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La conscription en Mâconnais sous le premier Empire


jeudi 1er février 2001, par Michel Guironnet

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A partir de recherches familiales et d’un exemple local, Michel Guironnet nous présente le principe et les modalités du système de la conscription et de la pratique du tirage au sort.

"L’ogre et les conscrits" [1]

« Un évènement vient bouleverser la vie des campagnes en 1798 : la conscription... C’est de la conscription... qu’est née, après 1809, la légende de l’Ogre. Un ogre qui, tel le Minotaure de l’Antiquité, réclame son contingent de jeunes hommes à dévorer... »

Le tirage au sort est pratiqué en application de la loi du 8 fructidor an XIII (26 août 1803) : le chiffre global des conscrits est fixé par la loi, la répartition est faite par commune. Chaque maire dresse la liste des individus concernés (garçons de vingt ans). Une liste générale est établie pour chaque canton, affichée dans tous les villages, où un registre est ouvert pour les réclamations.

La date du tirage au sort est fixée huit jours à l’avance, par voie d’affiche. Il a lieu au chef lieu de canton (en l’occurrence Tramayes pour le village de Saint Léger sous la Bussière) en présence des conscrits, des maires, de l’officier de gendarmerie et de l’officier du recrutement.

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Statue de Napoléon Bonaparte
Elle est située sur la route des Echarmeaux, à quelques kilomètres à peine du village de Propières.
« Au centre du rond point routier, sur un socle monumental, se dresse la statue de Napoléon Bonaparte. Elle fut exécutée, sous le Second Empire, par le sabotier MOLETTE.
Jusqu’à une date récente, elle se tenait modestement en bordure d’une route, non loin d’une croix décorée par le même artiste.
Le quatrain rédigé par le sabotier et gravé par lui est fort célèbre :
O toi, puissant héros que l’univers admire,
O toi, qui nous donnas la gloire avec l’Empire,
Supporte que ma main en ses loisirs retrace
Et tes nombreux exploits et ton auguste face. »
(Extrait de « la Montagne beaujolaise, patrimoine et paysages » guide publié par Patrimoine Rhône Alpin en 1994).

« Il est jeté dans une urne autant de bulletins qu’il y a de noms sur la liste générale vérifiée ; ces bulletins portent un numéro différent, en commençant par le numéro 1. Chaque conscrit, suivant l’ordre dans lequel il figure sur la liste, est appelé à tirer un bulletin... Le nom de chaque conscrit, ses prénoms, son domicile, celui de ses parents, sa profession sont inscrits vis à vis du numéro obtenu... Plus le chiffre est élevé, plus le conscrit a des chances de demeurer civil. Un N°1 voue immanquablement au départ ; celui qui dépasse la centaine autorise l’espoir de rester au village... »

Suit l’épreuve de la mesure à la toise (minimum 1 mètre 60) et celle des « infirmités » qui pourraient rendre inaptes les conscrits. Les jeunes militaires sont alors incorporés pour cinq ans ; au moins.

Rappelons que la conscription, dès l’origine, ne frappait que les garçons célibataires. Le mariage est même, pour certains, une façon d’éviter la conscription grâce à de faux certificat ! 

Chez les VALENTIN trois garçons vont être « conscrits » :

Jean Benoît, l’aîné, a vingt ans en 1798. A la fin du Directoire il est « insoumis ». Il se marie en 1811.

Jean Marie a vingt ans en 1801. Il est réformé en 1803 pour défaut de taille. Il se marie en 1808.

Les deux frères sont inscrits dans le département du Rhône, habitant alors à Propières en Haut Beaujolais.

Jean Pierre a vingt ans en 1806, c’est de lui qu’il s’agit ici.

Jean Antoine, le dernier garçon, a vingt ans en 1818... dix sept ans en 1815 à la chute de l’Empire et la suppression de l’Armée impériale.

Il ne semble pas qu’il soit « conscrit » mais nous perdons sa trace après cette date...Serait il enrôlé comme « Marie Louise » (nom donné aux très jeunes conscrits des classes 1814 et 1815 appelés sous les drapeaux dès 1813 sous la signature de l’impératrice régente) dans les dernières guerres impériales ?

Pour le département de Saône et Loire, c’est donc sur le canton de Tramayes qu’il faut orienter nos recherches [2] :

Pour l’an XI (1802-1803) le tirage a lieu le 8 décembre 1803. Évidemment on ne relève aucun VALENTIN... Jean Marie est déjà réformé depuis juillet dans le Rhône !

Sont recrutés pour « l’armée active » ou « le dépôt » des jeunes de Saint Léger, le domestique Claude DESROCHES (né le 5 août 1782) par exemple.

Pour l’an XII (1803-1804) toujours pas de VALENTIN. Sont « conscrits » à Saint Léger, entre autres, Joseph BERTOUX, né le 2 avril 1783, laboureur... Jean Marie DUSSAUGE, né le 20 novembre 1782, laboureur... Pierre LAROCHETTE, né le 1er juin 1783, domestique (ces familles deviendront alliées aux VALENTIN).

Pour l’an XIV (1805) et pour 1806, pas de VALENTIN. Logiquement Jean Pierre, né en 1786 à Propières, devrait être inscrit cette année là ! Il ne l’est pas non plus dans le Rhône... Bizarre ?

Le contingent du canton est de « onze hommes pour l’armée active, six hommes pour la réserve »... Pour Saint Léger, on relève les noms de quelques conscrits :

  • Jean BRAILLON, né le 2 décembre 1785 à Saint Léger, laboureur.
  • Jean CORNIER, né le 17 décembre 1785, « taillandier » (maréchal) : « il demande a être au dépôt, attendu que son frère a tiré le N°12 le même jour. Il faut observer que ce particulier, né le 21 mai 1784, ne s’est pas présenté l’an 14 parce que son extrait de baptême était sous le nom de DUBOIS, qu’il s’est présenté volontairement à la mairie, qui a reconnu et rectifié l’erreur d’après des renseignements... »
  • Claude DESROCHES, né le 28 mai 1786, maréchal. « Au dépôt, a un frère conscrit de l’an 13 en activité »
  • Pierre DUSSAUGE, domestique, né le 30 avril 1786.
  • François FAILLANT, domestique lui aussi, né à Matour, « incapable pour défaut de taille » (1m 49).

Enfin, c’est dans le recrutement pour 1807 que nous retrouvons Jean Pierre VALENTIN. Il est le dernier de la « liste définitive, par ordre alphabétique, du canton de Tramayes » :

« N° 78 - VALANTIN Jean Pierre. 11 7bre 1786 (sa date de naissance en septembre) 1m 625. Propriétaire. Né à Propières. Résidence personnelle : Saint Léger. Noms et prénoms des père et mère : Claude et Claudine CORJET (en fait, il s’agit de CORGIER) Domicile des père et mère : St Léger » (R10 archives de Saône et Loire).

Dans la case « observations » il est précisé : « A été admis au tirage quoiqu’il soit de l’année dernière ».

La désignation des conscrits pour le canton de Tramayes (13 hommes pour l’active et 4 pour la réserve) a lieu le 12 janvier 1807. Est il possible que notre ancêtre n’ait pu être recensé en 1806 car il était alors « en transit » entre le Rhône et la Saône et Loire ? Ou bien, venant d’arriver après « les opérations de tirage » de 1806, il soit d’office « admis au tirage » pour 1807 ?

Il semble bien que l’installation des VALENTIN à Saint Léger sous la Bussière date de mi 1806...Mais les documents laissent un blanc de trois ans et demi, entre deux conseils de recrutement : celui de Jean Marie à Propières, le 11 juillet 1803, et celui de son frère Jean Pierre, à Saint Léger, le 12 janvier 1807.

Toujours est il que Jean Pierre mesure 1 m 625. Il est incorporable après le tirage au sort alors que son frère (1 m 558) est réformé d’office pour quelques centimètres de moins !

Sur 78 conscrits recensés Jean Pierre VALENTIN tire le N°9. Il a donc de fortes chances de partir à l’armée d’active. Il demande « à être visité (par l’officier de santé) pour mal de jambes ». En regard, sur le registre, on note « Réformé ». Comme ses deux frères aînés, Jean Pierre ne partira pas à l’armée ni à la guerre.

Jean TULARD, dans « La vie quotidienne des Français sous Napoléon » écrit : « Seule solution possible pour échapper au service si l’on a tiré un mauvais numéro et satisfait aux conditions physiques exigées : le remplacement ».

Pendant cinq jours après les opérations de tirage au sort, le conscrit peut substituer le nom d’un réserviste au sien. Le remplacement est limité aux conscrits d’un même canton et de la même classe.

« Un acte notarié est généralement passé entre les parties...Il faut faire vite pour trouver un remplaçant. Mais, au pire, on peut se faire remplacer après avoir été incorporé... »

Après 1810, on a de grandes difficultés à trouver des candidats remplaçants, et les prix montent devant la prolongation des hostilités. « Le remplacement introduisait une autre injustice, celle de l’argent. Seuls les riches pouvaient se faire remplacer... On mesure le désespoir des familles en de pareilles circonstances ». 

Notes

[1Nous empruntons ce titre au chapitre XII de « La vie quotidienne des français sous Napoléon » de Jean TULARD, ouvrage où nous puisons l’essentiel des informations concernant la conscription.

[2Listes nominatives des conscrits aux archives de Saône et Loire à Mâcon : R1 (an 8 à an 12) R2 (an 12 et an 13) R4 (an 14) R7 (1806) pour l’arrondissement de Mâcon.

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