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Un mariage insolite et compliqué ou quand deux mendiants se marient...


jeudi 21 mars 2013, par Martine Hautot

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En 1784, dans le petit village du Thil-Manneville (Haute-Normandie), à quelques kilomètres de Dieppe, le prêtre vicaire s’apprête à célébrer un mariage plutôt insolite : celui de Pierre Freulet et de Marie Margueritte Frère. Tous deux sont d’un âge respectable, tous deux sont veufs et tous deux sont mendiants, ce qui complique quelque peu la procédure.

Pour le futur, pas de problème particulier puisqu’il est domicilié dans la commune et bien connu. Pour elle, c’est une autre affaire. Il a fallu vérifier ses dires : elle se prétend originaire de Londinière et veuve d’un dénommé Ambroise Durand, batelier au Val de la Haye, sur la Seine, mort à l’hôtel-Dieu de Rouen.

Pour éviter tout risque de bigamie, il convient de s’ en assurer. Heureusement, l’Hôtel-Dieu confirme : un extrait mortuaire signé d’un chanoine régulier précise même la date de son décès, le 16 Février 1771. Voilà une difficulté levée.

Cependant ce n’est pas tout ! Les bans sont régulièrement publiés par trois fois au Thil, la paroisse du futur ; mais pour elle qui n’a pas de domicile défini, en raison de son état de mendicité, on est contraint de demander une dispense à l’archevêque de Rouen.

Enfin l’autorisation est donnée, signée du vicaire général et du secrétaire de l’archevêché, le 27 novembre. Aucune opposition ne s’étant manifestée, c’est pourvu des précieux documents que le vicaire peut célébrer le mariage en toute tranquillité d’esprit. Les voici unis pour le meilleur et pour le pire.

Transcription de l’acte :
Aujourd’hui Mercredi septième jour de Janvier mil sept cent quatre vingt quatre aprés la publication des bans du futur mariage entre Pierre Freulet mandiant veuf de Marie Ropé âgé d’environ soixante six ans de cette paroisse d’une part, et marie Margueritte frère aussi mandiante originaire du bourg de londinière veuve d’ambroise Durand Batelier de la paroisse de Saint Jean du val de La haye Décédé à l’hôtel-Dieu de Rouen le Seize du mois de février mil sept cent soixante onze suivant l’extrait mortuaire délivré à Rouen le vingt quatre octobre dernier signé d’Imbleval chan.
(chanoine) régulier, lequel extrait est resté entre nos mains. Demeurante depuis trois mois sur cette paroisse, âgée d’environ cinquante quatre ans d’autre part. Lesquelles publications des bans entre les dites parties ont été publiées aux prônes de nos messes paroissiales par trois jours de dimanches et fêtes, savoir le 28 Décembre dernier, Le quatre et Le dix du mois de Janvier presente année, avons été authorisés à célèbrer le dit mariage nonobstant un domicile suffisamment acquis selon l’ordonnance et la publication des mêmes bans faittes ailleurs qu’en cette paroisse a raison de l’état de mandicité de la part de laditte Marie Margueritte frère laquelle permission duement signée au secrétariat de Monseigneur Larchevesque le vingt sept novembre dernier Signé osmond vic. (vicaire) général et par son Eminence Fliot, laquelle permission est restée entre nos mains sans quil se soit trouvé aucun empêchement ou opposition. Je soussigné prestre vicaire de cette paroisse ai reçu après les fiancailles y célèbrées hier par moy,leur mutuel consentement de mariage et leur ai donné la bénédiction nuptialle avec les cérémonies prescrittes par la Sainte Eglise en présence de françois Brunel Journalier, de françois acart Charpentier, de François Lambard tailleur d’habits, et de Claude Mathurin hellier Clerc, tous témoins de cette paroisse qui ont signé, l’époux et l’épouse ayant déclaré ne savoir signer de ce interpellés. Suivent les signatures : François Brunel, François Acar, FLB,Hellier et Duteurtre vic.

À noter :
La dispense a été signée non pas de l’archevêque de Rouen qui est alors Dominique de La Rochefoucauld, mais du vicaire général Osmond et du secrétaire de l’archevêché, Fliot (identité retrouvée dans gallica.fr in Précis analytique des travaux de L’académie des sciences, belles lettres et arts de Rouen, année 1860 -1861 page 354.)

Sources : Archives départementales de la Sene Maritime cote E00078 1780-1784 Thil-Manneville.

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Cet ouvrage, étude inédite, se propose de vous faire découvrir quelques-unes de ces mentions insolites et de vous en montrer la richesse historique et généalogique. Il répond à bien des questions au sujet de ces textes insolites qui parsèment les registres paroissiaux : Pourquoi certains curés notent des mentions insolites ? Que nous apprennent-elles sur la vie quotidienne de nos ancêtres ? Comment repérer, déchiffrer, transcrire et commenter ces témoignages du passé ? Comment les utiliser pour compléter notre généalogie et l’histoire de notre famille ou de notre village ?

Il s’agit du premier numéro de Théma, la nouvelle collection d’histoire et de généalogie.

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10 Messages

  • Bonjour,
    pour un mariage ne dit-on pas plutôt la publication des BANS ?
    Cordialement

    Répondre à ce message

  • Bonjour,
    Votre article m’a beaucoup plus car il me fait retourner 18 ans en arrière dans ma vie professionnelle, puisque j’essayais de solutionner les problèmes des SDF au service social de la Mairie de Paris.
    Je n’ai jamais eu l’occasion de m’occuper d’un mariage mais des frais d’enterrements etc...
    Très intéressant, bien sur, votre histoire remonte à pas mal d’années, mais je pense que cette même histoire peut se reproduire même à notre époque , deux malheureux, qui veulent lier leur vie après des années d’errance et de difficultés pour survivre.
    Bien cordialement
    Micheline

    Répondre à ce message

    • Ce mariage se déroule quelques années avant la révolution . Il y a une crise économique .Avec la cherté des vivres , beaucoup de mendiants parcourent les campagnes ,parfois en bandes : la lutte contre la mendicité est un thème récurrent dans les cahiers de doléances. On ne parlait pas encore de SDF,mais la réalité n’était pas toujours si différente ... Merci de votre témoignage .

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    • Merci de votre témoignage qui nous montre que sous différents noms les mêmes réalités peuvent subsister.
      A la veille de la Révolution ,en raison de la cherté des vivres ,beaucoup de mendiants parcourent la campagne ,parfois en bandes .Les cahiers de doléances reviennent souvent sur le thème de la lutte contre la mendicité . Pour les sépultures je n’en ai pas encore rencontré ,mais le suppose que c’était plus simple , il faudra toutefois que je m’en assure dans la suite de mes recherches . Bonne continuation à vous .

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  • ne s’agit-il pas de personnes qui mandiaient (demandaient) cherchaient un petit boulot, plutôt que mendiaient, faisaient la mendicité, quètaient l’aumône ? dans les deux cas ce n’était certes pas la richesse mais l’un voulait travailler car il n’avait plus la capacité, dûe à l’âge, d’assurer un emploi régulier, alors que l’autre était complètement sorti de toute vie sociale. j’ai souvent rencontré des actes de décès de mandiants âgés alors que leurs enfants vivaient dans la même paroisse ; ils n’étaient pas sdf mais trop vieux ou malades pour labourer,effectuer un travail épuisant

    Répondre à ce message

    • Je pense que mandiant (avec un a ) et mendiant (avec un e )
      désignent la même réalité :l’orthographe n’étant pas très fixée à cette époque .Le mendiant vit essentiellement de l’aumône,ce qui peutêtre dû à l’âge ,à l’infirmité ,à la maladie... Par contre le mendiant n’est pas nécessairement un vagabond , il peut effectivement être établi dans le village ,ce qui semble être le cas du futur mari .

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  • Intriguée par ce terme de « mendiant », j’en ai trouvé 2 dans la généalogie de mon mari, dans les actes de décès : l’un a 50 ans femme, enfants et possède une ferme, l’autre 65 ans, j’ai recherché si cette « profession » (puisque dans l’acte c’est ce terme qui est employé)correspondait réellement à notre notion moderne du mendiant, je n’ai rien trouvé pour l’instant, je me pose cependant la question ne serait-ce pas une division des laïcs au service de la paroisse ? ce qui expliquerait l’autorisation de l’archevêché.

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  • Bonjour,
    Je trouve ce récit particulièrement touchant au niveau de la démarche de ces deux personnes plus toutes jeunes et abîmées par la vie.
    Hélas, leurs conditions d’existence restent très proches de celles que nous côtoyons dans nos villes ; nous pouvons nous interroger sur ceux que « le progrès » a soigneusement évités...

    Répondre à ce message

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