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Le Saint-Géran : Une catastrophe pour Lorient et sa région


jeudi 1er janvier 2004, par Jean-Yves Le Lan

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L’histoire du Saint-Géran est associée dans les esprits à l’œuvre de Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie. Dans cet ouvrage, l’Ile de France (île Maurice) sert de cadre à la passion innocente de deux jeunes gens. Virginie part en France pour parfaire son éducation et quitte Paul qui reste sur l’île.

A son retour, elle est embarquée sur le Saint-Géran. A l’arrivée à l’île de France, le navire attend mouillé sur ancre, en deçà de la barrière de corail, entre l’île d’Ambre et la terre. Le vent se lève et le Saint-Géran présente son avant à l’ouragan qui arrive. Il est piégé car il ne peut pas ressortir et le vent le pousse à terre. Comme la mer est devenue grosse, le navire tire de plus en plus sur ses amarres qui se rompent. Paul de la terre voit tout ce qui passe et se jette à l’eau pour sauver Virginie. Elle est sur la poupe du navire, tendant les bras vers Paul, quand une montagne d’eau s’abat sur le navire et englouti tout (Bernardin de Saint-Pierre (Jacques-Henri) - Paul et Virginie - Imprimerie P. Didot l’Ainé- Paris - 1776).

Voilà, l’histoire résumée du naufrage du Saint-Géran dans le roman de Bernardin de Saint-Pierre. Cette version quoique que très belle et émouvante, est très loin de la vérité. En effet, le naufrage du Saint-Géran s’est passé tout à fait différemment. Le Saint-Géran, vaisseau de 600 tonneaux et de 28 canons, est armé le 24 mars 1744 par la Compagnie des Indes pour rejoindre l’île de France. Il est commandé par le capitaine Gabriel Richard de la Marre et a comme premier lieutenant le dénommé Jean François Males. Il arrive sous voile en vue de l’île de France, à 16 h 00, le 17 août 1744. Le temps est beau, le Saint-Géran fait route vers l’île de France. A cause d’une erreur de navigation, après trois heures du matin, le 18 août 1744, il talonne au niveau des brisants la barrière de corail. La coque est crevée et la calle se remplit d’eau. Le capitaine demande à l’équipage de mettre la chaloupe à l’eau avec des hommes à bord mais celle-ci se fracasse sur le pont. Le vaisseau prend alors de la gîte avec le vent, le capitaine donne l’ordre d’abattre le grand mat qui dans sa chute rompt le mat d’artimon. Le vaisseau se brisant de plus en plus, le capitaine voyant qu’il n’est plus possible de sauver le navire, appelle l’aumônier pour que ce dernier donne l’absolution générale et dit à tout le monde de faire son possible pour se sauver.

Les faits tel que nous les rapportons ci-dessus sont issus du témoignage consigné par écrit d’un des rescapés, le dénommé Aimé Carret, 2e quartier maître, à bord du Saint-Géran. En effet, ce dernier fait une déclaration au bureau d’armement de la Compagnie des Indes de Lorient à son retour pour que la Compagnie puisse remettre leur dû aux familles de l’ensemble des rescapés. C’est ainsi qu’il précise qu’il y a eu 9 survivants :

1. Allain Ambroise de Port-Louis - Bosseman.
2. Pierre Tasset de Lorient - Bosseman.
3. Aimé Carret de Lorient - 2e Quartier Maître.
4. Jean Page de Cleden - Matelot.
5. Jacques Le Guen d’Hennebont - matelot / Charpentier.
6. Pierre Vergore de Lorient - Canonnier.
7. Jean Janvrin Daniel (ou de miel) de Saint-Servan - Passager engagé.
8. Thomas Chardon d’Hennebont - Passager engagé.
9. Diomat de Saumur - Passager menuisier/charpentier.

Deux autres déclarations (Trousset, Jules : Histoire illustrée des grands naufrages - Editions La Découvrance - 1994 - Réédition de l’original de 1880 de la librairie Illustrée de Paris - pages 232 à 236.), au juge du conseil supérieur de l’île de France, M. Herbault, et à son greffier, M. Molère ont fait l’objet de procès-verbaux, dans les jours suivant le naufrage et confirment les dires d’Aimé Carret. Ces témoignages nous éclairent aussi sur le fait que, bien que le naufrage ait eu lieu près des côtes, il y eut peu de rescapés. En effet, l’équipage était en bien mauvaise santé, plus de 100 personnes étaient couchées et ceux qui ne l’étaient pas, ne devaient pas être en très bonne condition physique. Ces déclarations sont issues des rescapés suivants :

  • Déclaration au greffe du 22 août 1744 : Pierre Tassel, Alain Ambroise et Thomas Chardrou (Orthographe légèrement différente par rapport à la déclaration de Lorient) :
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Déclaration au greffe du 22 août 1744
  • Déclaration au greffe du 24 août 1744 : Jean Janvrin et Pierre Verger (Pierre Vergore de la déclaration de Lorient) :
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Déclaration au greffe du 24 août 1744

A partir du rôle d’équipage du Saint-Géran et des déclarations, nous pouvons déduire le lieu du naufrage car il est précisé sur les documents que le navire a péri sur les îles d’Ambre en arrivant à l’île de France.

Ces îles sont situées au nord de l’île de France, au-dessus du lieu dit « Poudre d’or » et sont composées de plusieurs îlots et d’une île plus importante. Si nous regardons une carte nautique de l’époque (Service Historique de la Marine de Lorient - Document d’instructions nautiques - Neptune Oriental de d’Après de Mannevillette - Imprimé à Brest par Demonville et à Paris par Malassis en 1775), nous constatons que l’île d’Ambre est entourée de récifs et que le Saint-Géran est donc venu se fracasser sur ceux-ci.

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Extrait de la carte de l’île de France du Neptune Oriental - SHM Lorient

La passe dénommée « Passe du Saint-Gérand » sur la carte, serait-elle la passe citée par Bernardin de Saint-Pierre et appelée ainsi suite à son roman ou l’endroit où le Saint-Géran a talonné ? Nous n’avons pas d’information sur ce sujet.

Toujours à l’aide du rôle d’équipage, nous pouvons établir le décompte des marins et passagers qui ont péri dans ce naufrage. Le nombre de personnes notées sur le rôle d’équipage s’élève à 190 marins et passagers auquel il faut rajouter 30 esclaves embarqués à Gorée (20 hommes et 10 femmes) pour un total de 220 personnes :

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Marins et passagers

Nous constatons tout d’abord que certains marins et un passager sont restés à terre au départ du navire, Jacques Floch, Guillaume Jego et Guillaume Estienne. Un matelot, Sébastien Goujat, a été débarqué malade le 10 avril 1744 et le sieur Branho le Marin est décédé avant d’avoir doublé le Cap de Bonne espérance ainsi que 9 autres personnes dont nous n’avons pas l’identité.

Il y a un cas qui est litigieux, c’est celui du chirurgien, nommé Belval, qui a embarqué clandestinement sur le navire et qui est noté sur le rôle pour Gorée. S’il a réellement débarqué à Gorée, il a échappé au naufrage. Ce qui fait donc un total de 15 personnes qui n’ont pas péri dans le naufrage. Si à ces 15 personnes, nous rajoutons les 9 rescapés, il reste donc 196 personnes qui ont péri dans le naufrage du Saint-Géran. Dans ces personnes qui sont décédées pendant la traversée ou lors du naufrage, nous retrouvons une majorité de Lorientais (41) et de Ploemeurois (26), ensuite viennent les marins de Riantec (17), de Port-Louis (11), d’Hennebont (7) et de Groix (3). La région de Saint-Malo a elle aussi été touchée avec 7 personnes de Saint-Servan et 6 de Saint-Malo.

A l’examen, de l’origine des naufragés, nous constatons que la région lorientaise a payé un lourd tribut dans la catastrophe du Saint-Géran et que beaucoup de familles furent endeuillées par ce naufrage.

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11 Messages

  • je vous remercie de cet article sur le naufrage du St-Géran.

    Je suis intéressé par la présence d’un rescapé nommé Jean Diomat, et par ailleurs orthographié Dromat. Or j’ai une ascendance provenant de l’ile Maurice (ex Ile de France) et celle-ci est orthographiée Dromart ; je recherche donc à remonter cette ascendance à l’époque du naufrage soit 1744. En un mot je cherche des renseignements sur ce DIOMAT-DROMAT-DROMART originaire de Saumur dont on n’a pu retouver l’acte de naissance (cf l’ouvrage de Jean yves BLOT « A la recherche du St-Géran »)
    Tout renseignement concernant cette personne sera le bienvenu.
    Avec mes remerciements, mes très cordiales salutations.

    Michel Verdet

    Répondre à ce message

    • > Le Saint-Géran : Une catastrophe pour Lorient et sa région 23 juin 2006 22:10, par Jean-Yves Le Lan

      Bonsoir,

      Je n’ai, hélas, pas d’information sur Jean Diomat. J’ai regardé dans le fichier joint au livre de Jean-Michel André (Les engagés de la Compagnie des Indes – Marins et ouvriers – Service historique de la Marine – 2004) mais je ne l’ai pas trouvé.

      Le patronyme Diomat existe sur Geneanet et semble concentré en Maine et Loire (cohérent avec Saumur) et à la Réunion.

      Une piste : il se peut que l’indication de Saumur ne soit pas le lieu de naissance mais le lieu d’habitation. Il vous faut alors chercher autour de Saumur en priorité puis sur toute la France.

      Bien cordialement

      Jean-Yves Le Lan

      Répondre à ce message

    • > Le Saint-Géran : Une catastrophe pour Lorient et sa région 8 septembre 2006 09:37, par Gilbert DROMART Mauricien

      Bonjour,

      Mon patronyme est DROMART Gilbert Mauricien. Je suis aussi à la recherche de renseignements sur un des neuf rescapés du naufrage du St Géran le 17 Aout 1744 en face de l’Ile Maurice. Je voudrais retrouver pour Monsieur Jean DIOMAT-DROMART (menuisier-charpentier) son lieu de naissance (Saumur ?),son lieu d’embarquement (Lorient ?), sa filiation après le naufrage, à Maurice ou ailleur.

      Si vous avez des éléments supplémentaires, je serais très interessé.

      Cordialement

      A bientôt de vous lire

      PS : Je vous ai déjà rencontré à votre domicile à Marseille en Septembre 2004

      Gilbert Dromart

      Répondre à ce message

  • Bonsoir,
    merci pour cette article, je m’appelle Saint-Gérand et je m’interesse beaucoup à toute ces histoire car mon arbre généalogique s’arrête lors de la révolution francaise...

    cordialement

    Répondre à ce message

  • Le Saint-Géran : Une catastrophe pour Lorient et sa région 6 octobre 2012 15:30, par fédérique

    bonjour votre article est interessant , ma grand mère était la contesse francoise marie alice de la tour de saint igest,native de l’ile maurice ce sont ses ancetres qui on inspirés le roman paul et virginie , et je cherche tous renseignement sur la famille de la tour , merci pour votre réponse cordialement frédérique.

    Répondre à ce message

  • Le Saint-Géran : Une catastrophe pour Lorient et sa région 18 septembre 2017 00:36, par Alain Degny

    Je découvre tardivement votre site. Réponse à Frédérique.

    Il n’y a pas de Virginie dans la généalogie des Latour de Saint Igest (cf. Geneanet). La fille de Paul Louis qui émigra à l’Isle de France et que M. de Saint Pierre a peut-être rencontrée, s’appelait Élisa Charlotte.

    Virginie de la Tour est un nom inventé en souvenir de deux jeunes filles que l’on proposa d’épouser au futur auteur du roman, durant son voyage en Europe.

    Le prénom : celui de Virginie von Taubenheim, fille de Christoph von Taubenheim, Conseiller privé de Frédéric II de Prusse et régisseur des Fermes de Berlin.

    Le nom : celui de Mlle de la Tour, nièce du général Daniel du Bosquet, qui servait la Russie, Chef du corps des ingénieurs (génie militaire), qu’il rencontra à Saint Petersbourg.

    Source : Biographie de Bernardin de Saint Pierre, par Louis Aimé-Martin, son élève et ami.

    Quant à la très jeune femme qui inspire la fin tragique de Virginie, c’est une passagère, créole de Bourbon, Louise Augustine Caillou (1724-1744). Elle était fille de Louis Caillou, chirurgien-major de la Compagnie des Indes et fiancée à Louis Longchamps de Montendre, premier enseigne à bord du Saint Géran. Tous deux sont mentionnés dans le rôle d’équipage et cités par les survivants du naufrage dans les procès-verbaux. Comme Virginie, elle refusa de se déshabiller (comprendre ôter robe et jupons) pour se jeter à l’eau et gagner la côte, comme l’en supplia Louis de Montendre. Devant son refus, il se résolut à rester auprès d’elle et tous deux perdirent la vie.

    Répondre à ce message

  • J’ai eu le plaisir de plonger sur le ’St Géran’il y a 45 ans ce qui m’a donné l’idée de rechercher deux autres épaves historiques, le ’VOC ’Banda’ (1615) et le navire pirate ’Speaker’ (1702)
    Nous les avons découverts et publié le rapport de fouilles dans :

    • Fortune de Mer’ de J.Dumas.
    • ’X marks the spot’, University of Florida, 2005.
      Mon ami J.Y Blot a publié un livre sur le ’St Géran’.
      Salutations.
      P.LIZE

    Répondre à ce message

    • Bonjour monsieur Lizé,

      Merci pour votre message.

      Bien qu’étant ancien plongeur (MF1), je me suis intéressé au Saint-Géran à travers les archives détenues au Service historique de la Défense à Lorient. J’avais décidé de rédiger ce petit article il y a une quinzaine d’années pour permettre à des gens de retrouver un ancêtre embarqué sur le Saint-Géran.

      J’ai lu le livres de Jean-Yves Blot sur les recherches à l’île Maurice.

      Bien cordialement

      Jean-Yves Le Lan

      Répondre à ce message

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