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En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs…


jeudi 21 décembre 2017, par Michel Patinaud, Thierry Sabot

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La tragique histoire de la « Bête du Gévaudan » est bien connue. Une abondante littérature, plus ou moins sérieuse, en parle. Jusqu’au cinéma qui s’est plusieurs fois emparé de l’affaire. Le but de cet article n’est pas de raconter, et en aucune façon d’apporter une énième hypothèse. Je souhaite juste attirer votre attention sur l’importance des mots dans un récit historique, et montrer à quel point une lecture attentive peut être utile à mieux connaître, et mieux comprendre.
Voici donc un épisode très connu de ces longues années de terreur dans laquelle fut plongée la population de la province du Gévaudan (de juin 1764 à juin 1767, au moins !…). Parmi la centaine d’agressions répertoriées, dûes à la « bête qui dévore le monde » (c’est bien comme çà qu’elle fut nommée le plus souvent), il en est une très révélatrice de cette question du vocabulaire, tout sauf anodine, vous allez le voir.

1. Les faits tout d’abord : l’exploit du « petit Portefaix » (1765) :

Pratiquement, tous les récits, toutes les études historiques, évoquent cet épisode. Voici pour résumer comment le grand romancier auvergnat Henri Pourrat le relate (1946) :

Le 12 janvier 1765, 7 enfants gardent leurs vaches à côté du village du Villeret, paroisse de Chanaleilles, au pacage dit des Coutasseyres, lorsque... :
 
"Ils ne virent la bête que lorsqu’elle fut sur eux. Ils se rassemblèrent, firent le signe de la croix, ôtèrent les gaines de leurs baïonnettes. Le petit Portefaix prit le commandement. Il se plaça devant avec les deux plus grands, mit les filles derrière et les deux plus jeunes derrière les filles. Ils viraient sur place, pour faire face à la bête qui tournoyait autour d’eux. Soudain elle sauta sur un des petitous. Les trois grands bondirent sur elle, cherchant à l’embrocher. Mais leurs méchantes lames ne lui entraient pas dans le corps. Ils vinrent cependant à bout de l’écarter. Elle se retira à deux pas, emportant un lambeau de la joue du petit, et elle le mangea devant eux.

Après quoi elle revint avec plus de fureur, tournant toujours autour de la troupe. D’un coup de museau, elle renversa le plus jeune des enfants ; chassée, elle se jeta derechef sur lui, le blessa à la face, fut chassée encore, mais le ressaisit par le bras et cette fois l’entraîna.
 
Un des grands avait perdu cœur, voyant à la joue d’un de ses camarades ruisseler tout ce sang ; et voilà que l’autre était emporté par la bête.... Il dit qu’il leur fallait laisser manger celui-là, et, eux profiter de ce temps pour se sauver.

[Mais le combat dure … longtemps, et ...] Les yeux, ils n’arrivèrent pas à les rencontrer ; quant à la gueule, qu’elle gardait sans cesse ouverte, ils y allongèrent plusieurs coups. Toutes ces pointes à éviter donnaient assez d’affaires à la bête. Elle continuait à tenir le petit sous sa patte, mais elle n’avait plus le temps de le déchirer. Ce qu’elle put, ce fut de saisir entre ses dents la baïonnette de Portefaix et elle la faussa. A un coup heureux qu’il lui porta, elle fit un saut en arrière, abandonnant cette fois le petit dans la sagne. Portefaix passa aussitôt entre elle et lui, qui se releva et s’accrocha au pan de sa veste. La bête se retira sur un tertre. Enhardis, les enfants l’y poursuivirent et, enfin, ils la mirent en fuite. ...

C’est à peu près le même récit que rédigeait l’abbé Pierre Pourcher, dont les écrits ont fait autorité (1889). En réalité, tous ces auteurs se sont inspirés d’un rapport royal, publié dans la Gazette de France, un mois seulement après les faits (18 février 1765). Comme le manuscrit de Magny de Mérolle, déposé à la Bibliothèque Royale en 1782. Ces gens-là étaient-ils des superstitieux incultes ?

2. Cet enfant-héros fut-il bien réel ?

On peut légitimement se poser la question. Les « BMS » sont particulièrement instructifs. Tout d’abord, plongeons nous dans les registres paroissiaux de la paroisse de Chanaleilles, aujourd’hui commune du département de Haute-Loire, 1000 habitants (500 à l’époque ?) située dans le massif de la Margeride.

Jacques André Portefaix avait environ 13 ans lorsqu’il a combattu la Bête du Gévaudan, avec l’aide de ses amis : quatre garçons (Joseph Panafieu, Jean Pic, Jacques Couston et Jean Veyrier) et de deux filles (Madeleine Chausse et Jeanne Gueffier). Le « petit Portefaix » serait donc né vers 1752 ou 1753. Il y a quelques lacunes dans la décennie 1750, mais on peut retrouver sans problème les traces de la famille Portefaix, comme celles des autres enfants. Si ce n’était les lacunes, on pourrait presque établir leur généalogie.

Toujours est-il que Jacques fut très largement récompensé d’avoir mené « sa bande » à la victoire face à la Bête. Après une enquête minutieuse des autorités royales, il reçut une gratification de 400 livres (environ 4000 euros d’aujourd’hui), chacun des autres enfants 300. Plus encore, l’éducation de Jacques Portefaix fut prise en charge par le royaume, et il devint plus tard officier.

Mais l’intérêt des registres paroissiaux n’est pas là. Il faut le chercher dans les actes de sépultures. Quelques jours après l’exploit des enfants de Villeret, précisément le 22 janvier, Jeanne Tanavelle, du village de Chabanol (paroisse de Lorcières, aujourd’hui Cantal) est attaquée et tuée par la Bête. Le curé qui procède à l’inhumation écrit : Jeanne … « cruellement dévorée par une beste féroce », une bête, pas un loup. Cruellement, certes. Jeanne revenait de Julianges, à la tombée de la nuit..... Le lendemain, on retrouve son cadavre « à moitié enterré dans un champ … vêtements en lambeaux, poitrine mangée... Sa tête arrachée est retrouvée à 200 m de là » (récit abbé Pourcher). Or, les loups qui dévorent des cadavres ne s’attaquent qu’aux parties les plus charnues, et n’enterrent pas leur proies.

Texte de l’acte de décès de Jeanne Tanavelle : Le 24 juillet 1765, j’ay enterré dans le cimetière paroissial de Lorcières le corps de Jeanne Tanavelle, morte le 22 dudit mois ayant été dévorée par une Bête féroce, âgée d’environ 36 (ans) habitante du lieu de Chanaleilles, paroisse de Lorcières, sont présents plusieurs de ses parents qui ont déclaré ne savoir signer de ce enquis. Ledit jour et an que dessus.
(retranscription Phil Barnson).

3. La nature réelle de la Bête :

Si vous avez lu attentivement les lignes d’Henri Pourrat - celles de l’abbé Pourcher qui les ont inspiré sont semblables - pas une seule fois l’animal n’y est appelé « loup ». Et pourquoi donc ? Quel rapport les habitants du Gévaudan entretenaient-ils avec cet animal ? Bien que fuyant l’homme, il était bien connu de lui. On en tuait à l’époque une cinquantaine par an, dans la région. Et maints textes du temps, qu’on peut regarder sous l’angle ethnographique, nous disent ceci : « il suffisait aux enfants de frapper vigoureusement leurs sabots pour le faire FUIR ! ».

Le savant autrichien Konrad Lorenz, prix Nobel, n’écrivait-il pas ceci ? « De récentes études sur les loups ont montré que l’on n’a jamais recensé avec certitude un seul cas où ces animaux, même tenaillés par la faim, auraient attaqué spontanément des humains ».

On peut bien sûr attribuer certaines agressions à des loups, sur le bétail essentiellement, ceux ayant attaqué l’homme étant probablement des animaux porteurs de la rage.

Cela n’empêche, que trop d’auteurs d’aujourd’hui oublient toute prudence, et les sources anciennes, pour ACCUSER le loup. Nos contemporains seraient-ils plus à même de reconnaître un loup, là où les témoins n’ont vu qu’une « Bête » indéterminée ? Je conseille au lecteur d’y regarder (lire) à deux fois avant de prendre pour argent comptant certains écrits actuels, qui utilisent cette légendaire histoire pour discréditer un animal commençant à réapparaître chez nous. Personnellement, je préfère appeler « un chat, un chat », « un loup, un loup », et la « Bête, une bête ... » (qui restera à jamais « non identifiée »). Je recommande à ce sujet la lecture du livre de Michel Louis : « La bête du Gévaudan : l’innocence des loups » (Éditions Perrin, 1992).

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67 Messages

  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 22 décembre 2017 09:26, par DAUDENET MARYSE

    Il y a un super ouvrage de Roger Oulion, qui décrypte tout le processus d’une manière tout à fait remarquable, preuves à l’appui. A lire sans modérations !
    Joyeuses fêtes !

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 22 décembre 2017 09:44, par Jacques Baillon

    Tout à fait d’accord avec ce message qui recommande les historiens à la prudence lorsqu’il s’agit de tenter d’analyser les propos des observateurs du temps (notamment des curés). J’ai commis il y a peu un petit ouvrage auto-édité qui s’intéresse précisément à ce sujet. Je l’ai appelé « Drôles de loups et autres bêtes féroces » (139 pages). On le trouve ici : https://www.thebookedition.com/fr/droles-de-loups-autres-betes-feroces-p-135305.html. Sinon, voir aussi ce blog : http://bestiairedysengrin.monsite-orange.fr où j’ai placé quelques extraits ..

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 22 décembre 2017 11:52, par Nathalie LEPAUMIER

    bonjour,

    j’ai lu le passionnant livre de Michel Louis, et je suis bien d’accord avec vous sur le fait que le loup est trop souvent incriminé à tort dans des attaques sur les hommes.
    Dans les BMS, les seuls décès imputés à des loups que j’ai pu voir, évoquaient systématiquement des animaux ayant la rage...
    Merci pour votre article passionnant

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 22 décembre 2017 12:09, par Colette HUGON-SIDAINE

    Lorsque j’étais petite fille, dans les années 1950, mon grand-père Hugon né à Nozeyrolles (Auvers) 43, en 1875, nous contait l’histoire de la petite Jeanne Hugon, de Lair, dévorée par la « bestia ». En effet, je descends à la 5e génération d’Etienne Hugon, papa de la petite Jeanne dévorée le 1er juin 1765 ainsi que Jacques Chanis, célèbre généalogiste. Il est d’ailleurs facile de trouver sur Internet la liste des personnes « dévorées » par la bête établie par Bernard Soulier, Président d’"Au pays de la Bête du Gévaudan" à Auvers. De même la visite du Musée de Saugues est très parlante.Des BD et CD rom de Bernard Soulier sont fort bien documentés. (B. Soulier 43350 ST PAULIEN). Preuves à l’appui également. Colette HUGON

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 22 décembre 2017 14:54, par Elsie Zastrizny

    L’historien cévenol Jean Paul Chabrol prépare un livre sur la bête du Gévaudan qui sortira dans le courant de l’année prochaine. Je vous en recommande la lecture car j’ai assisté à une de ses conférences. Il a étudié des centaines d’actes trouvés dans les BMS et de nombreux articles écrits sur le sujet (dont certains complètement fantaisistes). Il ne faut pas oublier que la soi-disant Bête du Gévaudan fait vendre et qu’elle est même à l’origine de tout un tourisme.
    Ses conclusions sont extrêmement intéressantes : il n’y a pas une bête mais des bêtes car les attaques ont parfois eu lieu le même jour à des dizaines de kms de distance et à des époques différentes. Les attaques concernent aussi bien des garçons que des filles (statistiques à l’appui). On a parfois dit que « la Bête » s’en prenait aux femmes et aux jeunes filles.C’est faux.
    Alors au risque de décevoir nos amis défenseurs des loups peut-être qu’il n’y a pas « un loup » mais"des loups". Je ne puis que vous recommander la lecture de ce livre à paraitre bientôt.Ceci sans polémique de ma part mais la vérité historique doit être plus importante que nos sentiments personnels tout à fait respectables par ailleurs.

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    • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 22 décembre 2017 16:42, par Jacques Baillon

      Tout le problème est justement de savoir comment on s’y prend pour estimer ce qu’est la « vérité historique ». Vaste débat et il ne suffit pas d’être historien pour être crédible en matière de zoologie ! (et inversement).

      On peut passer sous silence le fait que dans les affaires de « bêtes » beaucoup de témoignages décrivent des animaux qui « ressemblent à des loups » mais qui n’en sont pas et dans ce cas on « charge » assez systématiquement le loup pour des raisons (bien actuelles) de militantisme « anti-loup » qui n’ont rien à voir avec la recherche de la vérité historique.

      A l’inverse, dans d’autres cas, on passe sous silence le fait que des animaux charognards et détritivores comme l’étaient les loups et les chiens (et bien d’autres : renards, sangliers, cochons, mustélidés etc..) aient pu manger de la chair humaine ! Bien sûr qu’ils ont pu en manger. Un cadavre laissé au fond d’un bois, c’est de la viande. Mais rien ne dit que l’inhumation par un curé des « restes » de tel ou tel enfant découvert « mangé par le loup » soit une preuve d’attaque par un loup ! Cela a pu se produire (surtout à cause de la rage, mais sans doute aussi parce qu’un carnivore prédateur n’a aucune raison de dédaigner une proie facile, fut-elle un petit d’humain) mais il a pu y avoir aussi quantités de morts violentes attribués au loup après coup.. et de cela, onne parle pratiqueent pas. La recherche historique sur ce sujet mériterait d’être débarrassée de toute idéologie… Malheureusement on n’en prend pas le chemin..

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      • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 23 décembre 2017 16:19, par Elsie Zastrizny

        Ce que vous dites est vrai : il y a pu avoir d’autres bêtes que le loup.Mais défendre le loup à tout prix n’est pas plus crédible que de le charger systématiquement.
        Quant à la vérité historique elle demande un beaucoup de prudence, d’analyse, d’esprit de synthèse et de rigueur. Et Dieu merci, il y a encore des historiens sérieux et crédibles. On est loin des partis pris passionnels et de la mode actuelle qui consiste à voir dans le loup un animal presque inoffensif. Les éleveurs du Mont Lozère et du pourtour de l’Aigoual qui perdent chaque année du bétail pourraient en rendre témoignage.
        Amicalement
        Elsie ZASTRIZNY

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        • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 23 décembre 2017 17:27, par Jacques Baillon

          Elsie, prendre la « Bête du Gévaudan » (ou ce qu’on croit en savoir) en exemple pour expliquer que les éleveurs d’ovins d’aujourd’hui ont des difficultés à protéger leurs troupeaux des prédateurs, ce n’est pas de l’histoire, c’est juste un propos qui n’a rien à voir avec le sujet de cet article. C’est vrai que la mode actuelle, chez les historiens sérieux et crédibles (et même chez les autres), c’est souvent de prendre le parti de certains milieux d’agriculteurs (pas tous) qui veulent exterminer les loups en mettant en valeur dans leurs travaux des exactions qui ne sont pas forcément du fait de ces animaux et surtout qui ne règlent en rien les problèmes de l’élevage (dont le loup, mais pas que). C’est dommage, cela nuit à leur crédibilité. Bien à vous. Jacques.

          Répondre à ce message

          • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 24 décembre 2017 14:41, par Elsie Zastrizny

            Je ne fais pas du tout l’amalgame entre ce qui c’est passé en Gévaudan (et ailleurs) et la période actuelle, les temps ne sont pas les mêmes. Les études historiques tendent à prouver que dans les siècles passés les attaques ont souvent eu lieu lors des années de grand froid, lorsque la nourriture était rare. Il y a pu avoir des attaques de chiens errants ( la population dans une grande misère ne devait pas beaucoup nourrir les chiens) , mais aussi de loups.
            Si certains historiens prennent partie, c’est dommage (sont-ils vraiment des historiens ?).
            Le loup est un animal extrêmement intéressant à étudier. C’est un animal à part, qui vit en meute, j’oserais presque dire en société(société très hiérarchisée avec un chef de meute) ou du moins il a un comportement presque social
            Il y a un site très intéressant au sujet du loup , créé par l’université de Caen : homme et loup 2000 ans d’histoire. Les sources et méthodes de recherche sont bien répertoriés.Vous pouvez vous y reporter, voici le lien.
            http://www.unicaen.fr/homme_et_loup/
            Je vous informerai de la parution du livre concernant la Bête du Gévaudan de Jean Paul Chabrol (dans le courant de l’an prochain) . Je pense que vous aurez plaisir à le lire.
            Quant au Cévennes et au Mont Lozère , je puis vous l’affirmer ce sont bien des loups qui posent problème actuellement. Les bergers de Rousses (au pied de l’Aigoual) les ont vus et je les ai moi même entendus hurler alors que j’étais en vacances à Barre des Cévennes.Le hurlement d’un loup est complètement différent de l’aboiement d’un chien. Il est impossible de confondre.

            Cordiales salutations et merci pour cet échange amical
            Elsie

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            • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 24 décembre 2017 16:30, par Jacques Baillon

              Elsie : Les temps ne sont pas les mêmes, c’est exact. C’est pourquoi il n’est pas très judicieux de prendre en considération des données anciennes - dont certaines sont plus que douteuses - pour les mettre sans retenue au service des polémiques actuelles.. C’est ce que font pourtant un certain nombre de chercheurs en histoire engagés publiquement aux côtés des syndicats agricoles pour fustiger la présence du carnivore en France. Le fait qu’on ne sache pas très bien quel est la « beste cruelle » qui a dévoré autrefois le cadavre de tel ou tel enfant, en Gévaudan ou ailleurs, ou que l’on ne soit pas d’accord sur l’analyse que l’on peut faire de ces écrits anciens n’a pas de rapport avec la problématique actuelle qui est de savoir comment il est possible de faire cohabiter le loup et l’agneau sur un même territoire. Tenons-nous en au sujet initial qui est déjà suffisamment complexe et évitons de tomber dans la propagande insidieuse qui nourrit aujourd’hui tout le débat sur le retour du loup. Bonne fêtes à vous aussi et faites quand même attention au grand méchant loup :-)

              Répondre à ce message

              • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 24 décembre 2017 20:51, par Elsie Zastrizny

                Je terminerai ce débat en vous disant que je ne connaissais pas votre livre, j’aurais plaisir le découvrir. J’ai lu beaucoup d’articles sur ce sujet dans différents ouvrages et aussi de nombreux articles sur le site de l’université de Caen que je vous ai indiqué et que vous connaissiez peut-être déjà.
                Joyeux Noël et cordiales salutations.
                Elsie

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        • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 23 décembre 2017 20:42, par Michel Patinaud

          Encore merci de votre contribution, mais je vous prie de relire mon introduction. Ce dont vous parlez est bien réel (les « partis pris passionnels »), mais ce n’est pas le coeur de l’article, qui porte sur ce qu’on lit dans les archives. Mettre en parallèle les victimes de la « Bête » HIER, et les dégâts du loup sur les troupeaux AUJOURD’HUI, çà n’est qu’un raccourci, je pense « hors sujet ». Surtout quand vous sous-entendez que ceux qui n’ont pas « votre » vision des choses ne seraient ni "sérieux’, ni « crédibles ». C’est exagéré. Demandez donc à M. Moriceau quel est le fondement de son « parti pris ». En lisant ce qu’il a fait de ma modeste (et de bien d’autres) contribution à son enquête, on comprend très vite de quel côté se situe la mauvaise foi. Bien à vous.

          Répondre à ce message

          • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 24 décembre 2017 14:53, par Elsie Zastrizny

            Je suis désolée de m’être si mal expliquée. Je n’ai jamais voulu dire que ceux qui ne partageaient pas ma pensée n’étaient « ni sérieux, ni crédibles » (je n’ai jamais pensé cela) et le débat contradictoire est très intéressant. Simplement je pense qu’il y a encore des références fiables auxquelles ont peu se reporter.
            Désolée aussi d’avoir évoqué les problèmes actuels puisque cela a choqué certains.
            Cordialement
            Elsie

            Répondre à ce message

        • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 23 décembre 2017 20:52, par Alain Lamy

          Il me semble qu’il n’est question dans l’article que de victimes humaines !

          Répondre à ce message

    • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 22 décembre 2017 17:48, par Michel Patinaud

      Je vous remercie de ces infos,je ne manquerai pas de lire ce que vous proposez. A mon article, j’ajouterai juste ces remarques :
      1 . Je m’intéresse plus particulièrement à « qui a tué ? » toutes ces victimes. Je me base sur le simple fait suivant : quand je mange un rosbeef, je sais que c’est le boucher qui a tué, et moi qui dévore .... Il est évident que les loups sont des mangeurs de cadavres, ont-ils pour autant attaqué, et tué ?
      2 . Tous les zoologues savent, et disent, que « le loup n’attaque pas l’homme », à l’exception (1 % ?) des bêtes enragées. Ce qui m’amène à la question : tous les loups du Gévaudan étaient-ils enragés ?
      3 . Plus généralement, et là, nous touchons à la philosophie du vivant. Quand on est historien, on sait - inutile de développer - que le principal prédateur de l’homme, c’est l’homme lui-même.
      Encore merci pour votre message.

      Répondre à ce message

      • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 22 décembre 2017 19:44, par Jacques Baillon

        La plupart des naturalistes qui furent les contemporains des derniers loups ont pu écrire que le loup, sauf cas de rage, « n’attaque pas l’homme » ou « attaque rarement l’homme ». On ne peut donc pas ignorer ces remarques.

        Pour le Gévaudan, il y a effectivement un problème car un animal enragé meurt assez rapidement sous l’effet de la maladie après avoir mordu tout ce qui se trouvait sur son passage. En général les descriptions de ces périples désordonnés sont précises et permettent de « reconnaître » les exactions de loups enragés.

        Donc soit on admet qu’il y avait dans cette province une grande quantité de loups enragés interchangeables qui prenaient le relais des tueries les uns après les autres, ce qui paraît a priori peu fiable, soit on cherche d’autres coupables…

        Quels coupables ? Par exemple une petite population locale de loups « mangeurs d’hommes » (thèse souvent avancée sans qu’il soit possible de la valider en toute certitude) soit des attaques de chiens télécommandées par des sortes de « sérials killers » de l’époque, avec des molosses quelconques dressés à tuer. Pour des raisons politiques, religieuses ou par simple goût du crime.

        On a aussi parlé de hyènes et de bien d’autres hypothèses dont certaines sont bien éloignées.. des sciences naturelles et de l’histoire !!

        Donc on cherche… ☺

        Répondre à ce message

    • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 6 janvier 08:26, par Jean-Loup Gajac

      Je pense, pour avoir aussi beaucoup lu un peu tout ce qui est paru sur le sujet, (portant ce prénom de Loup et né à Marvejols, j’étais un peu « prédestiné » à m’y intéresser de près :) ), ayant beaucoup aussi écouté Gérard Ménatory, je suis persuadé au contraire que l’Homme n’est pas étranger à ces crimes, et même peut-être plusieurs hommes, et une association entre homme et chien-loup dressé semble évidente. Les questions restent ouvertes.

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 22 décembre 2017 16:28, par Jean Michel

    Il existe un livre « Le Chemin des loups : Réalité, légendes » écrit en 1978 par Albert Demard (Auteur),‎ Jean-Christophe Demard (Auteur)relatant les méfaits des loups sur le plateau de Langres, dont des attaques de violoneux rentrant la nuit. MM DEMARD ont créé un musée des us et coutumes locales à Champlitte (70).
    Cordialement.

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 22 décembre 2017 16:38, par Jean Michel TROUVÉ

    Il existe un livre « Le Chemin des loups : Réalité, légendes » écrit en 1978 par Albert Demard (Auteur),‎ Jean-Christophe Demard (Auteur)relatant les méfaits des loups sur le plateau de Langres, dont des attaques de violoneux rentrant la nuit. MM DEMARD ont créé un musée des us et coutumes locales à Champlitte (70).
    Cordialement.

    Répondre à ce message

    • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 22 décembre 2017 17:22, par Jacques Baillon

      Albert et Jean Christophe Demard ont été parmi les premiers auteurs à s’intéresser à l’histoire locale du loup. Avec Daniel Bernard (Berry) dans les années 80 ou Claude André Fougeyrollas (centre ouest).. Attention cependant aux histoires de violoneux « suivis par des loups ». J’en ai trouvé une dans ma région lorsque je faisais mes propres recherches sur le loup.. Anecdote « on ne peut plus vraie » d’après le témoignage que j’avais recueilli, jusqu’à ce que je m’aperçoive que c’était une légende récurrente que l’on trouvait à peu près dans tous les pays d’Europe ! Ce qui n’empêche pas que la relation de la rencontre « loup/musicien » était savoureuse, mais rien à voir avec la réalité :-)

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 22 décembre 2017 18:01, par Lucie Sourigues

    D’autres versions circulent, notamment celle attestant qu’il s’agissait d’un chien de taille hors normes, dressé à tuer, appartenant au seigneur du coin ....
    N’ayant pas pris la précaution de conserver après avoir occis « la bête », il fut impossible à l’époque de l’identifier !
    Dommage !

    Répondre à ce message

    • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 24 décembre 2017 14:58, par catherine marquet

      Bonjour, Lucie,

      En fait, c’est l’hypothèse d’un téléfilm qui est passé il y a quelques années ( peut-être tiré d’un roman) avec un seigneur local sadique.
      Sinon, ma mère me disait que son gd-père paternel , originaire de HAUTE MARNE lui disait qu’il y avait eu des enfants tués par des loups dans les années 1800 ; dans un village, il y avait même une statue d’un enfant mort dans ces circonstances. Peut-être ce loup était-il enragé ? L’histoire ne le dit pas.
      Catherine

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 23 décembre 2017 18:10, par BOURGEOIS Patricia

    Sur l’identité possible de la Bête, un chapitre du livre de Jean-Claude Bourret « La bête du Gévaudan et autres histoires vraies » dans lequel il donne une explication très vraisemblable de la véritable nature de cet animal ; animal qui aurait commencé ses méfaits non en Gévaudan, mais en Isère.

    Cet ouvrage est d’ailleurs passionnant de bout en bout.

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 24 décembre 2017 08:15, par martine hautot

    Bonjour à tous,

    La « bête » est bien vivante ! La preuve ,elle nous divise encore .

    Bonnes fêtes,paisibles, de fin d’année !

    Martine

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 25 décembre 2017 01:04, par René Mettey

    j’ai lu autrefois mais je n’ai pas gardé la référence, voire vu une enquête télévisée, orientant vers un sadique local. Il y eut quelques attaques de loups (peut-être enragés) et de chiens errants (il y a 10 ans une femme a été tuée par deux chiens errants en Seine et marne), mais surtout des attaques de fillettes ou jeunes femmes. Les corps étaient mutilés, sexuellement le plus souvent, et souvent à demi enterrés ou recouverts de branches, ce que ne fait aucun animal prédateurs ! Un homme (peut-être seigneur du coin) fut éloigné et les crimes cessèrent. Quelqu’un a-t-il plus de références ?

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 25 décembre 2017 08:49, par JOURDAIN

    Bonjour,

    Article intéressant dommage que toutes ces personnes intervenantes tirent « les couvertures » de l’un ou de l’autre sur « la bête » alors que le sujet est purement généalogique :
    Il s’agit de démontrer si Jacques André Portefaix et autres personnes ont réellement ecxistés ....
    Quand à la bête , je ne m’étendrais pas dessus car ce n’est pas le sujet principal de la généalogie.

    Bien cordialement

    Isabelle

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  • Si vous en avez l’occasion procurez vous donc le livre d’Albertine Cadet "Les loups en Charente "1961, une étude historique, exhaustive et déjà objective de la question.
    Ses ouvrages sont également consultables aux archives départementales de la Charente : Série J sous série 38 J : Fonds Cadet.
    Et je profite de l’occasion, afin de ne pas alimenter l’inutile polémique, de ne pas vous donner pas mon opinion personnelle sur la question.

    Si la Bête du Gévaudan était quelque peu mégalomane et avide (déjà !)de publicité, il y eu ailleurs d’autres bêtes tout aussi « maufaisantes » et moins célèbres. :-)

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      • Ce petit livret illustre une très complète exposition sur les loups en Charente. L’auteur que j’ai cité, une excellente"historienne amateur"avait été marquée dans son enfance par les souvenirs familiaux du"drame de la Rochette"en 1874, étant petite nièce des protagonistes de l’histoire.
        Il m’est arrivé de me « promener dans les bois »(pendant que le loup n’y était pas)où vraisemblablement Alfred de Vigny participa à une chasse au loup, qui lui inspira le poème « la Mort du Loup »,que nous avions appris en huitième.

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        • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 31 décembre 2017 14:03, par Jacques Baillon

          Sauf erreur de ma part , La Mort du loup d’Alfred de Vigny (1843) aurait été inspiré par les chasses au loup que le grand-père du poète, Guy Victor de Vigny, louvetier, organisait en Beauce.. Dans « Les Destinées », Alfred de Vigny parle ainsi de son grand père : « Mon grand père, écrit-il, était fort riche : Vigny, le Tronchet, Graville, Emerville, Saint Mars, Sermaises, Courquetaines etc.. étaient des terres à lui. Il faisait en Beauce, avec mon père et ses sept frères de grandes chasses aux loups ». Dans « Journal d’un poète » il précise même le point de départ de ces chasses : Mon grand-père et mes oncles faisaient partir du Tronchet de nombreuses meutes pour les chasses au loup ». Petit problème, on ne sait pas si ces chasses furent bien réelles ou si elles eurent surtout lieu dans l’imaginaire de l’enfant qu’était alors Alfred de Vigny.. (tiré de " Le loup autrefois en Beauce" : https://www.thebookedition.com/fr/le-loup-autrefois-en-beauce-p-108902.html )

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          • "On ne prêt qu’aux riches"et « chacun tire la couverture à soi ! »
            Alfred de Vigny possédait en Charente le MAINE GIRAUD, un petit domaine comprenant une belle demeure ornée d’une modeste tour(on peut visiter et à l’occasion goûter et acheter un honnête pineau produit pas les actuels propriétaires) .
            C’est dans cette "tour d’ivoire"que, selon la tradition, il se retirait pour écrire ses œuvres ; il y aurait composé la Maison du Berger et la Mort du Loup.
            De là à affirmer que c’est en chassant dans les bois voisins qu’il trouva son inspiration....
            Evidemment dans ce petit pays, on est fier d’un tel voisinage, à tel point que la petite commune de Champagne de Blanzac a été rebaptisée Champagne Vigny.

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            • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 31 décembre 2017 17:43, par Jacques Baillon

              Où Alfred de Vigny a t-il pu trouver son inspiration ? Voilà un sujet qui devrait intéresser les amateurs d’histoire et les généalogistes. Perso, je candidate pour la thèse beauceronne, vu que c’est lui qui le dit dans un de ses textes. Mais la thèse charentaise se défend bien puisque la région fut une « terre à loups » indubitable.. Alors ? Qui va apporter de nouvelles infos ? En attendant, bonne année à tous :-)

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 28 décembre 2017 16:49, par christiane chabanis

    je reprendrais l’idée que le loup dévoreur n’est peut être pas le loup tueur ?
    des enfants esseulés ,des femmes sans défenses ,des proies faciles attaquées ? abusés ? puis tués . le loup fera le reste
    rien de nouveau sous le soleil !
    j’ai souvent réfléchi a la bête ,trouvé des actes en Ardèche ou haute Loire lieu de mes recherches ou l’on parlai d’attaque de loup ,enragé ? chien errant ?
    j’attend avec impatience le livre de Chabrol !
    bonne année a tous

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    • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 29 décembre 2017 08:12, par Elsie Zastrizny

      Je ne manquerai pas de vous faire savoir la sortie de l’ouvrage de Jean Paul Chabrol. Afin d’éviter toute polémique ultérieure je précise par avance que cet historien n’a rien à voir avec les associations de défense des agriculteurs.
      Une ultime précision : il m’a été reproché de faire un raccourci en évoquant les problèmes actuels. Le reproche peut être fondé et je reçois positivement cette critique mais j’avais simplement voulu rappeler que le loup est un animal sauvage qui a posé problème à nos ancêtres et qui en pose encore aujourd’hui (de manière heureusement différente). C’est malheureusement une réalité.
      Une dernière remarque concernant les sources historiques : certains semblent mettre en doute les registres BMS et les récits de certains curés (qui peuvent être parfois exagérés). N’oublions pas qu’il y a aussi des actes notariés qui font des récits d’attaques de loups. Des historiens ont travaillé sur ces actes. C’est à cela que je pensais lorsque je parlais de crédibilité.

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      • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 29 décembre 2017 12:06, par Michel Patinaud

        Vos remarques et arguments sont très intéressants et je vous en remercie. Ils permettent d’alimenter un débat, la confrontation des idées étant une des bases du travail historique. Mon article voulait surtout attirer l’attention sur les limites des sources et l’importance des mots. Ensuite, chacun peut – et doit – se faire sa propre opinion. Auteur d’un article sur « La Bête du Limousin » : « Histoire du loup et psychoses sociales » (consultable en version abrégée sur le site internet de la revue IPNS, n° 25 : www.journal-ipns.org/les-numeros), j’avais été intrigué, puis après réflexion, choqué par une phrase lue dans la revue L’Histoire de septembre 2008. Sous la plume de ? (encadré accompagnant l’article de J.M. Moriceau, p. 69), deux mots posaient justement problème, au sens de l’éthique historique s’entend, c’est moi qui souligne : « la crainte, fondée, d’être croqué vivant ». Quelle source permet d’écrire cela ? Le petit chaperon rouge ? Et plus loin : « le débat est clos ». Eh bien non, grâce à M. Sabot et histoire-généalogie.com – un grand merci - le débat n’est pas clos, et c’est tant mieux. Mon opinion – comme le capitaine Haddock, je la partage – est que le loup aura été le bouc émissaire idéal des peurs sociales. Quand vous dites « le loup est un animal sauvage qui a posé des problèmes à nos ancêtres », je suis d’accord, mais j’ajouterai : l’inverse aussi ! D’ailleurs, même en retenant les chiffres discutables de M. Moriceau (Université de Caen) : de 1580 à 1840, soit 260 ans, 3000 attaques sur l’homme, cela fait une moyenne de 11 « attaques » par an pour le pays entier. Même en adhérant à la thèse de ce brillant historien, il n’y a pas de quoi fouetter un chat...pardon un loup.

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        • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 29 décembre 2017 19:15, par Elsie Zastrizny

          Merci pour votre message, je suis heureuse que vous me répondiez. J’ai conscience de m’être mal exprimée et j’ai certainement donné l’impression de porter un jugement négatif sur votre article. Pardonnez ma maladresse.

          Ce que vous dites est tout à fait juste : dans de nombreux actes , il n’est pas question « du loup » mais « d’une beste » et même « d’une beste cruelle » ou « une bête féroce ». Dans d’autres actes, le loup est cité. Vos remarques m’ont conduite à réfléchir sur ce sujet voici quelques remarques personnelles :

          • la lecture de ces différents textes pose un problème d’interprétation. Certains y voient le loup, d’autres un autre animal (hyène, chiens sauvages) et d’autres encore un ou des criminels sadiques. Quel crédit peut-on apporter à la lecture des différents actes BMS, notariés ou autres rapports ? Déforment-ils la réalité ? Je pense que vous avez remarqué que les descriptions de « la Bête » y sont très souvent contradiçtoires. La « beste » est parfois grande, parfois petite, parfois elle ’de grands crochets", parfois elle marche sur deux pattes etc....J’ai l’occasion d’aller parfois aux AD de la Lozère. Là j’ai lu le rapport du curé d’Aumont (registre paroissial d’Aumont). La description qu’il fait « de cette vilaine et dangereuse bête » est particulièrement intéressante.

          Nous connaissons le récit de ces attaques par les actes de décès ou les rapports établis par les curés, les archives notariales et communales. Actes qui évoquent des drames,sans doute réels, mais écrits parfois sous le coup de l’émotion après un ou des décès ou traduisant l’émotion, la peur (et aussi la souffrance) de certains survivants (qui sont souvent très jeunes). De plus, ces actes sont retranscrits en français alors que nos braves paysans (ou paysannes) gabalitains s’exprimaient en patois (occitan). Ce ne sont pas leurs propres paroles que nous lisons dans ces actes. Très vite ces différents récits ont enflammé l’imagination. La superstition s’en est très vite mêlée, développant sans doute une psychose collective. Enfin, l’évêque de Mende n’hésite pas en 1764 à qualifier le Bête de « fléau voulu par Dieu ».

          Personnellement (je n’engage que moi) il me semble difficile, voire impossible qu’un seul animal ait été responsable de toutes les attaques répertoriées en Gévaudan. En raison de ce que je viens de dire dans les lignes précédentes certaines descriptions me paraissent exagérées. Certains drames, bien réels, sont vite devenus des histoires extraordinaires que l’on se raconte le soir dans les chaumières. Elles ont conduit à donner de « La Bête » une image surnaturelle, celle d’un monstre fantastique, sauvage et cruel.

          Dernière remarque : combien le travail de l’historien est parfois difficile. L’analyse et la confrontation des sources sont essentielles.

          Toutes ces réflexions sont faites sans aucun esprit polémique mais je les partage dans le but d’un enrichissement réciproque. Le débat contradictoire, lorsqu’il est respectueux, est particulièrement intéressant. Il permet de réfléchir et de se remettre en cause, ce qui toujours bénéfique.

          Encore merci pour votre réponse et tous mes voeux les plus chaleureux pour 2018.

          Elsie ZASTRIZNY

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        • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 29 décembre 2017 20:04, par Jacques Baillon

          Analyser des écrits anciens mettant en scène le loup (ou de présumés loups) pour produire ce qu’un chercheur du Muséum de Paris avait (en son temps) appelé de « l’écologie historique » ne peut être l’apanage des seuls historiens. Il faudrait y associer d’autres regards. Un sujet comme celui là aurait mérité qu’un travail de recherche historique pluridisciplinaire soit mené, associant des zoologistes, des linguistes, des spécialistes des religions etc...
          Par ailleurs, il faut savoir que certains chercheurs en sciences humaines doutent de la pertinence de certains écrits : « Ces matériaux, font inévitablement poser la question de leur fiabilité et d’abord de leur partialité, les hommes ne retenant que ce qu’ils pouvaient et voulaient voir, lisant et déformant cela avec leurs imaginaires, leurs intérêts, leurs certitudes aveugles » a pu écrire un autre universitaire, Eric Baratay, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lyon 3 dans « Pour une histoire éthologique et une éthologique » , Etudes Rurales NO 189, 2012, pages 91 à 106).
          En Sciences naturelles, quand on veut comprendre ce qui se passe dans un milieu naturel donné, quels sont les rapports et les interactions entre les plantes, le sol, la faune, on étudie le milieu dans son ensemble et pas seulement une de ses composantes.

          Il ne viendrait par exemple à l’idée d’aucun entomologiste de dresser sans autre explication une liste impressionnante de coccinelles prédatrices des pucerons en omettant de dire qu’il y a beaucoup de pucerons lorsque le printemps est humide et doux ce qui favorise leur développement sur les bourgeons de rosiers !

          On devrait avoir la même démarche en ce qui concerne le carnivore sauvage et les sociétés humaines. Etudier le loup, son comportement, ses interactions avec l’homme, avec son bétail etc.. certes, mais en ayant les yeux ouverts sur le reste ! Sur son environnement qui n’est pas le même aujourd’hui et au temps de la Bête du Gévaudan ! C’est-à-dire sur la violence omniprésente dans la société de l’époque, la misère, la criminalité, les superstitions, les épidémies, la famine, les mœurs parfois très rudes, le poids de l’idéologie religieuse etc..

          Sans oublier quelques autres phénomènes naturels heureusement oubliés aujourd’hui, comme la rage, qui fut très probablement la cause première des morts dues aux loups et autres « bêtes féroces » ainsi que l’omniprésence dans les campagnes de chiens vagabonds qui cotoyaient volontiers les loups (1).

          JM. Moriceau n’est pas le seul historien à s’être intéressé aux loups mais il a eu le mérite de mettre en place une structure performante de collecte de données écrites sur les « méfaits des loups » , dans le cadre du « Pôle rural » de l’Université de Caen et cela lui a permis d’associer à sa collecte des quantités de généalogistes, d’historiens amateurs ou d’étudiants. Les enseignements qu’il en tire lui appartiennent et chacun peut avoir un avis sur ses analyses.

          Le problème, c’est que le résultat de cette enquête a dès le début été présenté « à charge » contre le loup d’une manière très outrancière. Et pour cause ! Il est possible que les éditeurs de ses ouvrages et les médias aient souhaité dramatiser le sujet en mettant à chaque fois en évidence le nombre impressionnant d’attaques sur l’homme. Parfois au détriment de toute analyse fine. Il est clair aussi que les « anti-loups » d’aujourd’hui les plus engagés ont trouvé en cet historien un soutien de poids puisque la « dangerosité » supposée du loup fait partie de leurs arguments et qu’ils les puisent volontiers sur les ouvrages de M. Moriceau (ou sur ce qu’ils ont compris) .

          Disons que chercher, c’est d’abord douter.. Donc, « attirer l’attention sur les limites des sources et l’importance des mots » est, à mon avis, la question la plus intéressante et la plus utile qui puisse être discutée sur ce blog.

          (1) Pour les personnes que le sujet « loups, chiens, hybrides, bêtes cruelles diverses et variées, intéresse, voir mon essai « Drôles de loups et autres bêtes féroces » dont j’ai parlé plus haut (139 pages).

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          • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 30 décembre 2017 11:13, par Elsie Zastrizny

            Vos remarques et la citation d’Eric Baratay sont très justes. Je me suis confrontée au même problème de fiabilité et d’interprétation des sources pour une étude que je réalise sur les guerres de religion. Un même événement est relaté de façon complètement différente selon le narrateur ( diatribes des curés ou plainte des huguenots). Le terme de partialité convient bien. la confrontation et l’analyse des sources est indispensable mais parfois difficile.
            La conférence organisée avec Jean Paul Chabrol était très intéressante car elle était suivie de l’intervention d’un zoologue qui nous a longuement parlé du comportement des loups. C’est un animal passionnant qui gagne à être mieux connu. Participaient également des éleveurs de troupeaux. Le débat fut passionnant. Pour ne pas sortir du sujet je n’en dirai pas plus.
            Je lirai avec intérêt votre essai.
            Cordiales salutations et meilleurs voeux.
            Elsie

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  • Merci à la Gazette pour favoriser la discussion sur la Bête du Gévaudan, à Jacques Baillon pour le document des Archives départementales de Charente et à vous toutes et tous pour vos contributions...
    J’apporterai mon grain de sel en vous livrant un article commis au printemps dernier sur le sujet (publié le 10 mai, dans l’Eveil Hebdo de la Haute-Loire). Après de nombreuses fouilles archivistiques -en cours-je suis de ceux qui en arrivent à la conclusion provisoire que derrière le vocable "Bête du Gévaudan" se cachent plusieurs animaux sauvages et qu’à l’époque, les seules bêtes féroces susceptibles d’attaquer l’homme étaient des loups. Affaire à suivre ! Heureuse et fructueuse année 2018 à la communauté !

    "1764-1767 : quand la bête plurielle semait l’effroi en Gévaudan
    Pierre Clavel, docteur en biologie animale, ancien président de l’association française des ingénieurs écologues (AFIE), membre de la Société des lettres de la Lozère. Mars 2017.

    Alors qu’approchent les célébrations des 250 ans de la fin de l’histoire de la Bête du Gévaudan, il nous semble nécessaire de revenir aux sources, c’est-à-dire aux archives publiques ou privées disponibles, et aux travaux des historiens, pour écarter hypothèses ou théories non fondées et esquisser une histoire rationnelle des trois années au cours desquelles des « bêtes féroces » ont tué une centaine de personnes dans notre région. Pour ce faire, nous tâcherons de répondre aux questions les plus fréquentes :

    • 1. Quels étaient les animaux sauvages susceptibles d’attaquer l’homme à l’époque ?
      Tous les scientifiques sont d’accord : seuls les loups, très répandus dans le pays, pouvaient s’en prendre, au-delà de leurs proies habituelles (cerfs, chevreuils, sangliers, lièvres, lapins…), et dans des circonstances particulières, aux troupeaux de moutons et aux bergers ou vachers (souvent des enfants). Entre le 16e et le 21e siècle, de nombreux rapports font état d’attaques de loups, enragés ou non, dans divers pays européens (France, Italie, Estonie, Norvège, Suède, Finlande, Pologne, Espagne…) et ailleurs dans le monde (Inde, notamment entre 1980 et 1999, USA au XXe siècle également). La plupart des victimes sont des enfants ou adolescents. Depuis plus d’un millénaire, dans tous les pays, des primes étaient accordées chaque année, aux tueurs de loups. En Gévaudan, les Archives départementales illustrent abondamment cette pratique (pour la seule année 1763, un montant de 288 livres fut attribué par les Etats particuliers du Gévaudan, pour la destruction de 79 loups).
    • 2. Pourquoi trouve-t-on dans les écrits de l’époque les mentions fréquentes de « bête féroce » et plus rarement de « loup » ?
      Cette dénomination a été repérée non seulement en Gévaudan, mais ailleurs en France et en Europe, à diverses époques. En considérant les données ci-dessus et en écartant les hypothèses fantaisistes, obscurantistes ou non documentées (loup-garou, monstre envoyé par Dieu pour punir les hommes de leurs péchés, hybrides plus ou moins improbables, tueur en série, conspiration ou complot mêlant divers notables locaux…), nous ferons nôtre l’appréciation de Jean-Marc MORICEAU, le grand historien du monde rural, des loups et de la bête du Gévaudan : « Si l’on excepte les quelques loups qui pointent dans certains actes, l’anonymat qui s’installe autour de la « bête féroce » vient souligner, une fois encore, le désarroi d’une population confrontée à un comportement de transgression et frappée par la récurrence des agressions et l’impuissance des réactions humaines… La paix extérieure replaçait les questions intérieures au premier plan… Par les gazettes et l’image, la presse se saisit de ce nouveau fait divers, qui jadis aurait été éclipsé mais qui alors, jaillissant en pleine lumière, devenait intolérable. C’est avec cette publicité inédite que l’affaire est sortie du contexte des rapports hommes-loups pour donner libre cours à une manne inépuisable d’interprétations. »
      Il est aussi facile d’admettre que la description d’une bête attaquante ou menaçante, par ses victimes ou des témoins terrorisés, puisse donner prise à l’imaginaire et au registre du « monstre », notamment dans un contexte marqué par la notion de « châtiment divin ». De nos jours encore, l’observation d’animaux sauvages jugés inquiétants, à l’abord de villages ou de lotissements périurbains, donne lieu dans les médias à des descriptions fantaisistes ou improbables (hybrides divers et variés, hyènes, tigres), alors que la plupart du temps il s’agit de gros chats, voire d’animaux en peluche (Grande-Bretagne, 2011 ; Hérault, 2016). Alors, que penser de reconstitutions en deux ou trois dimensions de la Bête du Gévaudan à partir de rapports d’autopsie et de témoignages de l’époque ?
    • 3. Pourquoi de telles attaques entre 1764 et 1767 et pas à d’autres époques ?
      Le contexte (temps de paix dans le royaume qui survalorise les affaires intérieures, mandement de l’évêque de Mende, du 31 décembre 1764, qui culpabilise ses ouailles, grande pauvreté de la plupart des paroisses de Margeride, mentionnée dans des enquêtes consultables aux Archives départementales, hivers rigoureux et raréfaction des proies sauvages, enfants surexposés lors de la garde des troupeaux) et le traitement médiatique des attaques (250 environ pour quelque 90 tués et 70 blessés) ont relégué au second plan bien d’autres attaques survenues en France, parfois aussi meurtrières sinon plus (cf. JM Moriceau) : la Bête du Gâtinais 1653-1655, la Bête de l’Yveline 1677-1683, la Bête de Langeais 1693-1694, la Bête d’Orléans 1712, les loups du Livradois 1715-1718, ceux du Forez 1726-1730, du Lyonnais 1754-1756, la Bête de Sarlat 1766, la Bête des Cévennes 1809-1816, cette dernière mentionnée en tant que loup dans plusieurs actes de décès et le livre de raison du sieur Romieu, un notable du secteur.
    • 4. Avons-nous affaire à une ou plusieurs bêtes ?
      Compte tenu du relief accidenté et de l’étendue géographique des attaques survenues entre juin 1764 et juin 1767 (grossièrement dans un triangle dont les sommets seraient Saint-Etienne-de-Lugdarès en Ardèche, La Chapelle-Laurent dans le Cantal, Saint-Côme-d’Olt, dans l’Aveyron), soit environ 2500 km2 (l’équivalent de la moitié de la superficie du département de la Lozère), des signalements de bêtes féroces à des endroits éloignés sur une même période, de nombreux loups dont certains de grande taille tués au cours de ces 3 années, en particulier le loup des Chazes (63 kilos) abattu par François ANTOINE, le 20 septembre 1765, le grand mâle d’Auvers (53 kilos) tué par Jean CHASTEL, le 19 juin 1767 et la femelle, une louve ordinaire, abattue le 26 juin 1767, il serait déraisonnable de soutenir la thèse d’une seule bête féroce, fût-elle un loup ou une louve.
    • 5. Des hybrides chiens-loups ou des loups apprivoisés pourraient-ils être les auteurs des attaques ?
      Selon des recherches récentes, les chiens et les loups seraient génétiquement séparés depuis 35.000 ans. Ils sont considérés comme deux sous-espèces de l’espèce Canis lupus (Canis lupus lupus pour l’individu sauvage eurasien, Canis lupus familiaris pour le domestique). Les chercheurs sont divisés quant au processus. Des individus loups, moins farouches que d’autres, se seraient-ils mis à fréquenter les camps de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs pour disposer de restes de nourriture plus accessibles que les ongulés sauvages ? Les hommes auraient-ils été tentés de les domestiquer ? Probablement. Au fil des temps, les hommes ont sélectionné des races d’animaux et pratiqué des hybridations avec plus ou moins de bonheur, dont celles entre loup et chienne ou chien et louve (ce fut aussi le cas entre sanglier et truie, zèbre-ânesse, zèbre-jument…mais ceci est une autre histoire). Dans celle qui nous intéresse, un seul document, antérieur aux attaques, fait état des membres d’une famille Rodier « soupçonnés de faire dévorer les gens par des loups apprivoisés qu’ils conduisaient avec eux. Ce dernier crime n’a pu être suffisamment prouvé. » (Lettre du syndic du diocèse de Mende, Etienne Lafont, datée du 27 mars 1762. AD 34). En l’état actuel des connaissances, les hypothèses d’intervention d’animaux apprivoisés, hybrides ou non, ne sont pas étayées.
    • 6. Les hypothèses d’un tueur en série, d’un complot mêlant des notables, de règlements de compte sont-elles crédibles ?
      Là encore, en l’absence de pièces à conviction, autrement dit de sources archivistiques de l’époque, ces assertions relèvent de l’imagination de leur auteur, alimentant avec plus ou moins de bonheur le domaine du romanesque ou de la poésie et non celui de la recherche historique. Que de manière marginale, des individus aient voulu profiter des attaques de loups pour se débarrasser d’un rival, se venger d’une offense, effrayer des voisins… fait hélas partie des dérives de la nature humaine constatées en d’autres occasions, mais non documentées dans l’affaire de la Bête du Gévaudan. Quant à un éventuel tueur en série qui rappellerait Gilles de Rais (pendu en 1440, à l’issue d’un procès pour apostasie hérétique, crime et vice contre nature avec des enfants- 140 meurtres évoqués), il n’a à ce jour laissé aucun indice probant. Enfin, le conspirationnisme, ou théorie du complot, ayant fait l’objet de divers films ou d’ouvrages, ne s’appuyant pas sur l’examen de faits (en l’occurrence des archives) relève de la fiction ou de la croyance et en aucun cas de la connaissance. A ce stade, aucune source vérifiable ne permet de retenir une telle thèse explicative des attaques relevées durant ces trois terribles années.
      En manière de conclusion provisoire, à défaut d’éléments de preuves apportés par les auteurs d’autres hypothèses, nous proposons de retenir les loups comme responsables de la plupart des attaques, blessures et décès de personnes constatés entre juin 1764 et juin 1767, dans le cadre de l’histoire dite de la Bête du Gévaudan. Nous incitons les chercheurs et érudits locaux à continuer l’exploitation des archives publiques et privées telles que celles du fonds Lacoste consultables dans le service des Archives départementales de la Haute-Loire (AD 43) et à développer une approche multidisciplinaire du sujet d’étude (historiens, zoologistes, écologues, géographes, ruralistes…)."

    Pour en savoir plus

    AD 43, fonds Lacoste et Chaumeils 110 J.
    AD 48, série C (destruction de loups), série G (état des paroisses au 18e siècle).
    BONNET, Alain, La Bête du Gévaudan, chronologie et documentation raisonnées, 2014. Consultable et téléchargeable sur l’internet.
    BUFFIERE, Félix, La Bête du Gévaudan, une grande énigme de l’histoire. Toulouse, 1987.
    CLAVEL, Pierre, La Bête du Gévaudan dans l’est de la Margeride durant l’automne 1764, Cahiers de la Haute-Loire, 2016.
    CROUZET, Guy, La grande peur du Gévaudan, 2001.
    FABRE, abbé François, La Bête du Gévaudan, Editions de Borée, 2001 (1e ed.1930)
    MORICEAU, Jean-Marc, Histoire du méchant loup. La question des attaques sur l’homme en France, XV-XXe siècle, Pluriel, 2016.
    MORICEAU, Jean-Marc, La Bête du Gévaudan. La fin de l’énigme ?, Editions Ouest-France, 2015
    Norsk Institutt for Naturforskning, La peur du loup : recueil d’attaques sur des humains, LCIE, Norvège, 2002. Consultable et téléchargeable sur l’internet.
    PIC, abbé Xavier, La Bête qui mangeait le monde en pays de Gévaudan et d’Auvergne, Albin Michel, 1971 (1e ed. 1968).
    POURCHER, abbé Pierre, Histoire de la Bête du Gévaudan, véritable fléau de Dieu, Jeanne Laffitte, 2006 (1e ed.1889).
    SOULIER, Bernard, Sur les traces de la Bête du Gévaudan et de ses victimes, Editions du Signe, 2011.


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    • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 3 janvier 07:50, par Jacques Baillon

      Bonjour M. Clavel (et tout le monde) Chercher, c’est d’abord douter, confronter les points de vues. Développer une approche pluridisciplinaire du sujet serait effectivement une démarche beaucoup plus utile que de retenir a priori l’hypothèse du loup quasi systématiquement coupable, chère à JM Moriceau et à d’autres historiens ☺ .

      Je ne pense pas que dans un tel débat des zoologistes pourrait accréditer l’idée qu’un animal sauvage « apprivoisé » peut, sur commande, « attaquer » une cible désignée. Idem pour un métis de loup et de chien, les amateurs de tels hybrides savent bien que ces animaux sont incontrôlables et très instables dans leurs comportements. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont interdits en France aujourd’hui. C’est différent pour les chiens, comme les actuels chiens d’attaque (ou de défense) qui peuvent être des armes dangereuses s’ils sont dans de mauvaises mains ou abandonnés (parce que non « dressés ») à leurs instincts de prédation.

      Or les chiens étaient extrêmement nombreux, autrefois, dans les campagnes, notamment les chiens de garde (les « mastins ») voire les chiens de chasse (comme les lévriers) et leurs multiples combinaisons. Au passage, rappelons que l’on sait peu de choses sur ces « races » anciennes de chiens, puisque ce n’est qu’au XIXe siècle que fut inventée la notion de « race » , tels qu’on la connaît aujourd’hui.

      Il est remarquable que beaucoup de témoignages sur ces « bêtes » féroces font allusion à leur ressemblance avec des dogues ou des lévriers. C’est le dénominateur commun de beaucoup de ces descritions d’époque hautes en couleur.. On peut en trouver des centaines. Donc si l’on retient l’idée que la bête du Gévaudan a comme explication des réglements de comptes religieux, politiques ou autres, parlons alors de chiens dressés pour tuer et pas de loups ou de métis loup/chien.

      Il y a effectivement eu beaucoup d’autres cas de « bêtes féroces », moins connues que celle du Gévaudan. Cela semble donc exclure l’hypothèse du complot politique qui aurait été spécifique à cette région, mais est-ce que cela doit l’exclure totalement ?

      Ce que la plupart des scientifiques savent c’est que les épidémies de rage étaient le fléau le plus répandu et le plus craint, jusqu’à Pasteur. Sans nier totalement que le loup ait pu s’intéresser d’un peu trop près à de petites proies humaines, simplement parce que c’est un carnivore et qu’un carnivore ça mange de la viande, il paraît évident que les exactions d’animaux porteurs du virus rabique (principalement les chiens et les loups) ont été pour beaucoup dans toutes ces affaires de morts humaines violentes.

      Un autre élément à prendre en compte est le fait qu’un cadavre abandonné dans la nature est « nettoyé » en quelques heures par toutes sortes d’animaux détritivores ou nécrophages, loups, chiens, cochons, sangliers, renards, mustélidés, voire blaireaux etc.. Donc le fait qu’un curé indique dans un acte d’inhumation qu’il a enterré les restes du petit Tartempion tué par le loup (ou par la beste) n’implique pas forcément le loup. Il a pu être assassiné, mourir de maladie, de froid, d’épuisement … etc. L’époque était violente. On en revient là au débat sur les mots et leurs interprétations, et sur la fiabilité des sources, sujet de départ de ce thème..

      Pour ce qui est des « bêtes historiques » je vous renvoie à mon essai « Drôles de loups et autres bêtes féroces » dans lequel je les passe toutes en revue.. et le moins que l’on puisse dire c’est que , descriptions à l’appui, la qualification de « loups » ne va pas de soi pour beaucoup d’entre elles !!

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    • Nos ancêtres connaissaient très bien le loup. Si la Bête avait en avait été un, n’aurait-elle pas été désignée ainsi dans les écrits ?
      J’avais trouvé une hypothèse intéressante qui parlait d’une hyène ramenée d’Afrique et qui se serait échappée. Un animal hors de son milieu naturel, pour survivre, s’attaquerait plus facilement à des cibles humaines comme les enfants qui gardaient seuls les troupeaux, là où un loup, ayant appris à se méfier de l’homme, se serait éloigné.

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      • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 3 janvier 17:46, par Jacques Baillon

        Oui, c’est une hypothèse que l’on rencontre souvent. Le problème avec la hyène, c’est que des mentions concernant cet animal se retrouvent dans différentes régions et à différentes époques. Or la hyène n’est pas une espèce qui était présente à l’état naturel en France donc il s’agit plutôt à mon avis de confusions dans les appellations : certains auteurs d’époque disant indifféremment hyène (ou hienne) ou loup-cervier, loup, « bête » pour désigner le même animal, et donc pas d’une importation.. Si Chastel avait ramené une hyène, on n’en trouverait qu’en Gévaudan, or ce n’est pas le cas..

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    • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 9 janvier 17:02, par Thierry Sabot

      Bonsoir,

      Je vous remercie pour ce long et très intéressant développement. Savez-vous si le livre de raison du sieur Romieu, un notable du secteur, a été publié ou éventuellement numérisé et mis à disposition sur internet ? Merci,

      Bien cordialement,

      Thierry Sabot

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 3 janvier 16:28, par bousquet yves

    J’ai travaillé sur le spectacle la bestia du gévaudan et étais chargé à l’époque de faire les recherches d’archives.J’ai mené ma démarche comme une enquète de police avec notement un entretien avec M.Ménatory directeur du parc des loups du Gevaudan qui a mené son enquéte de son coté...il est évident que certains témoignages (ceux qui sont plausibles certains qui se sont déroulés le même jour à + de 20km ayant été abandonnés et sont des réglements de compte)
    permettent de penser que ce n’était pas un ou plusieurs loups mais autre chose...les habitants connaissaient les loups comme l’on connait les chien maintenant donc c’était autre chose qu’un loup...mais qui était guidé et protégé :voir les blessures infligés et l’attitude des chastel...il faut analyser les attaques(par calques successifs comme deligny sur les autistes) permet de résoudres pas mal de choses la zone d’attaques et son point central, des habitants de la béssede qui voient arriver 2 gros Matins (gros chiens ? ou....autre) avec Antoine chastel....

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  • Bonjour et bonne année à tous et à toutes,

    J’ai bien apprécié cet article et tous vos commentaires, en particulier l’analyse très fouillée de M. CLAVEL.

    Il me semble indiscutable que la « Bête du Gévaudan » soit devenue un mythe. Oui, mais tous les mythes ont un fondement dans la réalité, même s’il est quelquefois à chercher par une réflexion psychanalytique.

    Quelques petites réflexions pour alimenter le débat :
    1°) L’époque était fort peu portée à la rationalité. La « foi du charpentier » conduisait souvent à se contenter d’évoquer des causes venant de l’au-delà.
    2°) La vraie recherche est difficile : à une époque très récente et pourtant rationnelle et technique, il a fallu plusieurs années de traque pour démasquer et arrêter Guy Georges...
    3°) De nos jours il y a chaque année de nombreux cas d’enfants, et même d’adultes attaqués, défigurés, voire tués par des chiens. Quelquefois par leur propre chiens...
    4°) Le loup est un animal qui, comme beaucoup, est mu par une crainte justifiée de l’homme. Mais celle-ci est dépassée quand il est affamé ou victime de la rage. Attetion : il chasse presque toujours en meute !
    5°) Il y a bien des animaux devians : comme celle lionne au Kenya qui a défrayé la chronique en adoptant des bébés oryx.
    6°) Mais il y a surtout des humains dévians (§2 ci-dessus)...

    Quoi qu’il en soit, le cœur de notre activité n’est-il pas de faire émerger la vérité d’un passé confus et brouillé, quelquefois perdu ? Mais il n’y a pas une vérité, il y en a presque toujours plusieurs, du moins il y a plusieurs façons de lire la vérité...

    La « Bête du Gévaudan » continuera donc longtemps d’alimenter les débats et de permettre d’intéressantes recherches pour les historiens et les généalogistes...

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 6 janvier 08:36, par Jean-Loup Gajac

    De la lecture de toutes ces posts, je relève une idée très intéressante d’un contributeur qui dit qu’une fois un crime sadique commis, les loups ont pu s’attaquer aux cadavres abandonnés.

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    • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 6 janvier 11:27, par Jacques Baillon

      Bien sûr, Jean-Loup, encore une fois c’est toute la difficulté lorsqu’on tente d’exploiter les registres d’inhumation faisant état de décès attribués à la bête (ou au loup). Crimes de sadiques et autres violences ? Sans doute, mais pas seulement . Il pouvait y avoir des tas de causes de mortalité dont les actes d’inhumation ne disent rien comme les blessures mortelles d’animaux enragés réellement dangereux (chiens, loups..) ou des morts « naturelles » dues à la maladie ou à la faiblesse physique des enfants que l’on envoyait garder les oies, ou les vaches, moutons etc.. sans se préoccuper de leur capacité à surmonter les risques dans un environnement rude. Ensuite, lorsqu’on découvre les restes des cadavres, mangés par divers animaux carnivores, il est évident que l’on cherche un coupable. Et que l’on fait vite l’amalgame entre la cause de la mort et ses conséquences. Si des restes humains ou un cadavre sont retrouvés « dévorés par la bête » ce peut être vrai mais ce peut être aussi la conséquence, pas forcément la cause première. Dans tout le « corpus » de données mettant en scène ces « bêtes cruelles et dévorantes » il y aurait un tri sévère à tenter de faire pour approcher la vérité. Pas facile, mais ce qui est certain c’est que les loups ont pu trouver dans les cadavres humains de quoi se nourrir et parfois « nettoyer » le corps en un temps record, aidés par toute la compagnie des animaux détritivores, nécrophages, dont les chiens, les cochons, les sangliers, les renards etc..

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      • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 6 janvier 12:14, par Jean-Loup Gajac

        Oui, d’autant plus dans ce contexte de guerre contre les Protestants où tout évènement était prétexte à récupération politique par la Monarchie Catholique et par le Comte-Evêque de Mende qui était à l’affût de chaque fait divers, dans ses prêches, pour les monter en épingle et les présenter comme punition divine contre le péché des Hérétiques de la RPR (Religion Prétendue Réformée). Cette histoire de Bête justifiait l’afflux de Dragons et les réquisitions de nourriture et de logement pour eux, ainsi qu’elle culpabilisait les paysans et prévenait l’extension de « l’Hérésie ». C’était « tout bénéf » pour les Puissants.
        De nos jours les mêmes procédés de propagande de guerre et de boucs émissaires sont toujours employés avec succès.

        Je suis certain que des enfants ou des jeunes femmes dévorés après un accident mortel quelconque on en trouverait pas mal au cours des siècles jusqu’à aujourd’hui, si les causes de décès étaient toutes inscrites dans les actes de sépulture.
        Mais là on parle d’une période de dragonnades et de guerre civile et religieuse où la Bête était présentée comme une malédiction divine, d’où les mentions dans les actes de décès, plus précises que d’habitude, ce qui fausse un peu notre jugement de 2018.

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        • un légende 15 janvier 19:58, par Jean Auraison

          si je peux me permettre, lorsque vous parlez de Dragons en Gévaudan dans l’esprit de ceux qui terrorisèrent les Cévennes de la fin du XVIIe au début du XVIIIe s,vous tombez à pieds joints dans l’idée de la légende locale colportée dans bien des livres très mal documentés ,car réellement il n’y a jamais eu le moindre soldat des régiments de dragons (du roi ou d’autres)à venir chasser la bête en Gévaudan durant la période qui nous passionne.De nombreuses publications ont été diffusées à cet effet à différents endroits sur internet à partir de sources qu’il n’est pas possible de contester sans faire preuve d’une évidente mauvaise foi.Ce sont les cavaliers d’un régiment liégeois de troupes mixtes légères qui étaient en caserne à Langogne et Pradelles que le Gouverneur du Languedoc , le comte d’Eu (le petit-fils du roi Louis XIV),a envoyé sur Saint Chély d’Apcher poursuivre la bête. Ce qui est encore plus amusant c’est quand on compare ces soldats aux troupes royales des dragonnades contre les camisards protestants puisque ces chasseurs de la bête venaient justement d’une maison qui était l’amie des protestants , celle de Condé, dont le prince fut bien un temps à la tête du parti protestant, et qui connu encore d’ailleurs de fortes sympathies à l’égard des protestants durant la guerre des Camisards. Le journal de Baudouin concernant le tribunal des Grands Jours du Languedoc, de 1666 à 1667, laisse aussi transparaître au cours des jugements ces accointances définies entre la maison de Condé et les protestants avec la bienveillance de la maison du prince de Polignac qui faisait la jonction. Il est donc évidemment stupide de faire cette comparaison entre ces soldats et les dragons de la guerre des Cévennes.Ces régiments mixtes étaient sur le territoire depuis l’année 1763 uniquement parce que c’était des volontaires et au lieu de les démobiliser à la paix on les avait fait descendre dans une région vide de troupes militaires. Plusieurs documents, dont une lettre du Syndic et procureur fiscal Lafont, confirment notamment ceci. Ces unités mixtes qui n’avaient rien à voir avec les dragons ont circulé longtemps sur le pays allant jusqu’à Carcassonne et même Revel , bien loin des Cévennes .Non il n’y avait pas le moindre rapport avec la présence de ces corps particuliers de troupes et des soulèvements possibles des protestants dans le Vivarais. Tout cela n’est que pure légende sans le moindre fondement historique et qui est déplorablement colportée par des auteurs en quête de sensationnel,d’effroi. Les archives sont là pour nous rappeler que tout ceci n’est que foutaise, et nous n’avons tout de même la prétention de passer outre ces montagnes de documents ?

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          • un légende 16 janvier 07:07, par Jean-Loup Gajac

            Bonjour, et merci pour votre rectification importante et très intéressante et documentée.
            Si je peux me permettre à mon tour de vous donner un conseil personnel, ne traitez pas de « stupides » et ce qu’ils qu’ils disent de « foutaises » et surtout pas, encore pire, ne taxez pas de « mauvaise foi », des gens qui viennent ici s’exprimer alors qu’ils ne sont pas des spécialises d’Histoire.
            Nous, que vous qualifiez de « stupides » mais qui n’avons pas la science infuse, nous donnons juste un avis dans un forum qui n’est pas réservé aux gens qui, comme vous, sont des spécialistes.
            Donc sur le fond, bien sûr vous avez raison de rectifier de telles erreurs, mais sur la forme, vous avez tort de rabaisser les personnes.
            Mais merci encore, vous deviez réagir et c’est important de l’avoir fait.
            Si chaque sujet que nous ignorons faisait de nous des êtres stupides, alors nous le serions tous. Stupides en physique, en astronomie, en théologie ... ?

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            • un légende suite 16 janvier 12:20, par Jean Auraison

              monsieur vous déformez mes propos. je n’ai qualifié aucune personne de stupide,mais j’ai seulement spécifié qu’il était stupide(ce qui n’est pas du tout la même chose)de diffuser de tels propos puisque tout un chacun peut consulter sur internet depuis plus d’une dizaine d’années les éléments historiques que j’ai évoqués. Et cela sans oublier les nombreuse publications officielles de l’historien Serge Colin sur ce même sujet, qui ont aussi été relayées par ses amis MM. Crouzet,Soulier et Richard, qui,il me semble sont les premiers historiens de cette affaire. Et plus particulièrement encore dans la gazette annuelle de la Bête du Gévaudan que vous devriez vous empresser de lire pour éviter de tels travers historiques,et qui est à la portée de chacun puisque cette publication de la gazette est diffusée un peu partout depuis très longtemps. En conclusion, quand on prétend s’intéresser à minima à un sujet,on se se donne au moins la peine de connaître ce qui se fait et se dit , principalement d’une manière officielle, sur le sujet de prédilection.Je suis navré que vous ayez vu dans mes propos la moindre agression car il n’en était rien, très loin de moi cette idée car il s’agissait juste d’une mise au point ,d’un ajustement sur un point que la majeure partie des passionnés de l’affaire de la Bête connaissent depuis longtemps. Et pour clôturer cette explication,sachez que je ne suis en aucun cas un spécialiste de quoi que ce soit, je suis juste assez bien renseigné (grâce à mon fils principalement) quand les archives et les documents sont diffusées sur internet.Voilà tout.

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 6 janvier 12:22, par Jean-Louis LACHAISE

    L’an 1742 et le dernier aoust fut enterré le reste d’une petite fille de Jean Méraville de Beaugon, qui fut mangée la plus grande partie de son corps par le loup en présence de son père et de Jacques Ratail sacristain qui n’ont sçu signer enquis.
    Védrines curé
    3E 144/7 - Égliseneuve d’Entraigues (Puy-de-Dôme) - Baptêmes, mariages, sépultures - 1734-1748 vue 55

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    • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 9 janvier 15:10, par Michel Patinaud

      M.Lachaise, merci pour cet exemple d’acte, qui illustre parfaitement l’idée que je mets en avant dans l’article : prudence avec les archives. L’absence de ponctuation pourrait nous laisser croire ceci : (elle) « fut mangée ... par le loup en présence de son père ». Il faut comprendre évidemment que le père était présent « aux obsèques ». Et puis si « la plus grande partie de son corps » fut bien mangée par le loup, rien ne prouve qu’il ait été la cause de la mort. Amalgame que beaucoup de gens auraient vite fait, d’où l’importance de chaque MOT et d’une lecture attentive.

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  • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 8 janvier 15:02, par Michel Patinaud

    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt tous les commentaires, et je remercie vivement leurs auteurs. La très grande majorité de vos avis tournent autour de « l’identité » de la (ou des) bêtes. Je voudrais juste préciser que ce point n’était pas tout-à-fait mon sujet. Je voulais plutôt attirer l’attention des lecteurs sur le danger d’interpréter trop rapidement les sources historiques. Encore merci.

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    • En Gévaudan, on n’est pas plus Bête qu’ailleurs… 15 janvier 09:44, par Jacques Baillon

      Le propos de Michel Patinaud sur le « danger de ne pas interprêter trop rapidement (ou maladroitement) les sources historiques » (cf : son message du 8 janvier) m’amène à vous raconter la petite histoire qui suit.

      Mais surtout elle montre comment, en s’y mettant à plusieurs, et en s’entourant de compétences variées, on peut faire avancer (un peu) la connaissance de certains faits restés obscurs.

      En février 2017, en « fouinant » sur les site des Archives nationales, je découvre l’existence d’un document, conservé dans les archives de la célèbre famille « Lafayette » (oui, c’est le célèbre Marquis de Lafayette).

      Ce document semble aborder la question de la prime, touchée (ou pas) par le fameux Chastel après avoir tué la non moins fameuse Bête du Gévaudan. Rien de plus facile ensuite que de se procurer le document (moyennant trois sous et l’engagement, car il s’agit d’archives privées, de ne pas utiliser la trouvaille avec une motivation commerciale). Annie, une passionnée de la Bête, fait cette démarche et récupère le dossier.

      Sur les réseaux sociaux (plus précisément sur une des nombreuses pages Facebook consacrées à la Bête) on commence donc à discuter de l’affaire entre amateurs. Ce qui nous interpelle, c’est que le ci-devant Jean Chastel avait apposé sa signature sur ce document en 1792, alors que, normalement, il était mort depuis belle lurette. Et ce, trente ans après la mort de la Bête ☺ . De quoi exciter notre curiosité.

      Et là il y va y avoir deux hypothèses qui vont s’affronter : la première voulant que Jean Chastel ait fait le mort pendant 30 ans, alors qu’il ne l’était pas, mais dans ce cas pourquoi donc ? Pour se re-manifester ensuite miraculeusement au moment du changement de régime afin de toucher le reliquat de prime..

      A moins bien sûr qu’il ne s’agisse du fils ou d’un fils. Ce qui trouble le jeu, c’est que la signature apposée sur le document ressemble comme deux gouttes d’eau à celle de Jean Chastel père. On est donc amenés à reconstituer un peu la famille Chastel pour tenter d’y voir plus clair. Mort ou pas mort, chacun défend sa théorie.

      Il faudrait donc retrouver, si possible, l’acte de décès de Jean Chastel pour en avoir le cœur net. Il y avait bien un chercheur, Guy Crouzet, qui, dans un de ses bouquins avait déjà donné la date de sa mort, mais comme on ne trouvait pas de traces de l’acte, plusieurs intervenants doutaient de la réalité de cette mort.

      Le hasard ayant voulu qu’à l’occasion de recherches généalogiques personnelles, j’ai déjà buté sur ce genre de difficultés (acte bien présent dans la collection communale mais non encore numérisé et du coup introuvable via le serveur internet des Archives départementales) je me dis que c’est peut-être le cas et je sollicite les AD (de haute Loire) qui, très gentiment me donnent illico la réponse : Jean Chastel est bien mort le 7 mars 1789, acte à l’appui.

      Entre temps, Patrick, un autre amateur de BdG se dit qu’il serait bon de demander l’avis d’un historien professsionnel et il sollicite JM Moriceau. Bonne pioche car cet historien, familier des services d’archives, va étudier nos questionnements, récupère le document lui aussi, retrouve par ailleurs d’autres pièces, et confirme dans un article paru dans « la Gazette de la Bête » no 18 l’hypothèse que j’avais formulée au départ : c’est bien un fils de Jean Chastel qui a signé les documents, sans doute pour tenter de récupérer les importantes sommes en jeu, et voici ce qu’il en dit :

      « Contrairement à ce que l’on pouvait supposer à propos du règlement de l’affaire de la « Bête du Gévaudan », Jean Chastel n’aurait pas été réduit à la prime de 72 livres que lui accordèrent les commissaires du diocèse civil de Mende. Après la destruction qu’il avait faite, le 19 juin 1767, du grand « loup » mâle de 109 livres dans les bois de La Ténazeyre, sur Auvers, les ravages avaient cessé.
      Chastel était en droit de revendiquer la prime de 6 000 livres accordée par Louis XV le 4 février 1765 sur le compte de la généralité d’Auvergne. Il ne s’en priva point mais, chose plus étonnante, il obtint 1 500 livres, l’équivalent de 150 prises de loups « ordinaires », cinq années de revenus d’un ouvrier agricole ! Cependant, à sa mort, en 1789, 4 500 livres lui restaient dues. Ses enfants conservèrent leurs titres de créances et, profitant peut- être du changement d’un régime, l’un de ses fils, qui signe Jean comme le père – ne serait-ce pas Jean Antoine (1745-1823), qui avait été emprisonné à Saugues avec son père à la suite de l’altercation du 16 aout 1765 avec les garde chasses venus de la cour ? –, engage une procédure pendant la Révolution. Le 28 août 1792, lors des derniers jours de la Monarchie constitutionnelle, il obtient un succès juridique lorsque le Directoire du district de la Haute-Loire reconnaît sa créance comme dette nationale. C’était sans compter sur la crise financière des régimes révolutionnaires.
      Cinq ans plus tard, le 25 novembre 1797, le fils Chastel, doté d’une copie de cette délibération, expédiée le 23 brumaire an VI (13 novembre 1797) en est encore à passer devant les notaires de Langeac une procuration en blanc pour faire valoir sa créance auprès du commissaire liquidateur de la dette nationale, à Paris. Sa signature, qu’on remarque en bas de ce dernier document, conservé aux Archives Nationales, à l’intérieur des « Papiers Lafayette », suggère que l’illustre voisin de la famille Chastel n’était pas resté indifférent au sort à réserver à cette demande, vieille de 30 ans. Après son retour de captivité, consécutif au traité de Campo-Formio (19 septembre 1797), le général Lafayette est-il intervenu pour accélérer la liquida- tion de la dette ? Dans l’affirmative, Jean Chastel fils a-t-il reçu un titre de rente sur l’État ? C’est bien possible.
      Maintenant que nous disposons de nouveaux indices, l’enquête peut être relancée. Les comptes de l’intendance d’Auvergne conservent-ils la trace du premier versement de 1 500 livres intervenu sous l’Ancien Régime ? Et que pouvait en avoir fait Jean Chastel ? La banqueroute des « deux tiers » effectuée par le Directoire dès le 24 fructi- dor an V (10 septembre 1797) entraîne-t-elle la spoliation légale de son fils, avec un titre de rente d’un tiers et des bons au porteur qui ne vaudraient que 1 % de leur capital en l’an VIII ? Les administrations révolutionnaires avaient entériné les dettes de la Monarchie mais c’était au prix d’une cascade de dévaluations. La ténacité des Chastel à l’égard des pouvoirs publics étonne et on ne pouvait imaginer qu’elle fût payée ainsi d’une reconnaissance morale. Obtinrent-ils davantage ? À voir la hardiesse de François Antoine de Beauterne, lui aussi fils et auxiliaire d’un destructeur de la Bête, pour demander au « citoyen » ministre de l’Intérieur la restauration de la louveterie le 14 thermidor an IX (2 août 1801), en vertu des exploits de son père en 1765, rien ne semble impossible .

      Affaire à suivre...

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  • Il existe sur ce sujet la thèse de Frédéric Duret soutenue le 29 septembre 2000 à l’Université Claude Bernard de Lyon (Médecine Pharmacie) pour obtenir le grade de Docteur Vétérinaire. Son titre :
    LE LOUP-GAROU MYTHE ET REALITE
    bonne lecture

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