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La creute de la ferme des Bovettes - 5e épisode


jeudi 30 avril 2009, par Michel Guironnet

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"C’est dans la région de l’Aisne, où l’ennemi s’est accroché depuis des mois aux falaises rocheuses.

En face de lui, autant et mieux que lui, nos troupes se sont adaptées à l’étrange vie souterraine des troglodytes... Un tournant brusque et voici qu’une gueule sombre s’ouvre devant nous, dans un chaos de blocs de pierres.

La grande carrière est là. Elle abrite maintenant deux compagnies d’infanterie française".

Les carrières du Chemin des Dames

« …L’hiver 1914 prend les soldats au dépourvu. Personne n’avait prévu que les combats se prolongeraient après l’automne… Les poilus trouvent un abri inespéré contre l’hiver dans les carrières du Soissonnais. Chaque vallée, chaque village, chaque paysan possède ici sa « creute » dédale de ramifications souvent étendues. Il y règne en toute saison une température stable d’environ 10° C.
Les soldats transforment vite ces souterrains en casernements, en y installant des postes de secours, des liaisons téléphoniques, des chambrées, des cuisines, des lieux de culte… »
 [1].

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Bonnon et Lefèvre préparent leur cacao
Septembre 1915
Le cacao dans la grotte des Boves ; Bonnon lit le journal ; Lefèvre prépare le chocolat ; dans le fond le projecteur

"C’est dans la région de l’Aisne, où l’ennemi s’est accroché depuis des mois aux falaises rocheuses. En face de lui, autant et mieux que lui, nos troupes se sont adaptées à l’étrange vie souterraine des troglodytes...

Un tournant brusque et voici qu’une gueule sombre s’ouvre devant nous, dans un chaos de blocs de pierres. La grande carrière est là. Elle abrite maintenant deux compagnies d’infanterie française.

Comme dans les catacombes romaines, des galeries s’ouvrent. L’allée principale se ramifie en couloirs irréguliers qui descendent jusqu’aux salles profondes, voici à notre droite le cercle des officiers, à gauche la cambuse du fourrier...

Un abri sec, de la paille, quelques meubles, du feu, c’est le grand luxe pour ceux qui reviennent des tranchées. A l’issue d’un couloir, soudain apparaît une des grandes salles.

Sur la paille, abondamment jetée, des hommes reposent déjà. C’est la compagnie qui a veillé et combattu dans les tranchées de première ligne.

Les soldats ont sombré dans le sommeil... D’autres jouent aux cartes. Des bougies piquées ça et là éclairent leur visage... Quelques-uns profitant d’un rai de lumière, écrivent, ayant leur sac comme pupitre sur les genoux."
 [2].

« Fournissant les mœllons et la pierre de taille, le gypse, le gravier, la pierre à chaux, le sable et la craie, les carrières du Chemin des Dames connaissent un essor intéressant dès les 12e-13e siècles avec la construction des cathédrales, églises, abbayes et châteaux de la région…/…
La plupart ont été ouvertes au 18e siècle. Exploitées selon la méthode des piliers tournés, de superficie très variable, les creutes ou boves sont bien souvent inactives au moment de la mobilisation.

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carte de Cassini
Sur cette carte du XVIIIe siècle est indiqué la Grande Carrière

Investies par les habitants et les soldats lors des multiples invasions que connut le Chemin des Dames, elles connaissent pour la première fois entre 1914 et 1918 une occupation prolongée.

Les alliés, qui souhaitent voir les Allemands quitter le terrain, les utilisent comme simples abris, ne profitant pas des avantages stratégiques qu´elles offrent. Présentes sous toute la longueur du plateau, elles constituent pour l´ennemi, qui les investit amplement, une forteresse imprenable pour l´observation, la défense et l´attaque.
Protégées par l´épaisseur de la roche, la température de 12° y est constante. Pendant toute la durée des conflits, elles subissent d´importants aménagements (multiples sorties, tunnels permettant le ravitaillement, l´introduction d´hommes à des points tactiques du plateau, réseau de chemin de fer, consolidations des entrées).
Elles permettent ainsi le stockage des munitions, la protection des chevaux et des hommes, qui sont relevés tous les 5 à 10 jours (les plus grandes pouvaient abriter 3000 soldats). Afin de pouvoir se diriger, une signalétique est établie, l´éclairage facilitant également les déplacements »
 [3]

La creute de la ferme des Bovettes

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La ferme des Bovettes
« Cette ferme masque l’entrée d’une grotte qui nous servait d’abri (août 1915) »

Au dos de la cette photo, le "plan de la S.A.P N° 4" , c’est à dire la Section Automobile de Projecteurs N° 4, au 31 juillet 1915.

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Au dos de la vue de la ferme des Bovettes
Plan de situation de la S.A.P N° 4 le 31/7/1915

Un "panorama tiré à hauteur des grottes" permet de préciser la localisation de cette grotte. Située au dessus du village de Presles et Boves, du côté français, cette ferme est appuyée sur la falaise qui domine le canal latéral et l’Aisne, face au village de Chavonne, du côté "boche" [4].
A 7 kms en arrière, sur le plateau, la ville de Braine sert de repli et de cantonnement.

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Panorama tiré à hauteur des grottes
Octobre 1915 : photo du secteur prise d’un ancien poste d’observation d’artillerie face à la grotte des B.

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Carte d’Etat Major Chassemy Chavonne

Sur le forum de Pages 14-18 [5], j’ai déniché cette superbe carte d’Etat Major, de 1918 me semble-t’il (voir document ci-dessus), du secteur de Vailly sur Aisne, au pied du Chemin des Dames.
En zoomant, j’ai sélectionné le coin entre Chassemy et Chavonne.

Entre le village de Presles et Boves et le N° 66 au sud, on peut situer l’emplacement de la Ferme des Bovettes.

"Le camarade Bonnon" a pris beaucoup de photographies à l’intérieur et autour de la grotte de la ferme des Bovettes. Les commentaires au dos des photos sont tous de la main de Charles Bourcet.

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Entrée de la grotte des Bovettes (cour de la ferme)

1er novembre 1915. Photo de l’entrée de nos grottes à la ferme des B. :

  • entrée de gauche sous les feuilles, notre cantonnement
  • entrée à droite, cuisine des artilleurs
  • petite entrée, forge des artilleurs (cette forge est là où le baguiste des tranchées travaille avec art)
    De chaque côté, commencement des bâtiments de la ferme.
    Personnages, de gauche à droite :
  • cabot d’ordinaire des artilleurs [6]
  • moi, un artilleur, Forest, Louis Tisserand, un artilleur, Blainville, Fondart, des artilleurs.
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Cour de la ferme des Bovettes

1er novembre 1915 ; photo de la ferme des B. où se trouve notre poste : Notre poste se trouve en face, à environ 30 m de la façade. Le petit bâtiment de gauche s’appuie contre la grotte à l’entrée de droite (cf. photo de la grotte).

Personnages :

  • juché sur le pignon démoli, un artilleur.
  • en bas : Bonnon, Blainville, Forest, moi appuyé contre un travail pour ferrer les boeufs.

Notes

[1Jean Luc Pamart « Le paysan des Poilus »
Chapitre « les carrières en péril » Voir le site de son association Soissonnais 14-18 http://pagesperso-orange.fr/patrick.laffe/

[2Julien Tinayre, le 23 Janvier 1915 dans l’Illustration.

[3texte tiré de l’Inventaire général,Région Picardie : http://inventaire.picardie.fr/docs/MERIMEEIA02001626.html?qid=

voir sur le très beau et très complet site Rue des Lumières, le dossier "creutes et 1re Guerre Mondiale" : http://ruedeslumieres.morkitu.org/apprendre/militaire/creute/index_creutes.html

Lire sur le sujet : Thierry Hardier, Une guerre souterraine, creutes et tunnels du Chemin des Dames. In Nicolas Offenstadt (sous la dir. de). Le chemin des Dames, de l´événement à la mémoire. Paris : Stock : 2004. p. 104-107.

[4Voir sur le site de l’Association pour la Sauvegarde et l’Etude du Patrimoine Souterrain, le compte rendu d’une visite à Notre Dame des Boves à Presles-et-Boves en mars 1989 http://cfpphr.free.fr/boves.htm

[5Voir la contribution du 1er mars 2008 sur les combats de la 162e DI en septembre 1918.

[6c’est à dire le caporal en service ce jour là

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12 Messages

  • La creute de la ferme des Bovettes 2 mai 2009 15:27, par BOITEAU

    Bonjour,
    Je suis très émue en regardant ces photos.
    Un de mes oncles a été tué début mai 1917, à la ferme des Bovettes.
    Merci d’avoir mis en ligne ces photographies d’époque.

    Répondre à ce message

    • La creute de la ferme des Bovettes 3 mai 2009 19:09, par Michel Guironnet

      Bonsoir,

      Merci pour votre message.

      Attention toutefois : il y a beaucoup d’autres endroits dans cette région de l’Aisne qui porte le nom de Bovettes.

      La ferme où est décédé votre oncle n’est peut être pas celle ci. Avec son nom et son régiment, la vérification sera facile.

      Cordialement.

      Michel Guironnet

      Répondre à ce message

    • La creute de la ferme des Bovettes 11 mai 2009 18:38, par Alain ARVATI

      Bonjour.

      Je possède la liste des inhumations provisoires sur cette commune.
      Pouvez-vous me deonner des informations plus précises (Nom, prénom, unité).
      J’ai peut-être des informations complémentaires à vous fournir.

      Cordialement.

      Répondre à ce message

      • La creute de la ferme des Bovettes 13 mai 2009 17:22, par PREYS Catherine

        Bonjour,

        Merci pour l’information.
        Mes grands-parents ont rapatrié le corps de mon oncle après la guerre.
        Il a été inhumé avec son frère (tué en août 1918) dans le village où habitaient mes grands-parents.
        Je ne manque jamais de leurs rendre hommage et de me recueillir sur leur sépulture lorsque je vais en province.
        Cordialement.

        Répondre à ce message

      • La creute de la ferme des Bovettes 6 mai 2010 18:49, par bernard Allias

        bonjour,
        j’ai vécu à Presles durant la guerre (1943 )
        mon oncle ( Mr Bécard ) était instituteur ; j’ai connu la famille Arvati ( le père était maire )
        je serais intéressé par l’histoire de Presles et je connais assez bien l’anecdote de la bonbe à qeue-de-leus .
        Si cela vous intéresse : ballias@wanadoo.fr

        Répondre à ce message

      • La creute de la ferme des Bovettes 17 octobre 2012 21:47, par PERRIN

        Bonjour,

        Y a t-il un rapport entre la ferme des Bovettes et le bois des Bovettes ?

        Famille de André PERRIN
        Capitaine au 57e BCP

        Merci

        Répondre à ce message

        • La creute de la ferme des Bovettes 18 octobre 2012 05:51, par Michel Guironnet

          Bonjour,

          Merci pour votre message.

          Attention : il y a beaucoup d’autres endroits dans cette région de l’Aisne qui porte le nom de Bovettes.

          Il y a une autre « ferme des Bovettes » à 1,5km Sud de Pargny,sur le Chemin des Dames.

          Le Bois des Bovettes, autre lieu de combats, n’est probablement pas au même endroit que la ferme des Bovettes dont il s’agit ici...mais si vous pouvez précisez votre question.

          Cordialement.

          Michel Guironnet

          Répondre à ce message

  • La creute de la ferme des Bovettes 4 mai 2009 15:08, par Yves FRANCOIS

    Incroyable coïncidence, je suis justement en train de lire de Ernst Jünger « orages d’acier » qui décrit en détail, côté Allemand, face aux Anglais le « confort » de ces abris providentiels.
    Félicitations pour l’intérêt de cet article
    Yves François

    Répondre à ce message

  • La creute de la ferme des Bovettes 11 mai 2009 10:58, par Weiss JF

    Bonjour

    Deux petites choses ; attention, le canevas que vous proposez me semble bien etre un de ceux du SHD (donc reproduction/diffusion payante) representant les cavites supposees truquees par les Allemands datant de 1918 ; je peux chercher dans mes archives si vous voulez un bout de canevas de cette region (si j’en possede, ce qui n’est pas sur), libre de droits bien entendu.

    Je vous invite egalement a lire/referencer un autre site internet specialise sur le sujet
    http://souterrains.vestiges.free.fr , traitant du patrimoine souterrain de la premiere guerre mondiale, dans toutes ses formes.

    Au plaisir de vous lire

    JF Weiss

    Répondre à ce message

    • La creute de la ferme des Bovettes 11 mai 2009 21:20, par Michel Guironnet

      Bonsoir,

      Merci d’attirer mon attention sur ce canevas déniché sur Internet. La source de cette carte est citée en note. Sur le Forum, il n’y a aucune référence au SHD...Peut être n’est ce pas le même ?

      En attendant des précisions à ce sujet, je veux bien, si vous le possedez, un canevas de cette région.

      Merci également de porter à la connaissance de nos lecteurs le site Souterrains et Vestiges.

      Je l’ai consulté, avec beaucoup d’autres, à maintes reprises pour mes recherches.

      Cordialement.

      Michel Guironnet

      Répondre à ce message

  • La creute de la ferme des Bovettes - Information 11 mai 2009 17:16, par Alain ARVATI

    Bonjour.
    J’étudie depuis quelques années le village de Presles-et-Boves et son histoire à travers les âges. Je constate, avec beaucoup de plaisir, qu’il est toujours possible de découvrir de nouvelles photographie que des personnes passionnées sont prêtes à nous faire partager. Félicitations de porter à notre connaissance, ces épisodes oubliés de la Grande Guerre. Soyez-en fortement remercié.
    Une information complémentaire : la ferme des Bovettes n’existe plus, elle a commplètement disparu. Seuls quelques moellons de pierre et une partie de cave subsistent sous les ronces et les taillis. Les grottes de la cour ont également disparu. Une autre guerre est passée par là. En 1943, les troupes allemandes y ont fait exploser une bombe de 250kg récupérée à Braine, causant l’effondrement des abris cités. J’ai quelques photos récentes des lieux, si cela vous intéresse.
    J’attends, avec impatience, de prendre connaissance des épisodes à venir, et je vous adresse mes plus sincères et amicales salutations.

    Répondre à ce message

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