Mon grand-père maternel se prénommait officiellement Armand Georges Grandjean. Il était né le 23 avril 1877 à Tigy (45). Au moment où il a été mobilisé, il était employé comme chef-jardinier à Champigny-sur-Marne (94) chez M. et Mme Desvillette qui possédait une entreprise en bâtiment et travaux publics.
Il est mort le 24 janvier 1968, chez lui à Tigy (45) où il s’était retiré pour sa retraite en 1942.
Sur son livret militaire (classe 1897, matricule 1174 ) il est écrit sur la couverture qu’il a été incorporé au 151e régiment d’infanterie, 5e compagnie. Ce qui semble confirmé par cette photo, prise probablement au moment de son incorporation.

- Georges Grandjean en 1897
En mai 1915, Georges Grandjean est au 131 régiment d’infanterie.

- En 1915 au 131e RI
Puis il rejoint le 236e Régiment d’Infanterie.

- Au 236e RI
Cette lettre très émouvante de Georges Grandjean adressée à sa femme Eugénie le 22 juillet 1916 évoque les combats de la Bataille de la Somme.
Le 22 juillet 1916 - 9h. matin
Ma chère Eugénie, Mes chers enfants
J’ai reçu hier ton aimable lettre du 19 qui m’a fait bien plaisir d’un côté de te savoir en bonne santé mais qui m’ennuie pour ma petite mimi s’il faut lui bricoler les yeux. Mais enfin fait pour le mieux et fait ce qu’il faut car la vue c’est tout.
Je te dirai que j’ai été 2 jours sans pouvoir t’écrire mais je n’ai peut car tu vas t’en rendre compte, ma pauvre femme ce que je viens de passer est terrible mais enfin j’en suis sortit indemne.
Comment se fait-il je n’en sais rien et je n’y comprend rien le (hasard) la chance pour cette foit. comme tu le sais depuis le 30 juin nous étions sous les bombardements des_______en 1re ou réserve de 1re. Tu sais que j’étais ordonnance du Lieutenant Ct. la compagnie.
Le 20 (juillet) au matin j’ai participer à l’attaque sur les boches. Nous avons fait du bon travail mais quel spectacle. Cependant tout le monde à la compagnie y a été carément grace à l’élan et le courage de notre Lieutenant qui s’est conduit d’une façon admirable pour la bravoure et le sang froid dont il a fait preuve pour enlever sa Cie à l’assaut sur la 1re tranchée boche qui a été franchie en une segonde fessant des prisonniers et réorganiser la compagnie pour pousser plus loing ver leur 2e ligne.
Mais on a trouver de la résistance car ceux qui était devant nous c’était le 69° régiment de la garde prussienne et je t’assure qu’il metait tout ce qu’il pouvait à se déffendre.
A un moment donner j’ai vu mon patron chanceler. Il était traverser par une balle. Je me suis porter à son secours mais il a peut se retirer seul et gagner le boyau. Il n’a pas voulu que je l’emporte. Ça m’a fait beaucoup de peine qu’en je l’ai embrassé avant de le quitter. Il a réussit à gagner l’ambulance et il est maintenant en lieu sur.
Je viens d’avoir de ses nouvelles. Mais je n’ai pas revu Vessine cependant je sais par son voisin qu’il a été blessé à un bras et au côté mais blesure légère. J’écrit à sa femme.
Mon caporal a été blessé à la tête. Enfin de mon escouade nous restont 2. Mais les boches on pris aussi quelques choses.
Nous avons été relever à minuit et bien comtemps de sortir de cette enfer. Mais ce n’était pas fini car les salauts ils ont fait un tir de barrage avec des obus lacrimogeine ce qui nous a servi de dessert avant de manger la souppe.
Enfin m’en voilà quitte pour cette fois. Je suis au repos bien gagnée.
Surtout ne te fais pas du mauvais sang. Ma santé est très bonne et je désire que cette lettre te trouve de même.
Au revoir ma chère Eugénie et mes chères enfants. Je termine en vous embrassant de tout mon cœur. Ton mari qui t’aime. Georges.
Bien des choses de ma part à Rosalie et à tout les amis.
Au revoir ».
Quelques précisions :
- La petite Mimi est ma mère, Emilienne Rosalie Grandjean née le 1er novembre 1912 à Champigny sur Marne (94). Elle va avoir 95 ans. Effectivement, très jeune elle a du porter des lunettes.
- Il y avait deux autres enfants : Georges Emile, né le 13 mars 1904 à Gif-sur-Yvette (91), et Marcelle Eugénie, née le 10 juin 1905 à Bures-sur-Yvette(91).
- Rosalie Grandjean était la soeur de mon grand-père. La fraterie était de cinq enfants, mon grand-père étant l’aîné.
- Je ne sais rien concernant « Vessine et son voisin ». Son nom ne figure pas dans le fichier des soldats morts pour la France.
Si l’on tient pour acquit que Georges Grandjean était déjà en juillet au 236e RI, la lecture de l’historique de ce régiment de la 53e division d’infanterie confirme les faits évoqués par le courrier. L’armée allemande qui combat dans cette région est essentiellement composée par des régiments de la Garde Prussienne.Extrait de l’historique du 236e Régiment d’Infanterie :
Sa mission consiste à encercler Soyécourt par le sud-est pendant qu’un bataillon du 273e doit l’appuyer à droite. Le régiment est relevé de ses positions par le 262e et, après un repos de quelques jours…, il remonte en ligne où il reste jusqu’au 6 août 1916 ». |
« Ma pauvre femme, ce que je viens de passer est terrible mais enfin, j’en suis sorti indemne… »
Messages
1. « Ma pauvre femme, ce que je viens de passer est terrible mais enfin, j’en suis sorti indemne… », 29 novembre 2008, 12:12, par HERMET maurice
quelle honte pour l’équipement d’armes en 1915 il a encore le fusil gras au lieu du Lebel ( voir la photo ) face au super Mauser , quel courage ils avaient ...HERMET
1. « Ma pauvre femme, ce que je viens de passer est terrible mais enfin, j’en suis sorti indemne… », 30 novembre 2008, 09:57, par Bernard Dreyer
Merci de cette précision, mais ne disait-on pas que l’Armée française était toujours en retard d’une guerre. Ce qui valait pour l’armement l’était aussi pour l’habillement puisque nos braves poilus ont démarré cette guerre avec le pantalon garance, bien visible de l’adversaire.
Quant au courage qu’on leur prête, disons simplement qu’ils n’avaient pas le choix et que nombre d’entre eux se seraient bien dispensés d’aller à la guerre.
Bernard Dreyer.
2. « Ma pauvre femme, ce que je viens de passer est terrible mais enfin, j’en suis sorti indemne… », 1er décembre 2008, 09:47, par betterlola
Ce que je trouve agréable, c’est que le récit n’est pas retouché, on peut voir les petites fautes et les expressions de l’époque.J’ai moi même, un récit de guerre de mon arrière grand père, mon oncle l’avait enregistré quelques années avant sa mort et je trouve émouvant de se replonger dans le français de l’époque......Merci pour cette lettre, cet homme plongé dans l’enfer arrive encore a dégager du positif....C’est époustouflant !!!!!
Delfine
3. « Ma pauvre femme, ce que je viens de passer est terrible mais enfin, j’en suis sorti indemne… », 1er décembre 2008, 13:40, par André VESSOT
Bonjour Bernard,
Bravo pour ce témoignage très émouvant que j’ai beaucoup apprécié.
Es-tu le Bernard Dreyer que j’ai connu et qui travaillait chez Aventis sur le site de Vitry ?
Bien amicalement.
André VESSOT
4. « Ma pauvre femme, ce que je viens de passer est terrible mais enfin, j’en suis sorti indemne… », 5 décembre 2008, 00:30, par nicolas
bonjour, je suis en train de faire ma genealogie, et j’ai trouvé une photo du meme regiment. je pense que la photo date de debut 1915.
je ne sait pas le lien de parenté entre l’auteur de cette photo et ma famille(mais j’y travaille...)
si vous voulez que je vous envoie une copie de cette photo contactez mou sur mon email.
irancy chez caramail.com
amicalement Nicolas.J