
- Gaby équipée pour la course
- "Le Journal" 22 avril 1930
| Pour faire connaissance avec Gaby, "un ange blanc dans la Grande Guerre" |
Gaby et les courses et rallyes automobiles
Il faut se souvenir qu’à partir du milieu des années vingt, un certain nombre d’épreuves automobiles féminines voient le jour. Gaby est parmi les pionnières à s’y aventurer. Pour elle, à la différence de ses consoeurs, le risque, le vacarme et les odeurs fortes (ah celle de l’huile de ricin) n’ont rien de nouveau et elle semble même savourer la fin de la monotonie et le retour à une certaine forme d‘exaltation.
Ce milieu bien sulfureux de la course automobile féminine rassemblait alors des personnalités marquantes et des caractères originaux. Il fallait en effet beaucoup de culot pour s’aventurer dans un domaine réputé dangereux et de surcroit essentiellement masculin.
Pourquoi qualifiait on alors de sulfureux le milieu de la course automobile féminine ?
La course automobile était un univers d’argent, de vedettariat, de danger. Lorsqu’une femme s’y aventurait, une partie du public tendaient à y voir une transgression des normes de genre. Hellé Nice et Violette Morris illustrent ce phénomène : toutes deux furent décrites à travers leur apparence, leur vie privée, leurs mœurs supposées ou leur rapport aux codes féminins, bien davantage que leurs seules performances sportives. Deux éléments expliquent cette posture.
D’une part, le fait pour une femme d’adopter des comportements associés au monde masculin entrainait immédiatement le soupçon. Vêtements masculins, homosexualité assumée, langage brutal, Violette Morris en offre un cas extrême. La Fédération française sportive féminine invoqua d’ailleurs explicitement les « bonnes mœurs » pour l’écarter.
D’autre part, une culture de la publicité assez malsaine et interlope entourait les femmes pilotes. Hellé Nice, pourtant pilote de haut niveau, venait du music-hall et posa comme modèle nue. Sa carrière fut volontiers enveloppée d’allusions à ses liaisons avec des pilotes ou des aristocrates, alimentant une image de scandale.
Le prétendu caractère « sulfureux » venait donc surtout de la collision entre l’émancipation féminine et les normes bourgeoises dans l’Europe de l’époque. Une femme pilote était considérée comme trop visible, trop libre, trop mobile, trop liée à l’argent, au corps et à la vitesse.
Côtoyer le monde assez particulier de la course automobile n’avait rien d’ordinaire et, pour certaines relevait de la provocation. Gaby parlait ainsi de sa « collègue » Violette Morris qui s’était fait couper les deux seins (mastectomie bilatérale) pour pouvoir porter plus aisément les costumes masculins qu’elle affectionnait.
Grande admiratrice d’Hitler qu’elle a rencontré en 1936. En 1940, elle deviendra collaboratrice de la Gestapo et sera exécutée par la résistance.
Parmi les autres noms célèbres (en France), il faut citer Élisabeth Junek, Hélène Delangle, une danseuse de revue plus connue sous le nom Hellé-Nice qui deviendra une pilote habituée de Bugatti, Mme Schell qui remportera le Paris La Baule en 1928, Anne Rose Itier, Charlotte Versigny, Odette Siko, ou encore Annet Badel [1]
1929
La crise économique mondiale éclate, l’atmosphère s’assombrit, mais c’est aussi – heureuse coïncidence - la première grande année de courses automobiles pour Gaby. Il est vrai que la vogue des rallyes automobiles féminins commence précisément cette même année !
Dans ce milieu fréquemment assez décadent, Gaby parviendra semble t’il à rester à l’écart des dérives communes.

- Concours d’élégance
- St Raphaël 1929
29 Février : Gaby court sur Rosengart le premier rallye automobile féminin Paris-Vichy-Saint Raphaël [2] organisé par le quotidien Le Journal et le comte de Rohan – Chabot. Gaby est membre du French Ladies Automobile Club.
| L’entrepreneur Lucien Rosengart fonde en 1905, une entreprise de petite mécanique (armement notamment). Il dépose nombre de brevets d’invention et rencontre à cette occasion René Plasseraud, lui même ingénieur ECM, membre de la Société des ingénieurs de l’automobile (SIA) et conseil en brevets d’invention (Cabinet Weismann, Paris). En 1928, avec l’ingénieur Jules Salomon, en collaboration avec Citroën, il se lance dans la construction automobile, domaine alors très "porteur". Pour faire connaître ses petites voitures populaires, il cherche des pilotes. Gaby, amie de René, qui s’intéresse à l’automobile fera l’affaire. |

- Gaby se protège du froid devant son coupé Rosengart.

- Extrait de "Le Journal" 24 février 1929
Malgré des conditions très difficiles de neige et de verglas (voir ci-contre), Gaby arrive au bout du parcours [3] ;
Ayant eu des problèmes avec un mécanicien trop pressant, Gaby décide de remplacer celui-ci par un sac de sable de poids équivalent. Désormais, elle affrontera donc seule, les difficultés de la route [4] Heureuse surprise, frais et cadeaux compris, le rallye lui rapporte 800 francs.
Cette année là Gaby est très investie dans le sport automobile :
- 29 mai - 4 juin : elle participe au Championnat féminin de l’automobile sur la piste de Linas - Monthléry. Elle termine 8e.
Le 2 juin, L‘Intransigeant consacre un article au Grand prix automobile féminin, « Sur un autodrome fleuri ».
Gaby est citée dans la presse : le 2 et 3 juin dans "Les Sports", le 3 juin papiers dans Le Journal et L’Auto.
- 7 juin : elle court sur le Paris-Vichy
- 9 juin : course Toul – Nancy. Concours de vitesse automobile, 500 km, départ arrêté.
- 20 au 29 juin : elle est inscrite au Rallye d’Ostende (voir ci-dessous)

- "L’ Intransigeant" 28 juin 1929
Le succès arrive, elle gagne (ou arrive classée) à plusieurs autres fameux rallyes :
- Rallye des Châteaux de l’Ile de France (en mai) : 1° féminin,
- Championnat- Monthléry,
- Paris - Vichy : classée 8e, 1350 francs de prix.
- Rome - Ostende (couché à Alessio, Grossetto, Rome, ....), classée 3e, 3000 francs de prix.
- Deauville – Rallye des capitales (14 aout-3 septembre) Gaby a le numéro 48.
- Dieppe : 445 francs, Deauville - La Baule : 1130 francs.
Elle devient visible sinon connue. Gaby parait désormais à l’aise financièrement [5].

- Rallye des Capitales
- Gaby au volant de sa Rosengart
1930
Selon Jean-François Bouzanquet, historien des « femmes pilotes de course », c’est en 1930 que « ça devient sérieux ». C’est le début de l’ère des Gentel-women drivers.
Comme pour les constructeurs automobiles, l’image de la femme est reconnue comme un puissant argument de vente, ils ne se privent pas de l’utiliser !
Sensible à cette atmosphère, Gaby est désormais vraiment habitée par le démon de la course automobile. C’est sa grande année de rallyes !
L’année automobile commence fin février avec le Paris – Vichy - Saint Raphaël féminin [6] : elle termine 7 ° de sa catégorie (4 et 5CV).
Les vérifications administratives et techniques, bon enfant, se passent à la Concorde, devant l’Automobile club de France et l’hôtel de Crillon. Distribution des plaques de rallye et des paniers pique-nique par les chefs des grands restaurants de Paris. Départ lancé avec la bénédiction de la duchesse d‘Uzès et du comte de Rohan-Chabot. Premier contrôle Orly, direction Nevers.
Cette course, mi- légère, mi- sérieuse, est avant tout un parcours de régularité. Les concurrentes sont autant étrangères (notamment britanniques, italiennes et tchèques) que françaises et "… c’est toute la fine fleur des rallyes, du gratin parisien et des sports-women anglaises, qui s’ébroue sur ces routes de France au mois de février" [7]

- Au départ !
- Gaby est à gauche. Le chapeau cloche est de rigueur
La descente vers la Méditerranée se fait en quatre jours et trois étapes par Nevers, Vichy, Lyon, St Étienne, Grenoble (col de la Croix Haute avec chaines prêtées par le syndicat d’initiative de Grenoble). Ensuite, la route Napoléon par Sisteron, Manosque, Marseille, Toulon, Fréjus et St Raphael.
À l’arrivée, fleurs, vin d’honneur et banquet les attendent [8] Gaby note que les épreuves de cette année sont moins difficiles que celles de l’année précédente.

- Traversée des stations de ski des Alpes
18 avril au 4 mai : Tour de France Automobile 1930 organisé par le Motocycle Club de France avec le concours du Journal. Elle gagne une coupe.
19 avril : Gaby est à Lille. Elle est alors en tête de la catégorie 750.
17-18-19 juin : En course pour la Paris – Vichy. ! Elle passe par La Rochelle, les Monts du Lyonnais, Grenoble...

- Concours d’élégance à Vichy, juin 1930
- Sa fille Yane est au volant de la Bugatti.
| René Plasseraud est à l’époque en relations avec Ettore Bugatti (toujours les brevets d’invention !) de Molsheim (Alsace). Celui-ci, comme Rosengart auparavant, souhaite valoriser et populariser sa marque. La jeune et jolie Gaby, ayant déjà fait ses preuves, est la candidate rêvée. C’est par ce biais que Gaby rejoint l’écurie Bugatti. |
1931
Le 22 février, Gaby participe au rallye Paris-Vichy au volant d’une Bugatti type 40. Elle remporte à cette occasion une coupe que je possède toujours.
À Lyon (Palace Hôtel), en remontant vers Paris, Gaby, qui malgré ses efforts est loin d’être en tête, note désabusée : « Moi aussi j’ai compris, leurs voitures sont toutes truquées et préparées spécialement ; moi j’ai un pauvre truc de série, donc la course de vitesse et celle de côte ne sont pas pour moi ! ». « Demain, à Grenoble et la course de vitesse. On verra bien ».

- Le Miroir de la route 22 février 1931
| Qui est la dame assise à côté de Gaby ? |
24 mars : Gaby est à Nice (hôtel Plaza et de France, Bd de la Madeleine), toujours fort déçue par le moteur de sa voiture.
En mai : Rallye des châteaux de l’Île de France. Gaby est l’engagée numéro 10.

- Permis de circulation 1931

- Permis international de conduire 1932
| Marcel Le Bigot, époux de Gaby (1919), capitaine d’infanterie coloniale, né en 1896, héro de la Première Guerre mondiale (Voir in Histoire et Généalogie, 28 septembre 2017, Marcel Le Bigot, héros de la Grande Guerre, Une blessure "décisive") était l’aide de camp du général Gaston Billotte, commandant supérieur des troupes françaises en Indochine. Il est mort le 24 octobre 1930 dans un accident d’automobile (peut-être un attentat des nationalistes vietnamiens) au Tonkin. René Plasseraud (1901-1970), cousin issu de germain de Gaby, sera longtemps un proche ami à elle, avant de l’épouser en 1938. Après son second mariage, Gaby se « rangera » et se consacrera à son foyer et à l’éducation de ses enfants. Yves Plasseraud est le fils de René Plasseraud et de Gaby. |
1932-1933
Le 23 avril 1933, Gaby court le rallye de Monte-Carlo. Il s’agit vraisemblablement de sa dernière participation à une compétition automobile. Il est probable que René l’a alors encouragée à quitter définitivement ce milieu considéré par lui comme trop décadent.

- Rallye automobile Monte Carlo 1933












Gaby, pilote de course automobile