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L’instituteur au temps d’Aubin Denizet, « paysan sans histoire » du XIXe siècle


jeudi 20 décembre 2018, par Alain Denizet

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Avant d’écrire ce livre – dont la réédition est présentée par la Revue Française de Généalogie d’octobre-novembre 20181 - j’ai d’abord reconstitué la généalogie d’Aubin, listé ses relations familiales et de voisinage. La connaissance de ses familiers était la garantie de sélectionner par la suite, les évènements et les affaires qu’il avait eu le plus de chance de connaître à leur contact. Les articles précédents évoquaient les disputes de voisinage, les violences conjugales et l’enfance d’Aubin marquée par les guerres napoléoniennes. Après les maîtresses de ferme, les domestiques et les journaliers, nous abordons dans une série de portraits, les notables du village. Nous avons, la semaine précédente, décrit le rôle du curé. Evoquons aujourd’hui celui de l’instituteur.

L’Eure-et-Loir est au-dessus de la moyenne nationale pour l’encadrement scolaire. En 1842, 345 communes sur 388 sont déjà pourvues d’école.

L’instituteur est tenu de respecter le programme défini par la loi Guizot en 1833 : instruction morale et religieuse, lecture, écriture, calcul, élément de grammaire, de géométrie et d’arpentage, poids en mesures métriques. Les enfants vivent en classe la première coupure avec le milieu familial et y découvrent un enseignement livresque et la discipline du temps. Mais la fréquentation de l’école fluctue selon les saisons : c’est le plein l’hiver et l’étiage l’été – travail agricole oblige. En outre une minorité d’enfants n’est pas scolarisée par manque d’intérêt ou de moyens des parents. En effet, l’école est payante.

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L’encre et le martinet, Messager de la Beauce et du Perche, 1876.

Aubin, qui est conseiller municipal, rencontre l’instituteur – qui fait office de secrétaire de mairie – lors des réunions du conseil, délibère de sa rémunération et par le biais des enquêtes scolaires est informé des enjeux de l’enseignement. Surtout, il contribue à son recrutement du moins jusqu’en 1833. Ses enfants ont tous fréquenté l’école si on considère la qualité de leur signature et la présence avérée d’une école dès la fin du 18e siècle.

Dans le premier tiers du XIXe siècle, l’instituteur n’est pas toujours à la hauteur de sa mission. Le Messager de la Beauce et du Perche croque ainsi le portrait de Girard, ancien berger devenu maître d’école dans une commune du canton de Voves, débordé par ses élèves. A Viabon, en 1844, l’inspecteur reçoit les doléances des habitants « affligés de voir leurs enfants croupir dans l’ignorance » dans une classe « sans propreté, ni tenue2 ». Le recrutement s’améliore après 1833 puisque les instituteurs, auparavant choisis par le conseil municipal, sont désormais recrutés par les autorités du département. Surtout, ils sont formés par l’école Normale de Chartres.

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Maître Girard et un cancre, Messager de la Beauce et du Perche, 1876.

Sont-ils bien payés ? En 1841, le maitre de Germignonville a un revenu annuel de 650 francs constitués de 200 francs d’indemnité payés par la commune et de 450 francs d’écolage versés par les parents d’élève. Ce revenu est augmenté d’environ 250 francs qui résultent de ses multiples activités annexes : secrétaire de mairie, chantre, arpenteur, tambour, représentant de la société d’assurance et écrivain public…. Avec 900 francs, il a infiniment plus que la majorité des habitants, mais moins qu’Aubin, paysan aisé.

Cette rétribution est souvent perçue comme insuffisante. Cette frustration tourne à l’aigreur quand, à Germignonville en 1841, le conseil municipal lui refuse une augmentation. Mais leur revenu – qui, d’ailleurs, augmente régulièrement - ne fait pas tout.

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Une classe dans les années 1840 en Beauce, Messager de la Beauce et du Perche, dessin de Hoyau, 1876

Leur fonction de secrétaire de mairie leur assure des informations qui en font des hommes de pouvoir ; leur langage, leur mise, leur familiarité avec le monde urbain et leur instruction les distinguent des communs dont ils doivent s’extraire puisque leur conduite – qui préfigure la morale républicaine – doit être sans tache.
Contrairement à Germignonville, les villages proches sont troublés par de graves dissensions. Ainsi, à Ymonville, Les conseillers se plaignent du gaspillage de chauffage car l’instituteur ouvre les fenêtres pour aérer, mais le plus insupportable est « son esprit d’indépendance ». Puis, il est accusé de « paroles indécentes » et de « gestes obscènes » sur plusieurs jeunes filles. Il échappe à la prison, mais un jugement l’interdit à tout jamais de l’exercice de sa profession.

Ces faits divers – peu nombreux – ne doivent pas faire oublier que l’instituteur a désormais les atouts de la distinction qui en font un notable de village. Avant de devenir trois décennies plus tard l’influent hussard noir de la République.

Enfin réédité !

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  • Il est intéressant de lire le livre écrit par Guy Georgiy , ambassadeur de France ’là folle avoine’, dans lequel il décrit son enfance de petit paysan né de père inconnu, eleve vers 1912 par sa grand-mère en Dordogne, ne parlant jusqu’à 6 ans que l’occitan. Poussé par l’instituteur il passera le certificat d’étude, le brevet, le bac, sera reçu au concours de l’école de la France d’outremer et finira sa brillante carrière avec le titre d’ambassadeur de France.

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