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La Sparterie des Roches de Condrieu


lundi 1er janvier 2001, par Michel Guironnet

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Michel Guironnet retrace, de 1900 à nos jours, l’histoire de « la Sparterie », vaste ensemble industriel situé sur les bords du Rhône aux Roches de Condrieu (Isère).

Sparterie : fabrication d’objets en fibre végétale (jonc, spart, alfa, crin) vannées ou tissées. Ouvrage ainsi fabriqué tel que cabas, natte, tapis, panier...ainsi est défini ce mot dans les dictionnaires.

Cet ensemble industriel fonctionne aux Roches de Condrieu dès la fin du XIXe siècle. Nous n’en connaissons pas la date de création, peut être vers 1890. Les bâtiments sont composés de deux ensembles juxtaposés : tout prés du pont, des locaux d’habitation pour les ouvriers ; puis les ateliers de fabrication.

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Collection personnelle de l’auteur

Sur cette carte postale du début du XXéme siècle, sur le long bâtiment de droite, au bord du Rhône, on remarque l’enseigne « S Gle des SPARTERIES ».

Cette Société est au début du XXe siècle la propriété de Louis François Albert Chamouton « fabricant de sparterie » domicilié 72, rue Chevreul à Lyon. Elle est mise en faillite fin 1901 et, en mars 1902, les bâtiments et le matériel sont vendus aux enchères.

L’annonce de cette vente parue dans « Le Journal de Vienne » du samedi 22 mars 1902 nous donne une description très précise de ces installations.
(cliquez sur les deux pages ci-dessous pour les lire)

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Grève à la sparterie
Dans le « bulletin paroissial des Roches » de mars 1901, on relève que « la grève à la sparterie commencée le 22 décembre (1900) et qui a duré une quinzaine de jours » est terminée.

Cela donne l’occasion au bulletin de publier « les paroles pleines d’intelligence et de sagesse dites par un travailleur à l’un de ses camarades »
 : "C’est la première fois depuis que le pays existe qu’on voit une grève aux Roches. C’est fâcheux car la grève amène toujours des pertes sérieuses à l’industrie nationale. Lors même que la grève apporterait une amélioration au sort de l’ouvrier, cette amélioration n’est souvent qu’illusoire".
"L’augmentation des salaires oblige les producteurs à élever le prix de leurs marchandises ; c’est ainsi que la grève des mineurs a amené une hausse sur le prix des charbons, celle des ouvriers des ports sur le prix du fret, celle des drapiers sur le prix des draps, etc.". « De telle sorte que l’ouvrier qui a besoin de se nourrir, de se vêtir, de s’outiller, paie tout à des prix supérieurs et perd ainsi son supplément de salaire, sans éprouver aucune augmentation de bien être ».
« Maintenant, si le patron ne peut donner ce qu’on lui demande, il embauchera des étrangers. A Marseille, il y a plus de 80 000 étrangers. Nos usines de la frontière de l’Est sont accaparées par les Allemands. Nos usines du Nord par les Belges. Tous ne demandent pas mieux que de transporter nos industries chez eux ». « Donc avant d’en arriver à ce fléau de la grève, il faut épuiser tous les moyens de conciliation et faire les plus grands sacrifices possibles. Surtout n’écouter que le bon sens et les conseils des gens du métier, les plus raisonnables ; peu importe les menaces ».


La peur de l’étranger, la crainte d’une « délocalisation », le consensus social : discours étonnamment d’actualité !
Et le rédacteur du bulletin de conclure : "Ouvrier, mon ami, n’oublie jamais ce conseil d’un travailleur : ce ne sera que par l’entente loyale entre le travail et le capital que tu pourras améliorer ton sort, assurer ton avenir et celui de ta famille ; tandis que le langage de la discorde amène fatalement la misère". "Si le patron donne un juste salaire, vis en paix, et Dieu ajoutera le bonheur".

Un vieux Rochelois se souvient qu’une chanson avait été composée par les ouvriers de la Sparterie pour exprimer leurs revendications.

En janvier 1904, le bulletin relate « un triste accident » :
"Mercredi 9 décembre (1903) Ernest Bouix, ouvrier à l’usine de M. Maurice De Goÿs, était occupé à faire passer les tapis brosses à la tondeuse à vapeur, quand par inadvertance, il s’est laissé prendre la main gauche, tout a été broyé jusqu’au-dessus du coude. Le soir même, les docteurs Aribaud, père et fils, lui faisaient l’amputation du bras à l’hôpital de Condrieu. Ce jeune homme a montré un courage héroïque et mérite tout nos éloges pour le calme et la tranquillité avec laquelle il a enduré sa douloureuse épreuve."

Le 6 mai 1905 « Le Journal de Vienne » publie dans sa page d’annonces légales : "M. Maurice De Goÿs a vendu l’établissement de fabrication et de vente de sparterie qu’il exploitait aux Roches de Condrieu (Isère). Adresser les réclamations à Me Bernard, notaire à Lyon, dans les dix jours, sous peine de forclusion".

Dans son numéro d’août 1905 le « bulletin paroissial des Roches » écrit :
"Un journal de la région enregistrait, il y a quelque temps, la nouvelle de la fermeture de la Sparterie de M. Maurice De Goÿs et faisait espérer qu’avec des temps meilleurs, elle pourrait s’ouvrir bientôt pour une nouvelle industrie. Nous faisons des voeux pour que cela se réalise bientôt".

Le Vicomte Maurice De Goÿs de Mezeyrac est marié à Eloïse David du Jonquier. Il fait baptiser aux Roches le 10 février son fils Paul Marie Régis, né le 3 février 1906.

Lors d’une séance du conseil municipal des Roches, le 3 mars 1910, "Mr le Maire fait connaître au conseil qu’il a reçu de Mr Miribel une demande pour installer son commerce qui consiste en le lavage des déchets de laine et déchets de coton, et entrepôt de matières textiles dans les locaux de l’ancienne sparterie...". Le conseil donne un avis favorable. Cette demande est transmise à l’autorité supérieure en la personne de Mr le Sous Préfet de Vienne.

Louis Léo Miribel « négociant demeurant à Vienne, route d’Avignon » et sa soeur Marie Miribel « épouse de François Joseph Gauthié », également domiciliés route d’Avignon à Vienne, ont dissous le 30 octobre 1895, devant le tribunal de commerce de Vienne, la société en nom collectif « M et L.Miribel » pour le commerce des déchets de laines et engrais. Le siège social de cette société constituée le 3 novembre 1893 est à Vienne, route d’Avignon. En 1895,est crée une société ayant les mêmes attributions « F.GAUTHIE et L.MIRIBEL » pour une durée fixée à dix ans. [1] C’est probablement celle ci qui s’installe aux Roches dès mi 1910. Dans le souvenir des anciens, cette entreprise ne fonctionne que peu de temps.

En juillet 1916 le « bulletin paroissial des Roches » dit que « l’ancienne sparterie appartenant à M. le Vicomte Maurice De Goÿs, utilisée pendant quelque temps par M. Miribel, vient d’être achetée par M. Jean Rogemond, conseiller du gouvernement pour les produits chimiques. On va l’utiliser à la fabrication d’objets nécessaires à l’industrie et à la Défense nationale, sous la direction de M. Tillard. »

Ce Jean Rogemond, ingénieur chimiste lyonnais, né le 15 mai 1864 à Feyzin alors en Isère, possède aux Roches de Condrieu une résidence secondaire, « la Lézardière » (aujourd’hui noyée par le Rhône). Cette petite unité de productions de colorants, crée avec le concours d’industriels de Vienne et d’Annonay, prend le nom de « Rogemond et Cie ». Développant ses activités et prenant rapidement de l’extension, la société doit s’expatrier vers le village voisin, Saint Clair du Rhône.
Ici, au bord du Rhône, les vastes terrains « du Grand Taureau » permettent d’ériger de nouveaux bâtiments industriels. Jean Rogemond décide de créer la Compagnie des Produits Chimiques et Matières Colorantes de Saint Clair du Rhône. Les premiers ateliers démarrent dès 1917. Le fondateur décède en 1920. Depuis quelques années son fils Francisque Rogemond (né en 1890) a pris la direction de l’usine.

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Collection personnelle de l’auteur

Sur la carte postale, il est indiqué « Les Roches de Condrieu » En fait il s’agit d’une vue des premiers ateliers construits dès 1917 à Saint Clair du Rhône. Au verso, ces quelques mots : "Cette photo représente l’usine, mais à l’époque où elle a été tirée, l’usine n’était pas aussi vaste qu’à présent. Mes ateliers n’y figurent pas".

Cette entreprise, augmentant considérablement ses capacités de production, sera, à Saint Clair du Rhône, durant des années un des plus gros employeur de la région viennoise. Elle sera l’ancêtre des sociétés Francolor puis C.F.M.C (Compagnie Française des Matières Colorantes).

Celle ci deviendra, englobée avec d’autres sociétés, P.C.U.K (Produits Chimiques Ugine Kuhlmann) avant de connaître de nouvelles fusions et mutations.

Les bâtiments d’habitation de l’ancienne sparterie auront, à partir de 1918-1920, diverses utilisations :

  • au début de la Seconde Guerre mondiale, cantonnement pour des Indochinois affectés à la fabrication d’un produit pour fabriquer les explosifs.
  • Salle de gymnastique, puis centre de sports dans une partie des locaux ; l’autre pour la « Clique » qui y entrepose son matériel et fait ses répétitions.(années cinquante)
    Les bâtiments industriels, eux aussi, connaissent bien des changements :
  • Après plusieurs affectations épisodiques, les ateliers abritent vers 1960 une nouvelle entreprise : les établissements A.C.E.R, Ateliers de Constructions Électriques Rhodaniens, construction de divers appareils ménagers (notamment des cuisinières).

La plus grande partie des bâtiments est reconstruite.

Enfin, vers 1970, l’usine Chardon s’installe sur le site pour la fabrication des équipements pour l’industrie automobile, les sièges d’autocar surtout.

Fin 1986 et début 1987 d’importants travaux de rénovation et de reconstruction sont entrepris par la municipalité des Roches de Condrieu aux bâtiments d’habitation de l’ancienne sparterie. Dès la fin de l’année 1987 les nouveaux locataires prennent possession de leurs appartements. Leur résidence s’appelle « la Sparterie ».

Connaissent-ils l’histoire de ce quartier au bord du Rhône ?

Notes

[112 U 285 Tribunal de commerce de Vienne, archives de l’Isère

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4 Messages

  • > La Sparterie des Roches de Condrieu 13 décembre 2005 15:51

    Une mise au point au sujet d’un paragraphe de votre article :

    Louis Léo MIRIBEL et sa soeur Marie MIRIBEL épouse de François Joseph GANTHIE : c’est GAUTHIE et non GANTHIE.
    Louis Léo Miribel et sa soeur étaient frère et soeur de mon arrière grand-père.
    Merci de rectifier.

    Répondre à ce message

  • La Sparterie des Roches de Condrieu 13 juillet 2016 11:24, par christine Franc

    merci beaucoup pour cette découverte...je me suis longtemps demandé pourquoi mes grands parents appelaient « la sparterie » leur habitation dans les années 1950,date à laquelle je passais mes vacances chez eux.
    En 1936,mon grand père(poilu) entre à Francolor de st clair.Je pense qu’il est logé par la sociétée à l’ancienne sparterie :en bas une cour derrière le grand portail de la rue,un grand escalier pour se rendre à l’appartement du haut.Je m’amusais avec une petite fille qui habitait derrière dans les salles de gymastique...
    les lieux ont été trés souvent innondés par le Rhône,on marchait alors sur des planches en hauteur...dans la rue des mariniers ,je me souviens du bruit infernal des métiers à tisser...mes grands parents ont quittés les lieux vers 1960.

    Répondre à ce message

    • La Sparterie des Roches de Condrieu 13 juillet 2016 11:51, par Michel Guironnet

      Bonjour Madame,

      Merci beaucoup pour votre évocation.
      Une question : comment s’appelait votre « grand-père (Poilu) » ?

      En plus, vous évoquez Francolor !
      Pour les « non-initiés », Francolor est le nom de l’usine chimique installée depuis 1917 à Saint Clair...Elle vivra bien des changements de noms, entre autres elle deviendra PCUK.

      Cordialement.
      Michel Guironnet

      Répondre à ce message

      • La Sparterie des Roches de Condrieu 13 juillet 2016 17:34

        Mon grand père paternel s’appelait Jacques Franc,il était contremaître à Francolor.Merci pour avoir donné l’explication de la société.
        Il a été blessé puis prisonnier à la seconde bataille de !
        L’Aisne en 1918.
        Cordialement
        Christine Franc

        Répondre à ce message

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