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Accueil » Articles » La vie militaire » « Nos Poilus » » Matricule 896 : Henri Pierre Ernest MARTIN

Matricule 896 : Henri Pierre Ernest MARTIN

Mort pour la France en 1916 à l’âge de 22 ans


vendredi 13 mars 2020, par Michel Guironnet, Patrick Poupel

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L’épouse de Patrick a découvert, dans le fonds d’un coffret, des lettres écrites en 1916 par son grand-père à ses parents, Mr et Mme Faustin Martin, jardiniers à Illiers (en Eure-et-Loir) et à leur voisin et ami, Mr Lamirault.
Elles concernent son frère cadet Henri, mort pour la France.
Son livret militaire et sa fiche matricule ont permis à Patrick d’en savoir plus sur ce « héros familial » dont on ne parlait quasiment jamais, comme pour éviter de revivre le chagrin.
Grâce à mes recherches, j’ai pu retrouver son parcours de soldat et redonner leur identité aux Poilus cités dans ces émouvants courriers.

Henri Martin, né le 2 mars 1894 ; est mort au combat le 27 mars 1916, peu après ses 22 ans... Il y aura 104 ans cette année en mars. Nous lui rendons hommage.

Ses parents, mariés en 1889 à Chartres, habitent 31 rue de Beauce à Illiers, en Eure-et-Loir. Ils ont déjà un garçon, Maurice, né le 2 décembre 1890, lorsque Henri nait le 2 mars 1894 à Illiers :

François Joseph Faustin Martin comparait le 2 mars 1894, âgé de 34 ans, jardinier domicilié à Illiers et déclare que ce matin à 4 heures, Marie Henriette Gabrielle Leroy, son épouse âgée de 25 ans, jardinière, est accouchée en leur domicile, d’un enfant de sexe masculin à qui il a donné les prénoms de Henri Pierre Ernest. déclaration faite en présence d’Isidore Honoré Meliand, âgé de 42 ans, bourrelier et de Etienne Florentin Léon Maroy, âgé de 39 ans, ouvrier bourrelier tous deux domiciliés à Illiers [1].
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Henri et Maurice Martin
(photo prise vers 1900)

Henri né en 1894, fait partie de la classe de 14, enregistré au Bureau de Chartres classe 1914 sous le matricule N° 896 [2].

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Henri Martin du 161e RI
"Signalement" sur sa fiche matricule : "Cheveux châtain moyen. Yeux bleu foncé. Front large. Nez rectiligne et long.
Taille 1 mètre 70. Niveau d’instruction 3"

Son livret militaire original conservé dans la famille ne comporte plus -hélas- que les pages 1 et 2. Elles n’apportent pas d’éléments nouveaux.

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Détail des services
Extrait de sa fiche matricule
Incorporé (au 161e Régiment d’Infanterie) à compter du 7 septembre 1914, arrivé au corps le dit jour. Soldat de 2e classe. Parti aux armées le 5 décembre 1914. Caporal le 27 avril 1915. Blessé et évacué le 23 juillet 1915. Rentré au corps aux armées le 26 septembre 1915. Sergent le 9 octobre 1915.

Le 161e Régiment d’Infanterie fait partie, avec le 151e RI et les 25e et 29e B.C.P, de la 80e Brigade et de la 40e Division d’Infanterie. Grâce aux J.M.O de ces unités, nous pouvons suivre le parcours de guerre d’Henri. En complément, voir mon article « 4 de la classe 1915 » : quatre copains du 161e Régiment d’Infanterie

Incorporé à compter du 7 septembre 1914

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18 octobre 1914
Henri et son camarade Moigneaux

Carte postale adressé à "Monsieur Martin Leroy, jardinier Rue de Beauce à Illiers (Eure-et-Loir)"

"Le 18 octobre 1914. Autre photo prise avec mon camarade Moigneaux. Ne le prenez pas pour un enfant de troupe à côté de moi : car ce cher garçon n’est pas fort en barbe. Et ses moustache naissante ne s’aperçoivent qu’à peine. Je suis moins sérieux sur cette photo que sur celle où je figure seul. Henri"

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Le camarade Moigneau

Maxime Louis Jules Moigneau
Né le 11 mars 1894 à Arrou (canton de Cloyes, en Eure et Loir) fils de Gustave Louis Victor et de Legros Julia Eugénie Marie ; il réside en 1914 à Paris 2e, au 3 rue du Ponceau. Il est Clerc de notaire.
« Cheveux châtain clair, yeux marron foncé, front haut, nez rectiligne et long, visage long. Taille : 1 mètre 69 centimètres. Degré d’instruction : 3 »

« Incorporé (au 161e régiment d’infanterie) à compter du 7 septembre 1914, arrivé au Corps le dit jour. Soldat de 2e classe. Pari aux Armées le 12 décembre 1914. Blessé et évacué le 29 janvier 1915 [voir ci-dessous (1)] »
« Blessures : blessé le 29 janvier 1915 au Bois de la Gruerie. Fracture de l’humérus gauche par balle »

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D’un hôpital à l’autre.

« Citations : cité à l’ordre du régiment N°140 du 19 janvier 1917. « Très bon soldat, courageux et dévoué, a été grièvement blessé le 29 janvier 1915 au cours d’une charge à la baïonnette » « Décorations : Croix de Guerre, étoile de bronze » [3]

Parti aux armées le 5 décembre 1914

Le 21 septembre 1914, la 40e Division d’Infanterie reçoit l’ordre de marcher sur les Hauts de Meuse et Saint-Mihiel. Dès le 22 commencent les durs combats de Lamorville et de Lacroix-sur-Meuse, qui se poursuivent jusqu’au 26. A partir du 27, notre ligne se stabilise.Les Allemands tentent une attaque le 1er novembre ; elle est repoussée. Jusqu’au 16 décembre, la division tient le secteur. Après sa relève, la division stationne à Julvécourt, Ippécourt et Osches du 20 décembre au 8 janvier : période d’instruction et d’organisation pendant laquelle elle reçoit "des éléments de la classe 1914" dont Henri Martin et son camarade Moigneau.

En Argonne
"Le 14 janvier (1915), la (40e) division occupe le secteur d’Argonne. Ce sera pour elle la partie de la campagne la plus dure, parce que la plus longue, et certainement une des plus meurtrières. On n’exaltera jamais assez son rôle glorieux dans la défense de l’Argonne.
Pendant sept mois, de janvier à août 1915, elle a résisté victorieusement à tous les assauts des forces allemandes qui lui étaient opposées, assauts menés par des troupes d’élite, dotées de moyens puissants, d’engins de tranchées, et d’un matériel incontestablement supérieur au nôtre.
Il faut avoir vécu cette rude période faite de combats journaliers, dans les tranchées souvent inondées et à peine organisées, en raison des fluctuations constantes de la ligne, pour comprendre et admirer la valeur des troupes qui ont défendu, avec une âpreté et un courage dignes d’éloges, cette région aux noms tristement célèbres : le bois de la Gruerie, Bagatelle et Le Four-de-Paris.

  • Pendant sept mois, le régiment a occupé le secteur, faisant des relèves d’abord tous les six jours, puis, en raison des pertes et des fatigues imposées, tous les quatre jours.
  • Pendant les premiers mois, une compagnie descendant au repos, et quel repos !, avait perdu 40 ou 50 hommes, tués, blessés ou évacués pour pieds gelés ; ses pertes journalières atteignaient 10 ou 12 hommes...

Que de courage, que d’endurance et quel haut sentiment du devoir n’a-t-il pas fallu à tous, officiers, sous-officiers et soldats, pour opposer journellement un barrage infranchissable à l’ennemi, dont tous les efforts se sont portés vainement pendant cette longue lutte vers l’objectif Sainte-Menehould, avec l’espoir de couper la voie ferrée de Verdun ! La plume est incapable de retracer toutes les phases de ces combats, qui ne sont qu’une longue et sanglante bataille de plusieurs mois." Extrait de l’ "Historique du 161e Régiment d’Infanterie"

Henri Martin est cité à l’ordre de la IIIe Armée [4] :
"Le 26 juillet (1915), son petit poste d’écoute ayant été démoli par une mine, n’a cessé de se tenir en dehors du parapet pendant le travail de réfection. A été blessé et n’a consenti à se laisser évacuer que plusieurs heures plus tard et sur l’ordre de son chef de section."

Au cœur de la bataille de Verdun

"Le 9 mars 1916 Chers Parents,
Cette fois nous avons quitté la Marne pour revenir dans la Meuse. Nous avons eu alerte hier matin à cinq heures et, après un montage de sacs en vitesse, nous avons embarqué à 6 heures dans des autos camions qui à deux heures de l’après-midi nous débarqués à Beauzée.
Ce patelin se trouve à peu près à 15 ou 20 kilomètres de Verdun et à 30 de Saint Mihiel. Je ne sais maintenant pas quelle direction nous allons partir car je ne crois pas que Verdun nous sera désigné ou alors il faudrait réellement un grand coup.
D’ici nous entendons très bien le bombardement que nous distinguons qui fait un grand roulement continu.
Pour notre voyage en auto, j’ai vu du 31e d’artillerie et je crois même pouvoir assurer avoir aperçu Maurice dans un pays à proximité de Ste Menehoulde et, comme de raison, je n’ai pu m’en assurer à mes grands regrets.
Les pays de la Meuse sont en ce moment bien mal approvisionnés et je vais vous demander de m’expédier un petit colis dans le genre du dernier à l’exception du papier à lettre dont je ne manque pas pour le moment.
Depuis huit jours nous recevons très peu de lettres et sans doute que de votre côté la poste retient les lettres. En plus de ma lettre, je vais vous faire une carte qui suffirait à vous rassurer.
Je ne vois plus rien à vous marquer. Je vous souhaite bonne santé et vous embrasse très fort. Votre fils qui vous aime de tout cœur. Henri "

Son frère aîné Maurice, vétérinaire de profession, est mobilisé au 31e Régiment d’Artillerie de Campagne. Il soigne les nombreux chevaux nécessaires à tracter les canons. C’est par son métier qu’il a rencontré Adrien Lamirault, vétérinaire né en 1861, exerçant rue de Beauce à Illiers. Ce dernier avait beaucoup d’amitié pour Maurice et lui donna sa clientèle, sa pharmacie, sa voiture et tout son matériel [5].

De la Marne à Verdun d’après le JMO de la 40e Division d’Infanterie [6]

  • « 5 mars (1916) : en exécution de la note du 3 mars de la 4e Armée….la 40e DI (Division d’Infanterie) met, à partir du 5 mars, le 155e (régiment d’infanterie) à la disposition du 11e C.A (Corps d’Armées) et le 161e à la disposition du 15e C.A.
    Viennent cantonner après mouvement le 5 : …le 161e : Etat-Major et 1 bataillon à St Jean sur Tourbe, 1 bataillon au Camp des Boyaux, 1 bataillon avec 2 compagnies au Camp des Boyaux, 1 compagnie à Somme Bionne, 1 compagnie à Hans »
  • « 7 mars : reçu à 16 heures de l’Etat-Major de la IVe Armée, l’ordre téléphonique N° 8277 d’alerter la (40e) Division et de se tenir prêt à se porter dans la zone d’Esvres, Beauzée sur Aire...
  • 8 mars : enlèvement de tous les éléments en auto, y compris le 155e et 161e détachés aux 11e C.A et 15e C.A…Cantonnements après mouvement de la Division…80e Brigade : ….161e : Beauzée »
    A la date du 8 mars 1916, le JMO de la 80e Brigade note : "le 161e RI est enlevé en camion-auto à 7 h et arrive vers 15 h à Beauzée"
  • Le 10 mars, la 40e DI est « placée en réserve d’armée ». Elle fait mouvement et rejoint sa zone. Deux bataillons du 161e cantonnent à Ipécourt, le 3e à Saint André.
  • Le 11 mars, "la 79e Brigade est mise à la disposition du Général de Bazelaire commandant un groupement sur la rive gauche de la Meuse." La 80e Brigade la remplace dans ses cantonnements : le 161e s’installe à Julvécourt.
  • Le 14 mars, la 40e DI rejoint la zone du groupement "De Bazelaire". Son Q.G est à Fromeréville avec l’Etat Major de la 80e Brigade. Le 161e RI cantonne à Sivry la Perche.
    "L’ennemi ayant attaqué le Mort-Homme, la 80e Brigade est alertée à 16 h 20"
La 40e Division d’Infanterie, avec le 161e RI, se trouve maintenant affectée à la défense du secteur du Mort-Homme, haut-lieu de la Bataille de Verdun. Pour en savoir plus sur le contexte et situer les lieux, voir les cartes de l’époque dans mon article "cinq jours à Rampont. Sur les combats qui s’y déroulent entre mars et mai 1916, le lecteur pourra lire avec profit les épisodes « A Fromeréville » (N°12 à N°18) de la série d’articles que j’ai consacré au parcours d’une Section automobile de Projecteurs.

Les derniers jours

Du 16 au 26 mars 1916 dans le JMO du 161e Régiment d’Infanterie  [7]

16 mars  : « Ordre que le 161e doit placer 2 bataillons en réserve partielle : l’un à 1400 mètres Nord Ouest de Chattancourt, réserve du Colonel Dilleman ; l’autre à 1500 mètres Sud Ouest de Chattancourt, réserve du Général Chapès. Le 1er bataillon du 161e placé à 23 h dans le ravin situé à 1800 mètres Nord Ouest de Chattancourt se met immédiatement à creuser une place d’armes si bien qu’au lever du jour les hommes de ce bataillon avaient une tranchée de près d’un mètre de profondeur qui leur permet en s’y tenant de passer la journée suivante sans aucune perte. »

17 mars  : « Ordre que les 2 bataillons du 16e (RI) placés dans le sous secteur de gauche seront relevés par les 2 bataillons du 161e en réserve au Sud et au Nord de Chattancourt. Le dernier bataillon du 161e sera réserve du Colonel Dilleman dans le ravin à 1400 mètres Nord Ouest de Chattancourt.
Pendant la journée, l’artillerie ennemie bombarde l’ensemble du secteur avec intensité plus grande à droite. Pendant la nuit a lieu la relève des 2 bataillons du 98e (RI) par 2 bataillons du 161e.
Le 161e reprend les emplacements du 16e et s’occupe pendant la nuit à :

  • a/ approfondir les tranchées existantes
  • b/ rectifier la ligne de façon à établir une ligne continue faisant face aux tranchées allemandes, c’est-à-dire faisant face au Nord Est
    Au 1er bataillon, 2 compagnies ½ approfondissent la tranchée, 1 compagnie ½ travaille à la nouvelle ligne. Au 3e bataillon, il n’existe qu’un élément de tranchée pouvant contenir une compagnie, à peu près au centre du secteur. 1 compagnie s’y installe pour approfondir, les 3 autres compagnies, par moitié : ½ à droite et ½ à gauche, travaillent à la création de nouvelles tranchées.
    Le 2e bataillon du 161e s’installe dans la place d’armes créée la nuit dernière par le 1er bataillon du 161e et l’approfondit. »

25 mars : « Le Général Berthelot prescrit d’exécuter pendant la nuit du 25 au 26, l’avance destinée à faire disparaitre la poche qui existe dans notre 1re ligne. Le C.A envoie l’ordre de remettre l’opération dans la nuit du 26 au 27. Au (161e) régiment qui doit exécuter une avance dans la nuit suivante, le bataillon de droite ne fait aucun travail ; le bataillon de gauche pose de nombreux réseaux de fil de fer et aménage la tranchée de tir. Le bataillon de réserve continue la tranchée Mort Homme – Ruisseau de Montzéville et le boyau 4 »

26 mars : « Pendant toute la matinée, les allemands bombardent violemment les Bois Bourrus, la côte 275 et les batteries environnantes ; ils tirent à l’allure de 7 à 8 coups de 150 et de 21 à la minute. Aucun mouvement signalé chez les allemands…

  • 18 h 50 : les Sapeurs arrivent au PC du Colonel
  • 19 h : les Sapeurs commencent à couper les réseaux de fil de fer aux points prescrits
  • 20 h : les 2e, 3e et 4e compagnies (du 161e RI avec le Sergent Henri Martin à la 3e), précédées des Sapeurs du Génie (voir l’encart ci-dessous), se portent en avant ; couvertes par des patrouilles qui ont quitté la tranchée de 1re ligne à 19 h 45 et dès le début ont été aperçues grâce aux fusées allemandes.
    Les compagnies sont très gênées par un projecteur allemand qui les prend dans ses rayons et permet le tir des fusils et des mitrailleuses. Au moment où ils se rendent compte de notre mouvement, les allemands déclenchent avec fusées rouges un assez violent tir de barrage de 77 et de 105, la plupart des coups tombent au Sud de notre 1re ligne.
    2 sections par compagnies se mettent au travail, 1 section de la compagnie du centre travaille au boyau de liaison, le reste des 2e, 3e, 4e compagnies ; 2 sections de mitrailleuses de renfort et 2 compagnies de réserve garnissent la tranchée de réserve sur la ligne de soutien.
    Le tir de l’infanterie ennemie est assez nourri et ajusté grâce aux projecteurs et fusées. Le travail (des soldats du 161e) est rendu très difficile, particulièrement à la compagnie du centre. Le tir de notre artillerie est inefficace, elle tire trop long, n’étant pas bien réglée sur la tranchée de crête.
  • 20 h 45 : le 161e téléphone que le groupe (d’artillerie) Laborde tire trop court, le Colonel commandant la Brigade fait cesser le tir.
  • 22 h : le Colonel Goybet demande à la Brigade que l’on essaye de tirer sur cette tranchée de crête pour détruire le projecteur et les mitrailleuses qui gênent les travailleurs. Les allemands alertés semblent suivre notre progression très attentivement ; à plusieurs reprises des rafales de mitrailleuses sont envoyées sur la gauche du 150e (RI).
  • 22 h 15 : le contact entre le 150e et le 161e n’est pas encore établi.
  • 22 h 20 : une patrouille du Bataillon Thomas vient de prendre contact avec des hommes du 161e appartenant à la compagnie de droite et sont arrêtés dans les fils de fer et aveuglés par le projecteur dans le faisceau duquel ils se trouvent. »
Aux tranchées avec le Génie

« Les 2e, 3e, et 4e sections (de la Compagnie 6/2 du 9e Régiment du Génie, 6e Bataillon [8] dans la nuit du 26 au 27 (mars 1916) ont coupé des réseaux de fil de fer en avant des tranchées de 1re ligne pour y pratiquer des brèches pour permettre le passage de l’infanterie qui devait aller creuser une autre tranchée en avant de ces réseaux…Les 2e et 4e sections sont à la disposition de Monsieur le Colonel Commandant le 161e RI… La 2e section exécute de même (à la cisaille) 2 brèches de 4 mètres de largeur dans un réseau semblable à l’emplacement de la 3e Compagnie du 161e RI, la 4e section (exécute) une brèche de 4 mètres largeur et une de 2 mètres à l’emplacement de l’autre Compagnie du même régiment dans un double réseau (de fils de fer d’environ 4 mètres 50 à 7 mètres de profondeur)…Pendant ces opérations, les sections ont été en butte au feu d’une mitrailleuse dont un projecteur guidait le tir »

Dernier acte de bravoure

"Brave sous-officier déjà cité à l’ordre de l’armée pour sa belle conduite, s’est de nouveau distingué comme sergent grenadier dans la nuit du 26 mars 1916. A fait preuve de sang-froid et de courage en maintenant dans le plus grand ordre sa section au travail en terrain découvert sous un feu violent de mitrailleuses. A été grièvement blessé pour la 2e fois au cours de la nuit. Décoration Croix de guerre aux deux palmes"

Henri Pierre Ernest Martin est grièvement blessé dans les tranchées de Chattancourt. Il est évacué sur l’ambulance 6/13 installée à Brocourt, loin en arrière des 1re lignes. Il meurt de la suite de ses blessures le 27 mars 1916 [9]

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Acte de décès d’Henri Martin
Registre de l’Ambulance 6/13 numérisé sur le site Geneanet
https://www.geneanet.org/archives/registres/view/?idcollection=43120&page=134
« Acte de décès d’Henri Martin, sergent au 161e régiment d’infanterie, troisième compagnie » de la classe 1914, immatriculé sous le numéro 896 « au registre matricule du recensement de Chartres », né le 2 mars 1894, « Mort pour la France à Brocourt (Meuse) le vingt-sept mars à douze heures 30 des suites de blessures reçues sur le champ de bataille »
Signé par Etienne Louis Drugeon, officier d’administration de 2e classe « gestionnaire de l’ambulance N°6 du 13e Corps d’armée remplissant les fonctions d’officier de l’état civil », sur la déclaration de Pierre Oyhenart, 35 ans, sergent [10]et Joseph Ribaud, 35 ans, soldat, tous deux de la 13e Section d’Infirmiers Militaires.

Lettre adressée à Monsieur Lamirault par Maurice Martin

Le 1er avril 1916 Bien cher Monsieur,
Je vais vous apprendre une très triste nouvelle. Mon pauvre Frère Henri est mort, mort pour la Patrie, très près de Verdun par 2 balles de mitrailleuse.

Je vous demande pardon de vous annoncer ce malheur qui m’accable, aussi brutalement, pardon aussi de vous demander au Nom de l’Amitié qui vous unit à mon Père, de celle que vous avez toujours témoigné à Henri et Moi, de bien vouloir doucement, bien doucement annoncer cet affreux malheur à ma Famille.
Je n’ose pas moi-même, ma lettre si atténuée soit elle serait trop brutale et ils vont avoir tant de peine que je crois les ménagements que vous saurez prendre, indispensables pour rendre le choc moins brutal. La mission est douloureuse, pardonnez-moi de vous la demander je n’ai que vous, l’ami vrai et délicat à qui me confier.
Ils savent et croient Henri blessé ; j’ai écrit à Illiers une lettre et une carte le 28 mars. Je venais d’apprendre par une lettre du commandant de sa compagnie que mon malheureux Frère avait été blessé dans la nuit du 26 au 27.
Fracture du bras disait-il et plaies au détour de la poitrine. Lettre peu alarmante qui m’avait laissé confiant, presque heureux de voir Henri pour un temps loin du feu.

Hélas ce matin la réalité fut plus brutale. Quittant la position dont nous sommes relevés, je passais dans le petit village de Brocourt (entre Verdun et Clermont en Argonne près de la ligne de chemin de fer) quand il me vint à l’esprit d’entrer dans un cimetière militaire près de la route. Je longeais plusieurs travées quand je trouvais brusquement une croix avec le nom de : Martin Henri sergent 161e régiment d’infanterie sergent mort pour la France le 27 mars 1916.
J’ai cru rêver, hébété, je suis resté quelques minutes devant la tombe. Mon pauvre Henri, mon petit frère que j’avais vu si confiant, si gai, si heureux de vivre le 25.
Là ! un camarade, Docteur, qui m’accompagnait m’a emmené. Nous avons suivi la colonne qui s’éloignait et brusquement la réaction est venue. J’ai pleuré et je suis revenu, revenu lui dire un dernier adieu - à l’ambulance où je suis allé ensuite, j’ai pu savoir qu’il était arrivé vers midi le 27 mars atteint en plus des blessures que je connaissais, d’une balle dans l’abdomen, qui avait occasionné une péritonite aigüe, foudroyante. Il était déjà dans le coma quand on l’a descendu de l’auto. Il n’a pas souffert, mort doucement endormi.

Ô l’atroce chose que la guerre qui tue en pleine vigueur, en pleine jeunesse, en plein espoir et qui laisse les parents seuls. Peut-être la mort pour la Patrie est-elle belle ? on le dit, je le dirais aussi ; les sacrifices du moment à la souffrance et je souffre trop. J’avais aussi peur pour lui, quand le 26 je l’avais accompagné quelques kilomètres sur la route qui le reconduisait aux tranchées où je l’ai embrassé pour la dernière fois.

Merci infiniment pour la pénible et triste mission que je vous demande, J’ajoute à cette lettre une autre destinée à Papa et Maman. Donnez- la leur quand le choc sera passé, quand vous les verrez plus calmes. Je suis navré.
Votre ami bien dévoué. Martin M.

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Cimetière militaire de Brocourt

La lettre de Maurice Martin pour ses parents

Le 1er avril 1916 Cher Papa, chère Maman,
Je pleure comme vous, avec vous, la perte si douloureuse que nous venons de faire. Je n’ai pas osé moi-même, vous causer brutalement la peine et la douleur que la triste nouvelle vient de vous faire. Monsieur Lamirault a dû, je pense en atténuer un tout petit peu la brutalité, que j’ai subie moi, ce matin, et qui nous laisse encore tout hébété.

Ô l’atroce sensation quand j’ai vu brusquement sur une croix, dans le cimetière militaire du petit village de Brocourt : « Martin Henri, sergent 161e d’infanterie mort pour la France le 28 mars ». Je suis resté hébété, assommé. Et j’ai relu l’affreuse inscription presque sans comprendre.
Le médecin du groupe qui m’accompagnait m’a emmené et nous avons à pied, suivi la colonne qui s’éloignait. J’étais comme un automate. Puis la réaction est venue. J’ai pleuré et suis revenu, revenu lui dire un dernier adieu, revoir encore une fois le coin de terre où il dort pour toujours.

A l’ambulance, le docteur m’a appris, qu’en plus des blessures que je vous avais indiquées et qui m’avaient laissé presque confiant, il avait une balle qui avait déterminé une péritonite foudroyante. Il n’a pas souffert. Il s’est endormi épuisé, mort doucement sans jamais avoir connu la gravité de ses blessures.
L’atroce chose, ces gens qui me regardaient à l’ambulance quand, avec le docteur, nous demandions ces nouvelles, indifférents, et qui ne comprenaient pas que je ne pouvais pas croire, moi, quand mon pauvre petit Frère que j’avais vu le 25, si jeune, si courageux si confiant était là et que c’était fini.
Depuis ce matin j’ai beaucoup pensé ; la lettre de son lieutenant aurait dû m’alarmer davantage. Mais j’avais si confiance, je croyais tant qu’il avait la chance et que le même destin qu’il l’avait empêché de prendre part à l’attaque de Champagne continuerait à le protéger.
Ces camarades disaient : « c’est un type épatant ». Si, de nous dire qu’il est mort pour la Patrie, qu’il est mort en héros, peut adoucir, un peu, par la fierté que doit inspirer son courage, la tristesse profonde et la peine que nous causent sa perte Papa et Maman chéris, crions le bien haut.

Henri est mort, bravement, pour la France. Le sacrifice est infini, votre douleur profonde. Il était nécessaire sans doutes, puisque la Patrie en danger a appelé tous ses fils pour la défendre qu’il en meurt, hélas, chaque jour, des milliers. Je n’espère pas vous consoler, je pleure trop moi même pour le croire, mais je tâche dans mes propres paroles de puiser le courage nécessaire pour continuer moi-même à faire mon devoir et de vous envoyer un peu de la résignation qui vous fera supporter cet affreux choc.
Eploré, navré d’avoir à vous apporter moi-même cette grosse peine, j’unis mes pleurs aux vôtres, votre chagrin est le mien et je vous envoie les baisers les plus affectueux de votre fils qui vous aime de tout cœur. Maurice.

PS. Je ne peux écrire à Grand-mère ce soir. J’écrirai demain. Tranquillisez-vous pour moi, nous sommes relevés et partons vers un secteur plus calme.

Lettre adressée par le Lieutenant Cambuzat à Maurice Martin

25 avril 1916 Cher camarade,

Bien avant votre lettre, j’ai appris la nouvelle de la mort de votre frère qui m’a été bien douloureuse à moi aussi.
D’autant que je ne m’y attendais nullement. Une balle en poitrine, même pénétrante, cause généralement une blessure guérissable. Elle semblait apparaître vers l’extrémité avant des fausses côtes de gauche et tous nous supposions qu’elle avait suivi un chemin superficiel.

Voici les circonstances dans lesquelles votre frère fut atteint : la Cie (Compagnie) était chargée, ainsi que les autres Cies du Bataillon de reporter ses tranchées plus en avant, à 300 mètres des boches alors que nous en étions environ à 500. Cela dans le même secteur où j’avais eu le plaisir de faire votre connaissance. A peine au travail, nous fûmes pris dans les rayons des projecteurs boches continuellement éclairés par les fusées.
Les mitrailleuses battaient le terrain au moindre mouvement. Votre frère fut une des nombreuses victimes. Soucieux de l’accomplissement du travail nécessaire pour abriter, le jour venu, la garnison devant demeurer à cet emplacement le sergent Martin était parmi les auxiliaires les plus actifs.
Blessé, il appela un camarade et fut presque de suite emporté. Mais sa fracture et peut être aussi quelque hémorragie interne l’avaient affaibli. Je le vis alors qu’on lui pansait le bras en le maintenant avec des planchettes ; cela dans l’abri voisin de celui où nous avions passé de si tranquilles instants. Il ne me reconnut pas quoique ayant toute sa connaissance. Je me trouvais d’ailleurs là à un moment où on devait le faire souffrir par ce pansement au bras. Tous d’ailleurs partagions la même confiance dans une heureuse issue, y compris je crois le malheureux blessé.

Si j’avais supposé un instant l’issue fatale, je lui aurais annoncé de suite la proposition que je comptais faire en sa faveur, tandis que j’espérais bien le voir revenir un jour avec la médaille des braves sur sa jeune poitrine.

Cette médaille est accordée. Voici l’extrait de l’ordre par à la Décision d’aujourd’hui et que votre famille recevra officiellement ainsi que la médaille par les soins du Cdt (Commandant) du Dépôt.
Ordre N° 2718 Martin Henri Pierre Ernest Mle (matricule) 9467, Sergent 3e compagnie du 161e Rgt d’Infanterie : « Brave sous-officier déjà cité à l’ordre de l’armée pour sa belle conduite, s’est de nouveau distingué comme sergent grenadier dans la nuit du 26 mars 1916. A fait preuve de sang-froid et de courage en maintenant dans le plus grand ordre sa section au travail en terrain découvert sous un feu violent de mitrailleuses. A été grièvement blessé pour la 2e fois au cours de la nuit ».

Cette relique sera pour votre famille un témoignage de la haute valeur de votre cher frère. M’associant à votre douleur, je vous adresse l’expression de ma bien vive sympathie. Cambuzat

Ce Lieutenant se nomme Elie Eugène Cambuzat, de la 10e Compagnie du 161e régiment d’infanterie. Né à Asquins (Yonne) le 5 octobre 1889, il est de la classe 1909 au recrutement d’Auxerre, matricule 1002. Promu Chevalier de la Légion d’Honneur le 24 juillet 1916, il devient Capitaine, toujours au 16e RI. Il est tué au combat le 10 janvier 1917, dans le secteur de Massiges.

Lettre adressée par Maurice Martin à ses parents

3 mai 1916 Chers Parents,

J’ai reçu hier la réponse du Lieutenant Cambuzat, promu capitaine depuis Verdun. Je la joins à ma lettre sans commentaires. Elle est très belle tout à l’honneur de notre pauvre Henri. Si la fierté que nous pouvons avoir pour sa belle conduite peut atténuer un peu, très peu la douleur que nous cause sa disparition, elle trouve un nouveau motif pour s’exalter dans la médaille militaire qu’il eut été si heureux de porter et dans la croix de guerre avec deux palmes qui lui appartenait
Que vous ajouter ? J’espère et souhaite de tout mon cœur que les quelques jours de soleil dont nous sommes gratifiés vous ont permis, dans une manifestation d’activité plus faible de reprendre un peu de courage, partant un peu plus de santé. J’espère et demande que Papa m’écrive assez souvent, même un mot très court et rapide pour me donner de vos nouvelles.
Ici secteur toujours très calme, nous logeons dans des chambres très confortables habitées encore par les habitants. Les quelques manifestations qui dans ce village peuvent nous prouver que nous sommes sur le front paraissant se réduire aux étiquettes placées dans les caves indiquant le nombre d’hommes qu’elles pourraient abriter en cas de bombardement et les masques contre gaz asphyxiants dont tous les gosses sont gratifiés.
Mais je vous quitte. Je vous souhaite une bonne santé et vous embrasse très tendrement. Votre fils qui vous aime de tout cœur. Maurice

Le sergent Henri Martin n’est plus inhumé à Brocourt, ses "restes mortels" ont été restitués à sa famille [11].
Sur le transfert de sa dépouille de Brocourt à sa commune d’origine, il a du avoir lieu après 1921. Il se pourrait en avoir trace dans la série R des archives d’Eure et Loir.
Voir, par exemple, le cas de Laurent Ollagnon : https://www.histoire-genealogie.com/De-retour-au-pays-plus-de-six-ans-apres-sa-mort-au-combat
Par contre ; aujourd’hui, il ne semble pas être inhumé dans le caveau familial à Illiers (devenu Combray). La suite de nos recherches livrera peut être la réponse.

Notes

[1Sources : AD 28 Etat civil, registres paroissiaux, Illiers-Combray 1891 1894 3 E 196/032 page 229
http://www.archives28.fr/ark:/66007/s0053032068e2291/5303391e3243a

[3N° matricule 814 Classe 1914 recrutement de Chartres (1 R 536)

[4Je n’en ai pas retrouvé le texte dans le Journal Officiel du 27 août 1915

[5Source : « Il y a si longtemps déjà, souvenirs de jeunesse 1921 45 » ; Martin Paul François ; 1999

[626 N 337/3 pages 11 à 13

[726 N 702/1 vues 24 à 26

[8JMO 26 N 1298/4 page 49

[9Sources : Ministère des Armées, nom du site : Mémoires des Hommes Base de données des Morts pour la France de la Première Guerre mondiale.
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239f629e30ac/5242bf278b190

[10Né le 14 octobre 1880 à Itxassou, canton d’Espelette dans les Pyrénées atlantiques (le fameux piment). De la classe 1900, sous le matricule 337, il est "employé de pharmacie" habitant à Ustaritz

[11Selon le message d’Yvette RAFFA, de l’Office National des anciens combattants et victimes de guerre, Département de l’Entretien et de la Rénovation des Sépultures de Guerre Secteur de Verdun.

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6 Messages

  • Matricule 896 : Henri Pierre Ernest MARTIN 13 mars 10:06, par Hélène FAUDOT

    Bonjour
    Quelle jolie lettre destinée à M. Lamirault que celle adressée par le frère qui n’ose apprendre à ses parents la douloureuse nouvelle. Jolie et délicate... pleine de sentiments.
    Hélène

    Répondre à ce message

  • Matricule 896 : Henri Pierre Ernest MARTIN 13 mars 10:44, par taillaumard maurice

    L’hommage rendu au Sergent Henri Martin l’honore ainsi que tous ses camarades qui ont donné leur vie pour « La France ». Ne les oublions pas aussi que les fusiliers « pour l’exemple » morts,eux aussi, pour La France et qui ne sont toujours pas réhabilités.

    Répondre à ce message

  • Matricule 896 : Henri Pierre Ernest MARTIN 13 mars 11:05, par Cottaz-Palançon Hélène

    Rien n’a changé les soldats meurent, on pleure, et tout recommence...

    Répondre à ce message

  • Matricule 896 : Henri Pierre Ernest MARTIN 14 mars 08:30, par marie christine Duval

    Bel hommage
    À la fois riche en recherche historique et humanité.
    C’est vrai que nos grands parents anciens combattants ne parlaient pas de la tragédie qu’ils avaient vėcue, ou alors de quelques souvenirs douloureux à la fin de leur vie.

    L’extrême jeunesse des poilus y est aussi évoquėe : le jeune soldat ne doit pas être pris pour un enfant de troupe !
    Et pourtant nous avons des photos de gamins en uniforme sur nos monuments, ou dans nos tiroirs.

    Répondre à ce message

  • Matricule 896 : Henri Pierre Ernest MARTIN 14 mars 09:30, par Colette Boulard

    Merci de nous avoir fait partager votre émotion.

    Répondre à ce message

  • Matricule 896 : Henri Pierre Ernest MARTIN 2 avril 22:47, par PIERRE MOIGNEAU

    Bonjour,
    Je suis un des petit-fils de Maxime Moigneau que vous citez comme camarade de Henri Pierre Ernest Martin. Malheureusement je n’ai pas connu mon grand père qui est mort en 1951, juste après le mariage de mes parents et bien avant ma naissance (en 1954). Mais j’ai bien apprécié les éléments de votre étude qui le concernent et je les ai fait passer dans la famille.
    Avec mes remerciements et salutations les plus cordiales.
    P.MOIGNEAU

    Répondre à ce message

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