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Les années marquantes de ma jeunesse 1939 - 1946 (9e épisode)

Le Débarquement : l’avancée des alliés


jeudi 5 octobre 2017, par Serge Consigny

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Le 6 juin 1944, mon père revient du travail avec un grand sourire en disant : « ça y est, ils ont débarqué en Normandie ! ». Désormais, tous les soirs, il écoute le Général de Gaulle à la radio de Londres et il note sur sa carte la progression des alliés par des petits ronds dont la couleur change journellement. J’ai maintenant l’autorisation d’écouter cette voix du Général qui vient de l’autre côté de la Manche et dans le brouillage habituel le speaker annonce : « Ici Londres, les Français parlent aux Français ! ».

Le Général parle des batailles en cours et ensuite le speaker donne des précisions sur l’avancée des troupes avec les messages codés habituels à l’attention des résistants. L’émission se termine parfois par une petite chanson : « Radio Paris ment, radio Paris ment, radio Paris est allemand ! ».

Quelque temps plus tard ma mère se met à teindre des morceaux de tissu en bleu et en rouge, puis elle confectionne un magnifique drapeau tricolore que mon père monte sur un manche en frêne. L’ensemble est ensuite caché dans le grenier sous le foin.

Fin août nous apprenons par la radio que Paris est libéré et que les troupes continuent leur progression.

Maintenant, le rituel est bien rodé. La grande carte de France est dépliée sur la table, puis les émissions de Londres toujours brouillées sont soigneusement écoutées, puis décortiquées afin de bien mettre à jour l’avance des alliés. Mon père se régale lorsqu’il donne le résultat des territoires repris. Il se livre à des calculs prévisionnels afin de déterminer l’arrivée des troupes dans notre village et ne prend plus aucune précaution sur les interdictions d’écoute des Allemands. Notre voisin Léon utilise son pendule et donne des avis qui font sourire alors que dans le même temps la voisine Jenny s’adonne à d’autres formes d’occultisme et de spiritisme : l’utilisation de la table tournante avec l’interrogation des esprits afin de déterminer une date. Ces pratiques m’ont toujours fait rire. Incrédule, j’ai été écarté comme membre participant car je n’ai pas le fluide paraît-il ! 

Les autorités procèdent alors au ramassage de tous les postes de radio, instruments bien plus précis que ce qui précède ; avec un roulement de tambour, le garde champêtre a demandé à la population de se soumettre. Mon père a refusé de porter le sien à la Mairie ; peu importe le risque car c’est l’outil de l’espoir…

Puis un jour on entend des détonations sourdes qui viennent du nord-ouest et mon père décide de ne plus se rendre au travail. Le lendemain soir quelques chars et des camions garnis de camouflages passent dans la rue ; ce qui me frappe c’est de voir les soldats allemands le casque à la main et la casquette à l’envers… Ils sont manifestement abattus et prennent la route de Longchamp…

Le canon est de plus en plus proche. Nos voisins Léon et Marius se lancent dans des calculs afin de déterminer le lieu et la distance de départ des tirs. Marius dit qu’il s’agit de canons de 155 ou peut-être de 105 alors que Léon insiste en disant que les canons de 75 tirent également ainsi que des mortiers.

Le lendemain mon père s’ennuie ; visiblement il attend avec fébrilité cette arrivée qui s’éternise. Nous allons dans notre pré afin de remettre la clôture en état ; il est 11 heures.
Le canon s’est tu. Nous sommes dans l’angle Côté Nord et mon père enfonce un piquet que je tiens des deux mains. C’est alors que nous sommes environnés de fumée, de terre, d’odeur de soufre, d’herbe brûlée qui s’associe à un mélange subtil de fer et de pierre à faux. Il semble me parler mais je n’entends plus, ses lèvres font des mimiques muettes, mes oreilles n’existent plus, je suis atteint d’une surdité complète, je prends mon souffle avec difficulté, mon père a les yeux exorbités, son dernier coup de masse part dans le vide et je comprends vaguement : « cours te mettre à l’abri ! » Pétrifié, je fais un effort pour courir, mes jambes ne me tiennent plus, des mottes de terre volent sur les côtés, j’approche de la sortie du pré, ma sœur arrive et je vois un éclat fumant de la taille d’une main qui passe devant-elle, mon père nous prend tous les deux dans ses bras et il court nous mettre à l’abri dans la chambre à coucher, entre l’armoire et le lit. Maman protège ma sœur et mon père me couvre de son corps… J’ai précisément à cette minute, la certitude qu’un heureux événement s’annonce dans la famille. En effet mon copain jean m’a dit la veille : « Ta mère est enceinte, elle est grosse ! » et c’est bien vrai : son ventre est bien rond ! 
Nous venons de faire notre baptême du feu dans le contexte d’un tir de barrage… Pas de blessure, un vrai miracle ! Nous restons sans rien dire pendant un bon quart d’heure, puis nous sortons. La fumée s’est dissipée et nous voyons des trous d’obus, d’un mètre cinquante de large sur quatre-vingts centimètres de profondeur, qui s’étendent, bien en ligne, tous les vingt mètres, dans les près jusqu’aux Momonts. La chance est aussi avec notre voisin Marius. En effet, en rejoignant son silo, il vient d’échapper à un gros éclat d’obus et c’est l’assiette qu’il tenait devant lui qui a été cassée.

Mon père décide de partir immédiatement chez la vieille tante Thérèse qui habite sur la route nationale car l’immeuble dispose de quatre grandes caves voûtées reliées entre elles par des portes à claire-voie. L’installation s’effectue avec une famille locataire qui a quatre enfants. Le premier incident à lieu en pleine nuit lorsque des Allemands arrivent et exigent d’occuper la cave qui a une sortie sur le jardin. L’ennemi est donc installé à côté de nous et mon père craint que ce petit poste de commandement téléphonique soit pris sous le feu des Alliés. Nous condamnons et renforçons donc le vasistas qui donne sur l’extérieur par des planches et de la paille ce qui enlève toute lumière pendant la journée… Néanmoins, comme en 1940 la lampe à pétrole sert toujours ainsi que les bougies.

Heureusement, le lendemain, nos parents nous laissent jouer en après-midi devant la maison. Quelques Allemands qui parlent un peu le français nous expliquent qu’ils sont en majorité des Autrichiens et qu’ils espèrent une fin prochaine de la guerre. Nous sommes le 21 septembre 1944.

Dans le pré, juste en face, ils enterrent des caisses de munitions qui sont en grande partie des fusées éclairantes. Puis en fin de journée un side-car arrive avec un blessé. Le pauvre bougre est gravement touché au postérieur et dans le dos. Il hurle de douleur et comme il n’y a pas d’infirmier, la moto repart à toute allure en direction du centre du village.

Puis la nuit suivante, la petite troupe s’en va et le lendemain matin il n’y a plus personne. La bataille de chars près de Dompaire est paraît-il terminée.

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