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Marcel Paul MARET : Une vie marquée par la guerre


vendredi 22 mai 2020, par Nadège Béraud Kauffmann

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Lors de la Grande Guerre la famille du petit Marcel Paul Maret est frappée de plein fouet par la mort du père au combat. Désormais pupille de la Nation, animé d’un idéal pacifiste, il est enrôlé à son tour dans le Second conflit mondial et est fait prisonnier de guerre en mai 1940. Cinq longues années de captivité plus tard il revient vivant du Stalag mais il gardera de lourdes séquelles physiques et morales.

Marcel Paul, orphelin de guerre et pupille de la Nation [1]

Marcel Paul Maret est né le vingt-et-un août 1913 dans un quartier populaire de Lyon, au 25, rue Corne de Cerf – actuelle rue Maurice Flandin dans le 3e arrondissement. Il est le petit dernier d’une fratrie qui compte déjà une fille Jeanne, née en 1901 à Lyon et reconnue comme légitime en 1908 à l’occasion du mariage de leurs parents, et un autre garçon François Henri, qui a vu le jour à l’Hôpital de la Charité de Lyon le 29 mai 1909. Son père Henri, malgré ses trente-huit ans, est mobilisé. Blessé au combat dans la Somme il meurt pour la France fin octobre 1914, laissant sa femme Marie-Léonie Lioneton veuve avec trois orphelins : Jeanne treize ans, François Henri cinq ans et Marcel Paul un an.

La famille, modeste, doit encaisser le coup. La veuve Maret se remarie en 1916. Marcel, de même que son frère aîné, est reconnu pupille de la Nation en 1920 et c’est donc l’État français qui va subvenir à ses frais d’éducation et de formation jusqu’à sa majorité. À cause de la crise des années 1930 la France vient en aide à ses pupilles au-delà de l’âge prévu à l’origine. Bientôt des emplois leur sont réservés au sein d’entreprises nationales, comme par exemple à la Société Nationale des Chemins de Fer Français (S.N.C.F.). Marcel qui était chauffeur d’autos devient mécanicien à la S.N.C.F.

L’engagement communiste au nom d’un idéal

L’idéal pacifiste du « Plus jamais ça ! » grandit dans le cœur de nombreux Français et notamment dans celui des pupilles. Des années de difficultés matérielles et l’impact psychologique de cette véritable boucherie qu’a été la Grande Guerre ont marqué ces jeunes gens au fer rouge. Certains partiront pourtant au front au nom de ce même idéal : dès 1936 ils s’engagent dans les brigades internationales en Espagne afin de lutter contre le fascisme. D’autres choisissent le militantisme et prennent leur carte au Parti communiste, ce que fera Marcel Maret, comme son frère, au début des années 1930.

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Un air de famille
Photos d’identité des deux frères Maret ; à gauche François Henri et à droite Marcel Paul : « Yeux bleus, cheveux foncés, 1,67m » selon la description de son livret militaire.

Classe 1933

Né en 1913 Marcel fait partie de la classe 1933. Il part pour le service militaire en 1934. Le 20 octobre, selon la formule consacrée, il « arrive au corps » et intègre le 1er Régiment d’Artillerie à tracteurs. Il va ainsi manquer le mariage de son frère célébré le 27 avril 1935. Il rentre le 12 octobre 1935 après avoir dûment rempli ses obligations militaires durant une année et obtenu son certificat de bonne conduite. Il reste disponible et peut donc être rappelé sous les drapeaux si besoin. Entre le 5 et le 18 décembre 1937 il effectue une période complémentaire d’exercices militaires au Camp militaire de Mailly, qui s’étend sur les actuels départements de l’Aube et de la Marne dans le Grand Est.

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Cartes postales : des hommes du Camp de Mailly, période d’exercices militaires, 1937
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Cartes postales : des hommes du Camp de Mailly, période d’exercices militaires, 1937
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Cartes postales : des hommes du Camp de Mailly, période d’exercices militaires, 1937

A la veille de la guerre Marcel est encore célibataire. Au moins ne risque-t-il pas de voir l’histoire se répéter et de laisser une veuve et des orphelins derrière lui au cas où les choses tourneraient mal…

Encore la guerre, puis la prison

Marcel est mobilisé le 23 août 1939 deux jours seulement après avoir fêté ses vingt-six ans. Affecté dans un premier temps au 15e Régiment d’Artillerie Divisionnaire (RAD) puis au 201e RAD le 2 septembre, le 2e classe Maret matricule de recrutement 5837 se retrouve quelques mois plus tard au beau milieu de la Bataille de Lille qui fait rage dès le 25 mai 1940. Les troupes françaises résistent héroïquement dans cette poche et permettent le repli de plusieurs divisions mobiles vers Dunkerque. Mais les défenses craquent et la reddition belge face aux Allemands le 28 accélère les choses. Marcel est fait prisonnier à Lille le 29 mai 1940. Ses compagnons d’arme de l’armée française et du Corps Expéditionnaire Britannique tiennent bon jusqu’au surlendemain quand l’armée allemande réussit finalement à encercler la ville. Dans ses mémoires Churchill estime que les défenseurs de Lille ont permis de faire gagner cinq jours à l’Opération Dynamo.

Envoyé dans un camp du Reich Marcel est interné au Stalag X B situé dans le nord-ouest de l’Allemagne, numéro matricule 13593 XB : le 10 février 1941, d’après la liste de prisonniers officielle n°73, il se trouve en effet à Sandbostel en Basse-Saxe. Il sera ensuite envoyé au Stalag X A.

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Photos de Marcel Paul Maret au Stalag X B qui ont été envoyées à sa mère. Celle de gauche est datée du 3 octobre 1942. Âgé d’environ trente ans, son visage paraît vieilli et usé par plus de deux années de captivité. Au verso figure le tampon du Stalag X A.
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Verso d’une des photos qui comporte le nom du prisonnier, son matricule, le Stalag et le numéro de Kommando dont il dépend. La mention « geprüft » signifie en allemand « examiné » ; cela signifie que le document est passé au contrôle de la censure.
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Extrait du livret individuel de Marcel Paul Maret retraçant son parcours militaire

Le Stalag X A dans lequel il est interné dans un second temps se trouve à Schleswig au nord de Hambourg, près de la frontière danoise. Il est affecté au AK 301 - Kommando agricole n°301 : les kommandos sont des groupes de travail gérées par le Stalag mais qui se trouvent à l’extérieur des camps. Les prisonniers sont accompagnés en permanence par des gardes qui vivent auprès d’eux. C’est ainsi que Marcel est affecté aux travaux d’une ferme du secteur. Les conditions de vie sont peut-être meilleures qu’au sein même du camp - où la surpopulation, le typhus, le manque de confort dans les baraquements et le manque de nourriture sévissent - mais restent rudimentaires. Ils sont nombreux ces prisonniers à avoir témoigné dans leurs mémoires des conditions affreuses de leur captivité. A cela s’ajoute la tristesse d’être éloigné de sa famille, peut-être même un sentiment de culpabilité, celui de ne pas s’être suffisamment battu et l’humiliation de la défaite puis de l’internement. Afin de permettre le maintien d’un lien entre les prisonniers de guerre et la France un secrétariat est mis en place dans chaque camp. Marcel ne laissera pas de témoignage écrit mais il se confiera oralement à sa future épouse et son état de santé ne sera jamais excellent par la suite.

Il est finalement rapatrié le 26 mai 1945 par les Anglais soit quasiment cinq ans jour pour jour après sa capture ! Il est officiellement démobilisé le 12 juillet 1945 par le centre de démobilisation de Sathonay (près de Lyon). Il peut enfin rentrer chez lui, 78 rue du Repos à Lyon où il retrouve sa mère, désormais veuve Bannier. Comme pour les autres anciens prisonniers de guerre le retour à la vie civile et la liberté retrouvée sont très compliqués à gérer. Maintenant âgé de trente-et-un-ans il reprend son travail de mécanicien à la S.N.C.F. mais il est très fatigué, le corps et l’âme marqués par des années de sévices et de privations. Des réseaux de soutien se tissent avec la création d’associations ou de groupes d’anciens prisonniers et d’anciens combattants qui aident ces soldats démobilisés à se réadapter à leur vie d’avant.

Marcel se marie le 29 juin 1950 à Lyon avec Marie-Louise Chavot, âgée comme lui de trente-sept ans. Ils n’auront pas d’enfant. Libéré de toute obligation militaire en 1964, il vit désormais avec son épouse au 73, route de Vénissieux dans le 8e arrondissement de Lyon, dans le même immeuble que son frère François, son épouse Berthe et leur fille Monique. Usé par sa longue captivité, de santé fragile, Marcel s’éteint le 30 octobre 1971 à l’âge de seulement cinquante-huit ans. Sa veuve, « Lili », âgée de bientôt 107 ans vit encore aujourd’hui. Son mari adoré continue lui aussi de vivre dans sa mémoire.

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Avis officiel adressé à Marcel Paul Maret l’informant de la libération définitive de ses obligations militaires
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Avis officiel adressé à Marcel Paul Maret l’informant de la libération définitive de ses obligations militaires

Sources :
• Documents familiaux : livret de famille, livret individuel, photographies, titre de libération définitive du service militaire
• Archives départementales du Rhône

Bibliographie :
Louis Althusser, Journal de captivité, Stalag X A 1940-1945.

Notes

[1voir l’article sur François Henri Maret, le frère aîné de Marcel-Paul « François Henri Maret, orphelin de la guerre de 14-18 et pupille de la Nation » publié sur ce même site en 2015.

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9 Messages

  • Marcel Paul MARET : Une vie marquée par la guerre 22 mai 10:00, par martine hautot

    Bonjour,Nadége même parcours pour mon pére pendant la seconde guerre mondiale,sauf qu’étant né en 1916 ,il a enchaîné service militaire,classe 36,mobilisation,pris à Saint Dié le 23 Juin 1940 et prisonnier de guerre ,stalag XIII A et stalag 13 D (Nuremberg) démobilisé le 28 Avril 1945.De retour chez lui ,il se marie avec une toute jeune fille ma mère en 1946.Trés marqué aussi physiquement et moralement :on le disait neurasthénique.
    Merci de ce témoignage :on parle beaucoup de ceux de 14 mais les « vaincus » de 40 ont aussi beaucoup souffert . je vous conseille à ce sujet le très beau livre de jean luc
    Seigle En vieillissant les hommes pleurent.
    Merci pour eux.
    Martine

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    • Marcel Paul MARET : Une vie marquée par la guerre 23 mai 15:23, par Nadège Béraud Kauffmann

      Bonjour Martine,
      en effet les « vaincus » de 40 ont beaucoup souffert d’autant qu’on les a occultés après la guerre. Merci pour votre conseil de lecture !

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    • Marcel Paul MARET : Une vie marquée par la guerre 16 juin 10:23, par colette Boulard

      Même situation pour mon père, parti à la guerre jeune marié et revenu brisé après des années de stalag. Son camp a été libéré par l’armée russe et il faillit être fusillé, pouvant au bout de cinq ans parler autant allemand, même mal, que français. Les libérateurs, dans la débacle du camp ne faisaient pas de détail. De retour en France, où il revint en train mais aussi à pieds, des mois plus tard, très changé tant au physique qu’au moral, il retrouva une famille et une épouse qui elles aussi avaient vécu un parcours difficile, fait d’angoisse, de privations et d’horreurs vues. Les premiers temps, il ne pouvait dormir dans un lit et restait sur le plancher. La nuit, il se réveillait en hurlant, en allemand, au milieu d’un cauchemar.

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  • Marcel Paul MARET : Une vie marquée par la guerre 22 mai 11:03, par Michel Guironnet

    Bonjour Nadège,

    Bel article ! Pour ne pas oublier...

    Comme le père de Martine, le mien a été un « combattant de 40 » et il n’a pas démérité, se battant jusqu’à l’extrême limite à Dunkerque. Fait prisonnier, il passera 5 ans en captivité.

    Voir ma série d’articles :
    https://www.histoire-genealogie.com/Marius-Gaston-Guironnet-combattant-de-40

    Cordialement.
    Michel Guironnet

    Répondre à ce message

    • Marcel Paul MARET : Une vie marquée par la guerre 23 mai 15:35, par Nadège Béraud Kauffmann

      Bonjour Michel,
      merci pour le lien vers votre série d’articles, très intéressante. Le témoignage précieux de votre père que vous replacez dans son contexte permet de mieux se rendre compte du fonctionnement et des conditions de vie dans un Kommando.

      Répondre à ce message

  • bonjour
    Mon père fait prisonnier à Givet dans les Ardennes et ensuite interné au Stalag 2B en Poméranie(Prusse Orientale) Cordialement Gilbert Jégou
    PS il y avait un site internet sur ce camp mais il n estplus actif

    Répondre à ce message

  • Marcel Paul MARET : Une vie marquée par la guerre 23 mai 10:03, par MONIQUE BONDIL

    Bonjour,
    Mon grand-père, Marcel Bondil, a été fait prisonnier lors de la bataille de Villy dans les Ardennes en mai 1940. Il a passé cinq années en captivité en Allemagne, au stalag IV F sous le matricule 25591. Toute sa vie, il a été poursuivi par cette épreuve. Aucun repas de famille ne se terminait sans qu’il n’évoque sa captivité et les souffrances qu’il avait endurées. « Ce ne sont pas les soldats de 40 qui se sont mal battus, c’est, surtout, parce qu’ils étaient mal commandés par l’état-major » nous disait-il à chaque fois. Et il terminait son récit par un « Saleté de guerre » ....
    Un de ses amis de l’époque, Fernand Bottini, lui a écrit en 1966 une fort longue lettre relatant les batailles auxquelles il avait pris part. De ce récit il dit : « .... ce n’est pas par gloriole, mais pour prouver que ceux de 39/40, avec du matériel périmé, ont fait autant que ceux de 42/45. Des preuves, la moitié de ceux qui débarquait avait fait 39/40 -20 % était des évadés par l’Espagne ou ailleurs, nous avons fait parti de l’armée du sacrifice... »
    Et ce sont ces sacrifiés qui ont remonté la France. Chapeau Messieurs !

    Monique

    Répondre à ce message

  • Marcel Paul MARET : Une vie marquée par la guerre 23 mai 15:42, par Nadège Béraud Kauffmann

    Si certains d’entre vous ont des précisions à apporter sur le camp de Mailly dans les années 1930, je suis preneuse. Je n’ai pas réussi à trouver beaucoup d’informations !

    Répondre à ce message

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