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Les biens du clergé à la disposition de la nation


mardi 1er janvier 2002, par Michel Guironnet

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En octobre 1789, pour faire face à la détresse financière du pays, Talleyrand propose de mettre les biens du clergé à la disposition de la Nation.

Nationalisation des biens du clergé

Albert Soboul, grand historien de la Révolution française, dit que la détresse financière (du pays) n’avait fait qu’empirer depuis la convocation des Etats généraux... Les paysans, maintenant armés, se refusaient à acquitter les impôts... En l’absence de toute autorité, il était fort difficile de les y contraindre... Aussi Necker (Ministre des Finances de Louis XVI) dut-il recourir à des expédients pour faire face aux exigences du Trésor.

L’Assemblée décrète le 9 août 1789 un emprunt de 30 millions, puis un autre de 80 millions. Aucun ne fut couvert. Le roi donna sa vaisselle à la Monnaie. Les particuliers, libres ou plus ou moins contraints, l’imitent.

Un arrêté du 29 septembre ordonne de disposer de l’argenterie des églises et de leurs trésors, dans la mesure où ceux-ci ne gênaient pas la décence du culte.

Le 10 octobre 1789, Talleyrand propose de mettre les biens du clergé à la disposition de la Nation :

" Le clergé n’est pas propriétaire à l’instar des autres propriétaires. La nation jouissant d’un droit très étendu sur tout les corps, en exerce de réels sur le clergé... Quelque sainte que puisse être la nature d’un bien possédé sous la loi, la loi ne peut maintenir que ce qui a été accordé par les fondateurs. Nous savons tous que la partie de ces biens, nécessaire à la subsistance des bénéficiers, est la seule qui leur appartienne, le reste est la propriété des temples et des pauvres. Si la nation assure cette subsistance, la propriété des bénéficiers n’est pas attaquée. La nation peut donc : Premièrement, s’approprier les biens des communautés religieuses à supprimer, en assurant la subsistance aux individus qui les composent, Secondement, s’emparer des bénéfices sans fonction, Troisièmement, réduire dans une portion quelconque les revenus actuels des titulaires, en se chargeant des obligations dont ces biens ont été frappés dans le principe... «  (Précis historique de la Révolution française).

En clair, dans la pensée de TALLEYRAND, le clergé n’est pas propriétaire mais seulement administrateur de ces biens dont les revenus sont consacrés à des fondations charitables ou d’utilité publique, hôpitaux, écoles, service divin, puisque l’Etat prend dorénavant ces divers services à sa charge, il est légitime que ses biens lui fassent retour.

Malgré un vif débat, le décret du 2 novembre 1789 est voté par 588 voix pour et 346 contre. En contrepartie les titulaires d’une cure reçoivent 1 200 livres par an. Les biens du clergé sont gagés pour permettre l’émission de billets : les assignats. Au fur et à mesure, ces biens seront vendus, peu à peu la dette s’éteindra. Cette mesure va entraîner un vaste transfert de propriété foncière. Nous en reparlerons.


Premières failles entre clergé et Révolution

La suppression des dîmes lors de la nuit du 4 août 1789 a privé de revenus tous les curés à portion congrue, celle-ci étant payée par les riches décimateurs sur le produit des dîmes. Bien plus, les secours apportés aux indigents par les curés de campagne sur leur pécule sont maintenant difficiles à assurer. La réforme du traitement des prêtres vient donc à point nommé en août 1790 lorsque est promulguée la Constitution Civile du clergé. Mais plus d’un an s’est écoulé, et de nombreuses plaintes s’élèvent contre l’assemblée. La nuit du 4 août est la première fêlure a se faire jour au sein du clergé... et entre le clergé et la Révolution.

Plus encore la Déclaration des droits de l’Homme du 26 août 1789 rallie une partie des prêtres contre la Révolution par sa philosophie égalitaire et l’affirmation de la liberté individuelle : » Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Nul de doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses... (article 10) « .

 » La fin du monopole de l’Eglise catholique dans la direction des âmes, conséquence implicite de la liberté de conscience proclamée, devrait être un des éléments du fossé qui se creusa entre l’Eglise et la Révolution " (Michel Vovelle, La chute de la monarchie).

Quelle est durant cette première année de Révolution, l’attitude des curés des villages du Viennois ?

  • A Saint-Clair, Jean-François Albert, nous l’avons vu, s’implique dans la vie municipale.
  • Aux Roches, Augustin Vallory semble favorable à la Révolution lui aussi. Nous y reviendrons.
  • A Condrieu, Pierre Bonnardel, lui hésite peut être encore. Très vite cependant, dès fin 1790, il va marquer son opposition. Nous consacrerons quelques pages à décrire, sinon expliquer, ses prises de position.

C. Langlois et T. Tackett résument bien cette période intermédiaire (d’août 1789 à juillet 1790) : « L’Eglise gallicane a déjà connu des attaques sérieuses. La nuit du 4 août, qui abolit les privilèges, prive le clergé de ses ressources essentielles, dîmes et casuels. Les nouveaux principes de 1789 trouvent rapidement leurs applications religieuses. Au nom de la liberté individuelle inaliénable, comme en écho aux plaintes nombreuses contre l’oisiveté monacale, les veux religieux sont supprimés en octobre. En février 1790 les portes des couvents sont ouvertes mais n’en sortent que des flux inégaux de moines... Au nom de la liberté de conscience, allait-on brutalement mettre en cause le statut du catholicisme ? » (Histoire des catholiques en France).

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