Bonjour,
Comme cela a été dit, l’enfant n’est pas présenté physiquement en mairie, c’est une formule administrative. Le procédure habituelle (mais il peut y avoir des exceptions) est que l’enfant était déposé dans un tour d’hôpital (parfois au seuil d’église, ou chez une personne chargée des déclarations, mais c’est exceptionnel, je n’ai que quelques exemples pour mes recherches). La personne qui déposait l’enfant pouvait être la mère elle-même, ou le plus souvent la personne qui a procédé à l’accouchement, une amies de la famille, voire une voisine. Une fois réceptionné à l’hôpital (ou hospice), l’enfant était pris en charge par la congrégation religieuse, mais la déclaration en mairie était généralement effectuée par une personne "préposée aux enfants abandonnés à l’hôpital". Celle-ci, souvent la même pour un même hôpital, en général sur de nombreuses années (la charge se transmettait même de mère en fille comme à Bergerac), faisait la déclaration en mairie en apportant les éléments dont elle dispose, c’est pourquoi en retrouve la description détaillée des vêtements de l’enfant et de tout ce qui l’accompagnait, y compris les petits mots indiquant si l’enfant était baptisé, et parfois les prénoms et noms lorsque la mère souhaitait l’identifier. Mais cette volonté de nommer l’enfant n’était pas obligatoirement retenue par l’officier d’état civil (je ne connais pas les motifs de ces refus). L’enfant pouvait aussi être accompagné d’un morceau de tissu particulier lorsque la mère voulait conserver la possibilité de récupérer l’enfant lorsque sa situation le lui permettrait (il s’agit toujours d’un déchirement pour la mère, cet acte très difficile était seulement motivé par la nécessité absolue, les raisons pouvant être diverses). Il suffisait ensuite à la mère de présenter une autre partie du tissu pour prouver sa filiation (j’ignore cependant si la procédure était simple et si le tissu suffisait). L’officier d’état-civil enregistrait la présentation de l’enfant avec tous les éléments apportés sur le registre d’état-civil. Il tenait compte ou non du nom éventuellement proposé, il indiquait la date de présentation, la date de naissance lorsqu’elle était connue ou une estimation apportée par la préposée, la date de baptême lorsqu’elle était indiquée ou simplement la mention "l’enfant a été baptisé". Lorsqu’il n’y avait pas de nom connu, c’est l’officier d’état-civil qui en attribuait un. Les critères retenus étaient différents suivant les lieux et les époques, je ne sais ce qu’il en était pour l’Algérie (où je suis né 😉, mais je peux citer l’exemple révélateur d’une pratique à Bergerac (24) pour l’année 1834 où sur les 31 enfants abandonnés cette année-là (tous déclarés par la même préposée), les 20 premiers ont un nom commençant par FO, les 10 derniers ont un nom commençant par FR. Un seul, Pierre GOPHES, dénote de ce principe, mais il a été déclaré baptisé sous son nom de famille (GOPHES), et seul le prénom lui a été attribué arbitrairement pour l’officier d’État civil. D’autres villes ont adopté des systèmes différents et souvent on ne trouve pas de logiques particulières, le côté aléatoire apparent pouvant être seulement lié à l’imagination de l’officier d’état-civil. Les noms peuvent aussi correspondre à des dates du calendrier. Ainsi, Jean Rameau est exposé au tour de l’hôpital de Bergerac à 3h00, le 24 mars 1834, le jour des Rameaux étant la veille, le 23 mars, jour probable de sa naissance. On trouve aussi des prénoms attribués par l’officier qui, de nos jours, peuvent nous paraitre étranges : Charlemagne, Eclair, Reliques, Radegonde, Eusebe, Leroy, Martinien, Magloire, Pardoux, Tiburce, Vincentine. Il y a quand même plus simple et on peut se demander si cela ne dénote pas d’une volonté pour permettre de repérer les enfants abandonnés (?). Mais de tous les cas que j’ai recensé pour Bergerac, je n’ai pas trouvé de double prénom, sauf lorsque le second prénom était en fait le patronyme.
Dans votre cas, la préposée était peut-être aussi sage-femme, à moins qu’il n’y ait pas eu de préposée à Mustapha ? Mais je n’ai pas trouvé sur l’acte d’état-civil la mention qui vous indiquez : "sur la réquisition et présentation à nous faite par Dame Nnnn, sage-femme" et donc je doute que ce soit elle qui ait fait la déclaration...
Également, le 24 février n’est pas la date de déclaration mais la date d’exposition. C’est cette date qui a été retenue par l’officier d’état-civil comme date de déclaration, mais en précisant la naissance à la veille. En revanche, ce dernier n’a pas attribué de nom et prénom, il a enregistré ceux donnés lors du baptême, probablement par le prêtre officiant, ce qui est fréquent, et il devait de toute façon en tenir compte puisque l’acte de baptême était fourni à la mairie. On voit aussi que le prêtre n’a pas retenu les prénoms demandés par la mère, probablement pour suivre sa propre logique qui semble dictée par l’alphabet, puisque les 2 premiers enfants abandonnés de l’année portent un patronyme commençant pas un M, les 3 suivants commencent par N (dont Noux), ensuite 2 par O, 2 par R, (0 par Q), 1 par S, 1 par T, (0 par U), 1 par V, pour ensuite reprendre par 3 A, 2 B, 3 C, 3 D, 3 E, 3 F, 3 G (0 H), (0 I), 2 J. Soit 34 enfants abandonnés pour l’année 1898.
Excusez-moi, c’est un peu long mais j’espère que cela pourra vous être utile.
Cordialement