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Album photo - Carcenac

Élina chez sa bonne

Cliché d’Antoine Carcenac

jeudi 26 août 2004, par † Michel Carcenac

A droite, Élina accepte de poser, avec son ombrelle. Elle ne s’est pas installée sur le même plan que les autres, le mouvement de l’épaule droite dit bien qu’elle n’est pas de ces gens-là. Le visage manque de netteté car la gélatine de la plaque est abîmée.
Élina est née en 1849, elle devait avoir soixante ans et la photo doit dater de 1910.
Ce jour-là, elle avait accompagné sa " bonne " dans sa famille, pour une visite de quelques heures peut-être. Le chauffeur et photographe était Antoine.

Les parents et grands-parents sont nu-pieds, mais tout le monde à la campagne faisait de même à cette époque. Les dents ont disparu. La mère est heureuse, mais la grand-mère, intimidée, se cache. Le garçon a des brodequins, peut être en l’honneur des visiteurs. Quant à la bonne, elle est jolie, bien coiffée suivant les conseils de la patronne et vêtue comme il faut. La robe a été retaillée, mais la couture part en zigzag. Evidemment, elle porte des chaussures.

Le lieu : inconnu. D’autres maisons sont bâties avec les mêmes pierres dans le village de Cladech qui domine le château des Milandes et je me souviens que, par tradition, mes parents allaient " chercher " leur bonne à Cladech. Il aurait été très simple de faire parler mon père, il ne demandait pas mieux, mais quand on exerce une profession prenante, on n’a pas le temps et puis, ces histoires d’autrefois, on les écoute d’une oreille distraite. Plus tard viennent les regrets.

Personne en 1910, et bien plus tard, ne pensait qu’une bonne était une esclave, n’ayant que le dimanche pour se reposer. Mais quand elle " sortait " d’une maison sérieuse, elle avait appris son métier de femme et avait gagné en dignité. D’avoir vécu avec des bourgeois lui donnait un vernis. Cette photo en est un exemple. Si cette bonne était restée à la ferme, elle aurait subi un esclavage bien plus pénible, aurait été coiffée comme sa mère, et n’aurait pas eu de chaussures.

*****

Découvrir Le Périgord d’Antoine Carcenac  : (photographies 1899 - 1920).

Pour lire l’interview de Michel Carcenac

Messages

  • Ma mère adoptive, née en 1873, a eu la même vie de bonne, placée à 12 ans, elle servait des enfants de son âge.
    Née dans la Drôme, placée à Valbonne, dans la région marseillaise, comment a-t-elle connu Joseph Carcenac, son mari, dont elle a eu une fille née en 1896, comment sont_ils partis en Algérie, sur une "concession", d’où venait Joseph, c’est ce que je cherche à savoir.
    ., Quand on est jeune on ne pense pas à poser de questions, sur la vie des grandes personnes, d’autant plus que j’avais moins de 20 ans quand ma mère adoptive est décédée ?

  • Quelques éléments m’intriguent. La bonne est au centre de la photo, et elle est bien habillée : cette bonne ne fait pas tellement bonne, par ailleurs le statut du garçon bien chaussé n’est pas très clair. Cela me fait penser à une photo de famille datant des années 1920 sur laquelle figurait une bonne, toujours présentée comme bonne jusqu’au jour où j’ai découvert qu’elle était en fait une cousine orpheline proche...
    La photo d’Elina n’a peut-ête pas livré tous ses secrets.

  • Très bel article sur la vie du passé qui, contrairement à ce que nos enfants et petit-enfants peuvent croire quand nous leur racontons notre enfance, ces phases de la vie quotidienne ont à peine un siècle. Bravo pour votre article et continuer à faire revivre la mémoire de nos anciens.
    Je suis issu d’Alsaciens-Lorrains.
    Marcel

  • Cette histoire illustrée me fait penser à ma grand’mère. Partie du Jura pour être femme de chambre,bonne ou employée de maison à Paris 8°. ce que j’ai découvert sur mon arbre.Mais pas de document aussi vrai et prenant que celui d’Elina....et pas un membre de la famille encore en vie.Les anciens parlaient peu et nous nous n’osions pas poser de questions.Dommage.
    Trouvez encore des images du passé pour les générations futures est un souhait de la généalogie pour savoir d’où l’on vient , de toutes les inventions réalisées et à venir.
    Bravo.

  • J’ai pris une réel plaisir à lire le commentaire de la photo et à regarder chacun des personnages.Que la petite bonne est jolie !

  • Tres interessant et emouvant de se transporter à cette époque pas si lointaine, malgré tout...
    Cette photo est une fenetre sur le passé et elle apporte un témoignage enrichissant quant aux commentaires et explications qu’elle a suscités

  • Oui !! bien sûr les bonnes n’étaient pas des esclaves, mais combien ont été "engrossées" sous la contrainte par leur maitre ?

    Combien d’enfants "illégitimes" sont nés de ce droit de cuissage caché ?... même si tous les maitres n’étaient pas des s....s.

    Paul

  • Moi aussi cette bonne m’intrigue : comment peux t’elle avoir la taille aussi fine ? des années de corset pour en arriver là mais alors chez ses parents ?

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