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Journal de voyage de Jean Louis Isaac Tardy (6e épisode)

Arrivée à Hong-Kong


mardi 1er avril 2008, par André Vessot

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Après 6 mois de traversée, l’Isère atteint Hong-Kong où doivent se retrouver les troupes du corps expéditionnaire. Jean Louis Tardy va y rester plusieurs semaines, il note ses premières impressions sur la société chinoise.

Nous voilà en pleine mer de Chine

Vendredi 13 avril 1860

J’ai été paresseux depuis plusieurs jours et cependant si jamais il y a intérêt à faire un journal, c’est bien maintenant où à chaque instant il y a des choses à noter. Nous avons passé le détroit de la sonde le matin du mercredi et nous voilà en mer de Java. Le jeudi matin nous voyons terre, Sumatra d’un côté (ouest) et l’île de Bornéo à l’est, nous nous engageons dans le détroit de Bornéo vers 9 heures du matin, nous nous arrêtons à 8 heures du soir. Ce matin on repart à 6 heures et vers 2 heures nous avons franchi le détroit de Bornéo et nous voilà en pleine mer de Chine. Le détroit de Bornéo est étroit et très difficile car il y a beaucoup de bancs de sable aussi marche-t-on avec prudence. La profondeur moyenne est de 10 à 12 mètres, le fond est vaseux. Les côtes sont très belles, d’un côté (Sumatra) c’est du sable ; de l’autre côté (Bornéo) il y a une belle végétation et des habitations. La mer parait d’une couleur vert trouble. On voit passer une foule de débris de bois sec, de feuilles, de fruits … On voit aussi une assez grande quantité de serpents blancs rayés brun de longueur 0,80 m à 1 mètre, plus ou moins gros. Sont-ce des serpents d’eau ? Le Jura qui nous a passé mercredi se laisse passer le soir. Jeudi il nous repasse et ce matin vendredi nous sommes devant lui, il nous passe encore à midi.

On a bu du champagne

La mer a été tous ces jours calme, sans vague, brise nulle, la vapeur peut n’étant contrariée par rien nous faire filer 6 à 7 nœuds et 4 heures ce soir à peine sortions-nous du détroit de Bornéo qu’un vent NO très fort s’élève, la mer grossit, on croit à un orage à un coup de vent, on enlève les vergues de perroquet et de cacatois. Peu à peu cependant ce vent se calme la mer baisse, et ce soir il y a absence complète de brise et calme. La chaleur est toujours forte. Le temps lourd et orageux, ciel tantôt pur tantôt nuageux, horizon tous ces jours noir, le soir surtout le temps menace toujours, éclairs et tonnerre fréquents, quelques gouttes de pluie de temps en temps. On sent qu’on approche de la ligne. On a mouillé la nuit dernière ainsi que je l’ai dit, on a jeté la drague pour prendre des coquillages, on a essayé la pêche à la ligne mais rien n’a bien réussi. On a bu entre 4 ou 5 de champagne sur la dunette depuis 11 heures à 3 heures du matin, la nuit était belle et fraîche, le champagne passable, on boit bien. Les matelots vont dans le carré faire tellement de tapage qu’ils réveillent tout le monde, chacun se lève, plusieurs sont furieux. Cet événement a été le sujet de la conversation de toute la journée d’aujourd’hui, elle a amené même quelques discussions. On a stoppé aujourd’hui à 6 heures pour jeter la drague on n’a pas retiré grand-chose de bon. On a vu dans la journée plusieurs bâtiments de différentes nations. Nous avons aperçu à 3 heures un vapeur français, petit aviso [1] à vapeur à roues qui est en Chine depuis 1856. Il m’a procuré l’occasion de voir pour la première fois le télégraphe maritime au moyen des drapeaux. Ce procédé permet de se dire à grande distance tout espèce de chose. Aussi ce bâtiment nous a demandé si nous avions vu la persévérante [2] , quand nous l’avons vu et où pour la dernière fois. Ce bâtiment était chargé d’aller à la recherche de la persévérante (frégate à voile faisant partie de l’expédition de Chine) et de la remorquer. Ce soir plus de terre en vue, le ciel et l’eau, nous voilà bientôt à Singapour. La chaleur a diminué de 7°C à ce coup de vent et a repris ensuite comme avant (fait bizarre).

Singapour : les rues ont une odeur détestable

Samedi 21 avril 1860

Nous sommes arrivés à Singapour le 15 au soir après avoir été conduit par un pilote toute la journée, nous sommes repartis le 20 à 5 heures après midi nous marchons à la vapeur, la mer est calme, le temps très orageux pluie par moments. Eclairs et tonnerre. Chaleur toujours très forte. Singapour est une ville peu agréable, assez mal construite rues étroites poussière rouge, étendue très grande 140000 habitants 2/3 chinois 1/3 malais. On s’y parfume par trop ce qui à mon idée donne à toutes les rues une odeur détestable. Chinois voleurs, marchands, assez industriel, sachant bien vendre, si on ne sait pas bien acheter. Trois quartiers, Hôtel de l’Europe, Hôtel de l’Espérance, Hôtel du prince de Gallet, marchand de liqueur de Bordeaux. Achat de singe, de perruche. Pirogues autour du bâtiment, retour au bâtiment dans ces pirogues à 11 heures avec Monsieur François …

Mardi 24 avril 1860

Il fait tellement chaud que je n’ai pas eu le courage de descendre au carré le soir pour écrire mon journal. Du reste les journées sont insignifiantes au point de vue de la navigation les unes ressemblant aux autres. Ainsi en général, temps magnifique, pas de nuages, quelques éclairs de chaleur le soir, la nuit quelquefois coup de tonnerre et quelques gouttes. Chaleur très vive, on transpire sans bouger, impossible de rester au carré. La mer est d’un calme admirable, bleue unie comme une glace, pas la moindre ride. En effet nous n’avons pas le plus léger souffle de brise, aussi marchons à la vapeur, nous faisons une moyenne de 5,5 nœuds. On marche absolument comme sur un lac, pas le moindre roulis ni le moindre tangage. On aperçoit une foule d’os de seiche, une foule de poissons volants qui ne me semblent pas de la même espèce que ceux que j’ai déjà vus, ils sont plus gros volent plus longtemps, mais s’élèvent moins haut au dessus de l’eau. Quant aux bâtiments, il n’est pas de journée où nous n’en voyons pas.

Le petit singe de Singapour est tombé à la mer

Nous avons eu derrière nous deux bâtiments anglais dont un remorqueur, nous ne l’avons perdu de vue que ce matin. Nous avons laissé tomber à la mer aujourd’hui un petit singe que nous avions apporté de Singapour, la pauvre bête a nagé, nous l’avons perdu de vue qu’elle nageait encore. Nos perruches sont bien portantes et toujours aussi bêtes. Aujourd’hui une brise assez faible s’est élevée, la fraîcheur nous a paru délicieuse, la mer s’est légèrement ridée ce soir il fait bon, cette brise vient malheureusement du NE et c’est notre direction en sorte qu’elle nous nuit et qu’on ne peut l’utiliser. Depuis Singapour nous sommes sans voilure aucune à part la brigantine par moment.

Mercredi 25 avril 1860

Le temps continue à être magnifique, beau ciel pur et sans nuages, la chaleur me semble moins forte que ces jours derniers, elle est tempérée par une légère et agréable brise, ce qui n’empêche pas qu’au carré on est très mal à cause de la chaleur, la mer est un peu ridée mais néanmoins est calme mais non d’un calme plat. Nous nous dirigeons vers le NNE, nous avons pendant quelque temps route vers l’Est, pour une cause spéciale (éviter des rochers). Après être resté sans voile tout le jour, ce soir on a largué la misaine et les huniers, la brigantine et les goélettes. La légère brise qui souffle vient du NE notre vitesse moyenne est de 5 nœuds. On a vu 3 ou 4 rochers dont 2 très près un très gros et un plus petit d’une forme assez élégante (le nom est « Zapata » nom espagnol du soulier). La mer est couverte d’une matière jaune qu’on dit être du raisin du tropique et que je crois être du frai de poisson.

On longe la côte de Cochinchine

Jeudi 26 avril 1860

Le temps a été très beau, un peu de brise qui rend la température agréable, la chaleur est toujours forte cependant nous avons mis quelques voiles. Mer légèrement houleuse et quelques petites vagues mais nullement moutonneuse, vitesse moyenne 5 nœuds.
Dès le matin nous apercevons la côte de Cochinchine, on la longe toute la journée d’assez près. On a rencontré un voilier a nouveau qui a passé assez près de nous, salut d’usage. Nous n’avons pas encore quitté la côte de Cochinchine. La journée a été pour moi pleine de regrets et de souvenirs. J’ai été triste et ennuyé une grande partie de la journée et surtout ce soir je pense beaucoup au passé et m’ennuie presque autant que le jour du départ.

Samedi 28 avril 1860

Hier la journée a ressemblé aux autres, rien de nouveau, nous avons longé la côte de Cochinchine. Aujourd’hui nous avons laissé la vapeur, la brise ayant fraîchi, on a pu obtenir à la voile une vitesse de 6 à 7 nœuds. Brise SO, mer un peu agitée, un peu de tangage et de roulis mais très peu, nous nous dirigeons au NNE. Ce soir un bâtiment à voile a passé très près de nous, nous ne l’avons aperçu que tout à fait sur nous, car il n’avait pas de lumière, nous avons été obligés de changer immédiatement de direction, car lui venait droit sur nous, il a passé à portée de nous.

Les pirogues de pêcheurs parcourent la mer en tous sens

Dimanche 29 avril 1860

Décidemment la navigation est très agréable dans ces parages. Tous les jours un temps magnifique. Nous avons eu aujourd’hui une brise Est assez forte, tout en laissant agir de temps en temps et tout doucement la machine, nous naviguons à la voile, bonne marche dans le Nord, 7 à 8 nœuds. La mer est légèrement agitée et moutonneuse. On a aperçu quelques bâtiments. Je signale surtout une foule de pirogues de pêcheurs parcourant la mer en tous les sens, leurs filets sont surmontés d’un petit drapeau, leur voile tout en feuille, avec leur léger esquif ils s’aventurent en pleine mer. On a vu la terre de très près, c’est l’île d’Haï-nan [3], une petite île très peu séparée de la terre a surtout fixé mon attention et m’a rappelé nos rochers de France, aussi l’ai-je contemplé longtemps avec bonheur. Enfin la vue est toujours occupée soit par la terre soit par des bâtiments, on en a eu jusqu’à 10 en vue. On voit beaucoup de poissons volants, plusieurs serpents, quelqu’un a affirmé avoir vu passer un requin, mais je ne l’ai pas vu.

Mercredi 23 mai 1860

Enfin me voilà au repos à Hong-Kong, arrivé le 1er de ce mois je n’ai eu un instant à moi jusqu’à présent, car tant qu’il y a eu encore des bâtiments et des connaissances on a été à chaque instant dérangé. Je me remets donc aujourd’hui à mon journal. Je ne dirais rien de ce que j’ai remarqué à Hong-Kong jusqu’à ce jour seulement chaque jour je signalerai ce que j’aurai vu de particulier. Hier j’ai appris la perte de l’Isère [4].

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Intérieur anglais à Victoria, d’après le croquis d’un lieutenant du 102e

Hong-Kong est une île chinoise séparée d’un quart de lieue de la terre, elle est très près de Canton ville chinoise. La ville de Hong-Kong (Victoria) est très bien bâtie, très régulière, jolies rues très propres, rues toujours pleine de monde, maisons à peu près à l’européenne. L’île appartient aux anglais, mais la population est toute chinoise, ainsi sur 60 000 à 80 000 habitants que possède la ville, il y a au plus quelques centaines d’anglais, tous riches négociants qui accumulent des richesses énormes, il y a quelques français… Le consul français est un négociant Mr Vaucher (de Suisse), il y a aussi un millier de persans tous aussi dans le commerce, les chinois sont en grand nombre et cependant pour maintenir cette énorme population l’Angleterre n’a cependant que quelques compagnies qui du reste n’ont rien à faire et n’y sont pas toujours. Ce qui maintient la ville dans l’ordre, ce sont les policemen petits () gringalets au nombre de 200 à peu près, ces hommes que 10 chinois pourraient avaler sont assez forts pour faire une sérieuse police, pour mener les chinois en vrais esclaves, armés d’un bâton ils frappent souvent à tort et à travers.

20 à 30 coups de bâton pour la moindre faute

La moindre faute fait recevoir à un chinois 20 ou 30 coups de bâton bien appliqués à nu sur les épaules … À voir agir ces gens de police réellement le cœur d’un français se navre au premier coup d’œil. Du reste le bourgeois anglais ne ménage pas plus le chinois, il ne lui parle qu’à coup de canne, et souvent dans ses achats il le paie de cette monnaie là. On revient cependant bientôt sur la pitié qu’on a éprouvé d’abord quand on commence à connaître le caractère chinois et quand on pense que sans cela les quelques européens qui sont là seraient bientôt tous envoyés dans l’autre monde s’ils ne savaient se faire regarder par le chinois comme des êtres d’une nature bien supérieure à la leur et comme des colosses de force. C’est dans ce but qu’on fait promener en grande tenue et tout armés ces policemen. Tous les samedis soir c’est dans ce but aussi qu’avant de placer un canon quelconque dans une position d’où l’on peut mitrailler la place, on a soin de faire réunir les chinois et d’essayer devant tous sur un but quelconque. Les chinois ainsi que je vous le dis sont donc esclaves, reculant toujours devant un européen. Le soir à 8 heures il leur est défendu de sortir à moins d’être accompagné d’un européen ou d’être muni d’une permission du gouverneur. Voici comment ils sont menés, mais voyons maintenant ce qu’ils sont.

Les mendiants affluent ...

Des chinois on peut dire qu’il y en a de toutes les sortes et encore de toute espèce, des riches et des pauvres. Entre le riche et le pauvre la différence est énorme car le riche est très riche, le pauvre très pauvre. Le pauvre se nourrit avec un ou deux sous par jour, c’est-à-dire avec 10 ou 30 kopek petite monnaie du pays (j’en rapporterai) qui vaut ½ centime. Il se nourrit de riz, dans les grandes circonstances il mange un peu de poisson salé ou du gras double. Les mendiants affluent, on y voit des aveugles, des boiteux courant la ville en chantant en chinois pour demander l’aumône. J’ai vu là des jongleurs ambulants comme il est impossible d’en voir dans les plus forts cirques de Paris, ces pauvres gaillards font au milieu de la rue une foule de tours très difficiles et on leur jette un ou deux kopek c’est-à-dire un centime. Le riche au contraire qui est le négociant ne parle que par piastre. Tout ce que vous voulez acheter est d’une demi piastre, une piastre ou plus. Les magasins chinois ressemblent aux nôtres peut-être sont-ils plus élégants. On y voit les choses les plus curieuses. Le chinois riche ou pauvre est très voleur et très adroit aussi à Hong-Kong se sont renouvelés nos malheurs de Singapour. On a pris beaucoup de porte-monnaie, on a volé surtout les gendarmes qui en étaient furieux, on a pris à un de mes collègues un pistolet qu’il avait mis dans sa poche pour se défendre. Quant aux mœurs et coutumes chinois il est difficile d’en donner une idée en quelques lignes. Il est très religieux, aime beaucoup ses enfants contrairement à ce que je lis tous les jours…

Dans le palanquin se trouve la mariée

Samedi 26 mai 1860

La chaleur devient de plus en plus forte, on respire avec peine, une pluie torrentielle comme je n’en avais pas l’idée est tombée toute la nuit dernière, mais c’est loin de rafraîchir le temps. Aujourd’hui comme hier la journée a été belle ce n’est guère que le soir que l’on voit les nuages s’amonceler. Hier j’ai remarqué une procession chinoise, c’est composé de plusieurs individus portant des drapeaux rouges puis un homme dont la tête est recouverte d’une espèce de tête de dragon (en carton), il effraie les enfants sur le passage, puis viennent les musiciens c’est-à-dire trois ou quatre tam-tam, un crincrin [5] , puis vient un palanquin très beau doré et orné de dessin, il est complètement fermé. Cette cérémonie a eu lieu pour un mariage. Dans ce palanquin se trouve la mariée. Ce soir je suis allé au [Sunsin] [6] espèce d’établissement chantant cercle où l’on ne peut rien prendre, mais où le chinois vous offre du thé dans une très petite tasse, là chantent des chinois accompagnés d’un affreux crincrin et du tam-tam. Je vais toujours à peu près la même chose, ne souffrant nulle part mais étant littéralement éreinté ayant un peu de fièvre et nul appétit, cela tient-il au changement de climat, je le pense, car presque tout le monde a la même chose. Je suis infecté de cancrelats dans ma chambre, ils se sauvent par myriade quand je dérange quoique ce soit de sa place …

Mercredi 30 mai 1860

La chaleur a un peu diminué hier et aujourd’hui, il a même fait frais la nuit dernière, la pluie tombe toujours par intervalle, mais pas avec la même violence que ces temps derniers. Rien de nouveau je reste couché presque tout le jour. Je n’ai pas le moindre appétit et cependant je ne me sens aucune maladie.

La reine des clippers a été brûlée

Samedi 2 juin 1860

Pluies continuelles et abondantes, température très agréable, les nuits sont fraîches, la vie est toujours monotone, rien à noter, hier 1er du mois jour de solde, un instant d’agrément. Aujourd’hui j’ai touché le vin des rations. L’appétit est revenu, je me sens très bien. Pas de promenade possible vu la pluie. Hier j’ai assisté à une vente publique, on a vendu une foule d’articles du Japon, petits meubles, porcelaines, bronzes… Le tout est excessivement cher, cependant j’eus fait quelques emplettes si la langue anglaise n’eut été assez famille pour pouvoir surenchérir. Avant-hier 31 j’ai vu une cérémonie dont je n’ai pu me faire rendre compte. Il sort d’une maison des coolies chargés, qui d’un porc entier rôti, qui de poulet rôti, qui de poulets oies canards vivants, qui de fruits et gâteaux, qui d’amphores contenant je ne sais quel liquide. Ils se mettent en marche triomphale au bruit des pétards tout le long de la route. Des bouquets et des papiers dorés et peints ornent chaque caisse contenant les comestibles sus cités. J’ai fait ce soir une partie de piquet [7] avec le maître d’hôtel, c’est la première fois que je joue aux cartes à Hong-Kong. A 4 heures un coup de canon tiré a fait croire à l’arrivée du courrier, mais ce n’a été qu’un vain espoir.

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Coolies chinois à Tien-Tsin

Mardi 5 juin 1860

Avant-hier journée pluvieuse et assez fraîche, rien à noter. Le soir j’ai fait ma partie de cartes, nous avons joué chez Grosbonnet…
Hier pluie, temps frais. Je me suis couché assez tard. Aujourd’hui le temps est revenu au beau, aussi la chaleur redonne-t-elle de plus belle et je m’en sens déjà fatigué. J’ai été tout le jour au guet pour voir au sémaphore si on signalait le courrier mais rien. Plusieurs bâtiments venant tant du Nord que du Sud ont été signalés mais de courrier et de français pas. J’ai appris aujourd’hui que la Reine des clippers [8] avait été brûlée.
Décidemment les bâtiments du corps expéditionnaire n’ont pas de chance, tous les passagers ont été sauvés. Ils sont à Canton où on leur a envoyé le nécessaire, on les attend incessamment à Hong-Kong.

Les officiers de la frégate russe sont venus dîner avec nous

Samedi 9 juin 1860

Le temps est toujours beau ciel pur et sans nuages, beau soleil chaleur très forte le jour. Avant-hier le matin j’ai porté mes lettres à la poste. J’ai attendu de là le salut d’un bâtiment qui entrait c’était une frégate russe, le soir les officiers de cette frégate sont venus à notre hôtel, ils ont dîné avec nous. Nous avons bu bordeaux et champagne, ils étaient très bien. Hier nous sommes allés chez eux à midi, c’était l’heure de leur déjeuner, quoique nous sortions de déjeuner, il a fallu nous mettre à table nous avons bu du champagne à leur bord comme s’il en pleuvait, à 2 heures nous sommes allés nous promener en rade voir plusieurs bâtiments. Ces officiers sont venus dîner avec nous, nous avons promené toute la soirée et enfin nous les avons accompagnés puis nous leur avons fait nos adieux, car ils sont partis ce matin. Ces messieurs sont excessivement aimables ils aiment beaucoup les français et détestent les anglais, ils parlent le français aussi bien que nous, leur frégate est magnifique elle a été construite à Bordeaux, leurs armes sont françaises, le vêtement de leur marin est le même que celui du marin français, leurs cartes de visite sont en français. Ils nous ont appris que le courrier n’était pas loin et qu’il amenait lord Elgin [9] et le baron Gros.
Cependant ce malheureux courrier n’est pas encore arrivé. Ils nous ont appris que le Duperré était parti de Singapour 3 jours aussi je l’attends sous peu. Les naufragés de la reine des clippers sont pour la plupart à Hong-Kong. Le bâtiment et le matériel sont complètement perdus par l’incendie. Une foule de bâtiments de toutes les nations sont arrivées tant hier qu’aujourd’hui. Ce soir j’ai fait une promenade en rade. Le temps est beau et il y a une petite brise fraîche, je suis un peu fatigué mais cela tient à la noce de ces deux jours derniers. Vacherie s’est démis l’épaule. J’ai failli aller à Macao et à Canton pour les naufragés de la reine mais Mr Bechade a demandé d’y aller.

Sources :

  • Archives familiales.
  • L’Illustrations.
  • L’Univers illustré (14/06/1860 et 20/12/1860).

Notes

[1Bâtiment de faible tonnage

[2Bâtiment parti de Brest le 01/12/1859 avec 486 passagers

[3Île côtière de la Chine du Sud fermant vers l’Est le golfe du Tonkin

[4Le 17/05/1860, il touche une roche à l’entrée de Amoy (Chine) et se brise. L’équipage et les passagers furent sauvés

[5Mauvais violon

[6Orthographe incertaine

[7Se joue à deux avec un jeu de 32 cartes

[8Parti de Toulon le 1er janvier 1860, ce bâtiment a quitté la France l’un des derniers

[9Commandant des troupes britanniques, fils du célèbre archéologue qui pilla le Parthénon

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3 Messages

  • Journal de voyage de Jean Louis Isaac Tardy (6e partie) 17 juin 2008 17:13, par Xavier Bulot

    Le passage concernant « La Reine des Clippers » semble avoir été coupé. Or il m’intéresse particulièrement ;ce navire, un des rares peut-être le seul clipper de Boston acheté par un armement français en 1856 a été commandé par mon arrière arrière grand père qui était allé le chercher à Odessa après la guerre de Crimée puis l’avais mené deux fois en extrême Orient pour faire du commerce. Il a été affrêté par la Marine Impériale en fin 1859 pour la guerre de l’Opium et a effectivement brûlé accidentellement devant Macao. J’aimerai en savoir plus.
    merci
    Xavier BULOT

    Répondre à ce message

    • Journal de voyage de Jean Louis Isaac Tardy (6e partie) 17 juin 2008 20:35, par André Vessot

      Après une rapide vérification de l’article et de l’original (parfois difficile à déchiffrer), il ne me semble pas que celui-ci ait été coupé. Toutefois je vérifierai de façon plus approfondie.

      Je regarderai aussi l’Univers illustré de 1860 dont je possède la collection reliée, mais me semble-t-il, il ne fait état que du départ de Toulon de la Reine des Clippers.

      Par contre je suis très ému d’être en correspondance avec un descendant du commandant de « La reine des Clippers ». C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle j’ai publié ces articles, même si par ailleurs il ne faut pas s’arrêter sur leur qualité littéraire.

      Pour ma part je reste intéressé par toutes les informations concernant les bâtiments ayant participé à l’expédition de Chine.

      André VESSOT

      Répondre à ce message

    • Xavier Bulot m’a communiqué le titre d’un livre paru en 1862 : Expédition de Chine par Paul Varin. Ce livre complète fort utilement les informations contenues dans le journal de voyage de Jean Louis Isaac Tardy. Je l’en remercie sincèrement.

      André VESSOT

      Répondre à ce message

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