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En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs…

, par Elsie Zastrizny

Merci pour votre message, je suis heureuse que vous me répondiez. J’ai conscience de m’être mal exprimée et j’ai certainement donné l’impression de porter un jugement négatif sur votre article. Pardonnez ma maladresse.

Ce que vous dites est tout à fait juste : dans de nombreux actes , il n’est pas question "du loup" mais "d’une beste" et même "d’une beste cruelle" ou "une bête féroce". Dans d’autres actes, le loup est cité. Vos remarques m’ont conduite à réfléchir sur ce sujet voici quelques remarques personnelles :

  • la lecture de ces différents textes pose un problème d’interprétation. Certains y voient le loup, d’autres un autre animal (hyène, chiens sauvages) et d’autres encore un ou des criminels sadiques. Quel crédit peut-on apporter à la lecture des différents actes BMS, notariés ou autres rapports ? Déforment-ils la réalité ? Je pense que vous avez remarqué que les descriptions de "la Bête" y sont très souvent contradiçtoires. La "beste" est parfois grande, parfois petite, parfois elle ’de grands crochets", parfois elle marche sur deux pattes etc....J’ai l’occasion d’aller parfois aux AD de la Lozère. Là j’ai lu le rapport du curé d’Aumont (registre paroissial d’Aumont). La description qu’il fait "de cette vilaine et dangereuse bête" est particulièrement intéressante.

Nous connaissons le récit de ces attaques par les actes de décès ou les rapports établis par les curés, les archives notariales et communales. Actes qui évoquent des drames,sans doute réels, mais écrits parfois sous le coup de l’émotion après un ou des décès ou traduisant l’émotion, la peur (et aussi la souffrance) de certains survivants (qui sont souvent très jeunes). De plus, ces actes sont retranscrits en français alors que nos braves paysans (ou paysannes) gabalitains s’exprimaient en patois (occitan). Ce ne sont pas leurs propres paroles que nous lisons dans ces actes. Très vite ces différents récits ont enflammé l’imagination. La superstition s’en est très vite mêlée, développant sans doute une psychose collective. Enfin, l’évêque de Mende n’hésite pas en 1764 à qualifier le Bête de "fléau voulu par Dieu".

Personnellement (je n’engage que moi) il me semble difficile, voire impossible qu’un seul animal ait été responsable de toutes les attaques répertoriées en Gévaudan. En raison de ce que je viens de dire dans les lignes précédentes certaines descriptions me paraissent exagérées. Certains drames, bien réels, sont vite devenus des histoires extraordinaires que l’on se raconte le soir dans les chaumières. Elles ont conduit à donner de "La Bête" une image surnaturelle, celle d’un monstre fantastique, sauvage et cruel.

Dernière remarque : combien le travail de l’historien est parfois difficile. L’analyse et la confrontation des sources sont essentielles.

Toutes ces réflexions sont faites sans aucun esprit polémique mais je les partage dans le but d’un enrichissement réciproque. Le débat contradictoire, lorsqu’il est respectueux, est particulièrement intéressant. Il permet de réfléchir et de se remettre en cause, ce qui toujours bénéfique.

Encore merci pour votre réponse et tous mes voeux les plus chaleureux pour 2018.

Elsie ZASTRIZNY

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