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Récit de sa campagne de Saxe par un jeune alsacien, conscrit de 1812 (1re partie)

Le vendredi 4 février 2022, par Claude Thoret

En parcourant la branche alsacienne de notre généalogie, nous avons rencontré Jean STOLL (1792-1855). Son parcours nous a intéressé car il a participé à la campagne de Saxe de 1813. Terrible campagne qui signe le début du déclin de Napoléon. Nous allons lui laisser le soin de nous la relater. Mais auparavant, voyons qui il est.

C’est un jeune alsacien originaire de Rosheim dans le Bas-Rhin. Il est issu d’une famille d’artisans. Son père, François-Joseph STOLL, originaire de Saverne, exerçait la profession de cordonnier à Rosheim où il a épousé en secondes noces une jeune femme du pays ; Magdelena LOTZER. De ce mariage naîtront 7 enfants. Jean est le troisième.

L’enfance et l’adolescence de Jean semblent s’être déroulées normalement. Son adolescence a probablement été bercée par le ‘rêve Napoléonien’. N’oublions pas qu’à cette époque NAPOLEON est à son apogée et est encore considéré comme le libérateur de l’Europe. L’Alsace était un des points de passage obligé pour les Armées qui se dirigeaient vers les champs de bataille européens. Jean devait, comme ses camarades du village et de nombreux habitants, saluer les soldats à leur passage sous les cris de « Vive l’empereur ! ».

Plus tard, vers 18 ans, il apprend et pratique le métier de ‘Roulier’. A l’aide d’une voiture conduite par un ou deux chevaux, il transportait des marchandises, de ville en ville, sur les routes d’Alsace. Le ‘Roulier’ était le routier de nos temps modernes. Jean exerce donc ce métier jusqu’en 1812, l’année de ses vingt ans. Année, aussi,de son incorporation.
L’incorporation.

« Le 1er Avril 1812 est le jour du tirage de conscription à Rosheim. Il a lieu à l’Hôtel de Ville. Dans la matinée, je m’y rend en compagnie de deux de mes amis, aussi conscrits ; François MEISTER et Samuel HERMANN. Nous avons le cœur gai. Comme beaucoup d’alsaciens, l’Empereur est notre idole. L’Alsace est l’une des régions de l’Empire qui a donné à la Grande Armée le plus d’officiers, de généraux et, même, de maréchaux. Tout en marchant nous rêvons tout haut de devenir, nous aussi, de grands officiers.

En approchant de la mairie, un énorme tumulte met fin à nos fantasmes. Un groupe fort bruyant de conscrits de différents villages du canton attendent devant le perron de l’Hôtel de Ville. Nous nous y intégrons en saluant ceux que nous connaissons.

A intervalles réguliers, le sergent de ville, le sieur NOHLFARTH, sort sur le perron de la mairie, une liste à la main, et appelle un conscrit. Au bout d’une bonne heure, c’est François qui est appelé le premier. Il ressort au bout d’un quart d’heure, la mine réjouie en nous faisant un signe de satisfaction.

C’est maintenant mon tour d’être appelé. J’entre dans la grande salle qui sert pour les mariages. Là sont installés le sous préfet, monsieur DARTEIN D’ALTENAU, les différents maires des villages concernés par la conscription et les secrétaires. Le sous préfet me demande si je suis bien Jean STOLL né le 2 février 1792. J’acquiesce, il me demande alors de m’avancer vers la table qui se trouve devant lui et de tirer dans une caisse un des numéros qui s’y trouvent. Je tire un papier plié en quatre, c’est le numéro 100. Je donne le papier au sous préfet qui le montre à l’assistance. Il me dit alors « Félicitations, vous pouvez passer devant le conseil de conscription ».

Dehors, j’ai du mal à cacher ma joie à mes amis. C’est maintenant au tour de Samuel de passer.

Lui aussi tire un bon numéro. Nous nous dirigeons alors vers la taverne du village où, avec d’autres conscrits, nous buvons moult chopes de bière en faisant éclater notre joie.

Le soir, quand je rentre à la maison l’ambiance est toute autre. Ma mère, veuve depuis un an, voit d’un mauvais œil mon départ probable à l’armée. Bernard, mon aîné d’un an, exempté, reste indifférent. Maintenant il sera seul pour aider ma mère et nos quatre frères et sœurs. Les garçons, Florent, 16 ans, Jacques, 14 ans, et Valentin, 12 ans, eux, sont partagés. Ils sont contents de me voir partir à l’aventure et attristés aussi par notre séparation. Véronique, 11 ans, elle, ne réalise pas trop.

Le 8 avril, mes amis et moi passons le conseil de conscription, toujours à l’Hôtel de Ville de Rosheim. C’est encore la même assistance que pour le tirage au sort, avec, en plus, quelques notables qui étaient là pour donner leur avis sur tel ou tel conscrit. Ce sont deux médecins, un civil et un militaire, qui déterminent l’aptitude physique du conscrit. Là aussi nous passons l’un après l’autre. Tous les trois nous sommes déclarés aptes au service.

Au sortir de l’Hôtel de Ville, nous sommes attendus, avec d’autres conscrits, par des colporteurs qui nous proposent une multitude de breloques et de rubans, comme c’est la coutume. Naturellement nous sacrifions à la tradition. Un conscrit sort, d’on ne sait d’où, une clarinette et nous nous dirigeons tous vers le cabaret en criant et dansant bras dessus, bras dessous, sur l’air de la marche des ‘suédois’. La soirée se terminera tard dans la nuit après moult chopes de bière et verres de ‘Kirschenwasser’.

A partir de ce jour là, c’est l’attente de la réception de la feuille de route. En attendant, ma mère me gâte. Elle nous fait mes plats préférés, oie farcie, lard au choux, Baeckeoffe, spätzle knepfle, etc... Ainsi que mes desserts préférés noudels, knoepfels, küchlens saupoudrés au sucre blanc ou trempés dans du vin de cannelle, kougelhof aux raisins de caisse, etc... « manges, tu n’es pas prêt de manger d’aussi bonnes choses. » me dit-elle.

Le 12 avril, je reçois enfin ma feuille de route. Je suis affecté à la 12e cohorte de la Garde Nationale, à Strabourg. Je dois me tenir prêt le 15 avril, à l’Hôtel de Ville de Rosheim, pour ma prise en charge. Mes deux amis reçoivent la même feuille de route.

Le 15 avril au matin, arrive à Rosheim une colonne de conscrits, venant de Selestat, encadrée par un capitaine, monté à cheval, et deux sergents, à pied. La colonne s’arrête devant l’Hôtel de Ville. Avant de la rejoindre, ma mère m’embrasse en pleurant. Peut-être pense-t-elle que c’est la dernière fois qu’elle me voit. Mes deux amis et moi, rejoignons la colonne, nous montrons notre feuille de route au capitaine qui nous dit d’intégrer le groupe.

En milieu de matinée, nous partons, nos sacs sur l’épaule, pour Strasbourg, soit une trentaine de kilomètres. Marche éprouvante au son du tambour. En fin de soirée, à la nuit tombante, nous apercevons, au loin, les remparts de la ville au milieu desquels se dresse le clocher de la cathédrale.

Après avoir dépassé plusieurs bastions qui protègent la ville, nous arrivons aux pieds des remparts, devant la porte principale que l’on appelle toujours ‘Porte Royale’. Du haut du rempart une sentinelle nous crie « Qui vive ! », le capitaine répond « Recrues de la 12e Cohorte. » La lourde porte s’ouvre lentement, les hommes de garde viennent nous reconnaître puis le chef de poste nous crie de sa voix de stentor « Quand il vous plaira. »

Le capitaine nous conduit dans un casernement situé à proximité des remparts. Là nous nous installons à l’étage dans de grandes chambrées puis nous descendons manger dans une vaste pièce servant de réfectoire. Après le repas, nous allons nous coucher sans demander notre reste. Nous sommes épuisés. Moi, je m’effondre sur mon lit de camp, je n’ entend même pas la sonnerie de l’extinction des feux.

Le lendemain matin, c’est l’appel de toute la cohorte. C’est là que François et moi sommes affectés à la compagnie d’artillerie, comme fusiliers. Samuel, lui, est aussi fusilier, mais comme soldat de ligne. Ensuite nous touchons notre équipement ; une vareuse bleue à retroussis rouges, un gilet bleu, une culotte de drap bleu, des guêtres noires et un shako noir avec la plaque de la 12e cohorte et un petit plumeau bleu. Nous touchons aussi d’autres accessoires comme une capote grise, un havresac garni et une couverture de campagne.

Maintenant nous allons nous familiariser avec la vie de garnison entre les exercices de maniement d’arme, de tir au canon et, bien sûr, les corvées.

L’entraînement du tir au canon, lui, s’exerce sur le polygone d’artillerie situé à l’extérieur des remparts de la ville.

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Strasbourg et son polygone d’artillerie.

C’est un exercice assez difficile, car il demande de la rapidité dans les gestes et surtout une coordination parfaite avec les différents acteurs. Le service est réglé d’une façon très minutieuse. Nous nous entraînons avec des pièces de 4 (le boulet pèse 4 livres). Ces pièces demandent deux canonniers et 5 ou 6 servants d’artillerie. Chacun a son rôle bien défini ; dégorgeage de la pièce, pointage, pour-voyage, écouvillonnage et chargement, et pour finir, mise à feu.

Nous nous entraînons, souvent, sans cesse, au tir à blanc (sans boulet) afin d’acquérir vitesse et coordination pour bien intégrer les automatismes. Le but est d’arriver à tirer, au moins, 7 fois à la minute. Au début ce n’est pas une mince affaire. Mais les sous officiers qui nous encadrent nous disent que cela va venir petit à petit. Ils nous disent aussi qu’il faut ce rythme à l’entraînement pour pouvoir, au feu, à charge complète, tirer 3 fois par minute. Ce qui, pour eux, est un minimum.

Pour l’entraînement au maniement d’arme, nous sommes dotés d’un fusil à canon court et d’un sabre ‘Briquet’. Ces exercices sont moins stressants que celui du tir au canon.

Avec François, cette vie de garnison nous convient bien. C’est assez dur au début , mais cela ne nous décourage pas. Notre enthousiasme n’est pas entamé.

Début août, nous apprenons le passage du Niemen par la Grande Armée. Au casernement c’est l’euphorie. Pour nous tous, l’Empereur va vers une nouvelle conquête. Nous sommes confortés dans cette idée à l’annonce des victoires de Smolensk et de la Moscova. L’entrée dans Moscou, pour nous, est le signe de la victoire finale.

Fin octobre, le bruit court, partout en ville, que la Grande Armée bat en retraite. Au casernement c’est l’incrédulité totale. Puis, au fil du temps, avec la confirmation par nos officiers, c’est la stupéfaction qui nous envahit. L’impensable est arrivé. L’Empereur, pour la première fois, s’est incliné.

Le 26 février 1813 la 18e cohorte est dissoute. Notre compagnie d’artillerie rejoint le 1er régiment d’Artillerie à Pied, en garnison dans la ville, à la caserne d’Austerlitz. Le reste de la cohorte, lui, rejoint le 152e de ligne, lui aussi en garnison à Strasbourg. A partir de ce moment nous ne revoyons plus Samuel qui rejoint ce régiment. »

La 18e Cohorte de la Garde Nationale a été organisée le 15 avril 1812 par le sénateur SAINTESUZANNE, elle est stationnée à Strasbourg et fait partie de la 5e Division Militaire. Elle est composée de conscrits des années 1807 à 1812.

A l’origine, la Garde Nationale était une milice supplétive. NAPOLEON, dans les dernières années de l’Empire, en fit une puissante armée de réserve territoriale. La participation de la Garde Nationale à l’effort de guerre fut systématique à partir de 1812. Avant de partir pour la Russie, l’empereur appela à l’activité 92 000 jeunes qu’il répartit en 88 cohortes placées sous commandement militaire et leur fit tenir garnison dans toutes les places fortes du territoire national.

La Campagne de Russie se terminant en décembre 1812. NAPOLEON veut reprendre l’initiative avant que les Alliés (Russes, Prussiens, etc. ... ) ne soient complètement réorganisés. Pour cela il prévoit de reprendre Campagne dés le premier trimestre 1813. En trois mois, sur les débris de la Grande Armée de la Campagne de 1812, il arrive à constituer une armée de 675 000 hommes. Ainsi, pour sa Campagne d’Allemagne il pourra utiliser prés de 200 000 hommes. C’est à ce moment là, qu’il décide de dissoudre les cohortes de la Garde Nationale pour les incorporer dans les différents régiments qui ont été décimés en Russie.

La campagne d’Allemagne

La campagne de printemps

« La caserne d’Austerlitz est un énorme bâtiment qui abrite actuellement trois compagnies du 1er régiment d’artillerie à pied, la 10e, la 13e et la 15e où François et moi sommes affectés. Il y a en plus trois compagnies du train d’artillerie et une compagnie de pontonniers.

Le Train d’artillerie est chargé du convoyage des canons et du charroi d’artillerie (caissons de munitions). Les pontonniers, eux, sont chargés de la construction de ponts bateaux sur les rivières pour faire passer canons et caissons.

Le 13 février, nous intégrons nos nouveaux quartiers. Je suis enregistré sous le matricule 6179 avec le grade de canonnier. La compagnie est composée de deux batteries de 8 pièces chacune. François et moi sommes affectés à la 1re batterie commandée par le lieutenant NOAILLES.

Ensuite nous passons à l’habillement pour toucher tout notre équipement et notre nouvel uniforme. Ce dernier ne diffère pas trop de l’ancien. Seuls changent les épaulettes qui sont rouges au lieu de la couleur bleue et le shako avec son pompon rouge et la plaque jaune du 1er RAP.

Une fois installés, c’est le rassemblement des trois compagnies d’artillerie dans la grande cour de la caserne. C’est le capitaine WITTEN. qui nous passe en revue. C’est un vieil artilleur qui a survécu à la campagne de Russie et a participé, entre autres, aux batailles de Friedland et de la Moskova.

Une fois ses troupes passées en revue, le capitaine nous fait une véritable harangue adressée, surtout, à ceux qui n’ont pas encore connu le feu. « Nous nous apprêtons à une nouvelle campagne, sachez que l’artilleur ne quitte jamais sa pièce, meurt auprès d’elle, ou est pris avec elle. Cela a toujours été, et cela sera, je l’espère, toujours ainsi. Soyez les dignes successeurs de vos anciens, héros de ‘Friedland’ et de la ‘Moskova’. » A ces mots, un formidable « Vive l’empereur ! » s’échappa de toutes nos poitrines.

Le lendemain, après la ‘Diane’ (le réveil), roulée au tambour, au rassemblement pour l’appel, le capitaine nous annonce notre départ pour remonter le Rhin jusqu’à Mayence. C’est l’effervescence dans les rangs. François est tout excité. Nous passons à l’armurerie où l’on nous donne notre fusil et une giberne avec ses munitions.

Une fois bien équipés, nous nous rassemblons dans la cour où, déjà, les compagnies du train d’artillerie sont prêtes à partir. Canons et caissons sont attelés. Les conducteurs en place sur leurs montures.

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Nous nous intégrons tous, par compagnies et par batteries, au convoi qui, au bout d’un moment, s’ébranle et sort de la caserne. Nous traversons la ville au pas cadencé, tambour en tête, acclamés par la foule. Au sortir de la ville nous reprenons notre pas normal, mais toujours au son intermittent du tambour qui rythme la marche.

C’est une longue marche qui commence. Le temps est relativement clément bien qu’il fasse froid et que la neige persiste. Nous suivons le Rhin, la route est bien carrossable et sans grosses dénivellations. La nuit nous bivouaquons près du convoi. François et moi tenons le coup, la marche ne nous a jamais fait peur. Nous mettons une dizaine de jours pour arriver à Mayence.

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Le dixième jour nous approchons de cette citée entourée de remparts impressionnants. On nous fait installer sur le ‘glacis’ [1] de la ville parmi les bivouacs de nombreux régiments, les fourgons et les caissons.

Nous restons deux jours à Mayence où on peut se restaurer convenablement et se reposer. Les cantinières vont et viennent à travers notre campement improvisé. Elles sont assaillies. Nous pouvons aussi aller dans les cabarets de la ville pour nous détendre en buvant des bières.

C’est là aussi que nos caissons sont approvisionnés en poudre et en boulets. Nous sommes prêts maintenant pour affronter l’ennemi.

Nous repartons donc en direction du nord. Notre chef de pièce, le sergent BOITARD nous dit que nous allons en Saxe rejoindre l’Armée de l’Elbe commandée par le prince Eugène.

A partir de ce moment la marche est moins aisée. Nous traversons le massif du Hartz dans la neige et le froid. En plus, nous devons essuyer quelques escarmouches de partisans. Le sergent qui a fait la campagne de Prusse et de Pologne en 1807 nous dit que les autochtones ont changé. Ils ne nous considèrent plus comme des libérateurs, mais comme une armée d’occupation... Nous mettons une quinzaine de jours pour arriver à Brunswick.

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Là, deux bataillons du 149e de ligne nous attendent pour nous escorter jusqu’à Halberstadt où est en train de s’établir le grand parc d’artillerie du 5e corps d’armée.

Le 5e corps d’armée est commandé par le général LAURISTON et est composé de 4 divisions ;

  • La 16e commandée par le général MAISON.
  • La 17e, celle du général PUTHOD.
  • La 18e du général LAGRANGE
  • Et enfin, la 19e du général ROCHAMBEAU.

Notre 15e compagnie est affectée à la division LAGRANGE. Celle-ci est formée de deux brigades, celle du général SUDEN et celle du général CHARRIERE. La première comprend le155eme de ligne et le 3e Étranger (composé d’irlandais). La seconde est formée par les 134 et 154es de ligne. Notre rôle est de soutenir ces quatre régiments avec nos 12 pièces de 6 livres et nos 4 pièces de 12. Nous rejoignons cette division à Alt-Haldenlesben où notre batterie intègre la brigade CHARRIERE.

Le combat de Mockern

Le 1er avril, à la ‘diane’, toute la division part pour un petit bourg situé à côté de Magdebourg ; Neustadt. Là, nous retrouvons les 17 et 19e divisions ( celles de MAISON et ROCHAMBEAU). Nous sommes installés au bord de l’Elbe où ont été jetés plusieurs ponts de bateaux. Nous comprenons alors que nous allons probablement faire mouvement sur la rive droite de la rivière où les prussiens et les russes ont été signalés.

Le 2 avril les trois divisions passent l’Elbe. La notre se dirige vers le sud-est de Magdebourg. Au bout de quelques lieues nous rencontrons à Wahlitz la cavalerie prussienne que nous délogeons après un bref combat.

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Nous restons, en deuxième ligne, sur les hauteurs en avant de ce village, gardons et renforçons la position jusqu’au 4 avril.

Le 5 avril c’est le jour de la bataille. Nous entendons le canon tonner de partout. Surtout sur notre droite, du côté de Gommern et Danigkow où trois compagnies du 154e de ligne, appartenant à notre brigade, sont attaquées par les prussiens. Toute la division s’apprête à leur porter secours avec nos batteries lorsque nous recevons l’ordre de nous installer en poste d’observation à Kahlenberg pour garder les passages de l’Ehle.

Nous, les artilleurs, nous nous sentons frustrés car la bataille fait rage, le canon tonne sur tout le champ de bataille et nous, nous partons en observation sans avoir pris part au combat.

Le 6 avril au matin nous recevons l’ordre de rentrer sur Magdebourg avec les deux autres divisions du 5e corps.

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Du 9 au 13 avril, nous bivouaquons a Ascherleben avec 500 cavaliers. Nous renforçons notre position en creusant des tranchées et en dressant des palissades. Nous essuyons quelques escarmouches sur nos avant-postes, sans grandes conséquences. Nous les artilleurs, nous assurons la protection de nos canons et de nos caissons.

Du 14 au 18 avril, nôtre brigade stationne à Quensted. Là aussi nous renforçons notre position. Il ne se passe rien de spécial.

Du 19 au 27 avril, toute la division s’installe à Eisenleben, à quelques lieues de la ville de Halle, tenue par les prussiens et les russes. Nous pensons tous que cette ville sera notre prochaine cible...

Sur le chemin de Leipzig

Le 28 avril à 2 heures de l’après midi, pendant que la division MAISON attaque Halle par le nord, notre brigade se poste à quelques lieues au sud de cette ville afin de s’opposer, éventuellement, à l’ennemi qui pourrait déboucher de Mersebourg. De notre position nous pouvons apercevoir, à travers les nuages de fumée, les deux brigades de MAISON qui, en deux colonnes avec leur artillerie, attaquent les redoutes qui protègent la ville. Pour, finalement, à la tombée de la nuit, les enlever.

Le lendemain, vers 4 heures du matin, la division MAISON occupe la ville abandonnée dans la nuit.

Nous, nous allons bivouaquer sur les bords de la Saale aux environs de Mersebourg.

Maintenant l’armée du Main, venant d’Erfurt, commandée par l’Empereur, peut faire sa jonction avec la nôtre. C’est l’Empereur qui, maintenant, prend nôtre commandement.

Le dimanche 2 mai, vers 4 heures du matin, notre corps d’armée, le 5e, par ordre de l’Empereur, part pour Leipzig. Nos trois divisions marchent de front, la division MAISON en tête. Chaque division, en ligne, formant trois ou quatre carrés éloignés chacun de 6 à 800 mètres, avec l’artillerie. Notre division formant la 2e ligne et la division ROCHAMBEAU, la troisième.

A 10 heures la division MAISON, avec ses canons, ouvre le feu, depuis le petit village de Leutsch, sur Lindenau. Après ce bombardement, il attaque à la baïonnette les troupes qui occupent ce village. Ces dernières résistent bien mais finissent par se retirer.

A 11 heures, MAISON atteint les premières maisons de Leipzig puis entre dans la ville, fait prisonnier les derniers prussiens qui n’ont pu se retirer et récupère plusieurs pièces de canon avec leurs caissons remplis de munitions.

A 12 heures 30, notre division s’apprête à entrer dans la ville, le général LAURISTON en tête. A ce moment-là, ce dernier reçoit l’ordre de laisser MAISON sur place et de lancer ses deux autres divisions à la poursuite des troupes prussiennes qui occupaient Leipzig.

Vers 13 heures nous nous lançons à la poursuite des prussiens. Durant toute cette ‘traque’ nous entendons gronder le canon sur notre droite, du côté de Lutzen. La nuit tombée, nous prenons position aux environs de Zwenkau, une bourgade située à une vingtaine de kilomètres au sud de Leipzig.

Le soir, au bivouac, nous apprenons que l’Empereur vient de remporter, à Lutzen, une belle victoire. L’ennemi, venant de rompre le combat, commence maintenant une retraite précipitée. Avec François, nous ne décolérons pas. Nous nous disons que depuis le début de la campagne, nous avons passé notre temps en marches et contre-marches, sans avoir vraiment pris part aux combats. Nous entendant parler ainsi, le sergent BOITARD, en vieux briscard, nous dit « Ne râlez pas les conscrits, je sens que ce n’est pas fini, et des batailles vous en aurez, croyez moi. Et ce ne sera peut-être pas toujours des victoires... ».

Le combat de Weissig

Du 4 au 9 mai, nous sommes à la poursuite des russes et des prussiens. Le 4, nous poussons sur Rothe, nous marchons, à marche forcée, sur l’ennemi qui file sans se retourner. Nous recevons de temps en temps quelques coups de canons de son arrière-garde, mais sans gravité. Nous bivouaquons à Borna. Le 5, nous nous dirigeons sur Eladorf, toujours dans les mêmes conditions que la veille. Le 6 au soir, nous bivouaquons à Eladorf et le 7 à Meissen, au bord de l’Elbe. L’ennemi a passé cette rivière et se dirige vers l’Est.

Le capitaine WITTEN nous dit que nous allons rester dans cette bourgade deux ou trois jours, afin de reprendre des forces. Ce repos est le bienvenu, je suis épuisé. Mes pieds ne sont que douleur. Je passe ma journée du 8 à dormir…

Le lendemain je suis requinqué. Avec François nous allons faire un tour au bourg. Nous en profitons pour faire différentes courses, notamment du tabac pour alimenter nos pipes. Nous entrons dans un ‘Bierstube’ pour nous désaltérer avec une bonne bière. A notre entrée, le patron prend une mine austère. Quand nous l’interpellons en alsacien avec un mélange d’allemand, nous le voyons se détendre et devient plus loquace.

Il nous dit que les russes qui ont fait halte dans le bourg, avant de repartir vers l’Est, ne décoléraient pas. Ils s’en voulaient d’avoir été battus à Lutzen par des enfants. En effet le plus gros de notre armée actuelle est constitué de conscrits de 1812 et de 1813. Pour eux c’était leur baptême du feu et ils ont ont quand même remporté la victoire contre des soldats aguerris.

Le 10 mai, nous reprenons la route en suivant l’Elbe vers le nord. Nous ne poursuivons plus les prussiens et les russes. Le bruit court que nous montons sur Berlin. Le 11, tout notre corps d’Armée s’installe à Torgau ou nous recevons des renforts et faisons le plein de munitions.

Le 12 mai, nous changeons de commandement. Le maréchal NEY remplace le prince Eugène qui rentre en Italie. L’armée de L’Elbe est dissoute. Il n’y a maintenant qu’une seule armée, la ’Grande Armée’, sous les ordres directs de L’Empereur.

Le 16 mai, nous quittons Torgau en direction de Hoyerswerda, vers l’Est. Il n’est plus question d’aller sur Berlin. Il semble que l’ennemi se soit concentré vers Bautzen. Le 18, nous sommes à Maukendorf. Le 19 nous nous dirigeons sur Opitz via Weissig, notre division en deuxième position derrière la division MAISON.

Vers 13 heures, cette dernière, à Steinitz, est avertie par ses éclaireurs de la présence de forces

ennemies au carrefour de notre route et de celle reliant Hermsdorf à Königswartha. Cette région étant dominée par une colline, à l’orée d’un vaste bois, appelée le Eichberg. Cette hauteur étant occupée par les prussiens du général York avec, semble-t-il, deux batteries d’artillerie.

A l’annonce de cette nouvelle, le général LAURISTON donne alors l’ordre à notre brigade de prendre position à Neu-Steinitz. Ce village se situe à l’orée d’une vaste forêt de sapins. Ce terrain boisé n’étant pas du tout propice pour faire manœuvrer les canons, nôtre batterie reste en réserve.

Pendant que la division Maison attaque l’ennemi par le nord à hauteur de Weisssig avec six pièces d’artillerie, les deux régiments de notre brigade, le 154e et le 134e, entrent dans le bois en direction de cette colline.

Il s’ensuit 4 heures de combat acharné. La colline du Eichberg est prise et reprise plusieurs fois pour, finalement, rester définitivement à nos forces. les prussiens arrêtent le combat mais restent sur le champs de bataille. Ils sont épuisés et bivouaquent.

Vers 11 heurs du soir, le général MAISON s’apercevant que le général York avait négligé de se couvrir par une chaîne d’avant-postes, il décide d’attaquer. L’ennemi, surpris, se replie rapidement dans la direction de Klix, de l’autre côté de la Sprée, pour ne plus revenir.

Le lendemain, ayant récupéré les 134e et 154e de ligne, qui d’ailleurs ont été félicités par le général LAURISTON pour leur bravoure, nous nous rendons à Steinitz pour reprendre notre route vers le sud, vers Bautzen.

Quand nous traversons le bois à proximité du fameux Eichberg, nous nous rendons compte de la violence du combat. Tous les arbres ont été tillotés (hachés) par la mitraille et les boulets. Nous apercevons dans les fourrés de nombreux corps de soldats, aussi bien français que prussiens, qui n’ont pas encore été ramassés. C’est un spectacle horrible. Je ressens alors un drôle de sentiment. Je me sens presque coupable d’être resté en réserve et de n’avoir pas participé au combat. Le sergent BOITARD qui marche à côté de moi, me dit « Conscrit, tu n’as pas encore vraiment combattu, mais maintenant tu sais ce qu’est un champs de bataille... »

Après une longue marche forcée, dans la soirée, nous arrivons devant Klix au bord de la Sprée. C’est là que nous installons nôtre bivouaque.

La bataille de Bautzen

Le 21 mai, à 5 heures du matin, nous passons la Sprée à Klix. La division MAISON nous quitte pour renforcer le 3e corps du maréchal NEY qui évolue sur notre droite. Nous, avec la division ROCHAMBEAU, nous prenons la direction de Baruth, distant d’environ 8 kilomètres. Nous traversons une grande plaine, à travers bois, sous de grosses giboulées.

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Au sortir des bois, a environs 3 kilomètres de Baruth, nous apercevons des troupes prussiennes qui entourent la ville. Nos officiers dénombrent 6000 fantassins, 4000 cavaliers et, sur les hauteurs du Schafberg qui domine le bourg à l’Est, des batteries avec de nombreux caissons.

Nous avançons nos batteries et canonnons généreusement les hauteurs. Les prussiens nous répondent, mais sans grandes conséquences. Pendant ce temps nos fantassins tournent la position afin de l’encercler. Au bout d’un moment les troupes russo-prussiennes se retirent de la ville après l’avoir incendiée.

Avec François, c’est nôtre premier engagement, même s’il n’a pas été éprouvant, cela nous change de l’entraînement. Nous en sommes encore tout enflammés.

Après la prise de Baruth, le général LAURISTON reçoit l’ordre du maréchal NEY de se rendre à Preititz. Il laisse la division ROCHAMBEAU à Baruth et se met à notre tête pour rejoindre cette ville.

Nous revenons un peu sur nos pas pour passer le Lebisch à Buchwald, puis nous prenons la direction de Preititz vers le sud-ouest. Nous arrivons dans cette ville alors qu’elle vient d’être évacuée par les prussiens. La retraite générale de l’ennemi vient de commencer.

Nous sommes avertis par le maréchal NEY que l’Empereur s’apprête à faire attaquer Klein-Bautzen, un petit village au sud de Preititz. Nous devons y aller en soutient.

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Arrivés à ce village, nous faisons face à une concentration d’artillerie de 30 bouches à feu. Nous installons nos 22 pièces, et alors commence un duel d’artillerie des plus rageur. Nous finissons par prendre le dessus et le maréchal NEY s’empare du village.

Là, l’engagement fut plus sérieux. C’était un véritable combat d’artillerie. Nous avons aligné nos 22 canons pendants que les servants du train d’artillerie déposaient les caissons de munition à 30 mètres derrière chaque pièce. Le capitaine WITTEN, la longue-vue à la main, allait de batterie en batterie pour leur indiquer leur cible. Une fois l’ouverture du feu, ce fut une ambiance infernale entre le bruit des détonations, la fumée dégagée par les canons, l’odeur piquante de la poudre et le manège incessant des servants du train d’artillerie qui emmenaient les caissons vides pour en ramener des pleins.

Les chefs de pièces nous faisaient activer. Nous n’étions plus à l’entraînement. Il fallait faire nos quatre coups à la minute. C’est là que je bénissais les interminables séances, à Strasbourg, passées pour acquérir nos automatismes.

De temps en temps, parmi ce vacarme, nous entendions le bruit sourd des boulets ennemis qui s’abattaient en projetant des gerbes de mottes de terre. Accompagnés, parfois, de cris de douleur ou de jurons. Finalement nous n’eûmes pas trop de dégâts, seulement quelques blessés et quelques pièces et caissons endommagés.

Après la prise du village, les prussiens se retirent sur Würschen, nous les suivons. Nous avons quelques accrochages avec l’arrière garde du colonel de KLEIST, le même qui défendait le Eichberg à Weissig.

Nous arrivons enfin à Würschen où l’ennemi a déjà pris position. Nous nous portons contre la hauteur qui couvre le village, là où les prussiens ont installé leur artillerie. Nous canonnons, à ce moment là nous voyons le 7e corps du général REYNIER qui vient de Baruth. L’attaque devient générale. Nous prenons le petit village de Cannewitz et poussons l’ennemi au-delà de Würtchen où nous prenons position et bivouaquons.

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Du 22 mai au 1er juin nous poursuivons les russo-prussiens jusqu’à Breslau, au bord de l’Oder. La poursuite se fait difficilement car les conditions climatiques sont très mauvaises. De gros orages ne cessent d’éclater dans toute la région et rendent la progression difficile. Dans de nombreux endroits nous sommes obligés de pousser nos canons pour aider les chevaux à les désembourber.

C’est dur, nous sommes épuisés, mais le moral est toujours là. Après tout ce sont nous les vainqueurs, les poursuivants. Durant cette poursuite il n’y a eu, pour notre division, qu’un événement notoire.

Lors du passage de la Queiss, entre Waldau et Bunzlau, nous sommes arrêtés par l’arrière garde prussienne en position sur la rive droite de la rivière. Les ponts étant détruits, nos fantassins n’hésitent pas à passer le cour d’eau à gai, de l’eau jusqu’au dessus du genou, et chargent aux cri de « vive l’Empereur ». Les prussiens reculent en combattant et tentent de se maintenir en position sans y arriver. Pour finalement se retirer précipitamment.

Nos pontonniers commencent à établir des ponts de chevalets afin que nous pussions passer avec nos canons, nos caissons et nos fourgons. Mais à cause de leur inexpérience, les constructions durent pendant toute la nuit. Nous ne pouvons passer que le lendemain matin et poursuivre enfin nôtre route sur Bunzlau ou nous bivouaquons.

De cette ville à celle de Breslau, notre division n’a pas rencontré de difficultés. Ce n’est pas le cas la division MAISON qui s’est faite décimée à Haynau et celui de la division PUTHOD qui dut combattre à Neukirch pour passer la ville de Liegnitz.

Le 1er juin nous passons Breslau pour prendre position entre Neudorf et l’Ohlau, au sud de cette ville. Le lendemain, au matin, nous apprenons la cessation des hostilités. »

Cette campagne de printemps débute donc par la bataille de Lutzen. Bataille à laquelle n’a pas participé le 5e corps de LAURISTON. En effet, lorsque NAPOLEON, avec son armée du Maine, rejoint celle de l’Elbe du prince EUGENE, il décide, avec ses deux armées, de prendre Leipzig et se porte alors sur cette ville.

En chemin, il apprend que l’ennemi, la coalition Russo-Prussienne, se concentre sur le plateau de Lutzen. Il décide alors de se diriger dans cette direction pour livrer bataille et laisse le 5e corps, qui est en avant garde, se diriger sur Leipzig dans l’intention de prendre cette ville. Ce qu’il a fait. La division LAGRANGE, n’ayant pas participé à la bataille de Lutzen, cette dernière a quand même été citée dans ses états de service.

Au lendemain de la bataille, ce sont les divisions LAGRANGE et PUTHOD qui prennent les russoprussiens en chasse. La division MAISON restant provisoirement à Leipzig. Les deux divisions repoussent l’ennemi au-delà de l’Elbe à l’Est de Meissen.

Pendant ce temps, NAPOLEON se rend à Dresdes . Son objectif, maintenant, est Berlin, plus au nord. Il pense ainsi que les alliés vont se séparer, les russes restant au-delà de l’Elbe et les prussiens montant sur Berlin. Il aura comme ça plus facile à les défaire l’un et l’autre. C’est pourquoi, il demande au groupe de NEY ( 3e, 5e et 7e corps) de se diriger vers Berlin.

Ce dernier, sur la route de Berlin, est à Lukau, quand NAPOLEON, voyant les alliés se fortifier à Bautzen, décide de livrer bataille à cet endroit. Lui, attaquant à partir de Dresdes, et Ney (3e et 7e corps) partant de Lukau pour arriver à Bautzen par le nord, via Hoyerswerda où il est rejoint

par LAURISTON qui était à Torgau. Les alliés se trouvent ainsi pris entre le marteau et l’enclume.

Mais ce système n’a pas bien fonctionné, empêchant cette bataille de devenir une victoire définitive. LAURISTON, retardé d’une journée à Weissig, n’a pu se rendre assez vite à Würschen pour couper la retraite des alliés, comme l’avait prévu NAPOLEON. En plus, NEY l’arrête à Baruth pour venir le soutenir pour reprendre Preititz.

Pour de nombreux auteurs, le grain de sable qui a grippé le mécanisme imaginé par NAPOLEON, c’ est le comportement de NEY. En effet, si ce dernier, au lieu de reprendre Preititz aux prussiens, ce qui n’était pas indispensable, se serait rendu à Würschen, via Baruth, pour joindre LAURISTON, comme l’avait préconisé l’Empereur, les alliés étaient pris dans la nasse et auraient été complètement défaits.

Cela aurait évité aux français cette pénible poursuite qui les a exténués. Se rendant compte de l’état déplorable de ses troupes, NAPOLEON accepte l’armistice proposé par les alliés.

L’armistice de Pleiswitz

« Du 1er au 12 juin nous restons dans nôtre campement aux alentours de Breslau. Là, nous nous reposons, nous sommes épuisés. Nous reprenons des forces bien que les rations qui nous sont distribuées soient faibles.

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Du 13 au 16 juin, la ligne de démarcation étant établie, toute notre division se dirige vers Goldberg. Puis nous nous installons sur la rive gauche de la rivière Katzbach. Nous établissons notre camp entre la route de Hainau et le confluent de la Wuth-Neisse.

Là, nous construisons des baraques pour améliorer nos conditions de vie. Ce sont de grandes cabanes triangulaires recouvertes d’une couche épaisse de chaume de bas en haut. Elles sont alignées en double lignes parallèles, ce qui donne un bel aspect d’ordonnancement et de salubrité. Nous pouvons maintenant dormir dans de bonnes conditions à l’abri de la pluie et du vent.

Nous nous y installons par batteries. L’ambiance est bonne, nous avons retrouvé nos forces petit à petit. Nous pouvons faire notre lessive et nous laver dans la rivière Wuth-Neisse. Nous nous sentons revivre. Notre avitaillement s’améliore. On nous distribue une livre de pain par jour et un quarteron de vin. Pour le reste nous nous approvisionnons dans les villages alentours. Là, nous sommes fournis en grains, en bêtes à cornes et à laine. Nous mangeons enfin à notre faim.

Nos journées se passent entre l’entretient de notre matériel et l’exercice. De temps en temps sont organisés des concours de tir à la cible. Les meilleurs tireurs sont récompensés. Cela nous donne un peu d’émulation. Avec François et le sergent BOITARD nous nous piquons au jeu.

Je profite aussi de cette période de calme pour donner de mes nouvelles à ma famille. C’est François, qui a plus d’instruction que moi, qui écrit les lettres sous ma dictée. Je reçois des réponses sous la plume de Ludwig LÜSTIG, mon parrain qui était cordonnier avec mon père. Ma famille se fait du souci pour moi, mais dans l’ensemble tout va bien pour eux.

Le 27 juin nous recevons notre arriéré de solde des mois de janvier, février, mars et avril. Cela me fait une belle somme. Je peux ainsi améliorer mon ordinaire. Cela me permet aussi, le soir, de me rendre, avec mes deux amis, dans les ‘winstub’ de Goldberg pour jouer aux cartes et boire de la bonne bière.

Là, notre accueil est souvent froid. Cela se comprend car les habitants plient sous le poids des réquisitions et des contributions à notre armée. Avec François nous entendons bien leur ressentiment envers nous, car croyant que nous les comprenons pas ils le font savoir à voix haute.

Depuis fin juin troupes et matériel affluent de tous les coins de France. Des jeunes recrues viennent nous rejoindre pour compléter les effectifs. Nous les formons un minimum car ils sont partis de leur dépôt sans la moindre instruction.

Le 5e corps est réorganisé. Notre division, la 18e, est supprimée. Notre compagnie d’artillerie, la 15e, va faire maintenant partie du parc de la réserve d’artillerie de notre corps d’armée avec la 16e et la 17e de notre régiment, sous les ordres du général DE CAMAS.

L’armistice qui devait se terminer le 20 juillet est repoussé au 20 août. Le 10 du même mois, on fête l’anniversaire de l’Empereur. C’est l’occasion pour ce dernier de distribuer récompenses et nominations. Le 154e de ligne, de notre brigade, reçoit son aigle pour son action à Weissig. Le général CHARRIERE, notre chef de brigade, lui, est nommé chevalier de l’Ordre de la Couronne de Fer, pour la même raison.

S’ensuivent les festivités, chaque soldat touche 1 franc et double ration de vivres, de vin et d’eau de vie. L’après midi des jeux sont organisés et le soir, avec nos canons, nous tirons des feux d’artifice. C’est l’euphorie.

Mais dès les lendemains le ton change. L’armistice est rompu. Nous nous préparons à la guerre. Nous mettons, tous, notre armement en état et recevons nos munitions. Les réquisitions de vivres sont arrêtées et nous recevons des rations pour 9 jours. Nous attendons de passer à l’action. »

Les Alliés demandent l’armistice car leurs troupes sont dans un état épouvantable et démoralisées. Mais ils ont aussi grand espoir pendant ce temps de faire basculer l’Autriche, alliée de NAPOLEON, en leur faveur. Aussi ils proposent un armistice suivit d’un congrès ou l’Autriche serait médiateur. Ce congrès se déroulerait à Pragues en territoire autrichien.

NAPOLEON accepte l’armistice dans l’intention de renforcer ses troupes pour pouvoir ensuite reprendre le combat et remporter une victoire décisive. Il n’est pas défavorable à la médiation autrichienne car il pense que son beau père, François 1er d’Autriche, hésitera à rompre son alliance avec son gendre.

METTERNICH, le premier ministre de l’Empereur d’Autriche, mène depuis un certain temps des négociations secrètes avec la coalition Russo-Prussienne. Il réussit à convaincre François 1er d’Autriche, qui est très hésitant, à rompre l’alliance avec Napoléon. Son projet est de faire des propositions telles que Napoléon ne les acceptent pas, rompe les négociations et reprenne les hostilités. Ainsi l’Autriche entrerait tout naturellement dans le conflit aux côtés des Russo-Prussiens.

Le plan de l’Autrichien se passe comme prévu. Les conditions proposées sont toutes favorables aux alliés. Il fallait que NAPOLEON abandonne le Grand Duché de Varsovie et certaines villes hanséatiques, y compris Hambourg, Brême et Lübeck, et permette la reconstitution de la Prusse telle qu’elle était en 1806. En plus, Berlin et Moscou demandèrent aussi la dissolution de la Confédération du Rhin (le bras armé de Napoléon en Allemagne). L’Autriche espérait ainsi obtenir la restitution de l’Illyrie et de toute la Galicie, si une paix européenne était signée.

Furieux, l’empereur des français refuse tout net ces propositions. Il s’en veut de sa naïveté face aux autrichiens, bien qu’au fond de lui même il ne se faisait pas trop d’illusions… Il rompt les négociations.

Maintenant il doit faire face à quatre adversaires car, en plus des autrichiens, la Suède de BENADOTE, son ancien maréchal, rejoint aussi les russo-prussiens. L’Europe entière est maintenant contre lui car les anglais n’entrent pas dans la coalition, mais la soutiennent financièrement.

La campagne d’automne

Le combat du Bober

« A l’annonce de la reprise des hostilités, notre compagnie d’artillerie, la 15e, rallie le parc du 5e corps à Goldberg qui est composé des 16e et 17e de notre régiment. Le général LAURISTON veut ainsi renforcer son artillerie de réserve.

En arrivant à Goldberg nous apprenons que nous avons maintenant deux ennemis en plus, l’Autriche et la Suède. Cela n’atteint pas notre moral. Mais le sergent BOITARD nous dit : « Conscrits, avec les ‘Kaiserlicks’, la partie ne va pas être facile ». Lui, qui a combattu les autrichiens à Wagram, en 1809.

A partir du 16 août les russo-prussiens se dirigent vers notre ligne de défense. Le général NEY qui commande notre corps d’armée ordonne à ses trois corps d’armée de commencer une retraite stratégique.

Nous nous replions avec nos canons sur le plateau du Grünenberg où nous bivouaquons. Ensuite nous passons le Bober en aval de Lowenberg et nous nous installons avec la troisième division du général ROCHAMBEAU sur les hauteurs en arrière de la ville entre les routes de Löbau et Greiffenberg.

Jusqu’au 19 Août ont lieu plusieurs combats dont Zobten, Siebeneicken, auxquels nous ne participons pas, le terrain ne le permettant pas.

Le 20 août, l’Empereur rejoint notre corps d’armée où il distribue des aigles à deux de nos régiments. Il se lance en avant avec l’avant-garde du général LAURISTON. Sachant l’Empereur avec nous, nous nous sentons comme invincibles.

Dans la matinée nous recevons l’ordre de nous rendre vers le Weinberg où sont installées les troupes russo-prussiennes. C’est un énorme rocher, au bord du Bober, aux pentes abruptes couvertes de bosquets et de buissons. Son sommet est formé d’une petite plaine bordée de roches. C’est une position imprenable.

Nous installons nos canons et obusiers de façon à atteindre le sommet de ce promontoire. Nous déversons une quantité incroyable de boulets et de bombes. Mais ce tir en élévation et en parabole ne donne pas le résultat escompté.

Le général MAISON, sur ordre de l’Empereur, à la tête de trois de ses régiments, après un combat acharné remporte la position et force l’ennemi à battre retraite.

Les combats de la Katzbach

Cette poursuite est très éprouvante, il pleut sans cesse et les chemins deviennent de moins en moins praticables. Nous devons souvent pousser les canons embourbés. Nous sommes harassés et de plus nos provisions s’amenuisent de jours en jours. Des signes de faiblesse commencent à se faire sentir.

Dans la matinée du 26 nous installons notre grande batterie sur les hauteurs entre Hermandorf et Seichau. Nous sommes juste en face des hauteurs de Weinberg, au-delà de la Wutten-neiss, où s’est installée la grande batterie russe.

Nous avons en tout 40 bouches à feu, presque tout le parc de réserve de notre corps d’armée. Nous arrivons à les positionner malgré le feu de la batterie ennemie. Vers midi tout notre matériel est installé, nous sommes prêts à l’action.C’est à ce moment que l’infanterie du général MAISON, qui s’était établie dans le ravin de la Wutten-Neiss près de Schlaup, arrive à atteindre les hauteurs de l’autre côté de la rivière.

La bataille est rude. La pluie torrentielle empêche l’utilisation des fusils. L’engagement se fait à la baïonnette. Nous appuyons l’attaque avec nos 40 canons. Le combat dure pendant environ 2 heures. La batterie ennemie voyant la partie perdue se replie en direction du nord, vers Jauer.

Vers 6 heures du soir, ayant reçu de nombreux renforts, les russes reprennent, toujours à la baïonnette, le Weinberg. Nos fantassins se replient pas à pas pour finalement être forcés à la retraite.

Pendant ce temps la batterie russe, revenue à l’action, surgit sur notre flanc droit. Surpris nous avons de la peine à nous repositionner. Pendant cette manœuvre c’est l’enfer. Quelques unes de nos pièces peuvent répliquer. Mais finalement nous devons nous retirer de la position. Nous n’avons pas trop de dégâts. Nous battons retraite , en ordre, vers Seichau où c’est le parfait embouteillage.

Remerciements :

Un grand merci à Odile JUBLOT pour son aide pour la rédaction de cette article. Un grand merci aussi à monsieur Jacques DECLERCQ dont le livre "Quand les belges se battaient pour Napoléon 1813-1814 Le 5e corps d’infanterie dans la tourmente." m’a été d’une aide précieuse pour la chronologie de ce récit.

Sources :

*Documents d’archives.( AD du Bas Rhin)

  • Registres d’état civil de Bouxwiller : 5MI 61,17,18,23. -Liste de tirage des conscrits du canton de Rosheim : 1 R 153.

*Documents d’archives.( Service Historique de l’Armée de Terre. Vincennes). -Registre de contrôle de la 18e cohorte du Bas-Rhin (1812):23 YC 86. -Registre de contrôle du 1er RAP (1813) : 25 YC 6.

  • Registre de contrôle du 5e RAP (1816) : 36 YC 170. -Historique du 1er RAP. -Historique du 5e RAP.

*Documents bibliographiques.

  • Histoire d’un conscrit de 1813. Erckman et Chatrian. Normandie roto impressions 1999. -Napoléon, 1813 la campagne d’Allemagne. Jean Tranié et J-C Carmigniani . Pygmalion. 1987. -HANAU, 1813. Les grandes batailles de l’histoire. Jean Tramson. Socomer éditions 1990. -Quand les Belges se battaient pour NAPOLEON 1813-1814 Le 5e corps d’infanterie dans la tourmente. Jacques DECLERCQ. Historic’one. 2013. -Souvenirs du maréchal Macdonald” (écrits en 1825), Paris, 1892. -Journal des opérations des IIIe et Ve corps en 1813”, publié par G. Fabry, Paris, 1902. -La Katzbach, 26/08/1813. © 2003. Fédération Française du Jeu Napoléonien. -PLAIDOYER POUR LE MARÉCHAL NEŸ A BAUTZEN (par Diégo Mané, 30 mai 2013 et 28 juillet 2017)

*Cartes et plans.

  • Un aspect méconnu de la place de Strasbourg : le polygone d’artillerie du 18e et 19e siècle. J M BAILLET. 2017. -L’Allemagne en 1813. Napoléon, 1813 la campagne d’Allemagne. Jean Tranié et J-C Carmigniani . Pygmalion. 1987. -Strasbourg-Magdebourg. Géographie de l’Allemagne. Wikipédia. -Halberstadt. Atlas to alison’s history of europe. JOHNSTON, KEITH. Édimbourg, Londres. 1848, 1850. napoléon-monuments.eu. -Combat de Möckern. napoléon-monuments.eu (Dominique TIMMERMANS). -Sur le chemin de Leipzig. napoléon-monuments.eu (Dominique TIMMERMANS). -Le combat de Weissig(1). napoléon-monuments.eu (Dominique TIMMERMANS). -Le combat de Eichberg. http://malefricmusings.blogspot.com -Bataille de Bautzen (1). Illustration de la Conférence prononcée par Diégo Mané pour l’Académie Napoléon le 8 Juin 2013 au Musée d’Histoire de Lyon. -Bataille de Bautzen (2). Illustration de la Conférence prononcée par Diégo Mané pour l’Académie Napoléon le 8 Juin 2013 au Musée d’Histoire de Lyon -Poursuite jusqu’à Breslau. napoléon-monuments.eu (Dominique TIMMERMANS).
  • Goldberg. Diégo Mané. -Combat du Bober. Étude sur les opérations du maréchal Macdonald, du 22 août au 4 septembre 1813, la Katzbach / par X. [le capitaine G. Fabry] -Combats de la Katzbach(1). Étude sur les opérations du maréchal Macdonald, du 22 août au 4 septembre 1813, la Katzbach / par X. [le capitaine G. Fabry] -Combats de la Katzbach(2). Étude sur les opérations du maréchal Macdonald, du 22 août au 4 septembre 1813, la Katzbach / par X. [le capitaine G. Fabry] -Weinberg (1). allied breafing. Katzbach 1813. -Weinberg (2). allied breafing. Katzbach 1813. -La retraite sur Lowenberg. Étude sur les opérations du maréchal Macdonald, du 22 août au 4 septembre 1813, la Katzbach / par X. [le capitaine G. Fabry] -Sur le chemin de Dresdes. Plan personnel.
  • Sur le chemin de Leipzig. Napoléon-monuments.eu (Dominique TIMMERMANS). -Bataille de Leipzig. Imago mondi.com. -Bataille de Leipzig. Battle of Leipzig 1813. http://napoleonistyka.atspace.com -De Leipzig à Mayence. HANAU,1813. Jean TRAMSON. Socomer éditions . 1990. -Bataille de Hanau. Napoléon-monuments.eu (Dominique TIMMERMANS). -Bouches du Rhin.Owlapps.net -Plan de Strasbourg. Description de la ville de Strasbourg. P J FARGES MERICOURT. 1840.

*Iconographie.


[1Terrains situés à l’extérieur des remparts.

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