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Pierre Aubert de Fontenay


lundi 1er mars 2004, par René Albert

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Connaissez-vous le Musée Picasso à Paris ? . Celui-ci occupe un magnifique et vaste hôtel particulier du XVIIe siècle dont la construction intéresse les Tourangeaux mais aussi les amateurs d’architecture.

Les faits que nous allons relater dans cet article ont vraisemblablement inspiré La Fontaine et Molière. Le premier, au travers de la morale de sa fable « La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Bœuf », déclare :

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs ;
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.

Quant à Molière c’est par sa pièce « LE BOURGEOIS GENTILHOMME » qu’il nous présente à coup sûr un homme, né à TOURS, dont la destinée fut liée à d’autres Tourangeaux, dont Thomas BONNEAU, et à celui de FOUQUET que LOUIS XIV stoppa dans son ascension.

Notre Tourangeau s’appelait Pierre AUBERT. Il aurait appartenu à une très bonne famille tourangelle. Selon ses déclarations au procès FOUQUET il serait né en 1591. Cette année là, à Tours, le 6 Juillet, l’on trouve le baptême d’un Pierre AUBERT fils de Lidoire, Procureur au siège Présidial, et de Marguerite GAULT. S’agit-il de notre homme ? Dans un article de Jean Pierre BABELON, paru dans la Revue de l’Art (édition 1985), dont nous résumons l’essentiel dans cet article, il est précisé que Pierre AUBERT aurait eu un parent, de la génération précédente, qui aurait eu la charge de Doyen de l’église de Poitiers et qu’il aurait été apparenté, par alliances, avec un Trésorier général de l’Artillerie, Gaston Mydorge, et un avocat au Parlement, Michel du Monceau. Il avait un frère, Hector, sieur de Closy, qui fut président au grenier à sel de Buzançais.

De bonne heure Pierre AUBERT gagna PARIS pour y faire fortune. Il se trouva une charge de secrétaire de la Chambre du Roi et, rapidement, vraisemblablement avec l’appui de Gaston Mydorge, il reprit une charge de Trésorier général de l’Artillerie vendue par ce dernier mais restée impayée par la mort prématurée de l’acheteur, un certain Claude CHASTELAIN. Faisant d’une pierre deux coups il obtint la charge et la main de la fille du défunt, une jeunesse de quinze ans.

C’est donc en 1623 qu’il se maria, entrant ainsi dans une famille importante. Dans le contrat de mariage la communauté de biens incluait la reprise de la charge de son défunt beau-père et, avec l’aide de sa belle-mère, il finit d’en régler la valeur à la famille Mydorge. En 1628, il avait emprunté 136000 livres à cette dernière, pour vraisemblablement se libérer d’un autre office, celui de conseiller et secrétaire du roi, maison, couronne de France et des Finances. Cette charge lui conférait la noblesse à titre personnel titre qui devenait héréditaire après vingt ans. Cette charge faisait partie de dix nouvelles créées par Louis XIII en 1625, dont bénéficia par ailleurs Thomas BONNEAU.

Dans les deux décennies suivantes, sa fortune s’amplifia de façon constante et il devint l’un des principaux financiers de la place de Paris empruntant à taux bas et prêtant au Roi à des taux usuraires. A l’instar d’autres membres de sa famille il se lança dans la ferme des gabelles en collaboration avec quelques collègues. Vers 1640 il se porta acquéreur de terres à Fontenay en Brie, avec le manoir de la famille DONON, ce qui lui apporta droits de justice confortant son titre de noblesse. Jusqu’en 1655 il bénéficia de sa charge de fermier des gabelles, bail qu’il ne renouvela pas. Néanmoins sur insistance de Fouquet qui cherchait à s’entourer d’hommes d’expérience, il reprit des responsabilités aux gabelles et prit la tête d’une équipe qui drainait des sommes importantes profitant à tout ce petit monde, mais aussi à FOUQUET et MAZARIN, protecteurs à l’occasion.

En 1646, Pierre AUBERT demeurait rue Payenne dans un vaste hôtel justifiant sa position nobiliaire. L’argent attire les fréquentations aristocratiques et notre « Bourgeois Gentilhomme » ne rebute pas à se montrer. Il ne faut pas oublier qu’il a épousé une « jeunesse » et celle-ci ne néglige pas les galants. C’est ainsi que Tallement des Réaux dit d’elle : « Madame AUBERT est femme d’un des intéressés aux gabelles qui est un homme d’âge mais fort riche. Cette femme a été jolie et coquette, elle a fait galanterie avec Pardaillan, qui, aujourd’hui, se fait appeler Termes ; c’est le cadet de Bellegarde. Cet homme a été un peu accusé de faire de la fausse monnaie en Gascogne. Cette Madame Aubert a conservé tant d’amitié pour lui, qu’elle a accordé avec son fils une nièce qu’elle tient comme sa fille, car elle n’a point d’enfant ; elle lui fait un fort grand avantage, et, en parlant de ce garçon, elle l’appelle notre fils ». Tallement des Réaux ajoute que Gaston d’Orléans aurait cherché « à cajoller » Madame Aubert.

Aubert devait être flatté des assiduités de César Auguste de Pardaillan de Gondrin, marquis de Termes, premier gentilhomme de la chambre de Monsieur et les propos de ce dernier, tels ceux de Dorante dans la pièce de Molière, purent enflammer l’imagination de Pierre Aubert, tel le « bonhomme Jourdain ». Au sein de ce « ménage à trois » germa l’idée de la construction d’un vaste hôtel, influencé en cela par la mise en œuvre du château de Vaux par Fouquet. Le mariage de Marie CHASTELAIN, la nièce chérie, avec Roger de Pardaillan, fils de César, en 1658, ne fit qu’accélérer cette idée. Pierre AUBERT dota sa nièce de 300.000 livres, somme énorme. « J’ai du bien assez pour ma fille, je n’ai besoin que d’honneur, et je veux la faire marquise... » tels sont les paroles prêtées à Jourdain par Molière et que Pierre Aubert aurait pu reprendre à son compte. Les témoins à la signature du contrat de mariage comptèrent la Grande Mademoiselle, le Duc de Guise et, bien entendu, Fouquet.

César de Pardaillan, incrusté dans le milieu de la famille Aubert, selon Tallemant des Réaux, avait littéralement « empaumé le bonhomme Aubert », vivant aux crochets de ce dernier et imposant à Pierre Aubert toute personne qui se recommande de sa personne. Pierre Aubert, tel Jourdain, accepte tout. Dans Le Bourgeois Gentilhomme, parlant de Dorante, il réplique à sa femme « Il me fait l’honneur de prendre ma maison, et de vouloir que je sois avec lui... »

En Mai 1656 Pierre Aubert achète le terrain rue de Thorigny et, très vite, deux ans, le gros œuvre s’achève. Tout sera terminé en 1660 et là il se porte acquéreur de diverses constructions qui gênaient l’accès à la Rue Vieille du Temple par les jardins. Parmi celles-ci un jeu de paume qui abrita le théâtre du Marais de 1634 à 1673 où Corneille créa ses premières pièces, Pierre Aubert ayant maintenu le bail des Comédiens y exerçant leur art. A ce sujet Tallemant des Réaux rapporte l’anecdote suivante :

Jodelet, grand comédien de l’époque, jouant au Théâtre du Marais, dit un jour une plaisante chose à Aubert, des gabelles, qui faist bastir un palais auprès des Petits Comédiens, au Marais ; comme il luy disoit : « Je feray mettre des statues dans cette galerie... » Jodelet luy dit « Pensez que vous n’oublierez pas celle de la femme de Loth ». A ce propos Aubert répondit « Ma foy j’en tiens il m’a donné mon pacquet ».
Cette statue était de sel, et le sel a fait la fortune de Pierre Aubert.
On appelle cette maison l’Hostel Salé.

Dès décembre 1659 Pierre Aubert et « sa petite famille », y compris César de Pardaillan, emménagèrent dans ce palais. Il était temps car Louis XIV commençait à s’émouvoir de voir son entourage de la finance accaparer la main d’œuvre de qualité pour assouvir leur soif de puissance. C’est ainsi que le 31 octobre 1660 il sortit l’édit d’interdiction « d’entreprendre aucuns nouveaux bâtiments ni faire aucuns réparatifs de matériaux, tant dans sa bonne ville et faubourgs de Paris que dix lieues à la ronde, sans permission expresse ».

Pierre Aubert, semblant se satisfaire de sa nouvelle situation, n’avait pas renouvelé son bail des gabelles échu de 1659. Tout allait basculer à partir de Septembre 1661 avec l’arrestation de Fouquet et où une procédure allait s’inquiéter, sur ordre du roi, des abus des gens de finances. Dans cette galère se trouvèrent pris, outre Fouquet et Pierre Aubert, Thomas Bonneau et Claude Chastelain, le beau-frère de Pierre Aubert. Pour corser le problème Colbert fit en sorte d’annuler une partie des créances desdits financiers sur le Trésor public. Pierre Aubert se retrouva dans une situation financière telle que ses biens furent saisis en 1663. Il lui fut obligé de quitter les lieux et d’aller s’installer chez les Chastelain, eux-mêmes touchés par les mesures royales. En 1665 nos « pauvres financiers » condamnés furent taxés ce qui vint accentuer la déconfiture de Pierre Aubert qui ne survécut que très peu de temps à sa déchéance. Il mourut le 17 Août 1668.

Son épouse, prudente, avait su préserver quelques biens dont elle fit don en Janvier 1669, pour moitié, au jeune ménage Pardaillan et pour un quart... à son amant.

Le fastueux hôtel fit l’objet de la convoitise de nombreux créanciers d’où une procédure qui dura soixante ans. Avec les années l’hôtel passa entre diverses mains, abritant même l’Ecole Centrale. Cette construction, œuvre d’un architecte bâtisseur méconnu, un certain Jean Boullier, dit de Bourges, mérite l’admiration tant par son aspect imposant que par les sculptures qui l’agrémentent ainsi que par la hardiesse de conception. L’hôtel Salé, nom issu de la moquerie populaire, ne profita que trois ans à notre Tourangeau « Bourgeois Gentilhomme » et le couple Pardaillan/Chastelain en fut privé. Le couple se disloqua et Roger de Pardaillan mourut en 1704. Parmi les locataires qui habitèrent l’hôtel citons l’ambassadeur de Venise et François de Neuville, duc de Villeroy, maréchal de France, piètre guerrier qui accumula les défaites et se vit « mettre sur la touche » par le Roi.

Voici l’essentiel de l’histoire mouvementée et tragi-comique de la vie d’un Tourangeau en recherche de gloire.

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1 Message

  • > Pierre Aubert de Fontenay 23 janvier 2007 13:08, par Prof B. van Asperen

    Cher auteur René Albert,

    Je vous remercie infiniment de votre article, avec des élements nouvelles - pour nous - sur César-Auguste de Pardaillan de Gondrin, marquis de Termes.
    Le marquis était le bienfaiseur du compositeur Froberger à Paris. Froberger - sujet de nos recherches intensives - fréqentait les cercles de Fleury (Blancrocher) et De St. Thomas et quasiment sûr du grand Louis Couperin.
    Je vous prie de me communiquer la DATE de la MORT de Gondrin, date jusq’`a maintenant introuvable pour nous.

    sincèrement,

    Bob van Asperen
    Professeur Conservatoire d’Amsterdam
    Pays-Bas
    (Recherches Froberger)

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