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Pierre Bonnardel, curé de Condrieu, prêtre réfractaire


samedi 1er juin 2002, par Michel Guironnet

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Pierre BONNARDEL est, rappelons-le, curé de Condrieu depuis mai 1758. Né le 3 janvier 1723, il vient donc d’avoir 68 ans en ce début 1791. Un document, conservé aux archives de Condrieu, nous apprend sa position à l’égard de la Révolution et du serment exigé par la Constitution civile du clergé :

"Les commissaires envoyés auprès de la municipalité de Condrieu de la part des citoyens membres du Club Populaire du canton ont dit qu’allarmés autant que scandalisés de la conduite et des propos des prêtres BONNARDEL et BRUT, les citoyens de Condrieu n’ont pu s’empêcher d’être inquiets de la conduite trop tranquille de la municipalité envers ces prêtres, ainsi qu’envers l’aumônier des religieuses, et les prêtres PAULET et MONTBLANC.

Après avoir fait des recherches, ils se sont assurés que le curé (BONNARDEL) et le vicaire dont il est question (BRUT) n’avaient prêté qu’un serment conditionnel, et rien ne le prouve (mieux) comme la réclamation du prêtre BERTHELIER qui a demandé acte comme quoi, ayant prêté un serment pur et simple, il ne veut pas être confondu dans le procès verbal avec les prêtres BONNARDEL et BRUT.

(Les commissaires du Club Populaire) se sont assurés que lors de la prestation du serment du prédicateur, le prêtre BONNARDEL n’a pas voulu y assister. Ils se sont assurés que les mêmes prêtres BONNARDEL et BRUT ont signé un écrit incendiaire du prêtre DAVIAU, anciennement archevêque de Vienne, actuellement fugitif à Anneci, par lequel ils s’engagent à ne reconnaÎtre pour leur évêque que ledit DAVIAU supprimé, et nullement le nouvel évêque de Lyon dont ils dépendent (Mgr LAMOURETTE).

Cet écrit envoyé par le prêtre RIGOLIER et l’aumônier de l’hôpital de Vienne, est colporté dans toutes les paroisses, avait été signé par les curés d’Ampuis et de Semons, et les prêtres PAULET et MONT BLANC l’aumônier des religieuses.

Ils se sont assurés que le curé et le vicaire se sont souvent réunis chez le curé de Semons, avec celui des Hayes et d’Ampuis, et que là ils se sont coalisés ; d’après l’instigation de plusieurs prêtres fanatiques de Vienne dont le curé d’Ampuis était le porte-parole ; afin de ne point se soumettre aux décrets relatifs au clergé."

On constate que d’un côté du Rhône, rive gauche, les prêtres sont aisément jureurs ; et même comme le curé ALBERT, impliqués dans la Révolution ; par contre, rive droite, côté Condrieu, les curés sont réfractaires, et s’organisent pour résister !

Les fanatiques s’opposent à leurs collègues patriotes... la rupture est consommée dans le bas-clergé !

"Les commissaires se sont assurés qu’en haine du patriotisme du sieur BERTHELIER, le curé voulait le renvoyer quoiqu’il n’en ait pas le droit. Ledit prêtre (BONNARDEL) a refusé au prédicateur de prêcher les jours de Notre-Dame, au grand scandale des paroissiens auxquels ils ne devraient pas refuser des secours qu’il ne peut leur donner lui-même... Le même curé BONNARDEL a refusé de lire en chaire le 25 mars un écrit destiné à prévenir ses paroissiens contre les machinations du prêtre MARBEUF, cy devant ex archevêque de Lyon.

Plusieurs fois au prône le vicaire BRUT s’est permis, malgré son ignorance sur ces objets, de parler contre l’Assemblée Nationale, et notamment contre nos frères de Paris auxquels nous devons en grande partie la Constitution....Le même curé et son vicaire ne lisent point en chaire les décrets qui doivent y être lus, ils prient encore pour l’Archevêque de Vienne qui n’existe plus, et les seigneurs de Condrieu qui sont détruits.

Après toutes ces considérations, et plusieurs autres, les citoyens de Condrieu demandent à leurs concitoyens composant la municipalité que le plutôt possible :

1. Ledit prêtre curé et son vicaire BRUT prêtent sans aucune restriction le serment civique tel qu’il est ordonné par le décret sanctionné par le Roi.

2. Que, vu tous les griefs dont sont accusés le curé et son vicaire BRUT, tous tendant à prouver leur impatriotisme et leur rébellion aux décrets ; ils jurent, après et outre le serment, qu’ils se soumettent entièrement et purement à la nouvelle Constitution civile du clergé ; qu’ils la reconnaissent pour bonne et qu’ils rempliront avec exactitude tout ce que pourra lui enjoindre de conformer aux nouvelles loys civiles du clergé ; et à toute autre ancienne ; le nouvel évêque de Lyon, qu’ils reconnaissent pour le leur.

3. Qu’il soit dressé procès verbal de ce qu’avaient fait le curé et son vicaire à ce sujet, afin que si ils se conforment à ce qu’on exige, on ait à (se) féliciter de leur conversion.
Sinon la municipalité (doit) témoigner tout de suite au département combien il est intéressant pour la ville de Condrieu d’avoir enfin un curé qui les édifie par sa charité, ses vertus, ses lumières, et son patriotisme"

signé VINCENT, GAY, FOREST, MOREL, MAIGNE

Ces accusations contre le curé BONNARDEL et son vicaire BRUT, datées du 28 mars 1791 ; et les menaces de pourvoir à leur remplacement en cas de non-exécution des décrets ; ne gênent nullement les deux prêtres. Ils continuent leurs escarmouches au cours des mois suivants, freinent le plus possible l’action des patriotes condriots ; cherchent à gagner les fidèles à leur cause.


Encore de bonnes excuses

Plusieurs pièces, réunies aux archives du Rhône (dossier 1 L 1099, police des cultes) ; permettent de connaître ces entraves à la nouvelle organisation du clergé.

Le 25 mars 1791 le sieur curé de Condrieu a été interpellé par les officiers municipaux de faire ou faire faire lecture après l’office divin de l’arrêté du directoire du Département... Cet arrêté concerne l’Avertissement Pastoral de Mgr DE MARBEUF, de février 1791.

Les autorités départementales condamnent cet écrit, et disent ne pas reconnaître le droit à l’ancien évêque du Rhône et Loire de s’adresser aux paroissiens du diocèse. Ledit sieur curé (BONNARDEL) a déclaré ne vouloir faire ou faire faire la lecture de l’arrêté, en conséquence...

La lecture a été faite... par le sieur MONTUCLAS, procureur de la commune...

L’installation d’Adrien LAMOURETTE à Lyon est l’occasion de réunir la population de la campagne ; mais le courrier est lent. La lettre d’invitation des administrateurs du Directoire est arrivée trop tard : datée du 12 avril 1791, elle n’est en possession des destinataires que le 14, jour de la cérémonie !

La Garde nationale (de Condrieu) et Monsieur GUILLAMBAUD, major regrettent beaucoup et prient les administrateurs, dans leur réponse du 14 avril, d’être bien convaincus que la Commune regarde l’installation de Monsieur l’Evêque comme fort agréable, étant conforme aux vœux de la Constitution. La Garde nationale y aurait assisté exactement...

Mais la réponse du curé BONNARDEL a un tout autre ton :

" Messieurs, je n’ay reçu l’honneur de la votre dattée du 12 par le messager de Condrieu que le jeudy 14 du courant, jour que vous indiqué (pour) l’installation de M. l’évêque du département de Rhône et Loire. Par conséquent impossible à moy de me trouver à l’heure fixée, votre lettre m’étant parvenue trop tard.

Il ne me reste plus, Messieurs, que de vous supplier d’ordonner le payement de mon traitement. Vous obligeré infiniment celuy qui ne cessera de former des vœux au Ciel pour qu’il daigne couronner vos travaux du succès qui leur est sûr.

J’ai l’honneur d’être avec des sentiments bien respectueux Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur."

Le curé BONNARDEL est l’objet, en avril 1791, d’une requête de la municipalité de Condrieu sollicitée avec insistance par les citoyens :

"Requis de prêtter son serment civique à la forme du décret du 4 janvier 1791, nous sommes allés en corps avec lui pour lui demander son intention et lui présenter le vœu des paroissiens. Il a paru peu disposé à satisfaire les citoyens de Condrieu..."

Le 5 mai, les officiers municipaux demandent au curé BONNARDEL de lire (ou faire lire par l’un de ses vicaires) au prône de la messe paroissiale la lettre pastorale de l’évêque LAMOURETTE (datée du 7 avril 1791 ). BONNARDEL a répondu "qu’il serait absent dimanche prochain, qu’il demande à lire ladite lettre pastorale pour ensuitte prendre le parti qu’il jugera à propos...

Le soir même à six heures du soir... Monsieur le Curé de Condrieu nous a dits qu’il fera lecture dimanche prochain huit du présent mois au prône de la messe paroissiale de la lettre pastorale... qu’il l’aprouve très particulièrement..."

"Le dimanche huit mai mil sept cent quatre vingt onze (8 mai 1791 ), les officiers municipaux se rendent au domicile de Monsieur BONNARDEL, curé de Condrieu, et lui avons demandé pourquoi, s’étant engagé à lire la lettre pastorale de Monsieur LAMOURETTE, évêque du département de Rhône et Loire... la lecture n’en a pas été du tout faitte. Il a répondu qu’étant dans son lit, malade, il n’a pu faire cette lecture et demande quinzaine pour le faire. A quoi on lui a observé que Messieurs les Vicaires pouvaient la faire et a dit qu’il ne les avait ni autorisé ni empêché de la faire, qu’il leur a laissé liberté de la faire ou de ne pas la faire..."

Mais, le 5 juin 1791, M. BONNARDEL aussi bien que M. BRUT, premier vicaire, refusent de lire la nouvelle lettre pastorale de l’évêque (20 mai 1791 ). C’est M. BERTHELLIER, second vicaire qui en fait la lecture au prône. Lors du procès-verbal établit par les municipaux de Condrieu, seul BERTHELLIER accepte de signer le compte-rendu. BONNARDEL et BRUT s’y refusent expressément !

Le dernier acte religieux du curé BONNARDEL, dans les registres de Condrieu, est du 14 juin 1791, BONNARDEL est remplacé par un curé constitutionnel : VERTAMY-DUPRAT. Celui-ci est installé à la cure de Condrieux le 23 juin 1791 par la municipalité, et la Garde nationale étant sur les armes !

Pierre BONNARDEL rejoint dans la clandestinité ses confrères prêtres réfractaires. Beaucoup ont rétracté leur serment à la Constitution Civile du Clergé depuis sa condamnation par le Pape le 10 mars, puis le 13 avril 1791.

Sur place, à Condrieu, les Frères du collège refusent d’emmener les enfants à la messe. Ils ont dit qu’ils ne voulaient pas communiquer du tout avec le nouveau curé de Condrieu qui, depuis hier, est en fonction. Ils n’ont pas prêté le serment qui leur est relatif par rapport à l’enseignement des enfants ; et ils ont décidé qu’ils ne le prêteraient pas.

Cet abandon des enfants au moment où ils doivent aller à l’église cause un scandale considérable... Les sœurs de l’Hôpital ont un pensionnat de filles... elles n’ont pas prêté de serment... elles ont cessé de conduire leur pension à l’église paroissiale. La communauté murmure contre cette conduite... (24 juin 1791 ).


Mesures contre les prêtres réfractaires

L ’histoire des catholiques en France, par la plume de C. LANGLOIS et T. TACKETT, nous explique :

En 1791, le clergé qui avait refusé le serment pouvait théoriquement rester sur place, à condition de partager l’église paroissiale avec le prêtre constitutionnel. Toute cohabitation devint rapidement impossible... la tension monta vite. Et des émeutes... rendirent précaire la liberté théorique du culte aux non constitutionnels. Dans les campagnes les autorités -municipalités, districts et départements -chargées par un décret de janvier 1791 de la police en matière religieuse, se mirent à en user, dès l’été, surtout là où dominaient les réfractaires, en déplaçant les prêtres hors de leurs paroisses, parfois même en les emprisonnant, par mesure de rétorsion contre les avanies que les populations faisaient subir aux constitutionnels. Ces dispositions non légales furent avalisées, voire intensifiées, avec la nouvelle Assemblée législative réunie en octobre 1791.

En effet, de l’été 1791 (fuite et arrestation du roi à Varennes en juin) à l’été 1792 (chute de la royauté, le 10 août) la situation politique évolue rapidement. Le clergé d’abord, dans la nouvelle Assemblée ne compte plus qu’un nombre réduit de représentants : vingt contre les 300 de la Constituante... D’autant plus qu’à la Législative, les Girondins se font remarquer dans la ligne des Lumières, par un vif anticléricalisme, non point uniquement tactique et démagogique, allié à un déisme sincère... Le décret du 29 novembre 1791 exige des prêtres réfractaires un nouveau serment civique et donne aux administrateurs locaux la possibilité de les déporter de leur domicile en cas de troubles. Ceux qui n’obtempèrent pas dans les huit jours sont déclarés suspects de révolte contre la loi et de mauvaises intentions contre la Patrie... Louis XVI oppose son veto le 19 décembre mais les autorités passent outre : les réfractaires se terrent ; dans le massif du Pilat et ses bois notamment. D’autres s’exilent, à Rome auprès du Pape en particulier.

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