Dans la vieille ville, je déniche la rue en question : " Rue Henri GUIRONNET 1921-1943 ", rue débouchant sur la place de la Liberté et la statue de Marc SEGUIN.
En remontant la rue vers les vieux quartiers, au N° 7, une plaque apposée sur une maison me fournit de plus amples explications :

- Mort pour la France
- Henri GUIRONNET
Réfractaire
Première victime Annonéenne
Tombé héroïquement à l’âge de 22 ans.
Le 30 novembre 1943 A Nyons - Drôme "
( Cette plaque a du être placée là après la Libération d’Annonay, sur la maison des parents d’Henri GUIRONNET ; cette rue s’appelait " rue de la Liberté " avant de devenir " rue Henri GUIRONNET " ).
Cet Henri GUIRONNET est certainement, vu son âge, un réfractaire au S.T.O, Service du Travail Obligatoire, réquisition de la main d’œuvre française au profit de l’industrie de guerre allemande.
Quelques explications sur le STO ( Sur ces " Années noires " on se reportera au volume 6 de l’ouvrage d’Henri AMOUROUX " la grande histoire des français sous l’occupation " : " l’impitoyable guerre civile- décembre 1942 - décembre 1943 " particulièrement la première partie : " le choc du S.T.0 " ) :
L’Allemagne en guerre est en difficulté, notamment sur le front russe. Pour le travail dans ses usines d’armement, elle mobilise les hommes de 16 à 65 ans indisponibles pour le front et les femmes de 17 à 45 ans.
Pierre LAVAL, Chef du Gouvernement de Vichy, sous la pression de Fritz Sauckel nommé par HITLER en mars 1942 " plénipotentiaire au recrutement et à l’emploi de la main d’œuvre " en France, s’engage à envoyer plusieurs milliers de travailleurs français en Allemagne.
Le 22 août 1942, une ordonnance précise les conditions d’emploi des travailleurs dans les pays occupés. Pour la France, c’est la loi du 4 septembre qui s’applique :
" Toute personne du sexe masculin de plus de 18 ans et de moins de 50 et toute personne du sexe féminin de plus de 21 ans et de moins de 35 peuvent être assujetties à effectuer tous travaux que le gouvernement jugera utile dans l’intérêt de la Nation. "
Peines de prison et amendes visent ceux qui enfreignent ces dispositions.
Ces dispositions, malgré l’appui de l’administration française, ne donnent pourtant pas les résultats escomptés. A la réquisition, on ajoute les rafles aveugles à la sortie des usines, des cinémas, dans la rue. Ce n’est plus seulement une recherche de spécialistes mais une chasse à l’homme.
Le gouvernement de Vichy fait aussi, bien sûr, rechercher les réfractaires.
Une circulaire du 2 février 1943 exige des préfets un recensement général des Français nés entre le 1er janvier 1912 et le 31 décembre 1921.
Le 15 février, " en application de la loin du 4 septembre 1942 (le Conseil des Ministres décide) de créer un Service du Travail Obligatoire...ce texte législatif rend le Service du Travail Obligatoire aux champs, à l’usine, à l’atelier pour tous les jeunes gens nés entre le 1er janvier 1920 et le 31 décembre 1922 ".
Henri GUIRONNET (né le 22 décembre 1921) est concerné mais il refuse de servir l’Occupant !
Cette loi, publiée le 16 février, précise à l’encontre de ceux qui l’enfreindraient des peines de prison de trois mois à cinq ans et des amendes de 200 à 100.000 F.
Ces peines sont applicables également aux personnes ayant contribué à faire échec à la réquisition.
Malgré ces risques, Henri GUIRONNET, choisissant de devenir " réfractaire S.T.O ", " prend le maquis " et part rejoindre début 1943 la Résistance en train de s’organiser dans la région.
La loi du 11 juin 1943 sanctionne les obligations relatives au Service du Travail Obligatoire :
" Art. 2 - Sans préjudice de l’internement administratif, le préfet peut prononcer une amende administratif de 10.000 à 100.000 francs contre quiconque, y compris les membres de la famille de l’intéressé, aura sciemment hébergé, aidé ou assisté, par moyen que ce soit, une personne qui s’est soustraite aux obligations résultant des lois des 4 septembre 1942 et 16 février 1943 relatives au service du travail obligatoire. Sera passible des mêmes sanctions celui qui aura provoqué, par quelque moyen que ce soit, toute personne soumise aux lois susvisées à se soustraire à ses obligations..."
Henri GUIRONNET meurt " héroïquement " à Nyons en novembre 1943.
J’écris donc le 18 juin 1980 (hasard de la date ?), à Monsieur le maire de Nyons, lui demandant s’il connaissait les circonstances de la mort de ce Résistant. Sa réponse ne tarde pas :
" Monsieur GUIRONNET faisait partie du Maquis, il a été fusillé par le Groupe Mobile de Défense le 30/11/1943. Pour de plus amples renseignements, vous pouvez vous adresser à Monsieur Albin VILHET, à Nyons 26110 ". Il joignait à sa réponse la photocopie certifiée conforme de l’acte de décès d’Henri GUIRONNET.
Voilà qui confirme bien les premiers éléments ; et puisque ce Monsieur VILHET en détient d’autres ; sans hésiter je m’adresse à lui.
Expliquant mes précédentes démarches, je lui indique que d’après son acte de décès Henri GUIRONNET est né le 22 décembre 1921 à Annonay, de Jean Marie GUIRONNET et Marie Joséphine JUNIQUE, est ouvrier agricole. Il décède le 30 novembre 1943 à 16h30, au quartier des Antiguans à Nyons... Peut il m’en dire plus sur cet Henri GUIRONNET, ce Groupe Mobile de Défense, les circonstances de sa mort : représailles, condamnation ?
Huit jours plus tard, sa réponse m’arrive, pleine de détails sur ce GUIRONNET, héros local de la Résistance. Plus qu’une longue explication, voici le texte de la lettre d’Albin VILHET :
" Du 7 juillet 1980... GUIRONNET était au Maquis de la Lance à La Roche Saint Secret. Il fut désigné par ses chefs pour abattre un milicien de Nyons nommé BROUDAR. Le même jour il y avait un enterrement d’un gendarme tué par les Allemands. BROUDAR se faufila dans le cortège, GUIRONNET se rapprocha de lui et lui tira une balle dans la tête.
Profitant du désarroi, il pu s’enfuir mais se trompa de rue pour aller rejoindre une voiture qui l’attendait. Il prit une impasse et franchit une clôture où il se foula le pied.
Ne pouvant plus courir, il plongea dans la rivière l’Eigue et se blottit derrière une touffe d’osier.
Il se trouvait à Nyons un groupe genre Gardes Mobiles appelés G.M.R, Groupe Mobile de Réserve, envoyé par Vichy à l’occasion des funérailles du gendarme.
Un de ces G.M.R vit GUIRONNET caché dans l’eau, il lui envoya une balle le tuant net.
Ses funérailles eurent lieu à Nyons mais j’ignore s’il a été transporté dans son pays par la suite.
Je puis également vous dire que GUIRONNET était fiancé à une jeune fille, Simone POINAS, qui attendait un enfant de lui. Simone aurait voulu que son fils porte le nom de son père ; mais le père GUIRONNET s’y opposa, je ne sais pour quels motifs. J’ignore également ce que sont devenu Simone et son fils.
Je vous joins une photo qui me reste d’un million que nous avions fait tirer.
Je reste à votre disposition pour tout ce que vous voudrez savoir. A. VILHET ".
La photo représente Henri GUIRONNET ; le profil tourné vers la droite ; avec cette légende :

" GUIRONNET Henri - Réfractaire tombé à Nyons, sous les balles de la police de Vichy, le 30 novembre 1943, à l’âge de 22 ans ".
Joseph LA PICIRELLA, ancien Maquisard, dans ses " Témoignages sur le Vercors - Drôme et Ardèche " publiés fin 1980, explique :
" Le 27 novembre (1943)... A Nyons (Drôme), une vingtaine d’allemands venant d’Orange se rendirent rue Victor Hugo, chez M. Félix Maurent, distillateur et lui passèrent les menottes. Mais quelques instants plus tard, profitant de l’inattention des soldats occupés à piller son logement, il réussit à s’évader et à se réfugier chez une personne amie.
Le lendemain vers 9 heures, pendant que deux gendarmes français venus pour " constater la disparition de M. Maurent ", interrogeaient Mme Maurent, la fille de cette dernière entendant une voiture s’arrêter devant la maison se précipita à la fenêtre et s’écria : " Mon Dieu, maman, les allemands reviennent ". Les gendarmes se regardèrent puis, en courant, s’enfuirent par le jardin mais aperçus par les allemands cernant la propriété, l’un d’eux, Charles Guy, 37 ans, fut tué et le second, Boes, blessé. Mme Maurent arrêtée fut déportée à Ravensbrück d’où elle revint éprouvée en 1945...
Le 30 novembre, à Nyons (Drôme), le jeune Henri Guironnet, 22 ans, du maquis de la Lance, abattit d’un coup de revolver, Philippe B... un retraité membre de la milice. Pendant que ce dernier atteint à la tête expirait, les G.M.R. se lancèrent à la poursuite du maquisard et tirant sur lui à la carabine, réussirent à l’atteindre mortellement près du vieux pont du 14e siècle dit " Romain " enjambant d’une seule arche de 43 mètres la rivière l’Aygues ".
Albin VILHET fut lui aussi un grand Résistant de la région drômoise. Décédé depuis, une rue de Nyons porte son nom.
Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O
Messages
1. > Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 13 octobre 2005, 10:13, par Yves MATHIEU
Travaillant sur les Groupes mobiles de réserve, et ayant découvert votre article, il m’intéresserait de savoir si vous avez connaissance du nom du Groupe auquel appartenaient les fonctionnaires qui ont abattu Henri GUIRONNET ; De même, si vous possédez des éléments circonstanciés sur cette affaire, je vous saurais gré de bien vouloir me les communiquer, ou de m’indiquer des références de bibliographie.
Merci de votre sollicitude.Yves MATHIEU
Voir en ligne : Portrait des Ancêtres : Henri Guironnet, un ardéchois réfractaire au S. T. O.
1. > Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 13 octobre 2005, 11:13
Bonjour,
Je suis désolé mais toutes les informations disponibles sur ces GMR sont dans l’article.
Peut être auriez vous d’autres élèments dans la presse de l’époque ?
Si vous trouvez quelque chose d’intéressant, merci de penser à moi.
Cordialement.
Michel Guironnet
2. > Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 1er novembre 2005, 16:34
Viens de parraitre ; les insoumis du STO aux éditions Humussaire
une seance de dédicasses est prévue le 5 novembre le matin a la librairie CHAIX 07200 AUBENAS
Voir en ligne : http://www.humussaire.com/
3. > Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 31 mai 2006, 09:29, par remi Fourche. Musée départemental de la Résistance Henri Queuille. 19 160 Neuvic
Bonjour,
Nous serions intéressés par l’ouvrage sur les insoumis du STO. Pourriez-vous nous donner la référence exacte ainsi que l’adresse de l’éditeur et le prix de l’ouvrage. Vous pouvez utiliser le mail suivant : contact chez musee-henriqueuille.com
Merci d’avance
Bien cordialement
Rémi Fourche
4. > Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 31 mai 2006, 21:30
Bonsoir,
Je pense qu’il s’agit du livre :
"Les insoumis du STO
épopée de la Seconde Guerre mondiale"
par Bernard Duneau
Editions HUMUSSAIRE et des vérités
539 pages
24.50 EUR
Cordialement.
Michel Guironnet
5. > Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 16 décembre 2009, 17:03, par Yves MATHIEU
Cher monsieur Michel Guironnet, je n’ai pas retrouvé d’éléments sur les circonstances précises dans lesquelles Henri Guironnet a été abattu par les GMR. Par contre je vous informe que je viens d’auto-publier un ouvrage de 414 pages intitulé : "Policiers perdus, les GMR dans la Seconde Guerre mondiale". Dans cet ouvrage sont évoquées les circontances de la création des GMR, leur organisation, leur implication dans la lutte c/les "STO", les Juifs, et les Maquis.Enfin, il est traité des suites judiciaires et administratives auxquelles les GMR ont été soumis à la Libération.
Le livre est disponible à l’adresse suivante : : Yves Mathieu, 4, allée du Niger, résidence Donatello Bât. D 31000 TOULOUSE au prix de 18,50 euros + 3,50 euros de participation aux frais d’expédition soit 22 euros. Yves Mathieu
6. > Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 10 décembre 2010, 10:29, par YVES CHAREYRON
JE SUIS UN PETIT COUSIN DE MONSIEUR HENRI GUIRONNET..chareyronyves chez orange.fr
2. > Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 15 mai 2007, 12:00, par pupille de la nation père mort au sto en allemagne
il n’a pas été possible a tous les soumis au sto en 43, de regagner les maquis : beaucoup ont du aller en allemagne où ils sont morts dans l’indifférence générale. CE SONT POURTANT d’authentiques déportés dont il serait bon de se souvenir et d’honorer la mémoire
1. > Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 15 mai 2007, 18:30
Bonsoir,
Je suis entièrement d’accord avec vous.
Cordialement.
Michel Guironnet
2. > Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 28 janvier 2013, 18:52, par mazet
entièrement d’accord avec ce message : étant également pupille de la nation du fait d’un père mort mort au sto (loi de février 43) je souhaiterais entrer en contact avec cette personne, car cela fait des années que je recherche des pupilles dans mon cas ; merci de vous faire connaitre par mail
3. > Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 28 janvier 2013, 18:56, par mazet
très intéressée par ce message : je recherche un pupille sto comme moi ; merci de m’adresser un mail
3. Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 15 janvier 2011, 12:49, par Yves Claudé
Photo d’Henri Guironnet - Héros de la France
Yves Claudé
4. Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 15 mai 2013, 00:58, par Henri POINAS
Bonsoir,
Simone POINAS a fêté son 92e anniversaire en février à Tournon Ardèche.
Son fils aîné :
Henri POINAS
1. Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 15 mai 2013, 12:00
Bonjour,
Merci de cette bonne nouvelle.
Faites une grosse bise à votre maman !
Cordialement.
Michel Guironnet
5. Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 27 décembre 2016, 17:48, par CHAREYRON YVES
ME CONTACTER..TOUTE GRATITUDE RENSEIGNEMENTS SUR HENRI GUIRONNET
6. Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 27 novembre 2017, 20:00, par guironnet
bonjour je suis une épouse guironnet mais mon ex mari et guironnet de naissance et originaire de anonay j’ai des enfants de lui qui sont trés interessé par l’heure histoire de famille merci d’avance pour tout renseignement complémentaires
1. Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 12 février 2018, 11:15, par CHAREYRON YVES
ME CONTACTER MERCI YVES CHAREYRON 07100 ANNONAY
2. Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 3 juin 2019, 17:03, par CHAREYRON
DECOUVERT VOTRE MESSAGE A L INSTANT ME CONTACTER yveschareyron84gmail.com MERCI
7. Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 28 novembre 2017, 15:31, par André Vessot
Bonjour Michel,
J’ai toujours plaisir à lire vos articles. Les boutades lancées lors d’une réunion de famille ont du bon, dans ce cas elles ont aiguisé votre curiosité généalogique et vous ont permis de nous conter une page sombre de notre histoire. Mon beau-père, décédé en 1999, était aussi réfractaire au STO ; il avait été obligé de se cacher et d’avoir une deuxième carte d’identité sous un faux nom.
Ceci dit je ne sais pas s’il y a une relation de parenté entre vous et Henri Guironnet, mais je trouve qu’il y a une ressemblance.
Bien amicalement.
André
1. Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 28 novembre 2017, 17:16, par Michel Guironnet
Bonsoir André,
Merci pour votre sympathique appréciation.
Je n’ai pas creusé la généalogie d’Henri Guironnet mais, à priori, il n’a pas de lien de parenté avec la mienne.
La ressemblance doit tenir à notre souche ardéchoise !
Encore bravo pour votre conférence sur Jeanne Bardey et merci pour le beau livre que vous avez écrit sur elle : il a rejoint les biographies lyonnaises de ma bibliothèque régionale.
Amicalement.
Michel
8. Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 3 octobre 2018, 11:44, par Victoire Poinas
Bonjour,
je ne sais pas si quelqu’un verra mon message mais je suis ravie d’avoir pu lire l’histoire d’Henri.
J’aurai été fière de pouvoir porter son nom de famille.
Victoire Poinas, l’arriere petite fille d’Henri Guironnet
1. Henri Guironnet, un Ardéchois réfractaire au S.T.O, 3 octobre 2018, 11:49, par Michel Guironnet
Bonjour,
Votre message est "en ligne"
Et vous avez bien raison d’être fière d’Henri Guironnet.
Cordialement.
Michel Guironnet