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La vie paysanne sous le Directoire en Haut Beaujolais

d’après un « bail à moitié fruits » entre Jean Garnier et Claude Valentin


mercredi 1er novembre 2006, par Michel Guironnet

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Le 15 ventôse An VI, c’est-à-dire le 5 mars 1798, « Par devant le notaire public demeurant à Poule soussigné, département du Rhône (aujourd’hui Poule les Echarmeaux en Haut Beaujolais), et en présence des témoins après nommés, fut présent Jean GARNIER, propriétaire demeurant en la commune d’Azolette, lequel de gré a remis à titre
de bail à culture à moitié fruits et revenus [1], au citoyen Claude VALENTIN, cultivateur demeurant à Propières (notre ancêtre direct) ici présent et acceptant un petit domaine appartenant au dit GARNIER, situé en la ditte commune de Propières ;

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Château d’Azolette

lequel travail est le même qui était cultivé et occupé par les nommés Nicolas et Antoine ODIN ; et lequel (domaine) ledit Claude VALENTIN a déclaré bien connaître attendu qu’il le cultive depuis la Saint Martin dernière (depuis le 11 novembre, plus de quatre mois avant la signature du bail) le présent bail fait pour le temps et espace de six années entières et consécutives, qui ont commencé au soir de St Martin d’hivert dernière ».

Claude VALENTIN, quarante-neuf ans, est né à Cours. Sa femme, Claudine CORGIER, est native de Propières.

Le « travail », c’est à dire les terres, était loué auparavant à Nicolas et Antoine ODIN jusqu’à la « Saint Martin dernière » C’est pourquoi le notaire juge inutile de détailler « le petit domaine » certainement déjà décrit « et confiné » dans le bail précédent.
Celui-ci doit être de 1792 si l’on considère six années auparavant, durée classique des baux.
Une recherche dans les actes notariés et l’enregistrement n’a rien donné.
Ce domaine est-il "au Vermorel" hameau où s’est installé Claude Valentin à son arrivée à Propières en 1777 ou "au Perras" hameau de Propières,où il habite depuis quelques années ?

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Hameau du Vermorel à Propières

Toujours est-il que ce « bail à moitié fruits » nous permet de mieux connaître la vie rurale d’alors en Haut Beaujolais. Certains « mots du passé » méritent des explications. Celles-ci seront tirées du « Dictionnaire du monde rural » de Marcel Lachiver.

« Ce bail fait aux conditions suivantes :

* le preneur (Claude VALENTIN) cultivera le dit domaine de toutes les façons requises et nécessaires, de bien et duement rayer les prés, de les tenir clos pendant les dittes six années et à sa sortie(à la fin du bail).
Rappelons que le pré est une terre à foin ou à pâturage, le plus souvent close pour la soustraire aux divagations du bétail. Le fait de « rayer les prés » c’est-à-dire de les labourer ou d’y passer la herse, permet une meilleure repousse de l’herbe, donc plus nourrissante pour le bétail que l’on y engraisse.

* ne pourra le preneur faire depastre les prés dudit domaine pendant les dittes six années, et nottament la dernière après la Notre Dame de Mars (25 mars). Le locataire des terres doit toujours utiliser ces prés comme pâture, sans jamais les « dé-pâturer » surtout la dernière année du bail. Les bêtes apportent de l’engrais aux prés. Elles doivent y être constamment « en pâture » ce qui évite ainsi au propriétaire de fumer ses terres.

* (le preneur s’engage) de ne couper aucuns arbres dans ledit domaine, soit mort ou vif, sans le consentement du bailleur, et n’auront pour leur chauffage et la clôture des fonds dudit domaine que les bois des hayes et trouches autour des dits héritages qu’ils couperont en temps dû, sans pouvoir faire de nouvelle trouche. La haie, on a longtemps écrit haye, est une clôture formée d’arbustres, de plantes buissonnantes, d’épines entrelacées, parfois de quelques arbres... Elle est un substitut du bois en fournissant branches, piquets, bois de feu, feuilles pour la litière ou la nourriture du bétail en hiver.
La trouche est probablement la trouée, c’est à dire l’ouverture faite dans toute l’épaisseur d’une haie. C’est aussi l’espace laissé par un abatis, coupe faite dans un bois. Le preneur peut donc utiliser les « hayes et trouches » mais sans pouvoir en faire d’autres.

* ne pourra le preneur pendant la durée de ce bail divertir (prendre et se servir) les foins et pailles, et les feront consommer pour la bonification des verchères et terres ; lesquelles il ne pourra surcharger ni changer de culture pendant la durée des présentes. La verchère est une parcelle close de très bonne qualité, proche de la maison, plantée de chanvre ou d’arbres fruitiers. Cette terre demande des soins.« Les foins et pailles » mêlés à la terre arable servent d’engrais pour augmenter la fécondité du sol.

* laissera le preneur la dernière années les foins et pailles bien secs et conditionnés, rangés sous le couvert dudit domaine.

* laissera la dernière année les terres ensemencées de pareilles quantité et qualité de grains qu’il les a trouvé à son entrée.

* sera tenu le preneur de faire tous les charrois nécessaires pour les réparations des bâtiments du domaine, et les charrois qui luy seront commendés pour les réparations des autres bâtiments du bailleur (même en dehors du domaine !).

* sera aussi tenu le preneur de nourrir les ouvriers qui seront employés pour la couverture des bâtiments du domaine donné à culture.

* et (il) plantera chaque année deux antes de fruits francs, comme pommier ou poirier. Les "fruits francs" sont des arbres fruitiers qui n’ont pas encore été "entés" c’est-à-dire greffés. Claude devra planter deux "antes" par an pour étoffer et renouveller le verger. Pris dans ce sens là, l’ante ou ente est donc un jeune arbre.

* sera permis au preneur de faire des rompais ou brulés dans les vassibles dudit domaine, dans lesquels le bailleur n’aura que la quatrième gerbe.
Dans les Monts du Beaujolais les « vassibles » sont de vastes surfaces de landes à genêts, à fougères et à bruyères qui sont le résultat de déboisements intensifs. Les paysans les mettaient quelques années en valeur par écobuage, après un long temps de repos.
Ce que confirme l’emploi des termes « rompais ou brulés » noms voisins de la « rompue » et de « brûlis » techniques de défrichement par le feu, c’est l’écobuage, pour fertiliser le sol.
Comme cela demande du travail, le propriétaire des « vassibles » n’aura droit qu’a une gerbe sur quatre, au lieu d’une sur deux sur d’autres terres.

* payera le preneur chaque année la moitié des impositions foncières, à six livres de moins que le bailleur.

* payera le preneur pour droits de basse cour la somme de quarante cinq livres, douze livres de beurre, six poulets, trois douzaines de fromages, quatre douzaines d’œufs, le tout à la réquisition du bailleur.
Reconnaît le preneur qu’il lui a été remis pour ensemencer ledit domaine la quantité de trente mesures de bled seigle et une mesure de froment qu’il rendra la dernière année des présentes, en pareille quantité et qualité.

* reconnaît aussi le preneur être chargé de trois mères vaches au prix et chétail de cent quarante sept livres, dont il rendra bon et fidèle compte en fin des présentes en nature du bétail ou prix d’iceluy.
Le « chétail » est bien sûr le cheptel, le bétail nécessaire à l’activité de la ferme.

Les droits et coust des présentes seront à la charge du preneur, qui en délivrera expédition à ses frais dans le mois au bailleur.

* enfin usera du tout ledit VALENTIN en bon père de famille, sans pouvoir faire ni souffrir qu’il soit fait dans lesdits bâtiments et fonds aucune dégradation ni détérioration.

Il sera acheté chaque année un cochon, dans le courant de septembre, qui sera nourri par le preneur de la récolte des truffes (il s’agit des pommes de terre) jusqu’à ce qu’elles seront partagées, et ensuite après aux dépens du preneur et lequel (cochon) sera vendu chaque année à la fête de Toussaint et le prix partagé entre les parties par égalle portion.

Le preneur sera aussy tenu chaque année de voiturer des bas en haut des terres et verchères la quantité de deux cent charges de terre.

Les droits et coust des présentes seront entièrement supportés par ledit VALENTIN qui en fournira expédition au bailleur à sa réquisition.

Déclarent les parties que le revenu annuel du domaine est d’une somme de cent quarante huit livres.
Ainsy d’accord et l’ons voulues les parties qui pour l’entretient et entière exécution de tout ce que dessus ont obligés tous leurs biens (hypothéquer) et ont promis n’y contrevenir à peine de tous dépens, dommages et intérêts, se soumettant et renonçant.

Dont acte fait, lu, reçu et passé à Poule, en mon étude après midy, le quinze ventôse An six de la République française (5 mars 1798), en présence des citoyens Pierre AUCAGNE et Antoine BILLANDON, tous deux citoyens propriétaires demeurant à Poule, témoins requis et soussignés avec les parties, à l’exception du dit Claude VALENTIN pour ne savoir écrire, ainsy qu’il l’a déclaré, de ce enquis et interpellé.

GARNIER Pierre AUCAGNE, Antoine BILLANDON, SAPIN notaire public »

Paradoxalement Claude VALENTIN déclare « ne savoir écrire » le 5 mars 1798 pour signer le bail. Pourtant, à peine trois mois plus tôt, le 26 nivôse An VI (c’est à dire le 15 janvier 1798) lors de la déclaration, à la mairie de Propières, de la naissance de Jean Antoine, son neuvième enfant « Pierre VERMOREL agent municipal » précise qu’il « a rédigé le présent acte que j’ai signé avec VALENTIN père, non le témoin (Jean Benoît VALENTIN, son fils) pour ne le savoir ».

Mais il est vrai que sur le registre conservé aux archives du Rhône n’existe que la signature de VERMOREL !

La belle signature de Jean GARNIER ressemble vaguement à celle, plus malhabile, du parrain de Jean Marie VALENTIN, fils de Claude né le 28 janvier 1781.

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Signature de Garnier sur le bail
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Signature de Garnier, parrain

Lui aussi se nomme Jean GARNIER et habite alors à Propières. Est ce le même ? Dix sept ans plus tard il peut être établi à Azolette, tout près de Propières, et louer les terres qu’il possède dans cette commune.

Notes

[1Bail à culture à moitié fruits 3 E 26135 Notaire SAPIN à Poule 15 ventôse An VI archives du Rhône.

En marge de l’acte notarié : « Enregistré à Beaujeu le 5 germinal An 6 de la République française. Encaissement trois francs plus dix sous pour les charges... ? Rendu dix sous le 8 frimaire ».

En haut de l’acte : « Reçu 12 livres du fils VALENTIN » Il s’agit certainement de Jean Benoît, le fils aîné de Claude.

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