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Marcel Le Bigot, héros de la Grande Guerre

Une blessure « décisive »


jeudi 28 septembre 2017, par Michel Guironnet, Yves Plasseraud

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Fin octobre cette année, il y aura 100 ans que Marcel Le Bigot a été très gravement blessé au Chemin des Dames. Cette blessure fut, pour lui, « décisive » puisqu’elle est à l’origine de sa rencontre avec Gaby !
Pour lui rendre hommage, nous évoquerons ici ses années d’avant guerre et son parcours de valeureux militaire ; d’avril 1915 jusqu’à la fin de la guerre.

Avant guerre

13 octobre 1896 : naissance de Marcel Le Bigot [1]dans l’Ouest de Paris au sein d’une famille d’enseignants, assez modestes mais très travailleurs et particulièrement austères. Son père, Jean, Marie, Aimé, Alexandre Le Bigot, doit être répétiteur à Camille Sée ou à Buffon. La famille vit alors dans un pavillon (aujourd’hui détruit), 3 rue Quinault Paris, 15e. Marcel a un frère, prénommé Maurice et une sœur appelée Marguerite.

29 juillet 1905 : Marcel est en classe préparatoire au Lycée Buffon. Il obtient le premier prix en Histoire & Géo.

1907-1913 : Marcel poursuit ses études secondaires à Paris au Lycée Buffon. C’est un élève exceptionnellement doué, dans toutes les matières et dans toutes les classes. Au début, ses professeurs jugent cependant qu’il manque peut-être un peu de maturité pour son âge.

1914 : Marcel est Bachelier es lettres.
3 août : c’est la guerre ! Marcel, très patriote en est bouleversé.

Marcel à la guerre

1915
1er avril : Marcel est reçu au bac philo, il ambitionnait Normale Sup.
Le 7 avril, il est incorporé comme 2e classe au 167e Régiment d’infanterie. Il poursuit des études littéraires tout en étant militaire !

Admis comme élève aspirant, Marcel est en subsistance [2] au centre d’instruction de Joinville à compter du 11 avril 1915.

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11 mai 1915
Eléve Aspirant au 167e Régiment d’Infanterie

« Rejoint le dépôt (du 167° régiment d’infanterie) le 30 août 1915 »

Nommé aspirant au 160e régiment d’infanterie le 1er septembre 1915, il passe le 4 octobre au 156e régiment d’infanterie.
Du 1er au 22 septembre : stage de mitrailleur à Chaumont.

1916
14 janvier : fait un stage de chef de section à Charmes jusqu’au 13 février 1916.

« Le 9 mars dès 7 heures du matin, un bombardement intense avec obus de tout calibre et gaz suffocant se déclenche sur les premières lignes, le ravin de Louvemont, le bois d’Haudromont et la côte du Poivre. Le feu atteint son maximum d’intensité vers 11 heures. A 12 heures, tirs de barrages à gaz lacrymogène en arrière des premières lignes.
A 12h15, l’ennemi attaque violemment sur la côte du Poivre, le ravin de Louvemont et Ie bois d’Haudromont. L’attaque est partout enrayée, les vagues sont décimées, avant d’avoir pu aborder les lignes. »
Extrait de « Le Quinze Six pendant la Grande Guerre »  [3].

Dans le JMO du 156e régiment, dans l’interminable liste des « Pertes du 25 février au 11 mars 1916 Bataille de Verdun, Froide Terre, Bras, Cote du Poivre, etc »  [4] il est noté à la date du 9 mars 1916 : « Lebigot Marcel, 9e Compagnie, Aspirant, blessé »

Citation à l’ordre du régiment N° 32 en date du 10 mars : « Aspirant énergique et très actif, d’un zèle et d’un dévouement à toute épreuve ; au cours des opérations au Nord de Verdun a su témoigner de son sang-froid et de son courage dans une reconnaissance poussée très loin et fort bien menée » [5].

Marcel souffre de « contusions multiples par éclatement d’obus » [6]. Evacué, il est soigné à Chaumont sur Aire, à l’hôpital numéro 4 de Poitiers, à l’hôpital du Grand Palais, à celui des Arts et Métiers. Ensuite, il part au dépôt de convalescence au Lycée Michelet.
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Décoré de la Croix de Guerre

22 août : Rentré au dépôt.
11 novembre 1916 : Détaché pour faire un stage de perfectionnement des Élèves Officiers à Valreas.

1917
10 février : Marcel passe au 1° Bataillon de Chasseurs à Pied (B.C.P). Il vient d’être nommé sous-lieutenant à Titre Temporaire dans l’armée active.
Il se distingue immédiatement : « intrépide au-delà de toute expression, exigeant pour ses subordonnés, plus exigeant encore pour lui-même,... » [7].

12 février : Rentré au dépôt.
Le 22 février, il déclare « J’ai l’intention de poursuivre ma carrière militaire ».

13 mars : Parti en renfort au 1er BCP. Dépôt divisionnaire.
18 mars : 1er Bataillon de Chasseurs à pied aux armées.

Blessé au Chemin des Dames

Marcel est Sous Lieutenant au 1er Bataillon de Chasseurs à pied, 2e Compagnie (Compagnie Delevaque) Son bataillon marchant à l’attaque,il est gravement blessé.

Le 23 octobre 1917, à Chavignon (Aisne) ; entre Laon et Soissons, vers la Ferme de la Malmaison, « la compagnie Delevaque, qui est engagée pour combler les vides entre le bataillon et le 158e RI, a glissé vers la gauche et est arrêtée à hauteur du Bois des Hoinets, vers 43-64, comme le 158e. Dès le débouché en ligne de la Cie, le Lieutenant Delevaque et le Lieutenant Lebigot sont mis hors de combat en abordant les batteries de 77. Le Lieutenant Becker tombe à son tour. » [8].
Marcel a le bras arraché par un obus : « Plaie avant bras droit. Désarticulation du coude droit, 2e plaie bras droit. »
« A donné un magnifique exemple d’énergie et d’abnégation en accompagnant ses chasseurs dont il exaltait le moral par son calme et son mépris de la douleur. » [9].
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Lieutenant de Chasseurs
...avec un seul bras ! La photo peut être datée de novembre 1917

A l’hôpital, il rencontre Gaby Mézergue, jeune infirmière qui venait précisément de rêver d’une manche de chasseur avec des galons de lieutenant qui se dirigeait vers elle. Nés la même année, ils sympathisent et se sentent très vite faits l’un pour l’autre.

22 novembre : Certificat de visite : Les médecins Charles Penet et Charles Jourdan certifient « avoir examiné le sous-lieutenant Le Bigot et avoir reconnu qu’il remplit les conditions d’aptitude physique requises pour le service de l’arme de l’infanterie. »

23 octobre : Marcel reçoit la Croix de guerre.
29 octobre : Marcel est fait Chevalier de la Légion d’honneur [10].
7 novembre : Il est nommé sous-lieutenant.

Marcel repart au front comme combattant volontaire.

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« Le Miroir » du 9 décembre 1917
Marcel porte le drapeau, dont vous noterez l’état !

1918
1er février : Marcel est promu lieutenant à Titre Définitif dans l’armée active pour prendre rang du 1er février 1918.
22 février 1918 : il rejoint le 1er B.C.P.

10 juin : Citation du Général Degoutte, commandant la VI° Armée :
« Officier plein d’intelligence et de courage. A tenu à reprendre, bien qu’amputé du bras droit, sa place à la tête de ses chasseurs. A été un auxiliaire inlassable du commandement, au cours des journées du 28 mai au 3 juin 1918, en assurant la liaison jusqu’au premières lignes, nuit et jour, soit à pied, soit à cheval ».

15 juillet, lors de la bataille de Champagne fait partie de « la phalange des jeunes héros chargés d’occuper les fameux points d’appui de la première ligne lors de la massive et dernière attaque des Allemands ».

27 juillet 1918, Marcel est commandant de la 4° compagnie du 1er B.C.P.
Il est promu lieutenant le 28 septembre.

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L’attaque du 4 octobre 1918 au 1er B.C.P
Extraits du JMO 26 N 815/6
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4 octobre : 11 heures.

Marcel est de nouveau blessé à Orfeuil, dans les Ardennes : « plaie en séton du deltoïde droit par balle ».

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4 octobre : 15 heures

Un mois plus tard, il est de retour au front. À chaque fois, citations plus élogieuses que les précédentes.

11 novembre : l’armistice le trouve au combat. Son temps de présence au front aura été de 3 ans, 2 mois et 22 jours [11].

14 novembre : citation du Général Naulin commandant le 21° corps d’armée :
« Officier de haute valeur, digne d’être proposé à tous comme un exemple d’énergie et de courage. Malgré une amputation antérieure, commandant une compagnie qu’il a brillamment entrainée, le 26 septembre 1918, à l’assaut d’une puissante organisation ennemie, et qu’il a ensuite employée avec un grand sens tactique dans les combats des jours suivants, en particulier le 28 septembre. A été blessé à nouveau, le 3 octobre au moment où il donnait des ordres pour la réduction de mitrailleuses qui entravaient sa progression ».

Marcel termine la guerre avec trois blessures graves et quatre citations dont deux à l’ordre de l’Armée et une à l’ordre du Corps d’Armée !

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« Le Petit Chasseur »
Marcel arbore la Médaille militaire et la Croix de Guerre
avec une palme. Il porte la fourragère remise au 1er B.C.P
Remarquez les trois chevrons sur sa manche gauche
(2 ans de présence au front)
La fourragère aux Couleurs du ruban de la Médaille Militaire est décernée au 1er B.C.P après une quatrième citation par Ordre Général du 4 Novembre 1918 et sera remise à Limerlé (Belgique) le 24 Décembre 1918 par le Général Maistre.

1919

27 août 1919 : Cours Préparatoire à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr.
Marcel est diplômé de Saint Cyr : Promotion Croix de Guerre.

Le 19 novembre 1919, en mairie du 13e arrondissement de Paris, « Marcel Louis Robert Lebigot, Lieutenant au 1er Bataillon de Chasseurs à Pied, Chevalier de la Légion d’Honneur, décoré de la Croix de Guerre…autorisé (à se marier) par décision du Général Commandant le 21e Corps d’Armée » épouse « Marie Gabrielle Mézergue, décorée de la Croix de Guerre » Le mariage religieux a lieu en l’église parisienne de Saint Marcel.

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Vivent les mariés !
Sur sa poitrine, Marcel porte le ruban rouge de
la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre avec trois palmes
(correspondant à chaque citation)
Sur sa manche gauche, une série impressionnante
de sept chevrons indiquant la durée de sa présence au front.

Le parcours de Marcel Le Bigot offre une bonne illustration de l’impact qu’à eu la guerre sur l’orientation d’un certain nombre de jeunes gens promis à des carrières non-militaires (ici Normale-Sup) et dont l’héroïsme les a poussé à demeurer dans l’armée, processus facilité par un accès simplifié aux grandes écoles militaires (ici Saint Cyr).

Notes

[1Sur son acte de naissance, ses états de service, son acte de mariage ; il est écrit « Lebigot », sans séparation. Pourtant Marcel semble avoir choisi Le Bigot. Nous garderons donc cet orthographe.

[2Rattaché provisoirement pour la nourriture et la solde, à une unité, à un corps autre que le sien.

[3Titre de l’historique du 156e RI.

[426 N 699/10 page 25/150

[5Extrait de son livret militaire

[6« Contusions multiples dans la région réno-visicale (lésion au rein) gauche, fracture de la clavicule gauche à la partie moyenne, luxation des cartilages costaux des 5è et 6è cotes, côté gauche en avant ; plaie superficielle de la main gauche »

[7Selon un journal après sa mort.

[8Extrait du JMO du 1er B.C.P à la date du 23 octobre 1917 (26 N 815/4 vue 48/58).

[9discours du Général Billotte après sa mort

[1020 juillet 1928 : Marcel, alors Capitaine au 41e régiment de tirailleurs malgaches, reçoit les insignes d’Officier de la Légion d’honneur.

[11Dossier de nomination comme officier de la Légion d’Honneur

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7 Messages

  • Marcel Le Bigot, héros de la Grande Guerre 28 septembre 16:20, par Jean-Claude Mazy

    Bonjour Monsieur,

    Je suis administrateur du site « Bataillons de Chasseurs » qui a pour objet de faire perdurer la mémoire de « l’Arme Bleue ».

    J’avais déjà effectué cette demande pour Ferdinand Augousture.

    je vous demande donc l’autorisation de faire paraître sur notre site le récit de Marcel Le Bigot.

    Bien entendu le lien de votre site sera repris.

    D’avance merci.

    Cordialement.
    J.C. May
    Administrateur.

    Répondre à ce message

  • Marcel Le Bigot, héros de la Grande Guerre 29 septembre 18:35, par Jacques Pageix

    Bonjour Monsieur,
    Magnifique récit, très bien illustré, et qui fait revivre et souligne utilement l’âpreté des combats auxquels participèrent nos chasseurs au cours de la Grande Guerre, la plupart du temps en premières lignes et sur tous les fronts. Pour ma modeste part, j’ai ressenti cela en suivant l’épopée des 46e et 6e BCA où un proche parent, Georges Pageix, fut médecin major. Deux choses étonnantes :
    - La dureté des combats que ce soit en Alsace (Braünkopf, Metzeral, Reichakerkopf etc) ou dans la Somme (Bois Reinette, Bouchavesne Saint-Pierre Vaast, ou dans l’Aisne (Beau Marais, bois de la Mandoline), ou enfin sur le plateau de Craonnes et le Chemin des Dames (tranchée de la Gargousse où il perdit quant à lui un œil).
    - Le passage sans transition du champ de bataille où les médecin étaient directement exposés avec leurs infirmiers et brancardiers lorsqu’ils secouraient les blessés entre les lignes adverses aux périodes plus calmes, que ce soit les repos pendant lesquels on reconstituait les effectifs, Une rare permission pour se marier, un court séjour à Bizerte pour se soigner d’une première blessure, ou enfin sa première affectation à l’Ambulance 5/63, qui n’était confrontée qu’aux blessés ce qui est déjà énorme, avant d’être plongé dans l’enfer des combats (le mot n’est pas trop fort).Bien cordialement.Jacques Pageix

    Répondre à ce message

  • Marcel Le Bigot, héros de la Grande Guerre 29 septembre 22:56, par Jacques Pageix

    J’oubliais de dire que mon récit concernant les chasseurs est sur internet : « Georges Pageix, un médecin de la Grande Guerre ».
    Bien cordialement
    Jacques Pageix

    Répondre à ce message

  • Marcel Le Bigot, héros de la Grande Guerre 30 septembre 11:45, par Jean-Claude Mazy

    Bonjour Messieurs,

    Merci pour votre autorisation.

    Bien entendu vous pourrez le « redécouvrir » sur notre forum en début de semaine prochaine.

    Bien cordialement.
    J.C. Mazy

    Répondre à ce message

  • Marcel Le Bigot, héros de la Grande Guerre 13 octobre 19:54, par augarde

    Le père de Maurice a enseigné de 1889 à sa mort (en 1921) au Lycée Buffon [AN ; dossier AJ/16/1199].

    A/c 01/04/1919, un millier de bacheliers (soldats et cadres jusqu’au grade de capitaine) n’ayant pu se présenter aux concours antérieurs d’admission à l’ESM sont rassemblés à Saint-Maixent pour y préparer le concours pendant 4 mois. Ce concours spécial a lieu en août. Le JORF du10/10/1919 donne,dans l’ordre alphabétique,la liste des reçus. Comme
    ils ont quasiment tous la Croix de guerre (20 ont la LH et 5 ont la MM), le nom de leur promotion s’impose :
    Promotion des Croix de Guerre.

    Philippe Augarde

    Répondre à ce message

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