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Aurait-on retrouvé Benoite M ? Suite de l’enquête...

Le vendredi 1er juillet 2022, par Catherine Jean

Quelques mots sur l’histoire de Benoite Menu, telle que je l’avais présentée il y a un peu plus d’un an : l’histoire d’une femme de 30 ans qui s’évaporait dans la nature, laissant deux enfants naturels, l’un de 11 ans à Maubeuge, l’autre de 9 ans à Strasbourg, une fille, Marie, mon aïeule, laissée aux bons soins de la famille de son père. Je savais juste à ce moment là que Benoite avait pris un passeport à l’intérieur pour Le Havre, et qu’elle avait quitté Strasbourg le 2 janvier 1855. Puis, plus rien. Je supposais juste qu’elle était partie vers les États-Unis, mais je n’arrivais pas à la retrouver.

Grâce à votre aide m’est arrivé ce document qui a changé pas mal de choses. Voilà la capture d’écran de la fiche de débarquement de Benoite Menu à la Nouvelle-Orléans, le 24 février 1855. Elle est venue du Havre par le steamer Lexington.

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En réalité, on trouve pour elle deux fiches de débarquement. Avec la même graphie, Benoit, sans le “e” final, elle est notée une fois comme homme, une fois comme femme. Je savais déjà que chercher le patronyme “Menu” sur internet est un travail de fourmi, à cause des homophonies, et en particulier les très exaspérants menus... des restaurants ! Mais je n’avais pas réalisé jusqu’alors que son prénom, Benoite, pouvait poser problème aux Américains, qui prononcent déjà le “t” de Benoit au masculin, et qui devaient donc écrire son prénom sans “e” et très certainement sans rien y comprendre...

On ne trouve dans la liste de passagers du Lexington aucun patronyme qui pourrait correspondre à celui d’un de ses voisins de Strasbourg. Pas non plus de patronymes du village de Surbourg (entre Haguenau et Wissembourg), dont était originaire le père probable de Marie, Antoine Grusenmeyer. Seul le patronyme de Frédéric Pfeiffer, que j’avais relevé à Strasbourg, figure juste avant elle sur la liste des passagers. Mais on peut le suivre facilement aux États-Unis, il fait souche, a une femme et des enfants, et rien ne permet de le rapporter à Benoite Menu dans son histoire américaine.

Une autre âme charitable m’a aidée en me fournissant les fichiers du recensement de la Nouvelle-Orléans en 1860. Vu la taille de la ville, il m’a fallu deux mois pour venir à bout des huit monstrueux fichiers aux transcriptions parfois approximatives. J’ai appris nombre de choses passionnantes sur la vie là bas, mais rien sur Benoite Menu.

Après quoi, suivant encore d’autres conseils avisés, je suis retournée l’été dernier aux archives de Strasbourg, chercher comment on pouvait, par les moyens plus ou moins détournés, retrouver des informations sur le séjour américain de Benoite. Mes recherches ont d’abord porté sur la recherche d’une tutelle familiale pour sa fille Marie, 9 ans en 1855. Une enfant mineure ne peut pas être laissée à une garde quelconque sans qu’un acte judiciaire ne le permette. Les archives de la justice sont fragmentaires. J’ai dépouillé avec parfois pas mal d’émotion des registres très abimés sur lesquels on voyait à l’occasion des traces de pneus... Je n’ai rien trouvé, ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait rien eu.

Je suis alors passée aux archives notariées. Sur Strasbourg, seuls certains notaires ont fourni aux archives des actes accompagnés de répertoires, par dates, et parfois par noms. Parmi ceux là, j’ai eu la chance de retrouver le notaire de Laurent Bataille, chez qui la jeune Marie Menu avait été laissée. Je n’ai trouvé aucun acte concernant Marie, alors que j’ai, entre autre, retrouvé la donation au dernier vivant entre Laurent Bataille et sa femme, Anne Marie Grusenmeyer...

Je suis alors passée aux archives notariées de Soultz sous Forêt, pour rechercher un acte concernant Marie dans la famille Grusenmeyer de Surbourg. J’ai trouvé le notaire qui s’occupait des frères d’Antoine Grusenmeyer, Maître Nansé, ainsi qu’une quantité impressionante d’actes, dont un certain nombre concernaient une faillite Grusenmeyer retentissante en 1867, qui avait défrayé la chronique de l’arrondissement. Un travail très amusant, mais qui ne m’apportait rien sur Benoite.

Cette faillite a dirigé mon attention sur les Grusenmeyer, et sur le village de Surbourg, sur lequel je me suis mise à enquêter. J’ai donc découvert l’ampleur des migrations des villages alsaciens d’Outre-Forêt vers les États-Unis, depuis parfois le XVIIIe siècle. En recoupant un certain nombre d’informations de sources très variées, j’ai fait une liste des habitants de Surbourg de la génération de Benoite partis aux États-Unis, en me disant qu’elle était peut-être partie rejoindre quelqu’un qui était connu de sa belle-famille ?

Au détours de mes recherches aux archives, je m’étais aussi rendue compte que l’un des frères Grusenmeyer, un des deux qui avaient eu maille à partir avec la justice en 1867, était parti en catastrophe aux États-Unis. On retrouve dans les archives notariées conservées à Strasbourg une procuration qu’il a envoyée à sa femme en juillet 1867, qu’il a fait rédiger en anglais par le notaire public de la ville de Syracuse, État de New York, une petite ville située pas très loin des chutes du Niagara.

J’ai constaté que beaucoup des habitants de Surbourg avaient fait souche, ou au moins étaient passé par cette région des États-Unis située au nord de l’État de New York, entre Buffalo et Syracuse. Beaucoup y sont agriculteurs. Certains travaillent dans la métallurgie. Des Pfohl sont épiciers, et régulièrement condamnés pour coups et blessures. Leur fils disparait à cette même époque, il est recherché par la police après avoir braqué tous les commerçants d’une rue de leur ville (et il est mineur !). Bref, toute un pan de l’histoire quotidienne de ces alsaciens expatriés mais qui se serrent les coudes, se marient entre eux et s’accueillent les uns les autres m’a été dévoilé. J’y ai recherché Benoite Menu, principalement dans des recensements de population, en 1860, ou même par endroits 1865. Mais pas de Benoite Menu.

En revanche, d’autres Grusenmeyer me sont apparus. Certains s’installent en Ohio, à Hamilton County près de Cincinnati en particulier. Mais ils ne restent que quelques années, avant de rentrer en France. Il était impossible de dépouiller tous les fichiers d’Hamilton County, mais Benoite Menu ne figurait pas parmi les voisins des émigrés de Surbourg connus de moi entre 1860 et 1870.

À ce point de mes réflexions, je me demandais bien comment j’allais faire, quand, par hasard l’autre jour, je suis tombée, en parcourant le site My Heritage, sur le dépouillement de journaux de l’époque. J’ai donc, bien sûr, demandé Benoite Menu, et voici ce que j’ai obtenu :

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Traduction : “... à 10 dollars. Veste d’homme de 2 à 16 dollars. Pantalons de 1 à 4 dollars. Apporter le matériel et les tapis. S’adresser à ou envoyer une lettre par la poste à B. Menu, n° 282, 7e Avenue, entre 17e et 28e [rues]...” Source : www.my heritage.fr rechercher journaux.

“B. Menu”, ce n’est pas exactement Benoite Menu, mais enfin ça s’en rapproche quand même de façon encourageante, et l’orthographe du patronyme est exacte. Le travail de couture correspond exactement à son métier, elle a toujours été couturière. La modicité des sommes demandées correspond à un simple travail de couture, pas à un travail de tailleur. B. Menu devrait donc être une femme. Reste à la localiser. Quand on demande sur Google Maps le croisement 7e avenue, 27 et 28e rues, seule New York, dans les plus grandes villes américaines, donne un résultat : à Manhattan, dans l’actuel quartier de Chelsea, qui vient juste d’être bâti à l’époque, puisque la date est donnée, 1859. Un quartier qui est justement peuplé de pas mal de français (les Français représentant environ 1% de la population de New York, ce n’est pas vraiment une concentration, mais ce qui s’en rapproche le plus !).

Dans la foulée, j’ai recherché le recensement de 1860 à Chelsea, dans le Ward dans lequel elle habitait, puisque la petite annonce donne l’adresse précise. Je ne l’ai pas trouvée. Je n’ai trouvé aucun patronyme que je connaisse, en particulier personne de Surbourg.

Il ne me restait plus qu’à chercher dans les décès entre 1859 et juin 1860 (le recensement commence au 1er juin). Pas de Benoite Menu, ni de B. Menu comme dans la petite annonce. J’ai donc demandé Benoite M ! Et il m’est arrivé cette réponse :

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source : Family search , décès 1859/1860 New York

Un simple “M”, une femme, morte le 3 août 1859, à Manhattan, dont personne ne semble rien savoir, même pas son prénom, et rien, absolument rien de son état civil. Le “M” doit très certainement sur l’acte de décès original être la première lettre d’un patronyme plus ou moins illisible, car aucun employé d’état-civil ne pourrait se contenter d’écrire une simple lettre. Les fichiers ne sont pas numérisés, quand on clique sur “afficher le document” on est poliment avisé du fait qu’aucun document en ligne n’est disponible (et c’est vrai pour tous les autres du même fichier).

Là encore, même si rien ne prouve qu’il puisse s’agir d’elle, il est plausible que ce puisse être elle, de retour à New York courant 1859, avant de reprendre le bateau pour la France, et retrouver Antoine Grusenmeyer qui était libérable de l’armée au premier janvier 1860. Le timing est bon.

Naturellement, on ne sait rien de l’endroit où elle aurait habité pendant les quatre années de 1855 à 1859. Il me paraît peu probable que ce soit New York, sinon pourquoi aurait-elle pris le bateau pour la Nouvelle-Orléans en 1855 ?

J’aimerais vos avis sur mon enquête. Qu’est-ce que j’aurais pu manquer comme piste de recherche ? Est-ce que vous pensez que le scénario selon lequel elle est revenue à New York courant 1859, et qu’elle y est morte pendant l’été, est réaliste ? Je suis impatiente de lire toutes vos remarques !

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21 Messages

  • Bonjour,
    Quel travail de fourmi ! J’ai en effet moi aussi des arrières Grands-Parents qui sont partis « aux Amériques » dans les années 1854 et ils sont originaires de Strasbourg. Et je suis toujours à la recherche de la suite… !
    Par contre un détail, votre aïeule Mariie, quand elle s’est mariée, à l époque il fallait le consentement des parents. C’est comme cela que j’ai découvert que mes AGP étaient partis. aux Amériques, à Baltimore ! Peut-être une petite piste… si vous savez quand et où a eu lieu son mariage ?
    bon courage,
    Cordialement
    a.Ispa

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    • Aurait-on retrouvé Benoite M ? Suite de l’enquête... 3 juillet 06:47, par Catherine JEAN

      Bonjour !
      mon AAGM s’est mariée à Strasbourg en mars 1873, et il est mentionné dans l’acte que sa mère est "absente sans domicile connu". Mais lorsque mon AAGM avait accouché en 1867 d’un garçon, il avait été déclaré que sa mère était morte. La conclusion que j’en ai tirée c’est que Benoite Menu était bien morte, mais qu’il n’y avait aucun papier pour le prouver ? Et que donc, on ne pouvait l’écrire sur un acte de mariage où la filiation doit être prouvée ?

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  • Benoite M 1er juillet 16:41, par Christiane Convert

    Sur sa fiche de débarquement Benoîte Menu se déclare de nationalité allemande, née en Bavière. Or en 1855 l’Alsace est française... bizarre non ? s’agit-il bien de la vôtre ?

    Quant aux actes de décès de New York commençant tous par un M, ne s’agit-il pas de l’équivalent de notre N utilisé quand on ignore tout du nom de quelqu’un (ce qui devait souvent être le cas dans le milieu des émigrants) donc pas de rapport avec l’initiale du nom Menu.

    J’ai conscience d’avoir semé plus de doute qu’apporter de résultat à votre enquête fort bien ménée par ailleurs.

    Pour ma part ayant cherché en vain les descendants d’un cousin de mon grand-père débarqué à Ellis Island en 1909, j’avais fini par lancer une bouteille à la mer sous forme d’un message déposé sur des sites de généalogie américains disant que je recherchais les descendants de ce couple et au bout d’un an j’ai reçu un message d’un lointain cousin qui m’annonçait tout bonnement : Mary Boehm was my GGmother ! Grâce à lui j’ai pu retracer toute l’histoire de cette branche de ma famille. Vous pourriez aussi essayer...
    Bon courage !
    Christiane

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    • Benoite M 3 juillet 06:50, par Catherine JEAN

      bonjour Christiane,
      je suis très intéressée par vos sites de généalogie américaine. Comment fonctionnent-ils ? par Etat ? Par lieu d’origine ?? Pouvez vous me préciser comment vous avez fait pour trouver un site qui puisse vous apporter la réponse ??
      Mille mercis d’avance pour cette bonne idée,
      Catherine

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      • Benoite M. 4 juillet 17:06, par Christiane CONVERT

        J’ai simplement écrit un message en anglais sur le forum de My Heritage et de Ancestry, les deux plus connus, en laissant mes coordonnées.

        Répondre à ce message

    • Benoite M 3 juillet 17:52, par c. lebeau

      « ne s’agit-il pas de l’équivalent de notre N utilisé quand on ignore tout du nom de quelqu’un »

      Le N... que nous utilisons correspond à Non nommé ou Non connu. Aux Etats Unis, lorsque l’on ne connaît pas l’identité d’une personne, c’est Jane/John Doe qui est utilisé
      https://frenchmorning.com/john-doe/

      Bonnes recherches !

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  • Aurait-on retrouvé Benoite M ? Suite de l’enquête... 1er juillet 19:54, par Christophe CANIVET

    Ce voyage du Lexington est surtout connu pour avoir transporté, non pas Victor CONSIDERANT mais une partie de ses partisans et surtout leurs plants de vigne, partis créer un phalanstère (la Réunion, https://fr.wikipedia.org/wiki/La_R%C3%A9union_(phalanst%C3%A8re) & https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1045534b/ ) au Texas
    Victor CONSIDERANT était un philosophe et économiste, disciple de Charles FOURIER, donc un socialiste utopiste selon les termes de MARX et ENGELS. CONSIDERANT est notamment l’inventeur du scrutin à la proportionnelle. C’est bien entendu un opposant à Napoléon III. Lui-même choisit l’exil, mais ses partisans restés en France risquent la déportation etc... https://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Considerant
    Vous devriez rechercher dans le Journal du Havre les différents articles relatifs au départ de son "expédition".
    En voici un, relayé par le Journal des débats politiques et littéraires, 10 février 1855 ( https://www.retronews.fr/journal/journal-des-debats-politiques-et-litteraires/10-fevrier-1855/134/712999/2?from=%2Fsearch%23allTerms%3D%2522lexington%2520%2522%2522havre%2520%2522%26sort%3Ddate-asc%26publishedBounds%3Dfrom%26indexedBounds%3Dfrom%26tfHistoPeriods%255B0%255D%3DLe%2520Second%2520Empire%2520%25281852-1870%2529%26page%3D1%26searchIn%3Dall%26total%3D161&index=10 )
    Nous avons annoncé le départ de M. Victor Considérant pour le haut Texas. « M. Considérant, dit le Courrier du Havre, va, avec quelques amis, fonder une colonie agricole, et il emporte en grande quantité des productions de notre sol. » Deux groupes d’amis l’ont précédé de quelques jours. L’un, parti d’Anvers à bord de l’Uriel le 25 décembre, emportait une certaine quantité de plants de vigne, arbres fruitiers, graines, etc., empruntés à la pépinière de Vilvorde et à la propriété de M. Deltrou, à Bléneau (Yonne), Français réfugié à Bruxelles. Cet assortiment comprend environ 450 plants de vigne d’Auxerre, 100 plants de chasselas, un raisin d’Ischia, 3,000 arbres à fruits, et plus de 2,000 pieds de fraises. L’autre, parti du Havre le 12 janvier, à bord du Lexington, emportait environ 40,000 plants de vigne assortis, des divers vignobles de France ; 40,000 plants sauvageons de plants greffés, un assortiment du graines, pépins, noyaux, etc.
    Si tant est que ce soit bien elle sur votre fiche, Benoîte MENUT était donc peut-être une de ses partisans, d’où quelques "erreurs" sur sa fiche. ça peut aussi expliquer qu’elle arrive tout d’abord à la Nouvelle-Orleans puis rejoint pour X raisons New-York ensuite ?
    Il ne faut pas non plus oublier qu’en 1855, ce sont encore les débuts de la navigation transatlantique à vapeur. On n’est pas sur les statistiques de la fin du siècle. Donc emprunter un steamer n’était pas à portée de toutes les bourses, à moins que justement, elle appartenait à un groupe organisé, comme celui de CONSIDERANT...

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    • Aurait-on retrouvé Benoite M ? Suite de l’enquête... 3 juillet 07:43, par Catherine JEAN

      Bonjour Christophe,
      Merci beaucoup pour ces connaissances que vous m’apportez ! Je m’étais effectivement demandé depuis le début pourquoi elle avait traversé sur un steamer, et toujours pensé qu’elle avait dû partir accompagnée. Mais aucune des recherches que j’avais effectuées sur les autres passagers ne m’avait ramenée à Strasbourg, maintenant, je comprends pourquoi ! Je vais creuser cette piste, qui correspond parfaitement à ma chronologie familiale. Puis-je revenir vers vous si j’ai d’autres interrogations ? Encore une foi merci !
      Catherine.

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      • Aurait-on retrouvé Benoite M ? Suite de l’enquête... 3 juillet 16:39, par Christophe CANIVET

        Je n’en sais guère plus sur ce phalanstère. J’ai juste cherché ce packet-boat, comme on disait à l’origine, sur retronews. Mais il fait juste écho à deux recherches que j’avais moi-même effectuées.

        La première se situait au XVIIIe s., s’agissant d’une précédente tentative d’implantation de la vigne aux Etats-Unis, à New Bordeaux. Même causes, même effets. La vigne ça peut être rentable mais ce n’est pas une agriculture vivrière, ça demande des gens qui s’y connaissent, et c’est un cycle de production long puisqu’il faut plusieurs années avant de pouvoir faire une bonne récolte (dans tous les sens du mot bonne). Pendant ce temps là vous avez tout un tas d’aléas qui peuvent surgir (météo, ravageurs, guerre etc...)

        La seconde se situe juste avant 1855. C’est la première tentative de ligne transatlantique à vapeur française vers New-York en 1847. Mais l’expérience de MM HEROUT et HANDEL échoue aussitôt. Ils ont multiplié les surcoûts et les retards et ont perdu la confiance des investisseurs et des clients. On notera toutefois au passage que le Canada (pour le coup rebaptisé Union) restera à tout jamais le premier paquebot à vapeur ayant relié New-York pour une liaison régulière qui était censée perdurer. Pour cause, les Américains n’avaient pas encore lancé leurs propres steamers et les Britanniques ne ralliaient pas encore New-York mais Boston.

        On retiendra aussi que c’est à cette occasion que sera percé le Bassin de Floride au Havre. Si Cherbourg, en tant que port militaire, possédait un bassin "suffisant" (ce serait trop long de vous expliquer ici ces guillemets) pour effectuer ces premiers voyages, il était évidemment plus rentable de faire partir les paquebots du Havre qui était déjà relié à Paris par le chemin de fer

        HEROUT et HANDEL avaient suspendu les traversées et étaient en train de tenter de renégocier leur contrat quand la révolution de 1848 (22-25 février) survient. Finalement, le nouveau gouvernement rompt définitivement leur contrat et réclame la restitution des quatre frégates d’état qui avaient été mises à leur disposition.

        Vous n’ignorez pas qu’au bout de quelques mois, le futur Napoléon III est élu président de la seconde république. Juste après son coup d’état du 2 décembre 1851, il va promulguer le décret-loi du 8 décembre 1851 permettant le transport des « repris de justice et affiliés aux sociétés secrètes ». Bien entendu les Fouriéristes font partie de ces "sociétés secrètes"

        Parallèlement, on va fermer les bagnes qui étaient jusque là tenus en marge des ports militaires (Toulon, Rochefort, Brest) et on va ouvrir des colonies pénitentiaires outre-mer (Algérie, Nuku Hiva puis Guyane et Nouvelle-Calédonie quand celle-ci deviendra française). J’abrège volontairement...

        En décembre 1851/janvier 1852, le Canada va être chargé de convoyer du Havre à Brest ces transportés qui encombrent les prisons parisiennes depuis le coup d’état, généralement sans jugement. Il est prévu qu’il traverse ensuite l’Atlantique jusqu’en Guyane mais il est avarié au cours de la traversée de la Manche et doit être remplacé au pied levé par une frégate cherbourgeoise la Forte...

        Le voyage de Benoîte MENU sur un transatlantique américain intervient à peine trois ans plus tard. Il doit bien y avoir tout un tas de rapports de police archivés autour de ce voyage du Lexington, transportant au moins pour partie des individus pour le moins "suspects"

        J’ai demandé au site https://maitron.fr/ (du CNRS) si certains passagers de la liste du Lexington figuraient sur leurs fichiers en renvoyant au présent post.

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  • Aurait-on retrouvé Benoite M ? Suite de l’enquête... 3 juillet 17:21, par Christophe CANIVET

    J’en profite pour rappeler le lien de la première partie du sujet
    La disparition de Benoite M.

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  • Aurait-on retrouvé Benoite M ? Suite de l’enquête... 3 juillet 18:36, par Christophe CANIVET

    Il y a de quoi être superstitieux ^^

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  • Aurait-on retrouvé Benoite M ? Suite de l’enquête... 4 juillet 00:01, par Christophe CANIVET

    Encore plus de détails sur la thèse (en sociologie) de Pierre MERCKLé : Le socialisme, l’utopie ou la science ? : la "science sociale" de Charles Fourier et les expérimentations sociales de l’Ecole sociétaire au XIXe siècle (Lyon II 2001)
    http://theses.univ-lyon2.fr/documents/lyon2/2001/merckle_p#p=0&a=top

    Le phalanstère de Reunion y est étudié sous le chap. XIhttp://theses.univ-lyon2.fr/documents/lyon2/2001/merckle_p#p=70&a=TH.12

    Il semble ignorer l’escale du Havre et ne donne pas de liste des phalantéristes
    Mais il donne un certain nombre de sources et pour ce soir, il est bien tard pour comprendre toute une thèse... Je n’ai pas su voir si le comptage de Kalikst Wolski donnait les noms des membres (note 991 http://theses.univ-lyon2.fr/documents/lyon2/2001/merckle_p#p=73&a=top)
    Voir le numéro spécial « Autour de la colonie de Réunion, Texas » des Cahiers Charles Fourier publié en 1993 http://www.charlesfourier.fr/spip.php?rubrique6&resumer=oui&lang=en
    Voir plus généralement le site de l’asso http://www.charlesfourier.fr/ (il a pu y avoir de nouvelles recherches depuis 1993)
    Voir peut-être aussi son site perso (voir sa page de contact : http://pierremerckle.fr/me-contacter/)
    Voir aussi https://ir.vanderbilt.edu/bitstream/handle/1803/7158/Q1.C11.Rusinowa.pdf?sequence=1&isAllowed=y

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    • Aurait-on retrouvé Benoite M ? Suite de l’enquête... 5 juillet 18:20, par Catherine JEAN

      re bonjour Christophe,
      je réponds d’un seul coup à tous vos autres messages. J’ai commencé à fouiner moi aussi, et j’ai déjà vu un certain nombre des références que vous me donnez. Mais pas la thèse, que je vais regarder !
      Maintenant, ce qui m’intrigue vraiment, c’est la façon dont cette femme a eu l’idée de rejoindre ce mouvement. Elle n’était sans doute pas très instruite, elle devait sans aucun doute se démener pour vivre dans Strasbourg, qui était une ville très pauvre à l’époque. Comment a-t-elle pu s’ouvrir à ce mouvement ? Qu’est-ce qui, à Strasbourg, pouvait l’y amener ? J’ai vu un bout d’article du Texas State Times (Austin), Feb. 10, 1855, dont voici le lien :
      https://flashbackdallas.files.wordpress.com/2016/03/la-reunion_texas-state-times_austin_021055.jpg
      dans lequel il est écrit que le parti socialiste alsacien émigre "en masse" et en Français dans le texte, vers le Texas. Je voudrais comprendre comment je peux la relier à cela ! Qu’en pensez vous ???

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      • Aurait-on retrouvé Benoite M ? Suite de l’enquête... 6 juillet 12:41, par Christophe CANIVET

        Je n’en sais pas plus, je ne suis pas un spécialiste de la matière.
        Rien ne prouve qu’elle faisait partie des Fouriéristes de Réunion. Elle ne semble pas mentionnée sur les listes dressées depuis.
        Déjà, il faudrait être absolument certain que c’est elle qui est enregistrée sur la liste des passagers comme "Bavaroise".
        Comment déterminer combien des passagers du Lexington étaient des Fouriéristes ? Il y avait peut-être plus de passagers sur le seul Lexington qu’il n’y a eu de fouriéristes de Réunion au total des trois bateaux. Sauf que un critère de comparaison est biaisé : la liste du Lexington énumérait tous les individus y compris les enfants alors que les listes de Réunion ne tiennent peut-être compte que des chefs de famille (j’ai eu ce cas de figure en étudiant New Bordeaux)
        En plus, ce qui ne nous aide pas, le rédacteur de la liste de passagers ne savait pas faire la différence entre un Allemand et un Alsacien et comme la plupart ont un nom germanophone, il est peut-être difficile de déterminer la proportion de Fouriéristes parmi tous les passagers du Lexington.
        Quant à savoir pourquoi les couches les plus populaires se laissent séduire par des utopistes... Elle vivait dans la misère, on lui promettait un monde meilleur...
        N’oublions pas non plus qu’elle était peut-être en quête d’identité, portant le nom et la nationalité de celui qui n’était que le mari de sa mère et probablement pas son géniteur.
        C’est pour toutes ces raisons qu’il vaut sans doute mieux s’adresser aux spécialistes des fouriéristes dont je vous ai passé les liens. Ils ont probablement déjà effectué tout ou partie de ce travail de collecte et de synthèse.

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        • Aurait-on retrouvé Benoite M ? Suite de l’enquête... 13 juillet 10:22, par Catherine JEAN

          bonjour Christophe,
          je vais suivre votre conseil, en laissant peut-être passer la période des congés pour contacter l’ENS. Il y avait environ 250 passagers sur le Lexington, et j’en ai identifié 6 comme accompagnant Raizant, qui y figure bien. Dans les fiches retranscrites et tapées de Family Search, on trouve dans la dernière ligne, sous le titre Form 548-H, la mention "Custom house, Room 219, 2d floor" qui est la même pour Raizant et pour mon aieule. Cusrom House, c’est la douane, c’est ça ? Je ne sais pas si on entassait tous les passagers d’un navires dans une seule pièce, ou bien s’il y avait déjà un tri, auquel cas, ils aurait été triés de la même façon ? Quant aux listes partielles d’habitants de la Réunion, j’en ai trouvé deux pour le moment, et elles ne semblent pas comporter les noms des femmes, sauf lorsqu’elles sont mariées, avec la mention " patronyme du mari plus épouse et enfants". La seule femme qui s’individualise vraiment est la cuisinière : ce devait être un cordon bleu !!! Il y a d’autre part de nombreuses coquilles ou erreurs dans les articles que l’ai lus jusqu’ici, y compris dans le chapitre de la thèse dont vous m’avez gentiment fait passer le lien. Du coup, je trouve particulièrement difficile de discerner le vrai du faux... En tout cas, merci pour le temps que vous avez consacré à mes recherches !

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      • Aurait-on retrouvé Benoite M ? Suite de l’enquête... 6 juillet 18:54, par Christophe CANIVET

        Peut-être aviez-vous déjà noté cette référence
        ÉMIGRATION ALSACIENNE AUX ÉTATS-UNIS 1815-1870 / Nicole Fouché
        en intégralité et gratuit sur https://books.openedition.org/psorbonne/49333?lang=fr

        Le voyage du Lexington se situe à une période charnière.
        1°) juste après, il y a eu la création du commissariat à l’émigration
        2°) jusque là, les voiliers américains avaient un quasi-monopole. Le Lexington est un vapeur mais j’ai l’impression que ce fut sa seule traversée transatlantique

        notamment le chapitre https://books.openedition.org/psorbonne/49423

        sous le n° 82, l’auteure évoque le naufrage de la Luna à Barfleur, un vapeur américain qui emportait des émigrants alsaciens. Celui-là je le connais particulièrement. C’est ce naufrage qui fut à l’origine de la création de la Société centrale de sauvetage des naufragés en 1865 et explique pourquoi Barfleur fut équipée d’une des trois premières stations de sauvetage. La petite histoire veut que la Luna s’est éventrée sur la même roche que la Blanche-Nef au XIIe s. L’écrivain-journaliste Charles Canivet livra plusieurs articles sur le sujet. Il utilisa même le naufrage en introduction de son roman Enfant de la mer, son héros étant un bambin de deux à trois ans que tout le monde prend pour un Allemand, créé en sus des deux matelots qui eux ont effectivement survécu au naufrage.

        Pour revenir à Benoite, on n’oubliera pas qu’elle est couturière. Or l’étude nous rappelle que les Alsaciens étaient de longue date implantés au Havre, principal port d’importation du coton américain

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  • Bonjour Catherine,
    Je suis très intéressé par votre histoire car, il y a quelques temps, j’ai fait à peu près les mêmes recherches que vous, à propos du frère de mon AAGM parti à New York depuis Strasbourg en passant, bien sûr, par Le Havre. Il était originaire de Neewiller pas très loin de Surbourg.
    J’ai cherché dans les registres domiciliaires, dans les passeports (à l’étranger et à l’intérieur), dans les listes de débarquement à NY, dans les recensements aux Etats Unis etc
    Pour faire court, il est parti une première fois avec femme et enfants. Deux ans après sa femme est morte du typhus à Manhattan. Il est retourné en Alsace où il s’est remarié.
    Ensuite il est reparti avec sa nouvelle femme mais sans le plus jeune fils (3 ans) laissé en garde aux grands parents.
    Celui ci a rejoint son père mais vers l’âge de 20 ans seulement. Il a fini en Californie où vivent toujours ses descendants.
    Concernant le cas de Benoite MENU (j’ai relu la première partie), je trouve que les commentaires partent un peu dans tous les sens, crime, prostitution, héritage etc
    L’histoire du phalanstère de Victor Considérant aurait besoin de quelque chose de concret. On peut voyager avec des gens connus et pas forcément sur le même pont. A preuve du contraire Benoite MENU n’est pas du même monde.
    Pour ce qui concerne le débarquement à la Nouvelle Orléans, il n’y a certainement qu’un ou une Benoit MENUT. Les deux documents que vous avez eu sont différents. Il y a la liste des passagers du Lexington (dit Manifeste) et une autre fiche (que je n’ai jamais trouvé pour New York) peut être établi à l’immigration.
    Sur la liste on trouve un Benoit MENUT 28 ans, "M" (ou plutôt rien mais avec "M" sur la ligne précédente), venant de France. Sur la fiche on trouve la même personne mais "F" et venant de Bavière. Il s’agit surement d’une seule et même personne mais avec confusion dans les renseignements.
    On peut penser que la fiche a été faite à l’immigration en présence de la personne, mais avec la liste sous les yeux.
    L’employé a bien vu qu’il avait affaire à une femme, par contre il n’a vu sur la liste que "BAVARIA" écrit en gros en tête de colonne, alors que France est écrit en tout petit.
    Certains trouveront peut être que tout ça est tiré par les cheveux, mais je me suis rendu compte que ce genre de documents aux EU ne sont pas établis avec toute la rigueur qu’on souhaiterait.
    Pour le décès de Benoite à New York, je trouve un peu osé de privilégier d’emblée un tel acte avec seulement "M" ( début d’un nom mal lu ou "Missing" ???).
    Mais il faudrait voir l’original en ligne sur FamilySearch, microfilm N° 447562. Mais pour cela il faut aller dans un centre d’histoire des familles (église mormone).
    J’arrête là car on pourrait parler des heures de ce genre d’affaire passionnante.
    Cordialement
    Robert.

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    • Aurait-on retrouvé Benoite M ? Suite de l’enquête... 13 juillet 10:48, par Catherine JEAN

      bonjour Robert,

      et MERCI pour votre mail et le partage de votre histoire familiale qui m’intéresse beaucoup (même si je réponds un peu tard, avec une maison pleine de petits enfants en vacances...). Je vois que votre parcours aux archives ressemble au mien. Le fils de 3 ans laissé à ses grands parents m’intrigue particulièrement. Savez vous s’il y a eu un acte de tutelle établi, et si oui, où, quand et comment ? Car il fallait bien un responsable légal pour un enfant si jeune, et aussi une pension alimentaire sans doute ? Je n’ai pas réussi à trouver cela pour Marie Menu, la fille de Benoite, à Strabourg, mais si vous avez des conseils précis à me donner, je pourrais éventuellement recommencer à chercher plus précisément ! Car les questions qui se posaient pour cet enfant se sont aussi posées de la même façon pour la fille de Benoite.

      Je suis bien d’accord pour penser avec vous qu’il manque un lien concret rattachant Benoite au phalanstère de la Réunion, autre que la contiguité avec les fourieristes sur le bateau. Ma meilleure idée pour le moment est de chercher du côté des socialistes strasbourgeois mentionnés dans le Texas State Times (Austin), Feb. 10, 1855
      https://flashbackdallas.files.wordpress.com/2016/03/la-reunion_texas-state-times_austin_021055.jpg
      mais je ne sais pas encore comment approfondir ce sujet.

      Oui, les hypothèses évoquées en premier lieu sont parfois un peu échevelées, mais déjà plus plausibles que l’hypothèse type "Roméo et Juliette" !!!!! Ceci dit, l’hypothèse de Réunion ne résisterait pas une seconde à une motivation politique idéaliste, mais si on se rappelle que l’hectare à Réunion était proposé à 2F50, alors qu’à Surbourg il est au même moment à environ 250 F (selon terroir), ça peut faire naître des vocations, non ?

      Oui, l’hypothèse du décès à New York est un peu tordue, mais ce n’est pas la piste que j’ai privilégiée, c’est tout simplement la seule que j’avais à ce moment là, et je me demandais "juste" si c’était suffisant pour clore l’enquête. La réponse implicite que tous les lecteurs ont apportée est visiblement NON...

      Où peut-on trouver des centres d’histoires des familles en France ( et sans devenir mormon, si possible...) ?

      En tout cas, merci beaucoup pour vos remarques et réflexions qui vous m’aider à avancer dans cette recherche !

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