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Les années marquantes de ma jeunesse 1939 - 1946 (10e épisode)

La Libération : La joie avec l’arrivée de la VIIe armée US


jeudi 12 octobre 2017, par Serge Consigny

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Dans la matinée du Vendredi 22 septembre 1944, une jeep estafette, avec quatre Américains, arrive à toute vitesse. Ils s’arrêtent et demandent s’il y a encore des Allemands. Sitôt la réponse négative enregistrée, ils font demi-tour et c’est alors l’arrivée des troupes de la VII ème armée US du général Patch : une grande colonne de véhicules légers, puis des chars, des motos, des half-tracks et des hommes de troupe. C’est l’euphorie, une joie indescriptible de toute la population, les gens courent dans les rues, les drapeaux tricolores et américains sortent de toutes les maisons, les soldats donnent aussitôt du chocolat aux enfants.

Cela fait maintenant presque quatre ans qu’il n’y a plus de chocolat ! Puis du chewing-gum ; c’est quelque chose de tout à fait inconnu pour nous ! Puis une distribution, devant la Mairie, de boissons diverses dont du lait concentré en boîte et du vrai café, bien sucré et bien chaud, avec du pain brioché et des biscuits ! C’est le paradis ! C’est une fête magnifique avec des soldats d’une grande gentillesse ! Les vivres, notamment en boites de conserves, sont remis à la population en échanges d’œufs qui semblent intéresser beaucoup ces grands gaillards nonchalants.

Dans la semaine suivante les enfants ne vont plus à l’école ; en revanche, c’est toujours une liesse extraordinaire. Nous sommes constamment au contact des soldats qui nous promènent en jeep jusqu’à leurs divers campements et nous donnent beaucoup de gâteries.

Mercredi j’assiste avec deux copains à une scène qui a marqué ma pensée. Notre attention est attirée par un Dodge 4x4 qui vient d’arriver et qui reste à l’écart en face de la Mairie. Deux grands gaillards noirs s’affairent autour du véhicule et la curiosité nous amène tout naturellement à regarder de près ce qu’ils font. Le plus grand des deux, monté à l’arrière, vide les poches, enlève les papiers et la plaque d’identité sur trois cadavres de soldats allemands, puis à l’aide d’une sorte de petit coupe-coupe, il découpe une oreille sur chacun qu’il met dans une musette ! Il place ensuite les corps dans des cercueils métalliques et il réalise cela avec de grands éclats de rire. A notre vue, son camarade plié en deux par la rigolade, explique difficilement à mon copain d’une quinzaine d’années qu’ils sont chargés de ramasser les morts et que ces trois malheureux sont ceux d’un char Panzer détruit sur la petite route de Longchamp. Ce manque de respect est choquant mais c’est la guerre. Drôles de croque-morts. Triste spectacle avec des mœurs d’indigènes d’autres lieux, héritage d’autres civilisations, d’autres temps ! 

Un seul prisonnier reste depuis quelques jours dans une grange au centre du village. Il est souvent couché dans la paille et parfois nous interpelle en agitant ses papiers mais les soldats américains ne nous laissent pas approcher. Seul le curé a pu lui parler et il paraît qu’il s’agit d’un Yougoslave dont la situation est en cours de vérification. Dans le même temps, nous avons appris par le boulanger que notre curé, en grand résistant très discret, avait caché pendant plusieurs mois des aviateurs américains ainsi que des évadés de la prison d’Epinal. Une belle preuve de courage et de patriotisme ! 

Les Forces Françaises de l’intérieur (FFI) sont arrivées avec quelques tractions avant noires devant la Mairie et j’ai reconnu le fils aîné du boucher en tenue kaki, armé d’une mitraillette et d’un revolver. Activement recherchée par la résistance, la famille Perry est partie précipitamment en Allemagne depuis quelques jours. Bon voyage ! Mais que vont devenir les trois jeunes enfants ? 

Les Américains ont installé un camp formé d’une vingtaine de grandes toiles de tentes situées derrière le poste électrique. Ce camp est parfaitement équipé et c’est maintenant un lieu de visite journalière de tous les copains après la classe. Les Américains nous donnent du chocolat, du lait concentré, des cigarettes blondes, du pain blanc brioché, des fromages en boites et de la confiture en échange de quelques œufs. Les boites de rations contiennent des ballons un peu particuliers que l’on gonfle et qui font rire tout le monde sauf maman qui m’a interdit de jouer avec ces nouveautés en me disant sans aucune explication : « tu jettes ça ! » et cela sous le regard moqueur de mon père ; je suis perplexe ! Mais depuis quelques jours, je sais ce dont-il s’agit, car dernièrement, dans une tente, nous avons surpris un soldat qui « jouait » sur un lit avec l’une des grandes sœurs d’un copain d’une manière bien particulière ! Sous réserve de garder le secret sur cet « amusement », c’est elle qui nous a expliqué la véritable utilisation de ces drôles de ballons ! 

C’est toujours la guerre et depuis un mois environ, une quinzaine de canons sont en action de tir plusieurs fois dans la journée. Ils sont installés dans un champ appartenant à mon grand-père situé le long de la route nationale en direction du terrain d’aviation. Les tirs sont dirigés sur la région de Fontenay, Bruyères où l’ennemi puissamment retranché offre une grande résistance. C’est un déluge de fer et de feu ! Les habitants sont paraît-il dans les caves et les abris depuis plus de cinq semaines ! Pauvres gens ! 

Dans cet univers de tirs intenses, deux soldats artilleurs ont découvert dans la grange de mes grands-parents la vieille décapotable Renault qu’ils ont réparée et qu’ils utilisent pour leurs allées et venues entre les batteries et le bistrot du coin sous l’œil amusé de mon grand-père, heureux de voir ces deux grands gaillards s’amuser et se distraire avec ce jouet, vestige d’avant guerre, comme des enfants en récréation dont le créneau horaire se situerait entre deux séries de salves d’artillerie lourde ! 

Si vous ajoutez le décollage constant des avions de reconnaissance « Piper » utilisés pour l’observation et le réglage des tirs au départ de l’aérodrome remis en service pour la circonstance et dans le même temps mon baptême de l’air dans un DC3 avec une vingtaine de personnes sous le bruit de tonnerre des canons, je vis un spectacle unique et dantesque ! Que d’émotions en quelques semaines ! 

L’attraction journalière des enfants change journellement ; elle se situe maintenant dans notre rue puisqu’en effet notre curiosité est polarisée par un char Sherman en réparation depuis une dizaine de jours. A l’aide de gros palans les soldats mécaniciens changent l’énorme moteur ainsi qu’une chenille. C’est un gros travail qu’ils effectuent dans une grande décontraction, ce qui est contraire aux habitudes des Français et aussi des Allemands. Chacun connaît le programme, pas de cri, pas de geste inutile, pas d’ordre intempestif et ça marche en musique de jazz ! Inconcevable dans nos ateliers français, encore bien moins chez les Allemands ! 

Mes grands-parents hébergent un jeune officier canadien qui parle le français avec un léger accent bien agréable. Il parle souvent de son pays avec ma tante Yvonne, de son engagement et de sa participation au commandement de l’état-major basé à Epinal. L’histoire se répète à la différence importante qu’il est le bienvenu.

Nous sommes en décembre 1944, un cadeau arrive le 25 décembre 1944 avec la naissance de mon frère Michel dans la joie pour toute la famille. Les Américains sont partis plus avant dans la reconquête des territoires, seuls subsistent deux gardes militaires affectés à la surveillance des pipelines. Ils dorment tous les jours dans notre grenier. Au départ de ces derniers en mars 1945 il n’y a plus d’Américains dans le secteur ; ils ont donné un cadeau à mon père : une belle paire de jumelles en remerciement de l’hospitalité.

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