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Gabriel Chapuis, un auteur majeur oublié de la Renaissance

Le neveu de Claude Chapuis

Le lundi 1er septembre 2008, par Anaïs Balourdet

Qui était Gabriel Chapuis ? Quelle a été sa contribution dans le panorama littéraire d’hier et d’aujourd’hui ? Quels sont encore les mystères de sa biographie ? Pourquoi le connait-on si mal, lui dont les ouvrages et les traductions s’arrachent à prix d’or ?

Savez-vous qui traduisit en français, et pour la première fois, Othello de Shakespeare ? L’œuvre du maître fut d’abord traduite en italien, après avoir été éditée en anglais. Mais il faut savoir que même les versions anglaises de Shakespeare étaient rarement l’œuvre physique de l’écrivain, car Shakespeare n’éditait pas ses pièces lui-même. Les textes existants sont pour la plupart transcrits de mémoire après la représentation sur scène, ou tirés du manuscrit autographe du Maître, ou du « quarto » du metteur en scène. Aussi, après une première édition anglaise, désormais introuvable, Othello fut traduit en italien. Et c’est à partir de cette traduction éditée pour la première fois en version française, en 1584 par Gabriel Chapuis, que fût transmise à Shakespeare le sujet de son Othello. Comme bien souvent, le Français a joué le rôle de médiateur entre l’italien Cinthio et l’interprétation anglaise. Aujourd’hui encore, c’est sur cette version de Gabriel Chapuis que le public français découvre Othello !

Mais qui était Gabriel Chapuis ? On trouve différentes écritures pour son patronyme, un comble pour ce linguiste et traducteur : Chappuys, Chapuys, Chapuies...

C’est l’un des personnages importants de l’école de traducteurs tourangeaux de la Renaissance, dont Joachim Perion. Interprète officiel du roi pour l’espagnol et féru d’italien, Gabriel Chappuys, surnommé « Le Tourangeau », est un des plus féconds traducteurs de son temps.

Si chacun sait que la Renaissance fut la une période majeure pour la littérature européenne, comment mettre de côté que cette richesse n’aurait jamais été ce qu’elle fût si les les œuvres des auteurs de chaque pays n’avaient pas été traduites pour être connues de tous ? La Renaissance, avec un grand « R », c’est un tumulte, une vague, un souffle, produit de la « petite » renaissance de chaque pays, dont les artistes furent les mécènes. Les tableaux, sculptures et autres modes d’expression, comme la musique, étaient de nature à communiquer par eux-mêmes. Or les œuvres littéraires, à l’inverse, n’auraient pu avoir cet impact sans être traduites. Leurs traducteurs les firent connaitre en donnant de cette façon la possibilité à d’autres d’enrichir leurs sujets, romantiques, politiques ou sociaux.

Gabriel Chapuis est l’un de ces traducteurs, peut-être des moins remerciés actuellement, tandis qu’il permit la diffusion en France de cette richesse. Sans lui, les auteurs français seraient restés ignorants de l’évolution littéraire du monde, et n’auraient sans doute pas autant rayonné.

Gabriel Chappuys nait à Amboise entre 1546 et 1550, neveu de Claude Chappuys.

Né à Amboise, Claude CHAPPUYS (1500-1572 ou 75) deviendra poète de la cour sous François Ier puis Henri II. Il était très lié au cardinal Jean du Bellay et connut Rabelais à Rome. Ses « Poésies intimes » sont « d’un lyrisme très personnel ». Il participa aux fameux blasons anatomiques du corps féminin dont celui de « La main ». Malgré ces écrits... dont Sade a parfaitement pu s’inspirer, il fut Chanoine et doyen de l’Eglise de Rouen, et gardien de la Bibliothéque Royale. Il assuma aussi la charge de valet de chambre de François Ier de 1532 à1565. Les archives d’Amboise exposent clairement qu’il se trouvait avoir pour proche parent Héliot Chapuis (aïeul, père, oncle ?), dispensé de la taille pour avoir été nommé en 1468 Sommelier de L’Echansonnerie du Dauphin.

Gabriel Chappuys fût élevé par cet oncle, et il dû trouver un moyen de subsistance à la mort de ce dernier. On ignore le nom de ses parents et on le dit natif de Tours, de Nozeroy ou d’Amboise, selon les sources. Il vécut en tout cas à Lyon jusqu’en 1583, puis s’installa à Paris au service de Pierre Duzio.
Son existence fut celle d’un poéte familier des grands dont il attendait la récompense pour ses travaux. Il accompagna à Rome le cardinal de Guise, en qualité de secrétaire-interprète. C’est là qu’il acquiert la maitrise de l’italien et qu’il fait la rencontre du duc de Savoie, Emmanuel-Philibert. Protégé de Séguier, du prince de Joinville, du duc de Joyeuse, il était aussi très lié à Duverdier. En 1585, il sucède à Belleforest et obtient le titre d’historiographe de France, et se retrouve ainsi chargé d’archiver et communiquer les événements du règne sous Henri III. En 1596, il devient secrétaire-interprète du Roi de la langue espagnole. Il pratique aussi latin et grecque. Il est sans doute le traducteur le plus productif de son temps. Il meurt à Paris vers 1611.

Les premières traductions portent sur les préceptes littéraires de Giraldi : des dialogues philosophiques italiens-français. Presque immédiatement Chappuys commence la traduction des Cent Nouvelles de Giraldi, critique de mœurs. Publiés à Modène en 1565, ces contes exercèrent une influence importante sur la littérature internationale et leur traduction se répand rapidement par toute l’Europe : elle va servir d’inspiration au jeune poète Jean-Edouard du Monin, pour écrire en 1585 son L’Orbecc-Oronte. On y trouve entre autres, les sources de deux pièces de Shakespeare : Othello et Measure for Measure. C’est effectivement cette traduction des Cent Nouvelles de Chapuis que Shakespeare va utiliser, puisque Giraldi ne sera traduit en anglais qu’en 1753.
Gabriel Chappuys a traduit également Boccace et Arioste.
Puis il s’empara de La Storia d’Italia de Guicciardini, dont il change le titre fort simple du départ en un résumé de l’œuvre.
Puis il traduisit Cortesano de Castiglione.
Chapuis ne se borne pas a traduire : il interprète aussi. Ses traductions sont souvent ponctuées de digressions, excusables par son souhait d’enrichir les œuvres de précisions sur les influences de leurs auteurs.

Outre une multitude d’œuvres italiennes ( Léonard Fioravanti Bolognois, Doni, Nicolo Franco, Botero Benese, Stefano Guano. Cavriana, Panigarole, Canilíle Musso), il met aussi sa connaissance de l’espagnol à profit.
En premier lieu, parmi une longue série d’œuvres à caractère historique ou littéraire, les livres de Chevalerie, d’Amadis de Gaule, œuvre à la mode dans une société friande de galanterie.

Ou encore des œuvres théologiques (traductions du Révérend Père prédicateur Juan de Avila et du franciscain Alphonse de Madrid). Sans omettre de parler de ses traductions latines, moins illustres : Oraison funèbre de Marguerite de Valois, fille de François Ier, qu’il augmente d’un sonnet de son crû, prêté à la bouche de la jeune femme (1574).

Enfin, ne se contentant pas de traduire ( et augmenter) des œuvres étrangères, il s’adonna à la poésie et aux essais sociaux, historiques et politiques, dont le plus célèbre étant « Les facétieuses journées » contenants 100 nouvelles (1584), « Les Figures de la Bible » (1582), mais aussi « La Toscane française italienne » , les colossales « Les Chroniques et Annales de France », avec les généalogies et effigies des rois (1585), « Histoire de la Guerre de Flandres » éditées en 1611, « Histoire du royaume de Navarre », 1596, « L’Art des Secrétaires » dans lequel l’auteur propose un exposé de son activité de traduction...

Plusieurs Chapuis furent médecins. Or on sait que Chapuis Gabriel épouse Ambroise Akakia. Ainsi, il n’est pas difficile de supposer, par le patronyme peu courant « Akakia » et les célébres Chapuis médecins, franc-comtois et lyonnais, que cette Ambroise Akakia est issue de la descendance de Martin Akakia, Chirurgien châlonnais de François Ier. Enfin, Saint-Allais prête à Gabriel Chapuis et Ambroise Akakia une descendance intéressante, à savoir une fille, Ambroise Chapuis, épouse de Martin de Marmande. En 1625, Martin est Valet de chambre de Louis XIII, Huissier de la Chambre de Sa majesté par lettres de retenue, en 1648, il est Maitre d’Hôtel Ordinaire de Louis XIV par Lettres, puis Maître d’Hotel du Duc d’Elbeuf en 1665 au moment du mariage de sa fille avec Aigneville.
Une autre descendance est donnée de Gabriel Chapuis, à savoir un garçon prénommé François. Or, cet auteur ne serait un réalité qu’un simple pseudonyme de Gabriel pour éditer certaines œuvres.

Bien sur, si j’ai porté un intérêt à Gabriel Chapuis, ce n’est honteusement pas par curiosité littéraire au début, mais bien parce qu’ancêtre en ligne directe, du moins si j’en crois M. de Saint-Allais.
Un oncle et un neveu bien sympathiques, que les dictionnaires de littérature récents ont décidé d’oublier, tandis qu’ils étaient des plus illustres en leur temps. Un hommage donc à Gabriel Chapuis, sans qui les auteurs français auraient tourné en rond dans l’ignorance du reste de la littérature européenne, et dont on aurait aujourd’hui probablement que peu de raison de parler, du moins pas assez pour en oublier leur plus fidèle serviteur...

Source principale : Irene Romera Pintor, « Un traducteur oublié de la Renaissance : Gabriel Chappuys » (BUCM), dont j’ai en partie repris le fil conducteur pour exposer son oeuvre, et augmenté de recherches nombreuses sur sa vie, son oncle, et sa descendance.


Voir en ligne : Nouveau dictionnaire historique

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2 Messages

  • Gabriel Chapuis, un auteur majeur oublié de la Renaissance 19 septembre 2008 21:09, par Finnegan

    Il y a une confusion, au début de l’article, concernant l’Othello de Shakespeare.

    Cette pièce date de 1603 ou 1604, bien après la date indiquée dans l’article, donc (en 1584, Shakespeare avait 20 ans et n’avait probablement encore rien écrit).

    Ce n’est donc pas la pièce de Shakespeare que Chapuis a traduite, mais bien les Ecatommiti de Giraldi Cintio, dont la traduction parut en Français, elle, en 1583-84, sous le titre Cent Excellentes Nouvelles.

    C’est d’un des récits de ce recueil (L"histoire de Disdemona de Venise et du capitaine maure) que Shakespeare s’est inspiré.
    Mais il n’est pas du tout sûr qu’il ait lu le texte dans la traduction de Chapuis, même s’il est avéré qu’il lisait le Français - comme il lisait également l’Italien, il est plus probable que le dramaturge ait lu cette nouvelle tout simplement dans le texte original...

    Autrement dit, et contrairement à ce qu’avance l’article, il n’y a probablement aucun lien entre Chapuis et Shakespeare...

    Répondre à ce message

    • Gabriel Chapuis, un auteur majeur oublié de la Renaissance 29 septembre 2008 00:52, par Anaïs Balourdet

      Monsieur,

      Je pense en effet avoir commis une erreur dans ma tournure de phrase : « Et c’est à partir de cette traduction que fût éditée pour la première fois la version française, en 1584 par Gabriel Chapuis. ». Je n’ai de plus tout bonnement pas terminé ma phrase ...

      J« aurais du écrire, comme je l’exprime d’ailleurs par la suite tout au long de l’article : »Et c’est à partir de cette traduction éditée pour la première fois en version française, en 1584 par Gabriel Chapuis, que fût transmise à Shakespeare le sujet de son Othello." Je vais faire rectifier auprès du modérateur du site.

      Pour preuve que finalement, nous disons la même chose et qu’il n’était pas question de dire que Chappuis a traduit Shakespeare ... : « C’est effectivement cette traduction des Cent Nouvelles de Chapuis que Shakespeare va utiliser, puisque Giraldi ne sera traduit en anglais qu’en 1753. »

      Veillez m’excusez de mon empressement lors de la rédaction finale de mon article, après 2 ans de recherches sur la généalogie et l’impact de G. Chapuis.

      Tout comme je ne vous tiens nullement rigueur de n’avoir pas avoir lu l’article jusqu’au bout pour noter que le reste du propos n’est pas erroné. Le lien entre la traduction de Chapuis et l’œuvre d’Othello n’est pas une affabulation sortie de mon esprit, certes étourdi, mais bel et bien l’analyse de plusieurs critiques et analystes littéraires, dont je n’ai pas la prétention de remettre en cause le travail. D’ailleurs, je crois citer mes sources.

      Merci toutefois d’avoir porté un intérêt à mon article, et d’avoir noté l’importance des traductions dans l’Europe de la Renaissance, qui ont permis à certains auteurs d’en tirer inspiration et d’en garder la notoriété. Si ... si ...

      Bien à vous,

      Anaïs Balourdet

      Pour compléter :

      http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre4849-page13.html#page

      http://www.universalis.fr/encyclopedie/BI00702/OTHELLO_W_Shakespeare.htm

      Répondre à ce message

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