius Isidore AICARDI en 1860 à Marseille. Fils d’un étranger et d’une française, il est devenu français en application de la loi du 22/7/1893 [4] et sa fiche matricule est établie en 1896.
En le recherchant dans la presse [5] sous ses différents noms on peut retracer sa carrière avant la rencontre avec Gabrielle :
• 1890 directeur du théâtre d’Aubagne
• 1893 directeur de la troupe lyrique et du ballet Andalous qui se produit au Casino de la plage à Sète
• 1894 toujours à Sète directeur propriétaire du Casino d’hiver
• 1896 directeur du théâtre du Gymnase à Marseille
• 1897 commerçant en faillite rue du Théâtre-français à Marseille. C’est ce jugement qui permet de déterminer que Gaston MOUNET et Marius AICARD ne font qu’un.
On peut aussi retracer sa vie privée. En janvier 1883 il a épousé à Marseille Rose DI NARDO, une semaine avant la naissance de leur fille.
Selon sa fiche matricule, il est à Paris en 1900. Avait-il rencontré Gabrielle à Marseille avant de monter à la capitale ou s’y sont-ils croisés ? En tout cas on comprend que, marié à Marseille, il ne pouvait reconnaitre la petite Louise.
Gaston et Gabrielle quittent Paris pour l’Algérie sans doute peu après le décès de la petite fille. Dés 1904 le journal d’Oran, La Liberté, les cite dans une histoire pas claire de sous-location du théâtre-casino municipal. Et en 1909, c’est la faillite.
En 1913 Gabrielle épouse Jean BERMANN à Marseille [6].
Encore un cas ! Né [7] à Marseille en 1874 d’un père suisse des Grisons et de mère inconnue ! On imagine Jean BERMANN père enlevant sa dulcinée mariée à un barbon, traversant la Suisse et se retrouvant à Marseille peut-être avec l’idée de franchir la Méditerranée… Finalement Jean fils devient lui aussi français grâce à la loi de 1893 [8]. En 1913 il est tapissier.
En 1914 le couple s’installe à Nice. D’après son neveu, Gabrielle y aurait été teinturière dans les années 1925-1930. Les annuaires de Nice mentionnent la teinturerie BERMANN rue Masséna (appelée rue Honoré-Sauvan pendant quelques années) de 1922 à 1928, à l’adresse même où Gabrielle finira ses jours.

Pour connaitre toute l’histoire de Gabrielle, quelques points restent à éclaircir :
• Comment est-elle arrivée à Paris ? avec une troupe théâtrale de Bordeaux ? directement ou en passant par Marseille ?
• Que s’est-il passé entre 1909 à Bône et 1913 à Marseille ?
• Qu’est devenu Gaston MOUNET / Marius Isidore AICARD(I) ?
• Quand Jean BERMANN est-il décédé ?
Toute piste permettant de répondre à ces questions est bienvenue.
Merci d’avance.












D’artiste chorégraphique à… teinturière !