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Lieuran-Cabrières, les lavoirs et les enfants des écoles

Le jeudi 2 avril 2009, par Gérald de Murcia, Thierry Sabot

Nous connaissons déjà la mairie et les ouvriers agricoles de Lieuran-Cabrières, cette petite commune située dans le département de l’Hérault en région Languedoc-Roussillon.

Voici maintenant les lavoirs, les lavandières et les enfants des deux écoles, école publique et école confessionnelle.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les équipements collectifs pour le lavage du linge se multiplient dans les villages. Leur construction et leur aménagement résultent à la fois d’une prise de conscience de l’importance de la salubrité publique et d’une plus large autonomie budgétaire acquise par les communes.

Lieuran était jusqu’à une date récente un village essentiellement viticole. A l’époque des vendanges on venait faire tremper les « comportes » près des lavoirs.

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Cheval se rendant au lavoir

Les chevaux étaient alors nombreux d’où l’arrêté municipal ci-dessous qui nous montre que l’approvisionnement en eau est une préoccupation majeure des élus tant pour les besoins domestiques que pour les besoins agricoles.

Arrêté municipal du 1er Juillet 1879



1er Juillet 1879

Le Maire de la Commune de Lieuran-Cabrières arrête :

  • Art. 1er Pour cause de salubrité publique, il est défendu de laver du linge, jardinage, en un mot n’importe quoi que ce soit dans le bassin de la fontaine qui est destiné à l’abreuvage des chevaux.



  • Art . 2 On ne lavera le jardinage que dans le bassin qui a été construit à cet effet et qui se trouve à l’extrémité des autres avec lesquels il n’a aucune communication.



  • Art . 3 On pourra mettre des pierres sur le linge que l’on fera tremper dans les bassins mais à la condition que ces pierres seront enlevées en même temps que le linge.



  • Art. 4 Toute personne qui ne se conformera pas aux prescriptions ci-dessus énoncées sera passible d’une amende qui pourra être augmentée dans le cas de récidive.



  • Art. 5 Le garde champêtre sera tenu de nettoyer tous les lundi, tous les bassins de la fontaine.



  • Art. 6 L’Adjoint est chargé de faire exécuter le présent arrêté.



Fait à la Mairie de Lieuran-Cabrières, le 1er juillet 1879 (Source Archives municipales de Lieuran-Cabrières).

La fontaine et le lavoir sont des lieux privilégiés de la sociabilité villageoise, surtout féminine. Parfois aussi des lieux de rassemblement pour les besoins d’une séance photographique. Ainsi à Lieuran-Cabrières comme en témoignent les cartes postales ci-dessous :

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La source et les lavoirs publics

Sur cette première carte postale, le lavoir public est peut-être déjà utilisé uniquement pour les besoins domestiques... et parfois aux séances de poses photographiques des deux écoles villageoises... car la séparation des deux écoles existait bien à Lieuran, mais avec une particularité propre à cette commune : l’instituteur devait fournir le local scolaire. C’était un couple qui, dans sa propre maison, assurait l’instruction des enfants.

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Les maîtres et les élèves de l’école confessionnelle

A gauche, les filles avec « Madame » à l’école privée.

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Les élèves de l’école publique

A droite, les garçons à l’école laïque avec « Monsieur » : on appelait ainsi à l’époque l’instituteur. Avez–vous remarqué la « coupe de cheveux » de certains enfants, les poux faisant partie de la panoplie scolaire et le rasage des cheveux était un remède radical.

Sur le second document ci-dessous, le lavoir public est devenu une fontaine qui semble exclusivement réservée aux usages domestiques...

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La fontaine

Il y a maintenant un écoulement des eaux qui est canalisé alors que dans « la source » l’eau s’écoule librement ; quelques pierres plates assurent les pieds au sec.

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Les familles de Lieuran près de la fontaine

Plusieurs familles et plusieurs générations sont représentées sous l’ombrage. A noter que le signe de référence polie devant le photographe a disparu : la casquette demeure sur la tête alors que dans la première carte postale, tous les couvre-chefs sont à la main.

C’est la belle saison, il fait chaud mais l’ombre est généreuse et les visages radieux.

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L’origine murale de la source

On distingue deux hommes, peut-être trois, qui, d’un geste de la main, indiquent l’origine de la source (cf. la vanne contre le mur en pierres jointées) et soulignent ainsi son importance pour le village.

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Les lavandières à la fontaine

A droite, les lavandières prennent la pose avant de reprendre leur labeur... d’échanger des menus services et parfois des paroles amènes ou amères, car le lavoir et la fontaine sont souvent le lieu de naissance et de propagation des rumeurs et des cancans.

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Les lavoirs aujourd’hui
On retrouve le mur de pierre et les bassins modernes qui ont été déplacés de quelques mètres.

Pour approfondir le sujet :

  • Jean-Pierre Goubert, La conquête de l’eau, Paris, Editions Robert Laffont, 1986, réédition dans la Collection Pluriel sous le titre suivant : Une histoire de l’hygiène - Eau et salubrité dans la France contemporaine.

Ouvrir un robinet d’eau : voilà qui, aujourd’hui, fait partie de notre vie de tous les jours ; nous n’y prêtons pas attention. Pourtant, derrière l’automatisme du geste, se cache une longue conquête qui marque le XIXe siècle et le début du XXe siècle. C’est cette conquête, d’abord scientifique et technique, que ce livre pionnier retrace avec pittoresque. Comment l’eau, domestiquée, devenue l’eau courante, chez soi , s’est progressivement installée dans la vie quotidienne, comment elle a modifié les gestes, les usages de la toilette, et donné naissance à la civilisation de l’eau qui est la nôtre. Un ouvrage disponible sur Alapage.com

Note : Dans les premières années du XXe siècle, nombre de municipalités rurales, profitant des subventions de l’Etat, vont remplir d’importants dossiers qui vont leur permettre d’améliorer leur approvisionnement en eau de qualité. Ces dossiers sont généralement consultables aux archives municipales.

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3 Messages

  • Lieuran-Cabrières, les lavoirs et les enfants des écoles 3 juin 2009 17:40, par Alain Levasseur

    Bel article, avec des illustrations superbes, d’une époque qui n’est pourtant pas si lointaine puisque la photographie nous apporte son témoignage, mais dont le mode de vie est cependant déjà si éloigné du notre !

    Merci aux auteurs

    Un lieuranais ravi

    Alain Levasseur

    Répondre à ce message

  • Lieuran-Cabrières, les lavoirs et les enfants des écoles 5 avril 2009 11:16, par Muller Charles

    Je préside la Société d’Histoire et d’Archéologie de Brumath (67170) et Environs.
    Les lavoirs alsaciens présentent un intéressant sujet concernant le patrimoine alsacien. Ils ont malheureusement disparu en grande partie, surtout ceux du 19e siècle. Dans notre petite ville, sur la dizaine existante il ne reste qu’un exemplaire très mal restauré.
    Merci et félicitation pour votre article qui permet aux jeunes générations, d’avoir un aperçu sur ce que fut le lavage du linge autrefois mais également une prise de conscience à tous ceux qui s’occupe d’Histoire de faire revivre ces témoins d’un passé récent.

    Répondre à ce message

  • Lieuran-Cabrières, les lavoirs et les enfants des écoles 4 avril 2009 08:38, par Pasquet micheline Société d’Histoire de Gagny

    Bonjour,

    Je viens de découvrir votre texte sur les lavoirs. Il est très intéressant. Je suis adhérente de la Société d’Histoire de Gagny 93220, et moi aussi je fais paraître des articles dans le journal municipal, et il se trouve qu’il y a quelques mois j’ai parlé de notre ancien lavoir municipal qui a été fermé en 1935, ensuite un lavoir proche mais celui-ci privé a fonctionnné jusqu’à la guerre 39/45.
    C’est un domaine qui plait beaucoup car il est méconnu à notre époque des machines à laver.

    Micheline Pasquet

    Répondre à ce message

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