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Fin 1917, Victor Latour retrouve les parents du Dragon Le Rigoleur mort à Rossignol en août 1914…

suivi de « Il faut retrouver le soldat Victor Latour »


jeudi 1er mai 2008, par Georgette Tarkin, Michel Guironnet

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Né le 15 septembre 1852 à Ploumagooar (Côtes d’Armor) Pierre Marie Le Rigoleur meurt le 27 janvier 1918 à Villers-en-Vexin dans l’Eure. La mort de trois de ses quatre fils à la guerre lui fut sans doute fatale. « Rossignol, un aussi joli nom pour perdre la vie lorsque l’on a vingt quatre ans… » nous écrit Georgette Tarkin, la petite fille de Pierre Marie ! Elle nous a confié deux lettres du soldat Victor Latour adressées à son grand père.

Né le 15 septembre 1852 à Ploumagooar (Côtes d’Armor) Pierre Marie Le Rigoleur meurt le 27 janvier 1918 à Villers-en-Vexin dans l’Eure.

La mort de trois de ses quatre fils à la guerre lui fut sans doute fatale :

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L’un des frères de Georges Le Rigoleur
  • Georges Robert, né le 16 mai 1890, du 6e Dragons, mort à Rossignol le 22 août 1914.
  • Raymond Charles, né le 10 juin 1894, du 51e RI, mort le 26 juin 1915 aux Eparges(55).
  • Albert Louis Lucien, né le 10 juin 1895, du 51e RI, mort le 18 avril 1915 à l’hopital temporaire de Neufchateau(88).

« Rossignol, un aussi joli nom pour perdre la vie lorsque l’on a vingt quatre ans… » nous écrit Georgette Tarkin, la petite fille de Pierre Marie ! Elle nous a confié deux lettres du soldat Victor Latour adressées à son grand père.

Rouen le 25 sept 1917

Messieurs et Madame,

Permettez moi de vous demander si vous avez eu dans votre famille un soldat du nom de Le Rigoleur Georges, de la classe 1910, Bureau de recrutement Rouen Sud N° 1387, lequel a combattu dans l’armée coloniale au combat de Rossignol.
Ce militaire doit en effet être hélas des morts au champ d’honneur et porté disparu.
Dans le cas que vous seriez de la famille de ce militaire et que vous n’auriez pas reçu tous les détails du combat et l’endroit où ce combat a eu lieu et la date, veuillez me demander des renseignements que je serai empressé de vous donner.
Agréez mes salutations empressées. Latour.

Mr Latour Victor, Caporal au 1er Régt d’Inf (anterie) Coloniale, Cherbourg.
Voici mon adresse actuelle : Latour Victor 87, rue des Charrettes Rouen ».

Rouen, le 1er octobre (1917)

Monsieur,

Je faisais partie du 1er Régt (régiment) d’Inf(anterie) Coloniale qui a combattu à Rossignol avec la 3e Division (d’Infanterie). Nous étions en effet précédés d’un escadron du 6e Dragon qui le 22 août (1914) était chargé d’assurer le service de protection.

Le temps était sombre, un épais brouillard ne permis pas aux cavaliers d’apercevoir l’ennemi qui occupait le bois ; il était exactement 6 heures du matin quand nous pénétrâmes dans le bois. L’ennemi assailli nos éclaireurs d’autant plus facilement qu’ils étaient avertis de notre arrivée par un aéroplane.
Quelques cavaliers seulement purent charger et se frayer un chemin à travert les lignes ennemies et rentrèrent dans nos lignes.
Surpris également, nous fumes entièrement anéantis ; comme les cavaliers notre avant-garde fut entourée et décimée à bout portant ; et malgré toute la bravoure des troupes coloniales, nous ne purent empêcher notre défaite qui fut épouvantable.

Blessé puis soigné chez un Belge, lequel fut réquisitionné par les Allemands pour enterré nos morts qui étaient très nombreux.
Ce Monsieur rentrait le midi et le soir après ce pénible travail et nous apportait les plaques d’identité des hommes qu’il avait enterré.
Parmi ces plaques, je pû lire celle de Mr Le Rigoleur Georges, Recrutement Rouen Sud, 1387, classe 1910.
Etant moi-même du Recrutement Rouen Sud, j’ai noté cette adresse et je l’ai conservée pendant trois années de ma captivité dans l’espoir d’en informer sa famille.

J’ai été emmené le 23 août 1914 en Allemagne, et rentrant ces jours-ci en France, j’ai été chercher votre adresse au Bureau de Recrutement.
Monsieur, je puis dire et vous affirmer que votre fils est enterré dans le bois de Rossignol, non loin de la route qui traverse ce bois en partant du village pour aller à Neufchâteau ; il a été enterré par Mr de Ligne ? habitant le village de Rossignol, Luxembourg Belge.
Ce Monsieur nous a rapporter que tous nos morts étaient fouillés, dévalisés avant qu’il arrive pour les enterrer.

D’après ce Mr, votre fils est enterré avec plusieurs soldats, comme lui morts pour le Pays.
Il repose donc dans le bois même de Rossignol ; sa plaque d’identité, seul objet trouvé sur lui, a été remise à un gradé du 1er Regt d’Inf. Coloniale, lequel a été aussi fait prisonnier et est encore en Allemagne.
Dans ce cas, aucun de ses objets personnels n’ont pu être ramassés pour être envoyés à sa famille puisque nos morts étaient déjà tous dépouillés avant qu’ils ne soient enterrés.

Monsieur, je m’associe à votre deuil et vous prie de croire à mes meilleurs sentiments. En restant à votre entière disposition pour le cas où vous auriez besoin de plus amples renseignements, ou pour vous préciser les renseignements. Latour V.

Caporal au 1er Regt d’Inf. Coloniale 5e Compagnie de Cherbourg.
En convalescence, adresse : Mr Latour Victor, Rue des Charrettes 87, Rouen »

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Le Dragon Georges Le Rigoleur (1890-1914) alors au 14e Dragons (peut être pendant son service militaire ?)

En 1914, les troupes coloniales stationnées dans la métropole, forment un total de douze régiments d’infanterie stationnés à Cherbourg (1er R.I.C.), (dont fait partie Victor Latour) Brest (2e R.I.C.), Rochefort sur mer (3e R.I.C.), Toulon (4e et 8e R.I.C.), Lyon (5e et 6e R.I.C.), Bordeaux (7e R.I.C), Paris (21e et 23e R.I.C.), Perpignan Cette (24e R.I.C.).Marseille (22e R.I.C.)

La 3e Division d’Infanterie Coloniale (D.I) dont parle Victor Latour est constituée au début de la guerre de la 1re Brigade d’Infanterie avec les 1er et 2e Régiment d’Infanterie Coloniale (R.I.C) et de la 3e Brigade d’Infanterie avec les 3e et 7e R.I.C. Un régiment d’artillerie divisionnaire,le 2° R.A.C, les soutient de ses trente six canons.

Le 22 août combattent avec la 3e D.I le 3e Régiment de Chasseurs d’Afrique et le 6e Escadron du 6e Dragons (dont fait partie Georges Le Rigoleur) ainsi qu’une compagnie du Génie.

La 3e D. I. C. se heurte ce jour là à Rossignol ; en Belgique dans le Luxembourg belge ; aux XIe et XIIe Divisions d’Infanterie allemandes du VI° Corps Silésien.

"Récit du combat de Rossignol" par le commandant Laurens

« …Une lourde matinée d’été, de blancs flocons de brouillard accrochés aux arbres des forêts, un soleil ardent qui annonce une journée brûlante, et la longue colonne que forme la 3° division coloniale, partie en même temps de Saint-Vincent et de Gérouville, se déroule sur la route de Neufchâteau.
La journée de la veille a été dure ; on a marché pendant près de 20 heures presque sans arrêt ; la nuit s’est passée aux avants- postes. Malgré cela, nulle trace de fatigue. On avance allégrement. Sur tous les visages se lit l’ardeur, je dirai même l’impatience d’aborder l’ennemi.
Pourtant on n’escompte guère le rencontrer aujourd’hui. Les ordres reçus ainsi que les renseignements nous affirment que jusqu’à la ligne de la Lesse, c’est à dire jusque vers Libramont, les Allemands ne sont pas en force. Tout au plus se heurtera- t-on à de faibles parties de cavalerie se repliant sans cesse devant nous.

A 6 h 30, la tête de colonne franchit la Semoy au pont de Breuvanne. A 7 h., elle traverse Rossignol sous les regards inquiets des habitants qui s’empressent de nous prévenir de la présence de masses importantes dans le voisinage immédiat. Il faut l’avouer, nous restons sceptiques tant les affirmations du Haut Commandement sont catégoriques.
Et puis, est-il temps encore de vérifier ce que l’on nous dit ? Une demi-heure plus tard, la lutte s’engage, inattendue, brutale, à 1500 mètres à l’intérieur de la forêt.

Le drame de Rossignol commence, drame en deux actes : l’acte de la forêt, l’acte de Rossignol.
Depuis le départ de Saint-Vincent, nos dragons refoulaient continuellement devant eux des groupes de cavaliers ennemis dont le gros de l’escadron occupait Rossignol.
Cet escadron bat rapidement en retraite, poursuivi par les nôtres , qui s’engouffrent derrière lui dans la forêt.
Tout à coup la fusillade éclate. Nos dragons mettent pied à terre et ripostent avec leurs carabines. Peu après ils sont rejoints par toute l’infanterie de l’avant- garde.

Dès ce moment, le combat prend un caractère de violence inouï. De 7 h30 à midi, les trois bataillons du 1er régiment et deux bataillons du 2° régiment, ces derniers , accourus en renfort vers 9 h, tiennent tête désespérément à des forces plus de deux fois supérieures.
…Nos hommes fauchés par des mitrailleuses, habilement dissimulées dans les fourrés, ne se contentent pas de résister sur place. Mieux que cela, ils veulent saisir à tout prix à la gorge l’adversaire invisible qui les massacre. Ce sont d’héroïques et folles charges à la baïonnette, renouvelées sans cesse et arrêtées chaque fois par un feu effroyable qui fait dans leurs rangs d’effroyables vides ; cependant nul indice de découragement, pas le moindre indice de défaillance…

Mais, tandis que les heures s’écoulent, la tâche devient surhumaine.
Quelle que soit la bravoure dépensée, le moment vient où les débris de ces cinq bataillons, réduits à des paquets d’hommes, sans chefs, sont contraints de se replier sur le village.

Leur retraite s’exécute lentement, très lentement. Ils ont donné à l’ennemi un tel sentiment de leur force et de leur ténacité que ce dernier ne les suit qu’avec d’infinies précautions et qu’il ne se décide à déboucher de la lisière que vers trois heures de l’après-midi. Encore mettra-t-il près de quatre heures pour franchir les 7 ou 800 mètres qui séparent la forêt du village…

…Aucun secours ne vient et à mesure que passent les heures, apparaît de plus en plus aux combattants de Rossignol la certitude de leur holocauste.
Mais puisqu’ils doivent mourir ; du moins mourront-ils en beauté, faisant payer très cher à l’ennemi son succès… »

Madame Georgette Tarkin ; fille de Roger Louis Le Rigoleur, le dernier frère des trois tués au cours de la Grande Guerre ; m’écrit, en relisant ce récit :

« Je suis femme et je ne pense pas que l’on meure en ’’beauté’’ je n’aime pas cette expression.
Mourir de peur, de désespoir, de chagrin, de regrets. Dans ces moments d’horreur vécus par ces soldats, je pense et je crois qu’une seule pensée devait leur venir à l’esprit, leur mère, leur épouse, leurs enfants, parfois même leur adversaire en face et du même âge.
90 ans plus tard, le regard sur" l’ennemi du moment "n’étant plus le même, pourquoi ne pas avoir une pensée émue pour l’autre. »

Elle a bien raison !

Sur les combats de Rossignol, voir le très riche site rossignol.free.fr et aussi http://batmarn1.club.fr/rossignol2.htm.

Sur le site du Chtmiste, voir chtimiste.com

Il faut retrouver le soldat Victor Latour

Victor Latour est caporal au 1er Régiment d’Infanterie Coloniale en août 1914.

Comme il l’écrit, son régiment est alors effectivement caserné à Cherbourg.
Ce soldat est fait prisonnier le 23 août 1914 à la Bataille de Rossignol. A son retour de captivité en Allemagne en septembre 1917, il dit être "en convalescence" au 87, rue des Charrettes à Rouen.

Deux questions se posent :

1/ Comment ce soldat peut il rentrer en France alors que la guerre n’est pas terminée ?

2/ La rue des Charrettes à Rouen (elle existe toujours) est peut être là où habite sa famille ? A moins que ce ne soit un hôpital temporaire ?

Rien ne correspondant dans les fiches de "Mémoire des Hommes", Victor Latour doit pas être mort au combat. Comment retrouver ce soldat et savoir ce qu’il est devenu ?

Un indice m’est fournie par la fiche de Georges Le Rigoleur :

« Mort pour la France le 22 août 1914 au combat de St Vincent Rossignol (Belgique) renseignements de la Croix Rouge de Berlin… porté disparu, a fait l’objet d’un jugement déclaratif »

Serait ce auprès de Victor Latour que La Croix Rouge de Berlin a recueilli ces renseignements ? C’est possible.

Grâce à une question sur Memorial-GenWeb et Genemil j’ai une partie de la réponse : « Il a très probablement fait partie des rapatriés via la Suisse sous la houlette de la Croix-Rouge. Les Allemands ont du considérer qu’il n’avait aucune chance de reprendre le combat ou une place dans l’industrie. De nombreux trains ont ainsi transités, avec aussi de nombreux civils, en particulier des Ardennais et ce pour réduire les bouches à nourrir dans la zone occupée afin de limiter la portée du blocus » (réponse de Sébastien Haguette).

Je contacte donc le Comité International de la Croix Rouge. Il dispose d’archives conséquentes et s’occupe des prisonniers pendant la Grande Guerre.

Rapidement les éléments sur Victor Latour me sont transmis. A noter que cette recherche "a été traitée gratuitement à titre exceptionnel" par Madame Marie Mériaux des archives du CICR.


Ce Caporal au 1er RIC de Cherbourg se nomme Victor Henri Latour, né le 4 décembre 1881 à Saint Pierre les Elboeuf.
Sa date de naissance (il a donc 33 ans en 1914) devrait me permettre de retrouver le nom de ses parents, peut être même de savoir s’il était marié et aussi la date et le lieu de son décès.
Malheureusement, deux demandes auprès de la Mairie de Saint Pierre les Elboeuf sont restées sans réponse.

Son numéro matricule est le 1168 Rouen Sud...C’est pourquoi il a retenu le nom du soldat Le Rigoleur du même recrutement.

Sur place, aux archives départementales de la Seine Maritime, il faudrait consulter son registre matricule. Il nous en apprendrait beaucoup sur lui (description physique et parcours militaire : service militaire et guerre).

Les quelques informations sur son lieu de détention en Allemagne m’ouvrent de nouvelles pistes. Ces renseignements proviennent d’une liste établie par les autorités allemandes et d’une liste transmise par les autorités militaires suisses :
« capturé le 22 août 1914 à Rossignol, "prisonnier de guerre en mains allemandes détenu au "Gefangenenlager Erfurt" (selon une liste reçue le 24 février 1915) ».


Sur le site http://prisonniers-de-guerre-1914-1918.chez-alice.fr/index.htm plein d’informations, il est dit au sujet de ce camp de prisonniers :
« Erfurt : 14.000 ou (15.000) prisonniers militaires Français, Russes, Belges et Anglais dont 1.200 ne sont jamais revenus, situé dans la Thuringe (ou province de Saxe), entre Weimar et Gotha, commandé par le Général GRAEDE (région du XIe Corps d’Armée) ».

Il y a même une carte postale !



Libéré d’Allemagne, Victor Latour est « interné à Frutigen, Pension Bellevue, Suisse (selon une liste datée de 1916) » Frutigen (en français Frutenges) est une commune suisse du canton de Berne, située dans le district de Frutigen.

Sur le retour des prisonniers d’Allemagne, en passant par la Suisse, pendant la Guerre de 14-18, voir ce lien.

Peut on en savoir plus ? Un lecteur du Magazine détient peut être la solution !

P.-S.

Cette nécessaire recherche d’informations complémentaires pour situer ce document dans son contexte n’a été possible que grâce à la « galaxie » des sites et forums sur Internet consacrés à la Grande Guerre et à ses passionnés. Qu’ils en soient ici remerciés ! Michel Guironnet

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1 Message

  • Merci beaucoup à Michel Guironnet et Georgette Tarkin. Lettres et récits
    offerts ici servent admirablement l’Histoire et,en même temps,nous touchent au plus profond du coeur.

    En somme,ces témoignages et ces recherches font plus,beaucoup plus que tous les poncifs et discours ampoulés,pour nous dire que nous faisons partie d’un même peuple.Et que nous pouvons en être fiers.

    Nicole,petite-fille de Charles Goêller,tué pour la France à Rossignol,le 22/08/14

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