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Etienne Brut, prêtre soumis aux lois ou réfractaire ?


vendredi 1er novembre 2002, par Michel Guironnet

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Soumis aux lois purement civiles...

1795 marque un temps d’accalmie et d’apaisement dans les luttes contre le clergé.

Le 21 février, un décret tolère tous les cultes, sans qu’un seul soit subventionné par le gouvernement.

Ce décret du 3 ventôse an III décide de la liberté de l’exercice du culte à condition... que les cérémonies se tiennent dans des lieux privés. Fin mai 1795 les églises non-aliénées sont rendues aux prêtres en échange du serment de soumission aux lois :

" Je reconnais que l’universalité des citoyens français est le souverain (ordre) et je promets soumission et obéissance aux lois de la République « 

Nul ne peut remplir de ministère sans cet acte de soumission fait devant la municipalité.
 
Ces serments sont prêtés sans difficultés par les prêtres constitutionnels, mais aussi certains réfractaires le prêtent puisque c’est le prix à payer pour rétablir le culte de la religion.

Cette situation se retrouve à Condrieu. Le vicaire BRUT déjà rencontré se présente devant les municipaux.

Dans sa déclaration, il dit clairement sa position spirituelle :

 » Ce jourd’huy vingt neuvième thermidor, troisième année républicaine (16 août 1795) dans la séance du conseil municipal de la commune de Condrieu assemblé, est comparu le citoyen Etienne BRUT, originaire de cette commune, lequel nous a exhibé un acte de soumission a luy délivrée par la commune de la Chapelle, district de Saint Etienne, département de la Loire, conçue en ces termes : ...ce vingt sept thermidor an trois (14 août) est comparu le citoyen Etienne BRUT qui a fait la déclaration dans la forme qui suit :"

" Je soussigné, prêtre insermanté considérant que je suis autorisé à insérer dans la déclaration de soumission aux lois civiles requises par la loy du 11 prairial (30 mai), toutes les restrictions relatives à nos principes religieux, et que cet acte de soumission ne concerne que les objets civils ; qu’il n’en pourra résulter aucune nécessité de communiquer spirituellement ni d’avoir des temples communs soit avec les prêtres qui ont adopter la cy devant constitution civile du clergé, soit avec des ministres d’aucun autre culte ;

(considérant) enfin toute la latitude que peuvent désirer des consciences allarmées n’est point interdite par la loy, est garentie par la Déclaration des Droits de l’Homme, et promise par la proclamation du 14. messidor (2 juillet) faite par le représentant GRENOT en mission dans le département de l’Isle et Vilaine, pour éloigner tout soupçon qu’on pourrait former contre les prêtres catholiques romains, pour montrer que notre Sainte Religion ne désire que de pouvoir concilier ses principes religieux avec ce que la loy demande « .

Après toutes ces considérations Etienne BRUT déclare ;  » de façon ferme et sans ambiguïté ; sa soumission aux lois : sous la réserve expresse de tout ce qui concerne la foy, la morale, la discipline et la hiérarchie de l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine, je vis soumis aux loix purement civiles de la République. Je feray imprimer, afficher ou distribuer des copies manuscrites de la présente dont je requiers acte. Ce vingt sept thermidor l’an trois. Fait à la Chapelle dans la maison commune... « 

C’est cette déclaration faite à La Chapelle deux jours auparavant dont BRUT demande l’enregistrement aux officiers municipaux de Condrieu. Sa requête est acceptée et copie en sera adressée à l’administration du district de la Campagne de Lyon, pour être rendue publique (3L 178, Archives du Rhône).

Mais cette soumission ne sera, pour Etienne BRUT, que de courte durée... Il reste un réfractaire, avec le soutien d’une part importante de la population des villages voisins. Le Directoire installé en octobre 1795 relance sa politique antireligieuse. Etienne BRUT s’affronte à nouveau au pouvoir en place comme tous ses confrères insermentés. Le clergé réfractaire demeure la cible privilégiée des Républicains.


Toujours insermenté et clandestin

 » Ce jourd’huy dix sept frimaire l’an quatre de la république française (8 décembre 1795) nous soussignés gendarmes composant la Brigade de Condrieu, nous nous sommes transportés à quatre heures du matin à la croisée du chemin de la Bonnete et à la croisée du chemin de la Côte, patrouillant en vertu d’un mandat d’arrêt du seize du courant, donné par le citoyen Honoré VINCENT, faisant fonction de commissaire du Directoire exécutif près le canton de Condrieu, pour mettre en arestation le nommé Etienne BRUT, ci devant vicaire de la commune de Condrieu, prêtre insermenté, conformément aux lois de 1792 et 1793 « .

 » Informé par la voye public que le nommé Etienne BRUT, prêtre réfractaire à la Loi se trouve dans cette commune, qu’il y exerce clandestinement les fonctions du culte dans des maisons particulières, qu’il fanatise les esprits, qu’il répand les bruits les plus défavorables sur l’existance actuelle du gouvernement comme le porte son mandat d’arrêt ;

ladite brigade de Condrieu étant en vedette dans les lieux ci devant désignés ; ont vu plusieurs hommes et femmes qui montaient, les ont suivis de loing à l’effet de découvrir où disait la messe ledit BRUT.
Ayant découvert l’endroit, la brigade si est transporté, qui est à la grange des Epards, commune de Condrieu, tenue de forme par Fois (François) GENILLON, où il y avait pour le moins deux cent personnes ; tant hommes que femmes. (Lesquels) ont fait sortir ledit BRUT lorsqu’ils ont aperçu la gendarmerie qui s’est portée à l’instant a arrêter ledit BRUT.

Mais la foulle du monde qui assistaient à la messe de BRUT ont investi la brigade, et malgré cela, la brigade a continué de courrir aprèt BRUT qui est tombé devant eux. Mais le nombre des habitants auxquels la brigade n’a pû résister ont emporté leur prêtre, ont dézarmés d’un pistoile le gendarme CHASSEY.

Les habitants étant armés de batons et de pierres, ainsy que les femmes, la brigade a été obligée de ce retirer, et a envoyer de suite un gendarme à la commune de Condrieu pour requérir la garde nationale. Laquelle garde s’y est transporté, plusieurs citoyens qui ont rencontré des dézerteurs volontaires (des militaires ayant abandonné leur armée) qui cherchaient la gendarmerie pour leur faire fasse, étant armés. Jean Jacques MOULINS, cordonnier de Condrieu qui sert depuis longtemps la messe du réfractaire c’est aussy armés contre la gendarmerie (et) les citoyens de la garde nationale qui ce sont transportés (sur les lieux)... « 

Grâce à ce document signé PERRUSSEL lieutenant (de gendarmerie) tiré des archives de Condrieu nous pouvons prendre conscience de l’âpreté de la lutte contre les insermentés.

Dans une circulaire du 3 décembre 1795, le Directoire du département du Rhône écrit, en parlant des prêtres insoumis, aux administrations locales :

 » Par une surveillance active, continuelle, infatigable, rompez leurs mesures, entravez leurs mouvements, désolez leur patience, enveloppez-les de votre surveillance ; qu’elle les inquiète le jour, qu’elle les trouble la nuit ; ne leur donnez pas un moment de relâche ; que sans vous voir, ils vous sentent partout à chaque instant... « (cité par Jacqueline RAMBAUD in » La question religieuse dans le diocèse de Lyon sous la Révolution").

D’ailleurs même le culte catholique (autorisé conformément à la loi du 7 vendémiaire) doit rester strictement privé, sans aucun signe extérieur ; le son des cloches demeure interdit. Mais l’Eglise Romaine a le vent en poupe. Comme le note Charles CHAUVIN l’espoir a changé de camp, le dynamisme caractérise davantage les réfractaires qui sortent de la clandestinité ou rentrent de l’exil. Il y a davantage de prêtres jureurs qui se rétractent que de réfractaires qui seraient tentés de rejoindre les rangs de plus en plus clairsemés du clergé constitutionnel.

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