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Journal de voyage de Jean Louis Isaac Tardy (8e épisode)

Le sac du palais d’été


dimanche 1er juin 2008, par André Vessot

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Les troupes franco-britanniques ont remporté la bataille du pont de Pali-Kiao le 21 septembre et pillé le palais d’été, mais cela Jean Louis Tardy ne l’apprend que dix semaines plus tard. Un an après son départ de Toulon il continue son journal, il relate notamment l’incendie de la maison qui touchait à sa chambre. Cette année l’hiver est rude et le golfe de Petchili est complètement gelé.

Dimanche 9 décembre 1860

Je suis resté bien des jours sans écrire, la cause m’excuse, depuis le 2 je m’attends à changer de logement. Chaque jour je crois que le capitaine d’artillerie dont je dois prendre le logement va partir et c’est aujourd’hui seulement que ce départ s’effectue. Chaque soir donc je me suis dit à demain. Enfin aujourd’hui anniversaire de mon départ de Toulon. J’entre dans ma nouvelle chambre, je fais allumer un bon feu qui fume considérablement et je reste chez moi le soir. Le temps a été magnifique depuis le 1er, de vraies journées de printemps, on a quitté les cabans, les feux se sont éteints. Le matin quelquefois un peu de gelée que le soleil ardent condamne toute la journée, vraie bizarrerie de ce pays-ci. La plupart des bâtiments du Pei-Ho ont passé, plusieurs se sont arrêtés. Plusieurs passagers sont descendus à terre. On a parlé du pillage du palais d’été, plusieurs anecdotes. L’explication de la défense du Pei-Ho [1], belle défense sur le fleuve pas du tout sur terre. Je retrouve Mornand mon camarade de collège, il est revenu, il est allé au Japon sur la Dryade où il est chirurgien de 3e classe. Le temps s’est un peu gâté aujourd’hui, ciel couvert froid peu vif. Ces jours derniers j’ai fait un peu la noce forcée à cause des officiers partant Mr Arnold, Mr Pichat, Mr Mocquard, Mr Mathieu… Jamais on ne s’est mieux nourri.

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Le 101e de ligne au combat de Pali-Kiao

Mardi 11 décembre 1860

La journée d’hier a été assez belle mais froide, peu de vent. Les passagers partis par la frégate courrier du Pei-Ho sont revenus, ils ont débarqué, le mauvais [temps] empêche complètement la navigation dans le Petchili. Le soir on a vidé avec eux un verre de bière. Aujourd’hui beau temps, froid vif, vent du Nord Ouest assez fort. On débarque des effets de campement. Rien à signaler de bien nouveau.

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Types de soldats de l’armée chinoise

Fête à bord du Duperré

Vendredi 14 décembre 1860

Avant-hier 12, le temps était magnifique, il nous vient à l’idée à Judias et à moi d’aller nous promener après avoir pris successivement… nous trouvâmes le capitaine du British qui voulut bien nous conduire à bord. La mer était magnifique. Nous arrivâmes au Duperré où nous fûmes bien reçus au carré. Nous y restâmes le lendemain, c’était une fête à bord la Sainte [Epi... ] [2] à laquelle nous prîmes une large part. J’allais dans la journée visiter l’Européen [3], le soir grande noce chez les élèves, on se couche très tard. Ce matin nous partons par une canonnière. Le froid m’a enrhumé, la journée a été froide, la pluie a menacé. Je n’ai pas été bien.

Lundi 17 décembre 1860

Temps assez beau, température assez douce, la nuit il fait froid. Hier dîner avec Mr Daret chez nous, le soir au cercle. Coucher tard…

Mardi 18 décembre 1860

Le temps a été superbe, journée magnifique, soleil chaud, il fait même très bon dans les appartements. Cependant ce soir le froid a repris. La journée a été assez bien occupée et assez sage à peu de choses près. Mais hier après avoir écrit mon journal je n’ai pas été gentil. Je suis allé au cercle avec Mr Bonnefoy dont j’ai fait connaissance et un chirurgien de marine. Nous sommes allés en ville acheter des bricoles.

Le feu dans une maison touchant à ma chambre

Mercredi 19 décembre 1860

Après la journée d’hier il eut été difficile de soupçonner celle d’aujourd’hui. En effet après avoir eu un soleil magnifique tout le jour, une température de + 12°C, ce matin on voit un ciel couvert, un vent Nord très violent un froid glacial. Vers midi les flocons de neige commencent à tomber sans faire cesser le vent, la neige continue par intervalle dans la journée mais sans pouvoir presque couvrir le sol. La mer est très grosse et bruyante, sa lame déferle. Le froid continue et est même encore plus vif le soir. Je passe une grande partie de ma journée dans ma chambre. Je m’endors à côté de mon feu ce qui fait que je me couche. Je vais assez bien mon rhume parait un peu moins fort.

Jeudi 20 décembre 1860

Cette nuit dernière a été malheureusement marquée vers minuit, je dormais d’un profond sommeil quand je fus réveillé par des cris très forts, on m’appelait. Enfin on me fit lever le feu était tout à fait derrière dans une maison touchant à ma chambre. Je fus bientôt debout et en un clin d’œil j’eus fait transporter dehors tous mes effets. Le feu était effrayant à voir, un vent très violent le favorisait. Heureusement notre maison étant en pierre ne fut pas atteinte. Nous courûmes presque toute la nuit par un froid glacial. Le feu fut éteint vers 2 heures du matin. La maison voisine était complètement détruite. Le mercantile qui l’habitait fut trouvé grillé. On a sauvé très peu de choses. On a volé à un marchand une caisse contenant 2500 piastres. Le soir on a trouvé 150 enfouis dans la terre, on cherche le voleur. Le temps a été excessivement froid, neige par intervalles mais peu abondante. Le soir je vais me réchauffer au cercle. Je suis encore tout ému en allant me coucher de l’accident de la nuit dernière.

Vendredi 21 décembre 1860

Temps abominable, neige abondante tout le jour et le froid est très vif, on a peine à se réchauffer. Rien autre de nouveau. La mer est très grosse. Il y a eu cette nuit un ouragan épouvantable. Vent Nord.

Samedi 22 décembre 1860

On n’aurait pas pu s’attendre à un si beau soleil en voyant le ciel couvert d’hier au soir. Cependant ce matin le ciel était pur sans nuage, la brise assez forte. Il gèle très fort. On retire le cadavre du brûlé pour l’autopsie. Rien à y noter. Je vais au cercle le soir. On n’y discute sur le vol. On accuse fortement P… d’être une canaille et cela sans grandes preuves. Le vent du matin était S.O, il tourne peu à peu vers l’ouest et enfin on a un vent du N.O. La mer est belle, le froid très vif en a gelé les bords malgré la marée.

Mercredi 26 décembre 1860

Les préparatifs de réveillon ont été cause de mon interruption, le temps du reste a été très beau ces jours, le froid aussi vif mais toujours le soleil. Cependant hier et aujourd’hui le froid semble avoir diminué. Nous avons fait le réveillon tous ensemble au cercle. Tout a très bien marché à part ma discussion avec le commandant supérieur. Nous avons rigolé le matin. Je me suis couché à 10 heures. Je me suis levé à 3 heures l’après midi … J’ai été très agité plutôt que malade le soir. J’ai peu dormi la nuit…
Aujourd’hui je vais beaucoup mieux. Je suis allé faire un petit tour en ville. Puis j’ai fait mes lettres. Rien de nouveau. Le vent est du Nord il est faible, cependant il a été fort dans la journée puisque la mer est très grosse. [Gariel] [4] est avec nous depuis le 24 à midi.

Le golfe de Petchili est gelé

Jeudi 27 décembre 1860

Temps magnifique. Vent du sud assez faible, soleil brillant, ciel pur et sans nuage. La journée est assez chaude mais le matin et le soir sont froids. La canonnière vient à terre Gariel s’embarque. Je vois revenir l’écho de Tien-Tsin, il ramène Monsieur Larin et le capitaine Grammont, ils n’ont pas pu pénétrer jusqu’au Pei-Ho le Petchili [5] étant gelé dans une étendue de 1400 mètres. Le vent est au sud le matin… sur le soir le vent s’élève. Je suis très enroué. La nuit dernière a été bonne.

Vendredi 28 décembre 1860

Le temps continue à être très beau, soleil, vent du sud assez faible, température très douce à l’extérieur comme à l’intérieur. On attend Monsieur Ollivier à déjeuner. Il ne descend que le soir et retourne à bord. La Dryade arrive vers midi et demie une heure. Rien de nouveau.

Samedi 29 décembre 1860

Ce matin le temps a complètement changé, pas de soleil, le ciel est couvert, le vent est au nord mais pas fort, ce n’est que vers midi qu’il devient très fort. Le froid peu vif le matin augmente dans la journée. Le vent croit de plus en plus. J’ai à noter le spectacle que m’ont procuré les manœuvres faites par le canot anglais du British pour doubler la pointe de l’ouest avec un vent debout. Le soir je vais au cercle. Rien de nouveau. Il fait très froid.

Dimanche 30 décembre 1860

Le mauvais temps d’hier a continué et avec accroissement le vent du nord est bien plus fort la mer est très mauvaise, le froid était très vif ce matin et s’est maintenu dans la journée. Je passe une bonne partie de la journée au cercle plusieurs questions politiques, philosophiques et sur l’encre de Chine ont été agitées avec Malherbe. Le soir le dîner est très gai à la popote, on chante on rit. Je vais un moment parler d’Europe et d’affections chez Judias. Il a neigé dans la journée. Aucun canot n’est venu de rade.

Réception au cercle avec le commandant

Lundi 7 janvier 1861

L’occupation réelle ou forcée de tous ces jours m’a empêché d’écrire. Je vais retracer en peu de mots la suite des événements. Le 1er janvier le temps était froid mais clair. Pas de visite officielle mais dès le matin les cartes de visite pleuvent, on a été obligé d’en renvoyer de là. J’ai usé toutes celles qui me restaient. Je prends la direction de la popote. On passe au cercle une grande partie de la journée. Le soir réception au cercle le commandant supérieur a offert un thé et la suite. Je suis gai on parle beaucoup, je chante et ris et vais me promener avec Mr Robert qui se blessa à la jambe. Le lendemain matin on est naturellement fatigué … Dîner simple, le temps continue à être beau. J’ai des rêves affreux la nuit je rêve à Servant. Le lendemain rien de nouveau. Je vais en rade voir Mornand, le vent se lève, la neige tombe, il fait très froid. Le 4 je suis en rade il fait froid, vent. Le 5 je reviens par la canonnière j’arrive vers midi. Le vent est fort la houle très forte nous donne un grand roulis. Le 6 les rois. Je fais préparer un bon dîner il réussit admirablement j’ai pour invité un missionnaire protestant Mr Bau genevois. Nous avons aussi Mr De Coucy nous restons à table jusqu’à 11 heures. Le soir je vais en ville avec Mr Caren accompagner Mr Bau. Le 7 aujourd’hui il fait très froid les verres se gèlent en les portant de la cuisine à la salle à manger. Dedans il fait très bon j’ai grand feu chez moi + 9°C, dehors – 7°C. Et même au vent ouest très fort qui a soufflé dans la journée et qui s’est tout à fait calmé ce soir - 10°C. Le vent dure depuis hier après midi.

Mardi 8 janvier 1861

Le temps est de toute beauté, un soleil magnifique, une température des plus douces, un vent sud presque nul le matin qui s’élève un peu et passe à l’ouest dans la journée sans que le temps change et se rafraîchisse. Ce soir il fait encore très bon. Je promène presque tout le jour au marché. Je vais très bien. On a +3° C dans le jour le thermomètre est à -3° C le soir. Je vais un instant au cercle après avoir très bien dîné entre nous seulement. On a beaucoup parlé de Mr D.C ses travers et… Mr Manello commandant le vengeance…

On attend le courrier

Mercredi 9 janvier 1861

Journée insignifiante. On attend le courrier, il est en retard. Dès ce matin le temps était couvert, le ciel gris, froid assez vif -4°C. Le vent souffle d’abord du sud ouest avec propension vers l’ouest où il passe puis enfin dans l’après midi il devient assez fort et passe complètement au nord. La neige commence à tomber vers 10 heures. Il en tombe très peu mais à plusieurs reprises enfin à peine marque-t-elle. Le froid reste assez intense tout le jour. La mer est grosse, pas de canonnière. J’aperçois vers 5 heures un bâtiment qui s’avance est-ce le courrier ou le Contest qui est de retour. Je l’ignore, demain me l’apprendra. Ce soir à table on parle de divers médecins major les antipathies de [Trilley] [6] . On se retire assez tard (9 heures). Il fait très bon chez moi, dehors il y a -4°C, chez moi il y a 7°C. Il est vrai que j’ai bon feu depuis 7 heures.

Sources :

  • Archives familiales (journal de voyage et l’univers illustré année 1860).
  • Illustrations (L’univers illustré du 20/12/1860 et du 15/11/1860).

Liens :

Notes

[1Autre nom du Haï-Ho, fleuve de la Chine du Nord qui arrose Tien Tsin

[2Nom illisible, sainte inconnue

[3Bâtiment acheté à l’Angleterre pour le transport des canonnières démontables vers la Chine

[4Orthographe incertaine

[5Actuellement Po-Haï, grand golfe de la mer jaune fermé au nord par la péninsule de Leao-Tong

[6Orthographe incertaine

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