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Chronique d’une naissance en Bretagne le jour de la déclaration de guerre en 1939

Le vendredi 30 janvier 2026, par Simone Lissillour

Depuis plusieurs jours, les nouvelles diffusées à la radio ne sont pas bonnes.

Au 152 rue du Président Wilson à Levallois-perret mon père, Alain Kerloc’h et ma mère Louise, ont réalisés qu’il ne serait pas prudent de rester en région parisienne pendant la période qui s’annonce.
Au foyer il y a aussi mon frère Alain âgé de 2 ans et demi.
La décision est difficile à prendre au vu des risques encourus par ma mère, qui est enceinte de 9 mois.
Il faut décider rapidement : Ma mère, le petit Alain, et une sœur de mon père, Marie 16 ans, iront donc se réfugier chez mes grands-parents paternels à Plozévet dans le Finistère.

Mon père ne peut pas les accompagner : il attend dans les prochains jours, sa date de mobilisation dans
l’équipage de la flotte à Brest.

En fin d’après midi : Départ pour la gare Montparnasse.
Commence alors ce qui sera un voyage pénible pour ma mère, et inoubliable pour tous ceux et celles qui ont côtoyé cette femme sur le point d’accoucher.

Pour se rendre à la gare, il faut prendre le métro à Levallois, puis changer de ligne à « Saint Lazare », direction Montparnasse. Cela représente 18 arrêts et départs, dans des wagons bondés de voyageurs chargés de valises.

Aux environs de 22 heures, mon père, ma mère, Le petit Alain et Marie patientent sur le quai, attendant que leur train entre en gare.

Le voyage commence dans une grande confusion.
La population fuit la ville et se réfugie auprès de leurs familles bretonnes.
Les hommes, eux, rejoignent leurs lieux de mobilisation.

Le train démarre vers 22h30, les secousses du wagon, provoquent un début de contractions chez ma mère.

A l’arrêt en gare de Rennes, les voisins du compartiment, comprenant qu’il risquait d’y avoir une naissance avant l’arrivée à Quimper, appellent la croix rouge pour une éventuelle prise en charge de cette femme enceinte.

Ma mère refuse de descendre du train : elle ne connaît personne à Rennes. Et comment la petite Marie, qui l’accompagne, se débrouillerait-elle dans cette ville, seule avec un enfant de deux ans et demi ?

Vendredi 1er septembre 1939

L’Allemagne envahit la Pologne le 1er septembre 1939, ce qui marqua le début de la Seconde Guerre mondiale.

Tant bien que mal et plutôt mal d’ailleurs, le train arrive en gare de Quimper, vers six heures.

Il faut maintenant prendre l’autocar Quimper–Audierne, qui dessert trois communes avant d’arriver à Plozévet : Pluguffan, Plogastel-Saint-Germain et Landudec.

Dans chacune de ses communes il est prévu un arrêt, pour les voyageurs pris en charge à la gare de Quimper et qui rejoignent leurs destinations respectives.

Le temps de route entre Quimper et Plozévet est évalué à 1 heure.

Lors de l’arrêt à Plogastel St Germain, Alain demande à faire « un petit pipi ».
Son envie enfin soulagée, ma mère, en remontant dans le car, perd les eaux.

Affolé, le chauffeur décide alors de ne plus faire d’arrêts jusqu’au bourg de Plozévet.

Enfin, l’arrivée à « hôtel des voyageurs » à Plozévet.

Trop content de se débarrasser d’une voyageuse aussi encombrante, le chauffeur aide ma mère à descendre du car, puis reprend sa route en direction Audierne, sans même lui proposer de la rapprocher de sa destination finale : Kerguivic.

La ferme de Kerguivic ou vivent mes grands parents se situe sur la route de Pouldreuzic, à environ 2 km du bourg de Plozévet.

Plantés au milieu du bourg, ma mère, le petit Alain et Marie, se retrouvent seuls, sans aide, entourés des gens désorientés, inquiets par les nouvelles qui sont diffusées et de plus, sans la présence de la majorité des hommes valides du village, mobilisés.

A Plozévet, ce 1er septembre, tous les hommes valides, qui n’étaient pas soutien de famille sont mobilisés.
C’est la panique, l’angoisse et la tristesse dans la commune.

Il faut maintenant prendre la route, à pied, vers Kerguivic.
Auparavant, ma mère demande au patron du bar, de bien vouloir prévenir de son arrivée à Plozévet, une certaine « Simone Quéneudec », demeurant près du cimetière, elle aussi arrivée de Paris voilà quelques jours.
Celle-ci sera à l’origine de mon prénom déclaré en mairie. (Voir plus bas).

Commence alors l’ultime étape : Rejoindre la ferme des grands- parents.

A Kerguivic, mes grands-parents n’ont pas été prévenus de l’arrivée de ma mère !
Tout a été décidé si précipitamment à Levallois…
Comment prévenir ? Pas eu le temps… Il n’y a pas de Téléphone …

Il ne reste plus qu’une centaine de mètres à parcourir avant Kerguivic, lorsque la petite Marie aperçoit sa mère sur la route qui allait au ravitaillement chez « Mimi Strullu » l’épicière :

Elle lui crie en breton « Louise va accoucher ».

La grand-mère s’affole… Elle a connu tellement de fois cette situation, tant pour elle qui a eu 10 enfants, que dans son entourage. Mais ce 1er septembre 1939, ce n’était pas vraiment le jour pour un accouchement !

Marguerite, vient d’apprendre que 6 de ses garçons et un gendre, âgés de 18 à 34 ans sont mobilisés.

Après ces heures de voyage, d’inquiétude, de souffrance et de fatigue, ma mère se retrouve dans une maison, face à sa belle-mère, presque une inconnue pour elle, qui ne parle que breton.

En ce début d’après-midi, le travail de naissance était bien avancé.
La petite Marie, s’occupait d’Alain qui avait besoin d’hygiène, avait faim et était fatigué.
Entre-temps, au bourg de Plozévet, l’information qu’une femme était sur le point d’accoucher à Kerguivic avait été transmise au docteur Domain.
Ce dernier, avait dans la journée, procédé à un accouchement et fêté cette naissance.
Il arriva à Kerguivic, un peu gai….et demanda que l’on fasse chauffer de l’eau.
Toujours sous le coup de ce branle-bas de combat et de l’émotion, la grand-mère fit chauffer l’eau dans le chaudron qui servait à faire la bouillie des cochons.

17h15 :

Ce fut la délivrance pour ma mère, mais la catastrophe pour la France : la guerre venait de commencer.
Mon premier berceau fut un tiroir d’armoire.

Samedi 2 septembre 1939

La déclaration de naissance à la mairie

Simone Quéneudec (vue plus haut), informée la veille que Louise souhaitait la voir, arrive à Kerguivic.
Ma mère lui demande de bien vouloir se charger de faire la déclaration de naissance à la mairie, sous le prénom d’« Élisabeth ».

Or, surprise : lorsque l’on consulte l’acte de naissance, il est mentionné « Simone » !

Ce prénom, que je porte et que je n’ai jamais aimé à cause de sa sonorité et parce que le choix de ma mère n’a pas été respecté.

Deux versions m’ont été rapportées :

1. Selon ma mère :
Vu la panique provoquée par la déclaration de guerre et la mobilisation de son mari, Simone Quéneudec, sur le chemin de retour, à pied, vers la mairie de Plozévet, avait bien d’autres choses à penser qu’à retenir un prénom et aurait tout simplement oublié « Élisabeth ».
Arrivée à la mairie, elle aurait déclaré : « Simone ».

2. Selon « Simone Quéneudec » :
L’adjoint au maire, M. Peuziat, aurait refusé ce prénom.

Coïncidence :
Ma mère, Louise, est née le 12 juin 1914, soit quelques jours avant la déclaration de la guerre de 14-18.

Anecdote :
Depuis une vingtaine d’années, j’anime un atelier de peinture dans un centre social.
Il y a quelques mois, j’ai raconté le « raté » de mon prénom.
Depuis, tous ont décidé de m’appeler « Élisabeth » !
Voilà qui fait du bien !

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