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Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786


vendredi 8 mai 2020, par Gewa Thoquet

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Lors des visites aux archives départementales, on tombe de temps à autre sur des documents étonnants qui dévoilent des pans truculents de la vie de nos ancêtres. Voilà un de ces actes en date du 27 avril 1786 trouvé aux archives départementales de la Haute Marne il y a des décennies.

À l’époque, j’avais commencé à faire ma généalogie. Malheureusement, je n’étais alors pas encore assez avertie et je n’ai pas noté la côte du document. Pour plus de facilité lors de la lecture, j’ai scindé le texte en paragraphes, rétabli quelque peu orthographe et ponctuation et mis certains éléments en gras.

« Ce jourd’huy vingt sept avril mil septe cent quatrevingt six en l’hôtel et pardevant nous Pierre Nicolas Baudat avocat en parlement, Bailly premier juge civil et criminel et de police de Ville Baillage et Principauté de Joinville assisté de Jean Guillaume Ballet Greffier par nous commis pour l’absence du Greffier ordinaire duquel nous avons pris le Serment en tel cas requis, et en présence du Procureur Général fiscal,

  • Est comparu Edmé Nicolas Hu M.e (Maitre) Sellier demeurant en cette ville, lequel nous adit quil parait que Me Paillette Secrétaire du Roy son procureur en l’Election demeurant en cette ville lui a, et à tout ce qui lui appartient, voué une haine implacable, dans le courant de l’année dernière.
    Christine Maigret sa Belle mère étant allée chez lui reclamer une dette légitime, il l’a accablé d’injures, il l’a excédée de coups et elle n’a Echappé à de plus mauvais traitemens. Que par le faite que Si elle n’en a pas rendu plainte dans le tems cest que nous lui avons imposé Silence par des Egards qu’elle et le comparant respectent.
  • Mardy dernier Me Paillette a renouvellé voyes de fait. Le comparant et le nommé Perrin son Compagnon étoient allé entre deux et trois heures satisfaire des besoins naturels dans un lieu de cette ville lieu dit de Val-Roy que le public semble avoir destiné particulièrement à cet usage qu’apeine le comparent était-il en posture, que Me Paillette furieux leur a fait dire à l’un et à l’autre de Se retirer, que le Compagnon intimidé par la menace de Maître Paillette n’a pas osé satisfaire la nature, que le comparent lui même s’est hâté, et ils se sont retirés.
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Chacun son tour
Musée Carnavalet, Histoire de Paris - Numéro d’inventaire : CP952 [1]
  • Mais que le besoin devenant plus pressant, ce compagnon ne connaissant point d’autres lieux d’aisance, à été obligé de revenir, qu’alors Maître Paillette est venu sur lui et l’a maltraité à coups de poings, que le Comparant étant accouru au bruit, n’a pu s’empêcher de témoigner son mécontement des mauvais traitements que venait d’éprouver son Compagnon, que Me Paillette s’est jetté sur lui et lui a coup sur coup porté deux soufflets que le comparant lui a représenté ses torts ajoutant au Surplus qu’il ne lui conseillait pas de recommancer.
  • Sur cette observation Me Paillette lui a porté un troisième soufflet, et qu’il n’a même évité le quatrième qu’en saisissant et repoussant fortement Me Paillette qui se trouvant sur un lieu incliné et fait que s’embarrassant dans sa Robe de Chambre est tombé, mais que bientôt relevé il s’est armé d’une grosse pierre et l’a lui jetté avec tant de force qu’il en eut infailliblement été tué s’il n’eut le bonheur d’exquiver le coup en se sauvant,
  • Les voies de fait aussi réitérées ne pouvant être passées sous silence, le Comparant nous a requis acte de la plainte qu’il nous en fait et en conséquence qu’il lui soit permis d’informer desdits faits et notamment des exces commis en sa personne et celle de son Compagnon Mardy dernier, circonstances et dependances faisant au surplus toutes reserves nessessaires et de droit et a signé.

Sur quoi nous juge susdit oui le procureur Général fiscal avons donné acte audit Edmé d’hui trois heures de relevée à l’éffet de quoi commission sera délivrée Nicolas Hu de sa plainte, lui avons permis de faire informer des faits sus enoncés, circonstances et dépendances pardevant nous en notre Hôtel ce jour par notre Greffier Commis ».

Cet acte daté du 26 avril 1786 ne nous fait donc pas seulement savoir que le secrétaire du roi Me Paillette avait un caractère irascible, mais surtout que les habitants, comme on le sait, n’avaient pas à leur disposition des toilettes. Il y avait à Joinville, comme c’était certainement le cas dans d’autres villes, des lieux bien précis, où les passants ainsi que les habitants des environs allaient se soulager.
Un de ses lieux d’aisances à Joinville se nommait « lieu dit de Val-Roy ». Sur la carte actuelle de cette localité, on ne trouve pas ce lieu mais on trouve la rue de Valleroy. On peut supposer que c’est là que se trouvait le lieu d’aisance public et que cet endroit était proche de l’habitation de Maître Paillette car il y allait en robe de chambre.

Sur Geneanet, j’ai trouvé la trace d’Edmé Nicolas Hu grâce à Jérôme Vanel, qui a fait son arbre généalogique.
Edmé Nicolas Hu est né le 20 novembre 1762 à Eclaron (52). Il avait donc 26 ans lors de cet épisode mouvementé. Il s’est marié le 7 août 1780 à Joinville avec Marguerite Maigret, dont la mère Christine a essayé pendant un an, sans succès, d’encaisser une facture émis par le maître sellier pour un travail qu’il avait effectué pour Me Paillette. L’artisan est décédé, âgé de 79 ans, le 4 décembre 1841 à Joinville.

Concernant son agresseur, je n’ai pu trouver d’autres éléments que ceux dans l’acte ci-dessus.

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Ah !...Aye !...Le cas est pressant
Musée Carnavalet, Histoire de Paris - Numéro d’inventaire : G.17833 [2]

PS. Une trentaine d’années plus tard, les lieux d’aisances en pleine nature étaient devenus rares grâce à l’apparition des latrines publiques. Cette époque est illustrée par les deux gravures trouvées par Michel Guironnet.

Le site de Gewa Thoquet :

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Le site et les ouvrages de Gewa THOQUET

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