| Pendant la 1e guerre mondiale des hôpitaux complémentaires ont été créés à l’arrière du front afin de soigner les soldats blessés, leur permettre de se reposer et de reprendre des forces avant un éventuel retour dans leur unité. L’hôpital complémentaire HC 14 bis dit de Fontaine le Dun (chef-lieu du canton) est situé dans la commune de Bourville (Seine Maritime), plus exactement dans le hameau de Tonneville [1]. |
La première carte a fait l’objet d’un article dans la gazette le 20 février 2026, « Qui était Jules VILLER ? ». Jacques Seynaeve a résolu l’énigme très rapidement et je le remercie pour sa perspicacité et son travail de fin limier.
La deuxième carte présentée ici est adressée par Henri à Jeanne CHALARD et à ses chers parents. Qui était Henri ? Qui était Jeanne ? Quel fut le parcours militaire d’Henri ?

- Chapelle de Tonneville
Le recto de la carte est la chapelle de Tonneville, hameau de la commune de Bourville. Cette carte n’est pas datée, n’est pas timbrée, pas de marque de tampon poste ou militaire, a-t-elle été postée ?
| Les blessés pouvaient envoyer du courrier en franchise postale, c’est à dire sans affranchissement, à condition que la carte porte la mention réglementaire et la signature d’un officier. Ce n’est pas le cas ici, aucune marque ! Toute correspondance des militaires blessés ou hospitalisés passait par la censure postale militaire. Les cartes postales étaient autorisées, mais leur contenu devait être limité : pas d’indication de lieu précis, pas de mention des mouvements de troupes, pas de détails sur les opérations. |

- Carte postale pour Jeanne
Chers parents
Cette chapelle que vous voyez ci-contre est celle où nous allons à la messe le dimanche et au salu 2 fois par semaine. J’attends de vos nouvelles aujourd’hui peut être.
La santé n’est pas parfaite, désire que vous soyez de mieux. Je ne sais encore lorsque je dois partir.
Amitiés à tous Henri
| En termes de liturgie catholique, Salut du Saint Sacrement ou simplement Salut se dit d’une cérémonie qui comporte essentiellement la bénédiction du Saint Sacrement : Aller au salut. Il y a salut tous les soirs dans cette église. On a sonné le salut [2]. |
Donc, en plus de la messe dominicale, Henri participe deux fois par semaine au sacrement du salut.
La carte est adressée à Mademoiselle Jeanne CHALARD et à ses parents hameau de Viau à Lignan en Gironde et signée par "Henri".

- La chapelle de Tonneville
- Photo Didier Hauchard mai 2026
| Lignan-de-Bordeaux est situé sur la rive droite de la Garonne, dans l’Entre-Deux-Mers à 18 km de Bordeaux . La terminaison -de-Bordeaux a été ajoutée en 1930, pour faire le distinguo avec la commune de Lignan-de-Bazas en Gironde qui ajouta sa terminaison en 1918. Population de Lignan-de-Bordeaux en 1911 341 habitants, 423 en 1921. |
Jeanne CHALARD destinataire de la carte

- Recensement de Lignan pour 1911
Le recensement de 1911 à Lignan indique une famille CHALARD, François le père, Henri, son fils de 16 ans né à Pensol, Haute Vienne, et sa fille « Jne », peut être Jeanne, 15 ans.
A Pensol, le 24 juillet 1895 est né Henri fils de Martial CHALARD 26 ans et de Marie CHATAIN 19 ans au lieu-dit du Châtain.

- Acte de naissance Henri Chalard
- AD 87 1895 acte n°10
| Pensol est une commune de la Haute Vienne située à 43 km au sud-est de Limoges. La population est de 725 habitants en 1896. Pensol est à 185 km de Lignan de Bordeaux. Saint Jory-de-Chalais est situé à 20 km au sud-est de Pensol. |
Il y a une incohérence entre la fiche du recensement de Lignan en 1911 et l’acte de naissance avec le nom de la mère et le prénom du père :
- Père : François pour le recensement et Martial dans l’acte de naissance.
- Son épouse : MOURGUES ou MEURGUES pour le recensement et CHATAIN dans l’acte de naissance.
Né en 1895, Henri a donc 16 ans en 1901, ce qui est confirmé par le recensement. Est-ce le bon Henri ?
En 1901, Martial CHALARD le père a 32 ans, il est fermier, son épouse Marie CHATAIN a 25 ans. Françoise a 7 ans, Henri 5 ans, Marie 3 ans et Mélanie 6 mois.
Jules LABADIE 25 ans est domestique et Berthe CHATAIN, peut être la sœur de Marie, est servante.

- Recensement de Lignan pour 1906
En 1906, Martial CHALARD, 37 ans, est chef fermier cultivateur, Marie MOURGUES est servante. Françoise à 12 ans, Henri 10 ans, Marie 8 ans et Mélanie 5 ans.
Jules LABADIE 30 ans est toujours domestique ; de même que Berthe CHATAIN (c’est bien la belle-sœur de Martial) servante.
Il faut donc constater deux erreurs dans le recensement de 1911 : Marie MEURGUES est la servante et non l’épouse du chef et dans le prénom du chef, il s’agit de Martial et non François !
| Dans les recensements, l’agent ne vérifie pas les noms, donc les erreurs sont fréquentes, comme ci-dessus Marie MEURGUES est enregistrée comme l’épouse du chef de ménage. Les enfants sont bien les mêmes Françoise, Henri, Marie et Mélanie. A cette époque, les prénoms usuels ne correspondaient pas aux prénoms de l’Etat Civil ou le prénom usuel pouvait être le 2e ou le 3e prénom ! Cela pourrait être le cas pour François / Martial et pour Françoise / Jeanne. |
Les enfants de Martial CHALARD et de Marie CHATAIN :
- 1/ Françoise CHALARD dite Jeanne née le 17 juillet 1893 à Saint-Jory-de-Chalais, (Dordogne) [3].
- 2/ Henri CHALARD voir plus bas
- 3/ Marie Adrienne CHALARD dite Marie née le 14 mai 1898 à Carignan-de-Bordeaux (Gironde) [4].
Marie Adrienne s’unit le 29 décembre 1917 à Lignan-de-Bordeaux avec Léopold MINVIELLE maréchal des Logis, né le 13 juin 1894.
Léopold et Marie Adrienne MINVIELLE ont un enfant Joseph né le 14 mars 1921 à Cénac (Gironde) et décédé le 6 septembre 2006 à Fargues-Saint-Hilaire (Gironde).
Marie Adrienne CHALARD est décédée à Cénac le 10 mai 1985 (mention marginale sur l’acte de naissance). - 4/ Mélanie CHALARD née à Lignan-de-Bordeaux le 6 mars 1901 [5].
Mélanie n’apparait pas dans le recensement de 1911 !
Mélanie CHALARD, ménagère, s’unit le 22 avril 1924 à Lignan-de-Bordeaux avec André LAMOTHE, charpentier né à Saint-Jory-de-Chalais, (Dordogne) le 12 novembre 1893.
En 1936, André LAMOTHE et Mélanie sont recensés à Thiviers, avenue Saint Martin maison 430 et ménage n°642. André est patron menuisier.
André et Mélanie LAMOTHE ont deux enfants : Jeanne née à Thiviers en 1926, Lucien Robert né à Thiviers le 26 juillet1929 et décédé à Poitiers le 30 mai 2016.
Mélanie est décédée à Thiviers le 31 octobre 1943. En 1946, André LAMOTHE habite toujours avenue Saint Martin à Thiviers, avec sa fille Jeanne employée aux PTT et son fils Lucien menuisier [6].
- 5/ Jean CHALARD né le 6 avril 1892 et décédé le 13 avril 1892 à Saint-Jory-de-Chalais, (Dordogne) [7].
Marie CHATAIN épouse de Martial CHALARD est décédée à Lignan de Bordeaux le 16 décembre 1902. La déclaration de succession a été enregistrée à Créon le 3 mai 1903 [8].
Henri CHALARD
Il est né le 24 juillet 1895 à Pensol (Haute-Vienne), il est bien le fils de Martial CHALARD 26 ans cultivateur au lieu-dit du « Chatain » et de Marie CHÂTAIN 19 ans. Déclaration faite par son père en présence de Jean CHALARD, 72 ans grand-père.
Le 10 février 1920 Henri CHATARD, cultivateur, s’unit à Sadirac (Gironde) avec Marie CHAPAIN lingère. Marie est née à Montendre (Charente Maritime) le 13 décembre 1896.
Henri CHALARD valet de chambre est décédé à l’hôpital Bel Air, 140 avenue de la République, à Caudéran Gironde) le 3 mai 1924. L’acte n’indique pas son domicile.
Le déclarant est Léopold Gontrand, 45 ans, "garçon de bureau" habitant 1,rue Mondenard à Bordeaux [9]

- Acte de décès Henri Chalard
- Caudéran acte numéro 162 vue 84/232
Marie CHAPAIN, veuve de Henri CHALARD, est décédée le 16 décembre 1988 à Saint-Caprais-de-Bordeaux. Déclaration faite le 17 décembre 1988 par son neveu Marcel PAPONNEAU [10].
| Le couple CHALARD / CHAPAIN a-t-il eu des enfants ? pas de traces à Caudéran, Léognan, Sadirac, Lignan de Bordeaux… |
Le Registre matricule d’Henri CHALARD [11]
https://archives.gironde.fr/ark:/25651/vta1faf7677139f75e5/daoloc/0/1
"Cheveux châtain clair, yeux bleu clair, front moyen, visage ovale, nez rectiligne taille1m 68, degré d’instruction niveau 3", Henri est inscrit sous le numéro 27 et classé dans la 1e partie de la liste.

- Régiments d’affectation d’Henri Chalard
- Extrait de sa fiche matricule
Henri a été incorporé le 16 décembre 1914 au 63e régiment d’infanterie, puis le 3 juillet 1915 au 78e régiment d’infanterie, puis le 22 juillet 1916 au 34e régiment d’infanterie et enfin le 29 juillet 1916 au 49e régiment d’infanterie.
Henri CHALARD arrive au 78e régiment d’infanterie le 3 juillet 1915. Le 20 août 1915, le 78e régiment d’infanterie relève dans les tranchées le 107e régiment d’infanterie.
L’effectif de ce jour est de 60 officiers, 2822 hommes de troupe et 245 chevaux.
Le 1e bataillon occupe le sous-secteur d’Ecurie, le 3e le secteur du Labyrinthe et le 2e est en réserve dans les abris de la côte 107 [12]

- Blessé en 1915
- "Blessé le 24 août 1915 au Labyrinthe (mollet et épaule gauche par E.O)" = Eclat d’obus
| Le Labyrinthe est un secteur de tranchées entre Neuville-Saint-Vaast et Ecurie dans le Pas de Calais. Le système d’ouvrages et de tranchées que nos soldats ont baptisé le Labyrinthe formait, entre Neuville-Saint-Vaast et Écurie, un saillant de la ligne ennemie, et c’est sa position qui expliquait sa puissance. Orienté d’ouest en est, dans une sorte de cuvette, le Labyrinthe avait pour arcs principaux deux chemins creux profonds, d’où rayonnaient sur 2 kilomètres de côté des ouvrages de toutes sortes garnis de mitrailleuses et de lance-bombes. L’assaut fut donné le 30 mai 1915, un régiment marchant du sud au nord, un de l’ouest à l’est, l’autre du nord au sud. L’élan fut admirable sur tout le front, et partout, sauf à droite, on enleva la première ligne, que nos engins de tranchées avaient complètement écrasée. La guerre de boyaux commençait, il y avait le boyau Von Kluck et le boyau d’Eulenbourg, les Buissons et la Salle des fêtes, sans compter d’innombrables ouvrages numérotés, dont le plan donne le sentiment des difficultés inouïes que nos troupes avaient à vaincre. Sans arrêt, du 30 mai au 17 juin, elles se sont battues dans ces terres trouées et pleines de morts. Le combat n’a jamais cessé ni de jour ni de nuit. Les hommes, sous le soleil si chaud dans les boyaux, se battaient nue tête, en bras de chemise. Pas un n’eût admis l’hypothèse de s’arrêter avant de tenir le Labyrinthe entier. On a tout dit de l’élan de nos fantassins. Mais on n’a pas assez dit que leur ténacité égale leur élan et que leur volonté obstinée est un des éléments essentiels de leurs succès. Nous perdons du monde. Mais le moral ne fléchit pas. Les hommes ne demandent qu’une chose : aller de l’avant et se battre à la grenade au lieu d’attendre, l’arme au pied, la chute implacable des marmites. Le 16 juin, à midi 15, nos hommes sont sortis de la parallèle. Ils se sont dressés sur le talus et ont couru à travers les coquelicots. Ils ont atteint le boyau allemand, et ils ont sauté dedans. L’opération a duré trois minutes. Avec une belle précision, l’artillerie ennemie a aussitôt déclenché son tir. Mais le fantassin français garde ce qu’il tient. On s’est battu dans les tranchées d’Eulenbourg et voisines l’après-midi du 16, la nuit du 16 au 17, la journée du 17 et jusqu’au 19 [13]. |
| Le JMO du 78e Régiment d’Infanterie, à la date du 24 août 1915, ne signale pas d’évacuation mais il y a tout de même 9 blessés ce jour là ! Henri est-il l’un deux ? A-t-il été hospitalisé ? puis dirigé vers le HC14 bis de Fontaine le Dun à 180 km environ du Labyrinthe. Aucune indication sur le registre matricule. Le SAMHA de Limoges, n’a pas de dossier sur Henri CHALARD, donc il est impossible de savoir si Henri a intégré le HC 14 bis ! |
Après son hypothétique séjour au HC 14 bis, Henri a probablement eu une permission, puis a t-il rejoint directement le 78e RI le 29 juillet 1916 ? Le registre matricule ne le précise pas.
Réformé n° 1 pour pleurésie, il est démobilisé le 17 septembre 1919 et il se retire à Léognan (Gironde).
Pas de traces d’Henri dans le recensement de 1921 à Léognan, Sadirac, Lignan de Bordeaux et Caudéran.
Pas de traces également dans les tables de successions des bureaux de Bordeaux.
La famille CHALARD après guerre
Martial CHALARD se remarie à Saint Jory de Chalais le 19 mai 1906 avec Marie DUREISSEIX née le 14 janvier 1880 à Abjat-sur-Bandiat (Dordogne) servante.
CHALARD Martial dit François et son fils Pierre dit André écolier né le 6 avril 1913 à Lignan.
Marie DUREISSEIX est décédée le 4 octobre 1914 à Lignan.
Pierre CHALARD s’unit le 24 novembre 1936 à Angoulême avec Odette Gabrielle SULTZER, ils divorceront à Versailles le 23 novembre 1951 [14].
Odette SULTZER est née à Angoulême le 8 février 1920 et décédée à Evreux le 31 aout 1998 [15].
Pierre CHALARD est décédé à Versailles le 29 avril 1982 [16].
Joseph PAPONNEAU est l’époux de Jeanne CHALARD, fille de Martial et soeur de Henri.
Joseph et Jeanne ont deux enfants :
- Marcel René PAPONNEAU dit René né à La Sauve (Gironde) le 20 août 1920 et décédé le
29 octobre 2012 à Libourne. [12] - Yvonne PAPONNEAU née le 11 septembre 1921 à Lignan et décédée le 24 janvier 2001 à
Bonnetan (Gironde).
Jeanne CHALARD est décédée le 12 janvier 1981 à Bonnetan (Gironde). [11]
Deux questions restent en suspens :
- Henri CHALARD et Marie CHAPAIN ont-ils eu des enfants ?
- Quel était le domicile de Henri CHALARD et de son épouse entre 1919 et 1924 ?
Sources :
https://www.auxpaysdemesancetres.com Bourville - Tonneville
Archives départementales Gironde (état civil, registre matricule, recensements, tables successions)
Archives départementales du Pas-de-Calais – Dordogne - Haute-Vienne (Etat civil)
Fichier INSEE personnes décédées
Mémoires de hommes JMO 78e RI
Journal la France de Bordeaux et du Sud-ouest
Site Chtimiste les régiments d’infanterie
L’Écho de Paris, mercredi 23 juin 1915
Cartes postales anciennes collection Didier HAUCHARD
Qui était Henri ?