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L’affaire Louis François JOHAN ou comment ré-écrire l’histoire de nos ancêtres


jeudi 21 février 2019, par Patrice Johan

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Préambule

Les généalogistes que nous sommes avons tous, dans les nombreuses branches de nos arbres, des individus qui, pour une raison ou pour une autre, se démarquent du nombre. Sans trop savoir pourquoi, nous nous y attachons, nous creusons davantage leur histoire, et parfois nous découvrons des choses incroyables. Pour ma part, mon ancêtre fétiche se nomme Louis François JOHAN, dont je suis l’arrière-arrière petit fils. Je veux dans cet article, vous présenter trois façons de réécrire l’histoire de nos ancêtres. Il en existe évidemment beaucoup d’autres, mais j’ai choisi celles-ci car elles sont complémentaires et montrent bien que notre quête n’est jamais tout à fait terminée.

Pour écrire ces trois histoires, j’ai pris le parti d’endosser le costume de trois personnages différents : tout d’abord celui du généalogiste, puis celui de l’historien et enfin celui du romancier. Certes, ces histoires diffèrent quelque peu et présentent le héros sous des aspects parfois opposés, mais qui peut dire où s’arrête la réalité et où commence la fiction ? Vous admettrez avec moi, à la fin de votre lecture, que la frontière est mince. Sans doute, aucune de ces trois histoires n’est tout à fait vraie, mais qu’importe ! Mon but n’est pas de raconter ce qui a été , faute de preuves, mais plutôt de relater ce qui aurait pu être .

Le généalogiste

Tout le travail du généalogiste repose sur la recherche d’actes, concernant des individus liés par le sang, pour remonter le plus loin possible le cours du temps. Naissances, baptêmes, fiançailles, mariages, décès et sépultures, sont notre matière première. Nous passons des centaines d’heures à consulter des registres paroissiaux ou d’état civil, souvent sans succès, mais la découverte d’un nouvel individu, ou même la confirmation d’une simple intuition, nous apportent une très grande satisfaction.

Les faits

En 1991, c’était il y a 27 ans déjà, j’ai découvert l’existence de Louis François JOHAN par l’intermédiaire de l’acte de mariage de son fils Joseph Alexandre JOHAN, mon arrière grand-père et j’avoue n’avoir pas mis très longtemps à rassembler les différents éléments le concernant :

20 mai 1825 – Saint Denis de Gastines – Mayenne – France – Acte de naissance de Louis François JOHAN, né de Guillaume François JOHAN et de Michelle BUIN.

2 avril 1853 – Saint Denis de Gastines – Mayenne – France – Acte de mariage entre Louis François JOHAN et Angélique Joséphine Marie HOUDUSSE.

3 avril 1853 – Saint Denis de Gastines – Mayenne – France – Reconnaissance par Louis François JOHAN d’une fille prénommée Joséphine Angélique, fille de Angélique HOUDUSSE, sa femme.

11 avril 1852 – Brécé – Mayenne – France – Acte de naissance de Joséphine Angélique HOUDUSSE, fille de Angélique HOUDUSSE et de père inconnu.

25 novembre 1854 – Saint Denis de Gastines – Mayenne – France – Acte de naissance de François Louis JOHAN, fils de Louis François et de Angélique.

26 octobre 1856 – Brécé – Mayenne – France – Acte de naissance de Joseph Alexandre JOHAN, fils de Louis François et de Angélique.

31 août 1863 – Ernée – Mayenne – France – Acte de naissance de Marie Lucie JOHAN, fille de Louis François et de Angélique.

Voilà pour les éléments de base. Les actes de décès m’ont posé un peu plus de difficulté, et à ce jour ceux de ses enfants me sont totalement inconnus. Celui d’Angélique fut assez simple à trouver par le biais des tables décennales, mais celui de Louis François me résistait jusqu’à ce que je découvre, en consultant l’acte de mariage de sa fille Joséphine, qu’il était décédé à Fontevrault.

3 novembre 1884 – Fontevrault – Maine et Loire – France – Acte de décès de Louis François JOHAN, fils de Guillaume et de Michelle BUIN.

12 mai 1887 – Saint Denis de Gastines – Mayenne – France – Acte de décès de Angélique Joséphine Marie HOUDUSSE, femme de Louis François.

Les autres actes, concernant ses parents et sa fratrie furent également vite découverts, et je me trouvais donc tout à fait en état d’écrire la fiche le concernant.

La fiche généalogique

Voici donc ce que pourrait écrire le généalogiste, sur la base des faits collectés :

Louis François JOHAN est né le 20 mai 1825, à Saint Denis de Gastines, de Guillaume François JOHAN (1793 / 1845) âgé de 32 ans et de Michelle BUIN (1790 / 1860) âgée de 35 ans. Il est le deuxième fils d’une famille de sept enfants. Marie Jeanne (1819 / 1889), Joseph François (1821 / 1886) et Reine Julienne (1822 / 1857) sont ses aînés ; viennent après lui : Thérèse Marie Perrine (1826 / 1900), Jean Baptiste (1829 / 1855) et Lucie-Virginie (1833 / 1888).

Orphelin de père à l’âge de 20 ans, il épouse à 28 ans, Angélique Joséphine Marie HOUDUSSE, fille mère âgée de 31 ans, de trois ans son aînée. Le lendemain de leurs noces, les époux JOHAN se rendent à la mairie pour se faire reconnaître comme père et mère de la petite Joséphine HOUDUSSE, née un an plutôt dans une ville voisine.

Un peu plus d’un an après leur mariage, leur premier fils voit le jour. Il se prénomme François Louis (1854 / ….), suivi de Joseph Alexandre (1856 / ….) puis de Marie Lucie (1863 / ….) quelques années plus tard.

Durant sa propre existence, Louis François aura assisté au mariage de son frère Joseph François avec Jeanne Louise BOULAY (1861) et celui de sa sœur Thérèse Marie Perrine avec André BOURCIER (1862).

Il aura également vu disparaître autour de lui : son père Guillaume François (1845), son frère Jean-Baptiste (1855), sa sœur Reine Julienne (1857), sa mère Michèle BUIN (1860) et aussi son beau-père Jean Julien Georges HOUDUSSE (1875).

Marié à l’âge de 28 ans et décédé à l’âge de 59 ans, il n’aura pas eu l’occasion d’assister aux mariages de ses propres enfants et ne connaîtra donc jamais ses petits enfants.

Laboureur de profession, il aura souvent changé de domicile, allant là où le travail le menait. Sa vie s’achève le 3 novembre 1884, dans une contrée située bien loin de sa Mayenne natale, à Fontevrault dans le Maine et Loire.

Ainsi prend fin notre première histoire relatant la vie de Louis François JOHAN, humble paysan mayennais du XIXe siècle.

L’historien

Le généalogiste ayant défini l’ossature, voyons comment l’historien peut y déposer la musculature. Pour ce faire, ce dernier doit élargir le champ de ses investigations et découvrir des éléments nouveaux, tous tirés de faits réels. A ce stade, l’interprétation n’est pas encore permise, à peine peut-il émettre quelques hypothèses en corrélation avec les faits de la grande Histoire. Les documents à sa disposition sont nombreux, surtout pour cette période : livrets militaires, recensement de population, actes notariés, registres d’écrou, archives judiciaires, presse, etc.

Après de longues heures passées sur internet, après moult démarches administratives et plusieurs déplacements en salle de lecture, voici donc ce que j’ai découvert :

Les faits nouveaux

Les différents domiciles

L’étude des listes nominatives de recensement de la population m’a permis de retrouver en partie ses différents lieux d’habitations :

De 1836 à 1846, il demeure au Grand Clou sur la commune de Saint Denis de Gastines.

En 1851, il n’est plus au domicile de sa mère et les recherches sur les communes des environs n’ont rien donné.

En 1856, il réside au Chemin à Brécé, avec sa femme Angélique, son fils François Louis (1 an) et Joséphine (4 ans) pour laquelle le recenseur mentionne « Enfant en pension ».

En 1861, le voilà de nouveau à Saint Denis de Gastines, mais réside dans un hameau appelé Cosnière, avec ses trois enfants. La présence de [Hyacinthe Apolline] Justine HOUDUSSE (1823 / ….) sœur d’Angélique et femme de Jean [Mathurin] NICOLLE à la même adresse montre qu’il est voisin de son beau-frère.

En 1866, on le retrouve sur la commune d’Ernée, au lieu dit la Rabine de Montflaux, en limite de la commune de Saint Denis de Gastines. Il vit là avec trois de ses enfants : François Louis, Joseph Alexandre et Marie Lucie. Joséphine, alors âgée de 15 ans semble avoir déjà quitté le domicile familial.

De 1872 à 1876, nous perdons sa trace, malgré les recherches effectuées dans les communes avoisinantes sur un très large rayon.

En 1881, lors de son dernier recensement, le voilà de nouveau à Saint Denis de Gastines, dans une maison du bourg qu’il partage avec sa femme.

L’absence de 1851

Si l’on considère que le recensement de 1851 eut lieu au début de l’année, Louis François est alors dans sa 24e année et se trouve sans doute enrôlé sous les drapeaux. En effet, le service militaire de l’époque, la conscription, concernait les jeunes hommes âgés de 20 à 25 ans qui avaient tiré un mauvais numéro. Ceux-ci rejoignaient alors leur régiment pour une durée de six ans comme le prévoyait la loi Gouvion/Saint-Cyr de 1818.

Si c’est le cas, sans doute fût-il incorporé dans le régiment stationné à Mayenne, malheureusement, il n’existe pas de livret militaire de cette époque aux archives départementales.

L’absence de 1870

Sa disparition entre 1866 et 1881 est plus difficile à expliquer. Il est possible qu’en 1870, Louis François ait voulu mettre sa famille à l’abri de l’envahisseur Prussien qu’on affublait des pires atrocités, et qu’il se soit réfugié en Bretagne, province toute proche. Une fois la guerre terminée, il y sera resté encore quelques années, par choix ou par nécessité, avant de revenir s’installer à Saint Denis où on le retrouve en 1881.

Peut-être quelqu’un retrouvera-t-il un jour sa trace dans une commune de l’Ille et Vilaine, de la Manche ou des Côtes du Nord comme on disait à l’époque.

Victor l’enfant des sœurs

Le recensement de 1866 nous apprend également qu’au domicile de Louis François JOHAN, vit un enfant âgé de cinq ans, prénommé Victor et déclaré comme étant « enfant des sœurs ». Sans doute s’agit-il d’un enfant orphelin ou d’un enfant abandonné comme cela se pratiquait encore souvent à l’époque, confié aux bons soins des sœurs de la charité. Il me semble avoir lu quelque part que ces dernières administraient une sorte d’orphelinat sur la commune de Saint Denis de Gastines.

Il est alors possible que le couple JOHAN-HOUDUSSE ait décidé de s’en occuper suite au départ de leur fille Joséphine. Étant donné l’âge de l’enfant, il ne peut s’agir que d’un geste de compassion, ce dernier n’étant pas en âge de travailler, à moins que les couples accueillant ces enfants, ne perçussent une quelconque indemnité, auquel cas l’argent pourrait en être la motivation.

Qu’est donc devenu cet enfant ? Les deux recensements manquants de 1872 et 1876, ne nous permettent pas de dire avec certitude que les époux JOHAN-HOUDUSSE l’aient élevé jusqu’à ce qu’il soit en âge de travailler. Toujours est-il qu’en 1881, alors qu’il est âgé de 20 ans, et donc toujours mineur, il ne vit plus à leur domicile.

L’affaire Louis François JOHAN

Le décès de Louis François sur la commune de Fontevrault se devait de trouver une explication, tout comme le fait qu’il ne soit pas mentionné sur l’acte de décès le nom de Angélique, sa femme, alors que ceux de ses parents y figuraient. La présence de la Maison Carcérale, installée dans l’ancienne abbaye, me mit sur la piste d’une enquête judiciaire. Au cours de mes recherches, je découvris que mon ancêtre y avait été incarcéré suite à une condamnation pour attentat à la pudeur sans violence, prononcée par la Cour d’Assises de Laval, le 23 octobre 1883. De fil en aiguille, je réussis à obtenir un extrait du registre d’écrou de Fontevrault, puis un accès au dossier de l’affaire conservé aux archives départementales de la Mayenne, dans lequel se trouvait une foule de documents concernant l’instruction, les dépositions des témoins et le réquisitoire définitif.

C’est ainsi que j’appris entre autres que :

En 1882 et 1883, Louis François JOHAN se livre à des actes obscènes en présence de deux enfants mineurs : Joseph Auguste FOUCAULT (6 ans) et Pierre Louis GAUDINIERE (10 ans).

Le 28 juillet 1883, une plainte est portée contre lui à la gendarmerie d’Ernée, par Joséphine HUNEAU, femme LOCHU, qui relate des faits qui lui ont été rapportés par une de ses voisines, Mme DUPONT, elle même informée de ces faits par une dénommée Reine CROTTE âgée de 14 ans. Dans cette affaire, Reine CROTTE n’est d’ailleurs pas un témoin direct, puisque les faits lui auraient été rapportés par Pierre GAUDINIERE (victime), alors qu’ils jouaient ensemble.

Interrogé, Louis François JOHAN nie d’abord les faits, mais pressé de questions, reconnaît finalement auprès des gendarmes, et en présence de Mme DUPONT, s’être fait masturber une seule fois, par le jeune GAUDINIERE, sous son cerisier.

Le 30 juillet 1883, le Parquet de Mayenne lance un mandat de comparution à l’encontre de Louis François.

Le 2 août 1883, Louis François se présente au tribunal de Mayenne pour être entendu par le juge d’instruction, M. Gustave BLANDIN, en même temps que tous les « témoins » de l’affaire, à savoir : Joseph Auguste FOUCAULT (Victime), Louise COUDRAY, Joséphine LOCHU-HUNEAU, Reine CROTTE et Pierre Louis GAUDINIERE (Victime). A la suite de cette instruction, Louis François JOHAN est inculpé d’attentats à la pudeur sans violence sur enfants de moins de treize ans, et écroué à la Maison d’Arrêt de Mayenne.

Les 6 et 7 août 1883, une enquête de gendarmerie est alors menée auprès des différentes personnes susceptibles de fournir des informations sur le dénommé JOHAN. Le maire de sa commune et plusieurs de ses anciens employeurs sont interrogés. Tous sont surpris de l’inculpation qui pèse sur Louis François. Ce dernier à une réputation d’honnête homme et de bon travailleur, qui vit de son travail, ne s’adonne pas à la beuverie, ni au vagabondage. Son mauvais caractère ne lui permet pas d’entretenir de bonnes relations avec ses voisins qu’il dénonce régulièrement à la gendarmerie pour faits de maraude. Sa femme dont il est séparé de corps depuis un an est également interrogée. Elle le décrit comme quelqu’un de violent, incapable de gérer les finances de la famille, mais il est dit aussi qu’elle jouit d’une réputation de femme aux mœurs légères.

Courant septembre, le juge d’instruction procède à une nouvelle série d’interrogatoires et le 11, l’affaire étant jugée trop grave, il transmet le dossier à la Cour d’Assises de Laval.

Le procès a lieu le 21 septembre 1883 à la suite duquel Louis François JOHAN est condamné à la réclusion et envoyé à l’Abbaye de Fontevrault.

La prison de Mayenne

Par la suite, le registre d’écrou de la Maison d’Arrêt de Mayenne me renseigna sur les caractéristiques physiques de Louis François, dont j’avais été privé par l’absence de son livret militaire.

Les éléments historiques

Pour compléter le tableau, je fis des recherches d’ordre plus général, sur la prison de Fontevrault, sur le fonctionnement de la justice, sur les usages paysans en Mayenne et sur bon nombre de sujets relatifs à cette fin du XIXe siècle.

La vie de Louis François JOHAN

Voici donc ci-dessous la nouvelle version de l’histoire de Louis François JOHAN, replacée dans son contexte historique :

Louis François JOHAN est né le 20 mai 1825, à Saint Denis de Gastines, de Guillaume et de Michèle BUIN. Il passera toute sa jeunesse au village du Grand-Clou, entouré de ses parents et de ses frères et sœurs. A cette époque, la majorité du travail de la ferme se fait à la main, et il n’est pas rare que les fermiers s’entraident les uns et les autres pour les gros travaux des champs comme les labours, les semailles et les moissons. C’est alors toute une communauté qui passe tout à tour d’une ferme à l’autre. Les hommes travaillent aux champs et quand les femmes ne les aident pas, elles sont à la ferme pour préparer les repas. C’est sans doute lors de telles occasions que Louis François fit la connaissance de Angélique HOUDUSSE, celle qui deviendra sa femme le 2 avril 1853.

Conscrit libéré après six ans passé sous les drapeaux, Louis François retrouve Angélique qui est fille-mère, maman d’une enfant née un an plutôt de père inconnu. Cependant, Louis François reconnaît l’enfant le lendemain de ses noces, l’honneur est sauf et très vite la petite famille s’installe à Brécé puis s’agrandit de deux nouveaux enfants : François Louis (1854) et Joseph Alexandre (1856).

L’étude des recensements de la population montre que le couple à la bougeotte. A Brécé en 1856, puis de nouveau à Saint Denis de Gastines en 1861, on le retrouve à Ernée en 1866, où est née sa fille Marie Lucie, trois ans plutôt. Toujours en 1866, les JOHAN hébergent également un enfant de cinq ans, prénommé Victor et dit « enfant des sœurs ». Sans doute le travail est-il souvent la cause de tous ces changements, mais comparée à d’autres, la famille JOHAN semble plutôt instable. A tel point qu’elle disparaît complètement entre 1866 et 1881, pendant l’épisode de la guerre franco-prussienne.

En 1881, elle réapparaît, à Saint Denis de Gastines. Elle est installée au bourg et Louis François est journalier. Les enfants, en âge de travailler, ont tous quitté le domicile familial à l’exception de Marie Lucie dont on apprendra plus tard qu’elle est idiote.

Le 23 avril 1882, le couple se sépare et Louis François loue une petite closerie, au village de la Bruyère, tandis qu’Angélique reste dans sa maison du bourg en compagnie de sa fille. Doté d’un mauvais caractère, Louis François ne s’entend pas avec ses voisins habitant le même hameau que lui, notamment avec la femme LOCHU, nourrice, qu’il dénonce volontiers pour vol à ses amis fermiers.

N’étant pas naturellement attiré par les enfants, dont il ne souffre pas la compagnie, il est cependant régulièrement vu en compagnie des deux enfants de l’assistance, mis en garde chez la femme LOCHU. Que fait-il en leur présence ? Nul ne le sait, jusqu’au jour où un des enfants raconte, à une de ses petites voisines, qu’il est autorisé à manger les cerises de Louis François, parce qu’il fait « quelque chose pour cela ». Très rapidement, on tire les vers du nez de l’enfant et le 28 juillet, une plainte est déposée auprès de la gendarmerie d’Ernée, pour attentat à la pudeur.

Très vite l’affaire s’emballe ! Dès les premiers interrogatoires, le juge BLANDIN, chargé de l’affaire semble déjà convaincu de la culpabilité de Louis François et bien qu’il diligente plusieurs enquêtes de moralité, menées par la gendarmerie d’Ernée, à aucun moment il n’interroge les gens qui en disent du bien. Seuls sont entendus les soi-disant témoins qui ne connaissent de l’affaire que sur les dires d’un enfant de six ans. Les histoires, racontées par ces témoins lors des interrogatoires sont d’ailleurs surprenantes d’incohérences et de contradictions. Mais qu’importe ! Louis François a déjà avoué une partie des faits, cela est suffisant.

Le dossier est alors transmis à la Cour d’Assises de Laval. Le procès à lieu le 21 septembre 1883, et Louis François, défendu par Me GALIBAND, alors âgé de 27 ans, est reconnu coupable d’attentats à la pudeur sans violence, sur enfant de moins de treize ans. En cette fin de XIXe siècle, la république a pris plusieurs dispositions pour la protection des enfants. Victor HUGO et Jules FERRY sont passés par là et si on œuvre d’un côté pour une éducation obligatoire, de l’autre, l’appareil judiciaire se dote de moyens pour lutter contre les crimes commis envers nos petits chérubins. La peine encourue pour de tels faits aurait dû être de 15 ans d’emprisonnement, mais le jury, en accordant les circonstances atténuantes en réduit la durée à deux ans, preuve que la culpabilité de l’inculpé n’était pas si évidente.

Affaibli par deux mois de prison préventive, Louis François est conduit à la Maison Carcérale de Fontevrault pour y purger sa peine. Il y sera enregistré sous le numéro d’écrou 3580. Peut-être aurait-il mieux valu pour lui qu’il aille au bagne, car cet établissement est considéré comme l’un des plus durs de France. Très vite, notre héros découvre la loi du silence, le travail obligatoire, la maltraitance et les privations. On imagine alors fort bien ce qu’une forte tête comme la sienne eut à subir de la part de l’administration carcérale, voir des autres détenus. En peu de temps, Louis François tombe malade. Le 16 octobre 1884, il est conduit à l’infirmerie, où il décédera le 3 novembre à 7 heures 25.

L’histoire retiendra de lui qu’il vécut une vie chaotique, courant sans cesse après le travail ou fuyant ses créanciers. Honnête et bon travailleur, son mauvais caractère et son humeur changeante ne lui permettaient cependant pas d’entretenir de bonnes relations avec son entourage. Illettré et doté d’une intelligence peu développée, sans doute ne savait-il pas toujours faire la différence entre le bien et le mal. Poussé par ses instincts il commet alors l’acte de trop qui l’enverra à la mort.

Ainsi se termine l’histoire de Louis François JOHAN, humble paysan mayennais.

L’écrivain

Les travaux précédents réalisés par le généalogiste puis par l’historien ont permis de bien définir les grandes lignes de la vie de notre héros, lui donnant ainsi une forme humaine. Il est temps maintenant de lui donner une âme, de faire naître en lui la haine et la passion, la tristesse et la joie, d’allumer dans ses yeux cette flamme qui nous anime tous et qui fait de nous des hommes, bons ou mauvais. Voyons comment l’écrivain se sortira de ce défi.

Une fois de plus, il lui faut de la matière, de nouveaux faits. Tous ne seront pas en rapport direct avec le héros de notre histoire, mais son devoir sera de les lier les uns aux autres, avec un minimum de cohérence. Plus il réussira dans sa tâche, plus l’histoire sera vraisemblable. Pour cela, il faut à nouveau élargir le champ des investigations, examiner l’entourage proche et moins proche, relire la somme des documents rassemblés avec un œil neuf et enfin, faire preuve d’imagination.

Ce travail complémentaire m’aura pris plusieurs années, mais aujourd’hui je sais que cela valait la peine. Voyez les nouveaux faits récoltés et ce qu’on peut en tirer !

Les faits nouveaux

Jean RABEAU

Jean RABEAU est mentionné comme voisin de l’enfant, sur les actes de naissance de Angélique HOUDUSSE et de Louis François JOHAN. Bien qu’il soit aussi mentionné un grand nombre de fois sur les actes de naissance de cette période, on peut supposer que les familles JOHAN et HOUDUSSE se connaissaient de longue date.

Pauline JOHAN

Lors de son interrogatoire, Louis François déclare être le père de cinq enfants : Joséphine HOUDUSSE, la fille d’Angélique, François Louis, Joseph Alexandre, Marie Lucie et … Pauline, âgée de 17 ans et vivant à Mayenne. Nous sommes en 1883, Pauline est donc née vers 1866. Or le recensement de 1866 ne fait pas état d’une Pauline à son domicile. Après quelques recherches infructueuses, je découvre finalement que Pauline est née le 12 juillet 1867 à Colombiers du Plessis, commune limitrophe de Saint Denis de Gastines. Louis François y était-il encore en 1872 ? Peut-être, mais il n’existe pas de recensement pour cette année là sur la commune de Colombiers du Plessis.

Lucie Virginie

Lucie Virginie, sœur de Louis François, entre au service de la famille EUSTACHE en 1861 mais n’y reste que quelques mois. Après cela, elle ira vivre chez sa sœur Thérèse où elle décédera en 1888.

Lucien JOHAN

En 1861, le 24 octobre précisément, naît à Ernée,un enfant prénommé Lucien JOHAN. Il est le fils naturel de Lucie Virginie JOHAN. L’accouchement à lieu au domicile de Henriette SELAC. Mais qu’est devenu cet enfant après sa naissance ? Le recensement de 1866, n’en fait pas état auprès de sa mère qui vit dorénavant chez sa sœur, sur la commune de Saint Denis de Gastines. Malgré mes recherches, je n’ai trouvé aucune trace de décès de cet enfant, ni à Saint Denis de Gastines, ni à Hercé ou travaillait sa mère au moment de sa naissance, ni à Ernée son lieu de naissance.

Henriette SELAC

Henriette SELAC, épouse RENAULT, est la sage-femme qui procède à l’accouchement de Lucie Virginie. L’étude de sa carrière montre qu’elle a un taux de réussite assez faible, par rapport au médecin et à une autre sage-femme de la même commune, et à la même époque. En effet, il n’est pas rare qu’elle se présente à la mairie d’Ernée pour faire la déclaration de la naissance d’enfants morts-nés.

D’autre part, la lecture de son acte de naissance nous apprend qu’elle est née de père et de Mère inconnus.

Vital EUSTACHE

Vital EUSTACHE s’est marié avec Marie LHUISSIER, la fille du couple qui emploie Marie-Jeanne. Le couple EUSTACHE-LHUISSIER aura deux enfants : Casimir et Colombine. Après le départ de Lucie Virginie, Marie Jeanne la remplace comme domestique au service de cette famille. Il meurt à Hercé le 6 juillet 1865, à l’âge de 35 ans.

Marie-Jeanne

Marie Jeanne, également sœur de Louis François, aura travaillé toute sa vie comme domestique, au service de la même famille, d’abord pour le couple LHUISSIER-POURRIEL, puis en remplacement de sa sœur Lucie Virginie auprès du couple EUSTACHE-LHUISSIER et enfin pour Casimir EUSTACHE leur fils. A la fin de sa vie, elle décède dans sa maison, dont l’adresse correspond à celle de la maison de famille des EUSTACHE.

Angélique

Lors du procès de Louis François, Angélique est interrogée par les gendarmes pour connaître les raisons de leur séparation. Elle dit de lui que durant son mariage, elle a toujours été malheureuse, que son mari était têtu, incapable de gérer les ressources de la famille et qu’il lui faisait la misère. Elle explique qu’elle n’a pas souhaité le suivre en 1882, lorsqu’il a loué une petite ferme car elle avait peur que cela continue. Interrogé sur le même propos, Louis François dit de son côté, qu’ils se sont séparés d’un commun accord.

D’autres témoins interrogés par les gendarmes diront de Louis François qu’il était têtu, doté d’un sale caractère, mais honnête et bon travailleur et concernant Angélique, qu’elle était connue pour être une femme aux mœurs légères.

Casimir EUSTACHE DE LA COCHARDIERE DE LA MARCHE

Casimir EUSTACHE, qui obtiendra que son nom soit associé d’abord au patronyme DE LA MARCHE puis au patronyme DE LA COCHARDIERE, deviendra notaire. Il a à son actif bon nombre de procès dans lesquels il s’en prend principalement aux gens de justice (Présidents de tribunaux, juges, jurés, avocats, etc.) considérant que dans ses affaires, ils ont manqué à leur devoir en commettant des fautes graves. Il proposera d’ailleurs, auprès de la chambre des députés, une loi pour les responsabiliser pécuniairement, et émettra une plainte à leur encontre.

Maître GALIBAND

Maître GALIBAND est l’avocat (sûrement commis d’office) qui défendra Louis François JOHAN lors de son procès. Au moment des faits, il est encore jeune (27 ans) et relativement inexpérimenté. Quelques années plutôt, il avait, lui-même, fait l’objet d’une inculpation comme complice d’un duel ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner. Les cinq inculpés de cette affaire ont tous été acquittés. A l’époque, cette affaire avait fait grand bruit et tous les journaux locaux en avaient fait état.

Les questions sans réponse

Pensant trouver des réponses, l’étude de l’ensemble des faits collectés lors de mes recherches me laisse sur ma faim, avec un grand nombre de questions :

• Pourquoi Louis François épouse-t-il Angélique ?
• Qui est le père de Joséphine qui sera reconnue par Louis François le lendemain de son mariage ?
• Si Louis François est le père biologique de Joséphine, pourquoi ne la reconnaît-il pas le jour de sa naissance ?
• Qui est le père de Lucien, le fils de Lucie Virginie ?
• Qu’est devenu Lucien ?
• Pourquoi Lucie Virginie accouche-t-elle au domicile de Henriette SELAC ?
• Pourquoi Lucie Virginie quitte-t-elle son emploi après son accouchement ?
• Pourquoi Marie Jeanne entre-t-elle au service de la famille EUSTACHE ?
• Pourquoi Louis François et Angélique accueillent-ils le petit Victor ?
• Qu’est devenu Victor ?
• Pourquoi Vital EUSTACHE est-il mort si jeune ?
• Pourquoi Louis François se livre-t-il à des actes de pédophilie ?
• Pourquoi la femme LOCHU dénonce-t-elle Louis François aux autorités ?
• Pourquoi le juge d’instruction n’entend aucun des témoins qui disent du bien de Louis François ?
• Par qui et comment Louis François fût-il défendu ?
• De quoi Louis François était-il vraiment coupable ?
• Pourquoi Louis François ne vit-il plus avec Angélique lors des faits qui lui sont reprochés ?
• Quelqu’un a-t-il su un jour la vérité sur cette affaire ? Si oui, qui et comment ?
• Comment Marie Jeanne a-t-elle pu s’acheter une maison ?
• Pourquoi sa maison se trouve-t-elle au Helbergement, dans le même hameau que la maison des EUSTACHE ?
• Qu’est-ce qui a motivé Casimir EUSTACHE à proposer une loi pour responsabiliser les gens de justice ?
• Que sont devenus les protagonistes de cette histoire ?

Dans l’histoire qui va suivre, nous allons donc tenter de répondre à toutes ces questions et nous verrons que tous ces faits, à première vue sans rapport les uns avec les autres, peuvent malgré tout s’assembler et nous permettre de retracer une « vie cohérente » à notre héros.

Trame pour un roman biographique

Le 18 mars 1822, Angélique Joséphine HOUDUSSE voit le jour à Saint Denis de Gastines. Elle est la fille de Jean Julien Georges et de Angélique ROUSSEAU, humbles paysans mayennais. Trois ans plus tard, c’est au tour de Louis François JOHAN. Voisines l’une de l’autre, les familles HOUDUSSE et JOHAN se connaissent bien et les deux enfants sont élevés pour ainsi dire comme frère et sœurs. Vers 1836, pour des raisons qu’on ignore, la famille HOUDUSSE part s’installer sur la commune de Montenay. Apprenant la nouvelle, les enfants sont attristés de cette séparation, au point qu’ils se promettent l’un, l’autre, de se retrouver une fois devenus adultes, de se marier et de vivre une vie heureuse, entourés de nombreux enfants.

Dix ans plus tard, Angélique est devenue une jeune femme, elle a alors 24 ans, et lorsque son père décide de revenir à Saint Denis de Gastines, elle n’a pas oublié sa promesse et se réjouit déjà de retrouver celui qu’elle aime. Malheureusement, Louis François est parti au service militaire. Ne pouvant l’attendre indéfiniment, elle entre au service de la famille TOUCHEFEU, riches propriétaires qui exploitent une ferme sur la commune de Brécé. En juillet 1851, lors de la fête des battages, un ami de la famille TOUCHEFEU tente de la séduire. Angélique se refuse à lui, faisant état de la promesse faite à Louis François. Mais par la violence, le jeune homme qui n’aime pas être éconduit et fier de sa condition, finit par abuser d’elle.

Un an plus tard, Louis François, libéré du service militaire, retrouve Angélique à Brécé. Les retrouvailles sont malheureusement entachées par un fait nouveau.

Angélique ne peut pas tenir sa promesse car elle est déshonorée : elle attend un enfant d’un père dont elle ignore tout. Louis François, fou d’amour, arrive tout de même à la convaincre de l’épouser, lui promettant d’élever cet enfant comme le sien. C’est ainsi que le 2 avril 1853, le mariage est célébré dans la mairie de Saint Denis de Gastines en présence de toute la famille. Marie Jeanne, la sœur aînée de Louis François, employée au service la famille LHUISSIER depuis deux ans, a réussi à obtenir un congé auprès de sa patronne. Certes le mariage auquel elle assiste ce jour là, n’a rien de commun avec celui célébré deux ans plutôt, entre Marie LHUISSIER, la fille de ses patrons, et Vital EUSTACHE, fils d’un riche propriétaire.

Mais ce mariage est celui de son frère et pour rien au monde elle aurait raté cette occasion.

Puis la vie suit son cours. Le couple JOHAN compte désormais trois enfants Joséphine, François Louis et Joseph Alexandre. Du côté des EUSTACHE, on n’en compte que deux : Casimir et Colombine. Nous sommes en 1860. Cette année là, Mme LHUISSIER estime qu’il est temps pour sa fille d’engager une domestique pour la seconder. Elle demande alors à Marie Jeanne si elle ne connaîtrait pas quelqu’un qui pourrait faire l’affaire. Aussitôt elle pense à Lucie Virginie qui, sur les bons états de service de sa sœur, sera immédiatement engagée.

Vital EUSTACHE est un homme volage, fier de sa personne, et très autoritaire. Très vite il s’éprend de sa nouvelle bonne. Il lui fait un brin de cour, mais Lucie Virginie, qui apprécie sa patronne se refuse à lui. Hors de lui, Vital, profitant d’un jour où sa femme est absente, en profite pour violer sa servante, en lui faisant promettre de ne jamais rien dire à ce sujet, sous peine de perdre sa place. Mais ce qui devait arriver, arriva ! Le ventre de Lucie Virginie s’arrondit, sa patronne s’en rend compte : à coup sûr elle est enceinte. Sommée de dévoiler le nom de son amant, Lucie Virginie accuse Vital qui admet les faits auprès de sa femme. Voulant à tout prix éviter le scandale, le couple décide de taire l’affaire et ordonne à leur domestique de tout faire pour que cet enfant ne vienne pas au monde. Lucie Virginie s’y emploie du mieux qu’elle peut et ses prières du moment sont toutes dirigées en ce sens. Mais le temps passe. Ne pouvant plus cacher l’état de la future mère aux personnes qui les visitent, les EUSTACHE décident alors de tenir Lucie Virginie à l’écart de tous, enfermée dans une chambre de la maison. Vital, refusant cet enfant à tout prix, ira même jusqu’à la martyriser, à coups de poing, à coup de pied, et par nombre de moyens plus sadiques les uns que les autres.

Arrivé proche du terme, le maître de maison a pris des dispositions. Aussi conduit-il Lucie Virginie au domicile d’Henriette SELAC, accoucheuse et faiseuse d’anges, installée à Ernée. Loin du domicile des EUSTACHE, l’affaire restera discrète. Nous sommes le 23 octobre 1861, Henriette SELAC est méfiante. Pour ne pas avoir d’ennuis au cas où les choses tourneraient mal, elle prend soin de relever les informations d’état civil de la mère. A trois heures du matin, la délivrance a lieu.

L’accouchement a été difficile et la mère épuisée, gît dans la chambre à demi inconsciente. Pendant ce temps, Vital négocie et pour le double du prix convenu, Henriette SELAC accepte de déposer l’enfant dans la boîte prévu à cet effet à l’hospice Saint Louis d’Ernée, jurant de ne jamais rien révéler à personne. Au petit matin, Vital ramène Lucie Virginie à son domicile. Mais Henriette SELAC, elle même enfant abandonnée, née de père et de mère inconnus, ne peut se résigner à ne laisser aucune trace de ce qui s’est passé chez elle, c’est pourquoi elle déclare la naissance de l’enfant qu’elle prénomme Lucien Jean, en souvenir de sa mère, avant de l’abandonner incognito, aux sœurs de la charité.

Le lendemain matin, reprenant ses esprits, Lucie Virginie demande à voir son enfant. Elle apprend alors qu’il n’a pas survécu. Accablée par la nouvelle, elle s’enferme dans un mutisme total et plonge dans la folie. Incapable de travailler, Vital EUSTACHE la renvoie quelques semaines plus tard, mais soucieux de garder un œil sur elle, il convainc sa belle mère de débaucher Marie Jeanne pour la prendre à son service. Recueillie par sa sœur Thérèse, Lucie Virginie ne recouvrera jamais la santé et ne tiendra plus que des propos incohérents jusqu’à sa mort.

Pourtant un membre de sa famille s’intéresse à ses propos, et c’est bien des années plus tard que Louis François finit par comprendre ce qui s’est passé. Or Louis François est un honnête homme qui ne souffre pas l’injustice. La tragédie qu’a vécue sa sœur lui rappelle trop bien celui de sa femme survenu quelques années plutôt, aussi décide-t-il de la venger, mais étant peu confiant dans le système judiciaire de son pays, qu’il estime corrompu, il fait le vœu de faire justice lui-même.

Le hasard lui en donnera l’occasion quelque temps plus tard. Un beau matin, alors qu’il se rend chez un de ses employeurs pour y accomplir sa journée de travail, Louis François s’arrête au bord d’un étang pour s’y rafraîchir. Surgit alors un homme à cheval, parti à la recherche d’un maraud qui braconne sur ses terres. Les deux hommes font connaissance. Apprenant qu’il s’agit de Vital EUSTACHE, Louis François voit rouge et une altercation éclate. Louis François le somme alors d’avouer son crime. Nous l’avons dit, Vital est un homme fier, et c’est sans vergogne qu’il avoue les faits. Le ton monte ! Et Vital renchérit en avouant avoir agi de la sorte avec Angélique, la propre femme de Louis François. Il avoue également savoir qu’il est le père de Joséphine tout comme il est le père de Lucien dont Louis François ignorait l’existence. N’y tenant plus, le fermier attrape le bourgeois par son manteau, le jette dans l’étang, lui maintenant la tête sous l’eau jusqu’à ce qu’il se noie. Puis pris de panique, il rentre chez lui. Quelques jours plus tard, la nouvelle est dans tout le pays. Vital EUSTACHE est mort par noyade à la suite d’un accident de cheval. Malgré les injonctions de son frère désireux de lui faire quitter son emploi sans raisons valables, Marie Jeanne décide tout de même de rester au service de la veuve EUSTACHE. S’en suit alors une brouille entre le frère et la sœur qui ne s’adresseront plus jamais la parole.

Satisfait d’avoir rendu justice, Louis François se met en quête de Lucien, le fils de Lucie Virginie. Très vite il retrouve sa trace d’abord à la mairie d’Ernée, puis auprès des sœurs de la charité, aidé en cela par la date de sa naissance. Sa mère étant incapable de l’élever, il convainc alors l’orphelinat de lui confier l’enfant, sans divulguer son lien de parenté. C’est ainsi que le petit Lucien deviendra Victor. Le destin en décide cependant autrement. En 1866, peu de temps après l’arrivée de Victor, Angélique est enceinte. Cette bouche de plus à nourrir vient compliquer les plans de Louis François qui ne peut subvenir aux besoins de tous. Informées de l’état de pauvreté de la famille JOHAN, les sœurs de la charité décident de lui reprendre l’enfant pour le confier aux bons soins d’une famille plus aisée.

A partir de là, le comportement de Louis François change. Il devient aigrit, asocial, et même parfois violent. Très vite, il est confronté à un dilemme qu’il n’avait pas prévu. En effet, bien qu’ayant agi sous le coup de la colère, il pensait, en accomplissant son acte, satisfaire son besoin de justice, mais voilà qu’il prend conscience qu’il est lui même l’auteur d’un crime qui restera impuni. Pour sortir de ce dilemme, il sait qu’il doit se rendre aux autorités et avouer toute la vérité, mais les événements vont venir, une fois de plus, bouleverser ses plans. En 1870, Napoléon III, déclare la guerre à la Prusse. Submergée par l’adversaire, l’armée française ne peut contenir l’invasion rapide du pays. Dans toutes les provinces, l’armée prussienne est précédée d’une réputation sanguinaire. Craignant l’arrivée imminente de l’ennemi qui est déjà à Laval, Louis François décide de mettre sa famille à l’abri et s’enfuit en Bretagne.
Dix ans plus tard, le voilà de retour au pays.

Mais son tempérament ne s’est pas arrangé. Depuis longtemps maintenant il est hanté par ses cauchemars et le fantôme de Vital vient régulièrement lui rendre visite dans ses rêves les plus noirs. Il faut qu’il se rende, mais la décision n’est pas facile à prendre. La peine encourue pour meurtre avec préméditation est la mort ou le bagne, exilé sans espoir de retour. Mérite-t-il cela ? Tous ces tourments lui ont forgé un caractère irascible et violent et les heurts avec sa femme sont de plus en plus courants. Délaissée, elle ne tarde pas à prendre un amant et lorsque le fait devient notoire, Louis François et Angélique se séparent. Angélique reste au bourg, alors que lui se trouve une petite ferme à louer où il pourra survivre en attendant de prendre la décision de se livrer à la justice.

Mais en 1883, le sort s’acharne à nouveau sur lui. La femme LOCHU, une de ses voisines le dénonce auprès de la gendarmerie pour actes obscènes en présence d’enfants mineurs, racontés par un enfant de six ans. Louis François n’est pas en bons termes avec ses voisins qu’il traite volontiers de rapiniers. Il a même pris l’habitude de les dénoncer régulièrement pour faits de maraude commis chez ses voisins et amis fermiers. Pourtant, lorsque les gendarmes viennent l’interroger, il reconnaît les faits, voyant dans cette histoire, la possibilité de faire face à la justice des hommes et racheter, du moins en partie, sa faute.

La suite, nous la connaissons ! L’instruction, dirigée par le juge BLANDIN est menée à charge. Dès le début, Louis François est coupable, il n’y a aucun doute. Le dossier est transmis à la Cour d’Assises et le procès à lieu à Laval, le 23 octobre 1883. Le réquisitoire du Procureur de la République est terrible, et la plaidoirie de Me BALIGAND, avocat inexpérimenté, commis d’office et au passé houleux, ne joue pas en sa faveur. Louis François JOHAN est déclaré coupable d’attentats à la pudeur sur enfants de moins de treize ans, mais bénéficie de circonstances atténuantes. Il est alors condamné à deux ans de réclusion criminelle, au lieu de quinze. Bien que sévère, pour des faits qu’il n’a pas commis, la sentence lui semble douce au regard du crime dont il se sait coupable, et c’est en homme serein qu’il accepte le verdict.

Mais les conditions de sa détention sont horribles. La Maison Carcérale de Fontevrault est connue pour être l’une des pires prisons de France. La loi du silence absolu y est de rigueur. Occupés à travailler toute la journée, sans parler, les détenus sont enfermés la nuit dans des cages en bois d’à peine cinq mètres carrés. Plus féroces que les mâtons, les prisonniers jouissants de certains avantages mènent la vie dure à leurs compagnons de détention. Surpeuplée, la prison a du mal à nourrir tout son monde. Le froid et les privations font le reste. On y meurt à raison de deux ou trois par semaine. Pour tenter d’échapper à cet enfer, certains n’hésitent d’ailleurs pas à écrire au Ministère de la Justice pour obtenir la grâce d’être déporté au bagne, dans les colonies, pour purger leur peine en se rendant utile à la société.

Louis François ne survivra qu’un an ! Son état de santé se dégrade rapidement. Affaibli,ne pouvant plus travailler, il est conduit à l’infirmerie. Sentant son heure arriver, il charge une des infirmières d’écrire, sous sa dictée, une lettre à sa femme dans laquelle il avoue l’avoir toujours aimée comme au premier jour et qu’il regrette de n’avoir pas su entretenir cette flamme jusqu’au bout, comme il lui avait promis. Il s’éteint le 3 novembre 1884, enfin libéré de toutes ses souffrances.

L’histoire pourrait s’arrêter là. Mais un an plus tard, Marie EUSTACHE est souffrante à son tour et son état de santé s’aggravant, elle fait venir Marie Jeanne à son chevet. Elle lui annonce alors qu’elle à l’intention de lui léguer sa maison, en guise de remerciement des bons et loyaux services qu’elle lui a rendu, mais également pour réparer, autant que possible, le mal que sa famille à fait à la sienne. Elle lui raconte alors comment elle a participé au calvaire de sa sœur Lucie Virginie ; qu’elle savait que son mari Vital l’avait mise enceinte, et qu’un enfant était né de cette union forcée. Elle avoue également le sort qui a été réservé à l’enfant. Lucie Virginie étant décédée, l’enfant étant introuvable, il n’y a plus qu’à travers elle qu’elle peut tenter de racheter sa faute. Pour autant, Marie Jeanne, qui l’a écoutée patiemment, ne semble pas surprise à l’annonce de toutes ses nouvelles et lorsque sa patronne lui demande pourquoi, elle lui tend une lettre toute froissée qu’elle tire de sa poche.
Cette lettre a été postée de Fontevrault, et écrite sous la dictée. Dans celle-ci, Louis François raconte à sa sœur toute l’histoire de sa vie. Il avoue avoir assassiné Vital EUSTACHE, pour avoir commis un viol sur sa femme et sur sa sœur. Il avoue également que le même Vital EUSTACHE est le père de sa fille Joséphine et du petit Victor, qui se prénomme en réalité Lucien Jean et qu’il a hébergé chez lui. Il regrette de s’être brouillé avec elle et souhaite ardemment qu’elle lui accorde son pardon avant de mourir. Il avoue enfin ne pas être coupable des faits qui l’ont conduit à Fontevrault, mais qu’il en a endossé la responsabilité pour expier son crime. En lisant cette lettre, Marie EUSTACHE est horrifiée d’apprendre qu’elle était loin de connaître toute la vérité. Son état de santé se dégrade rapidement et elle meurt le jour suivant, ayant juste eu le temps de dicter son testament à Me FILLATRE, notaire à Gorron.

Après les cérémonies, celui-ci réunit les personnes concernées. Dans son étude, autour de son bureau on y trouve bien évidemment Casimir, notaire lui-même établit à Mayenne, sa sœur Colombine, Marie Jeanne, la fidèle servante et enfin Joséphine que les enfants EUSTACHE ne connaissent pas et dont ils ignorent les raisons de sa présence. Dans ses dernières volontés, Marie EUSTACHE a souhaité vouloir donner sa maison à Marie Jeanne, pour qu’elle s’y retire quand elle le souhaitera. Joséphine quant à elle hérite d’un joli petit pécule, sans qu’aucune explication ne soit donnée à ce geste. Une fois la lecture faite, chacun se sépare. Mais Joséphine s’enquiert auprès de sa tante sur les raisons qui ont pu motiver cette décision. Joséphine lui remet alors la lettre de son père. Quelques jours plus tard, elle chargera le notaire de distribuer la somme qui lui revient à des organismes œuvrant auprès des enfants orphelins ou abandonnés.

A la demande de Casimir, Marie Jeanne accepte de le servir à Mayenne. Également désireuse de connaître les raisons de la présence de sa nièce à la lecture du testament, Marie Jeanne lui raconte toute la vérité sur son père et sur la vie de son frère. Faut-il voir ici les fondements de l’action qu’il mènera le reste de sa vie pour responsabiliser les juges envers les fautes qu’ils commettent ? Possible !

Finalement, Marie Jeanne se retire dans sa maison au Helbergement, sur la commune d’Hercé, où elle s’éteint le 22 juillet 1889, à l’âge de 70 ans.

Ainsi se termine l’histoire de Louis François JOHAN, humble paysan mayennais.

Conclusion

Sans doute mon récit n’est que pure invention. La vie de Louis François ne fut sûrement pas celle que je relate ici, et pourtant ! Si c’était vrai !

Certes, j’adopte ici un parti pris, qui sans disculper totalement mon héros des actes qu’il a commis, lui trouve, tout au moins, des circonstances atténuantes. Mais que voulez-vous il est difficile d’admettre que nous descendons d’un assassin, d’un violeur ou d’un pédophile, même si au fond de nous, nous savons que « nous descendons tous d’un roi et d’un pendu » .

Pour finir, je tiens à m’excuser auprès des descendants des familles EUSTACHE, RENAULT , LOCHU et autres, du rôle que j’ai prêté à leurs ancêtres. Tout ceci n’est que fiction. Toutefois, si certains d’entre vous ont connaissance de faits nouveaux pouvant être liés, de près ou de loin, à cette affaire, ou si vous possédez dans vos papiers de famille des documents qui pourraient, soit confirmer, soit infirmer ma thèse, ou si encore, vous souhaiter continuer avec moi les recherches, je vous invite à entrer en contact avec moi sans tarder.

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33 Messages

  • Bonjour,

    Félicitations pour votre article.
    De belles recherches menées avec « une quête insatiable » dans laquelle, hormis la région, je me suis bien reconnu.

    Me voilà rassuré : je ne suis pas le seul « fou » à me passionner pour des personnes disparues depuis bien longtemps.

    Cordialement.
    Michel Guironnet

    Répondre à ce message

    • Merci Michel pour votre commentaire.
      Nous sommes tous des passionnés d’histoire et bien évidemment nous cherchons tous à nous approcher le plus possible de la vérité. Cependant, il arrive quelque fois que nous nous prenons au jeu de la narration. En tentant de combler des trous par des faits inventés, il peut aussi s’avérer que notre intuition se trouve confirmée par des éléments nouveaux qui nous parviennent bien plus tard. Je compte aussi sur cet article pour tenter d’infirmer ou confirmer ma théorie développée dans la partie qui concerne le romancier.
      Bonne continuation dans vos recherches.
      Cordialement
      Patrice

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  • Bonjour ,Patrice
    Démarche très intéressante .Je vous suis facilement pour les étapes 1 et 2 : état-civil- recensements-archives judiciaires-contexte historique. La troisième partie me laisse plus dubitative.
    Pour ma part ,j’évite de trop chercher à combler les trous:les vies de nos ancêtres comme les nôtres ne sont pas toujours des modèles de cohérence .
    Mais votre partie romancée est digne des feuilletonnistes du XIX siècle !Bravo pour cet essai.
    Bien cordialement,
    Martine

    Répondre à ce message

    • Bonjour Martine, et merci pour le compliment.
      Certes, nous ne sommes pas toujours cohérents, mais chacun de nos actes s’explique par un contexte. Tenter de retrouver ce contexte, même par des suppositions, peut nous permettre d’apporter une explication. Dans le cas de l’affaire JOHAN, je n’avais pas d’explication au fait que le décès de Louis François était mentionné sur les registres de Fontevraud. J’ai donc élargi mon champs de recherche et supposé qu’il avait été incarcéré à l’abbaye. Une fois creusée, cette piste s’est trouvée confirmée et m’a ouvert les portes de son procès.
      Ré-écrire la vie de nos ancêtres, c’est tenté de reconstituer un puzzle. Nous procédons avec les pièces que nous avons et la découverte d’une nouvelle pièce nous oblige souvent à réarranger l’histoire pour que les faits collent entre-eux. Pour apporter une réponse aux « Pourquoi », il faut d’abord répondre « Et si ... » avant de conclure « Parce que ».
      C’est ma façon de faire, à chacun sa méthode et toutes sont respectables.
      Cordialement

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  • Bonjour,

    Dans votre liste de questions sans réponses, il en manque encore une qui pourrait s’avérer intéressante :
    Si Angélique est connue pour être une femme aux moeurs légères, Louis François est-il bien le père de ses enfants ?

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    • Bonjour Balthazar,

      La remarque pourrait être pertinente en effet. Cependant, l’information concernant les mœurs d’Angélique ne nous est connue qu’au moment de l’affaire, c’est à dire bien après la naissance des enfants. On va donc lui laissé le bénéfice du doute et supposer qu’elle n’a pas toujours eu ce type d’attitude, bien que la naissance de sa fille Joséphine pourrait aller dans ce sens.
      Merci de votre participation

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  • Les recherches des étapes 1 et 2 sont très biens menées et les découvertes fructueuses mais le récit qui suit tient mal et est trop melo dramatique. Le héros n’est certainement pas parti 10 ans en Bretagne à cause de la guerre de 70/71. Par ailleurs, les naissances d’enfants de père inconnu étaient très courantes à cette époque. Pourquoi imaginer un viol suivi d’une sorte d’infanticide ? Ces situations étaient banales ! Le plus probable c’est qu’il n’y a eu aucune violence de quiconque à la conception ou la naissance.
    Dès lors que vous écrivez un récit en reprenant les noms de personnes ayant vécu, vous ne pouvez pas vous autoriser les libertés du romancier. Je dois vous avouer que j’ai été choqué que vous fassiez de votre aïeul et de M EUSTACHE des criminels. Ils ont droit à plus de respect.

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    • L’exercice est plaisant. Mais je suis sidéré que vous ayez utilisé les noms de personnes ayant existé, qui ont potentiellement des descendants, dans votre fiction.
      FR

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      • Bonjour Rousselot,
        Merci de votre commentaire, cela prouve que mon récit ne laisse pas indifférent.
        J’ai volontairement mentionné les noms des protagonistes pour deux raisons :
        1 - Je fais état de recherches généalogiques, ne pas mentionné l’identité des individus, les lieux et les dates, n’aurait eu aucun sens.
        2 - Adopter cette démarche me permettra peut-être de rentrer en contact avec les descendants des individus cités et pourquoi pas, m’apporter de nouveaux éléments.
        Enfin, nous sommes tous descendants de personnes ayant existé avant nous (Monarque ou pendu) et nous n’avons pas à nous sentir coupable, ni même gratifié de leurs actes. Auriez-vous été autant sidéré de cet usage des noms si mon histoire les avait présentés sous un meilleur jour ? Sans doute que non.
        L’important n’est-il pas d’avoir pris soin de ne pas porter atteinte à toute personne vivante ?

        Répondre à ce message

    • Bonjour METZGER,
      Et merci pour votre commentaire dont plusieurs points méritent une réponse.

      1) Concernant les naissances d’enfants de père inconnu, certainement qu’elles étaient très courantes à cette époque au point que les hospices avaient pris des dispositions pour tenter d’en améliorer les conditions. Je pense notamment aux boites de dépôt d’enfants, sorte de « boites aux lettres » qui avertissait le personnel à chaque dépôt. Mais la « banalité » de la chose n’induit malheureusement pas l’absence de violence.

      2)"Le plus probable c’est qu’il n’y a eu aucune violence". A ce sujet, je ne peux pas dire ce qui était le plus probable pour l’époque, mais l’étude des mœurs de la fin du 19e et plus précisément des relations entre employeurs et domestiques tend à prouver le contraire. En cherchant un peu, on trouve beaucoup d’histoires relatant les atteintes physiques et psychologiques exercées par les maîtres à l’encontre de leurs domestiques pour que la naissance n’est pas lieu. Certaines pratiques sont même difficilement concevables de nos jours.

      3) « Vous ne pouvez pas vous autoriser les libertés du romancier ». Et pourtant, tout le monde le fait ! Revoyez à ce sujet le film « La Môme » d’Olivier DAHAN ou n’importe quel autre film biographique ; La vérité n’est pas toujours celle qui est racontée. Chaque auteur apporte sa touche personnelle, son point de vue, sa sensibilité. La trame est juste, les détails sont réels ou fictifs.

      4) « Ils ont droit à plus de respect ». Mon aïeul a été jugé et inculpé pour abus sexuel sur enfant de moins de 13 ans. Je doute que la remarque soit justifiée. Toujours est-il que mon récit lui trouve des circonstances atténuantes, c’est pas si mal. Concernant M. EUSTACHE, sans doute n’est-il pas coupable de ce dont je l’accuse. Je prend d’ailleurs soin de m’en excuser auprès de ses descendants dans ma conclusion. Mais fût-il un saint pour autant ? Rien n’est moins sur.

      5)"Le héros n’est certainement pas parti 10 ans en Bretagne". J’avoue que je n’en sais rien, mais je n’ai trouvé que cette explication au fait qu’il disparaît des radars à cette époque. J’ai eu beau fouillé tous les état de recensement de toutes les communes du nord-ouest Mayenne, je ne l’ai pas trouvé. Si vous avez une autre explication, je suis preneur.

      Je le répète, j’ai voulu, à travers cette histoire, relater ce qui aurait pu être, à défaut de ce qui a été. L’ensemble des pièces du puzzle s’assemblent, si je trouve d’autres pièces, je modifierai mon histoire pour que l’ensemble soit cohérent.

      Cordialement

      Répondre à ce message

      • Bonjour,

        Quand vous avez précisé au début de votre article que votre ancêtre Louis François Johan était décédé à Fontevrault, j’ai tout de suite deviné qu’il s’agissait de la maison d’arrêt.

        Mes ancêtres sont pour l’immense majorité issus aussi du département de la Mayenne, ce qui est le cas de mon troisième arrière grand-père Pierre MORAND « dit l’Epine » (comme l’aîné des garçons des deux précédentes générations mais sans que je puisse en trouver l’explication). Il est né en 1770 à Ste-Gemme le Robert, a d’abord été couvreur, puis en 1825 cultivateur et journalier en 1836 et j’ai été étonnée de voir que la déclaration de naissance d’un de ses nombreux enfants avait été faite par une sage-femme car il était détenu à la Maison Centrale de Fontevrault. Sur le registre d’écrou de 1836 j’y ai découvert qu’il était « prévenu du vol de vaches », qu’il était entré le 13 Juillet 1836 à la Maison d’arrêt de Laval et en était sorti le 24 Septembre 1836. La Maison Centrale de Fontevrault n’y est pas évoquée, ce qui m’a surprise. Par contre, j’ai découvert des informations sur son physique et son habillement. Je n’ai pas réussi à obtenir plus d’explications. Lorsque ma deuxième arrière grand-mère est née (la petite dernière d’un deuxième mariage), Pierre MORAND avait 71 ans et sa deuxième femme 43 ans... !

        Bien cordialement. Sandrine

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  • Bonjour,
    votre démarche est parfaitement claire et tout à fait passionnante. Nous comprenons la reconstruction de la fiction à partir de faits épars ; je la compare à l’œuvre d’un conteur. L’imagination est un don. Merci de nous avoir emmenés en voyage ... nous gardons les pieds sur terre pour faire la part des choses.
    Cordialement
    Sylvie

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  • Merci Patrice pour ce passionnant moment de lecture. C’est de la généalogie comme je la conçois ! car à quoi bon savoir que nos AAA..GParents se prénommaient X ou Y, qu’ils étaient nés en 1780, 1600, etc. si on ne connaît rien de leur vie ! Mon plaisir de généalogiste amateur est d’essayer de trouver une explication, au moins un début d’explication à divers événements de leur vie. Être en quête de leurs vies ... tout en ne se privant pas du plaisir de rêver parfois !

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    • Bonjour Jacqueline,
      Merci pour votre commentaire. Nous partageons la même vision de la généalogie, j’en suis bien heureux. Tenter de retracer leurs vies, quelque soit notre angle de vue, c’est déjà leur rendre hommage, faire vivre leurs mémoires et d’une certaine façon leur offrir une part d’immortalité.

      Se limiter à collectionner des dates, des lieux et des faits, sans les interprétés est à mon sens très réducteur.

      Bonne continuation.
      Cordialement

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  • Je suis comme Martine. J’adhère et je suis les actes 1 et 2. Pour le 3e acte, je suis admirative de votre imagination. En tous cas, j’ai apprécié !
    Continuez !
    Bénédicte

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    • Bonjour Mariben,
      Merci pour votre commentaire, je suis ravi que cela vous ai plu.
      Faire état de faits avérés (étape 1 et 2) n’a rien de compliqué, cela ne nécessite qu’un travail de recherche plus ou moins assidu.
      L’exercice de la narration (étape 3) est bien plus difficile. Comme je le mentionne dans le texte, il faut faire quelques suppositions pour rendre l’ensemble cohérent. Il ne faut pas croire que cela se fasse naturellement. Pour écrire cette partie du texte, j’ai imaginé au moins 5 ou 6 versions différentes, pour ne garder que celle qui apportait la plus grande cohérence avec tous les faits connus. D’une certaine manière, cette version s’est imposée d’elle même.
      J’ai hâte de découvrir de nouveaux faits pour voir quelle tournure prendrait l’histoire.

      Cordialement

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  • J’ai lu votre travail hier, ai laissé un peu de temps passer pour réagir, pour laisser un peu les pensées s’ordonner dans ma tête, et en ayant lu les commentaires très divers. Mais aussi, dans le même temps, j’aurai oublié tel ou tel point, veuillez m’en excuser.

    Tout d’abord j’apprécie chez le généalogiste que vous êtes, le constat formulé qui vous amène à dissocier clairement les trois niveaux de regard, et aussi cette décision de le concrétiser sous la forme de l’exercice que vous nous transmettez. « simple exercice » qui vous aura donné bien du travail très cadré. Ces trois niveaux sont un peu une évidence, encore fallait-il l’exprimer, le démontrer. A mon sens, votre travail pourrait figurer dans la formation de nouveaux généalogistes.

    J’adhère aux propos de Martine Hautot. Vous lui répondez « Certes, nous ne sommes pas toujours cohérents, mais chacun de nos actes s’explique par un contexte ». Donc, selon vous, à un contexte donné, une réponse unique ? J’accentue à peine... regardez le film « smoking- no smoking » ! Il y aura toujours une part d’inconnu, une part d’erreur d’interprétation. Il y en eut aussi dans la tête des intéressés, autrefois. C’est un peu le cœur du problème. Comme chacun, je crois ressentir d’assez près certains de mes aïeux mais je sais que, quelle que puisse être la finesse de nos recherches, nous ne saurons jamais le fin mot de l’histoire, pas plus que tout n’est connu ni maîtrisé à la fin d’un procès. Aussi, pour la troisième version, romanesque, je me demande si un exercice abouti ne consisterait pas à écrire volontairement un second récit très différent !

    Après réflexion, je pense aussi qu’il est nécessaire, dans cette troisième phase, de transposer noms, lieux et dates, de revêtir d’un autre habit les personnages. Il s’avère que vous intervenez près de chez certains de mes aïeux,vous auriez pu croiser la route de certains d’entre eux. J’aurais mal ressenti que l’un des miens soit « interprété » parmi vos personnages. Je ne mets pas en doute l’honnêteté intellectuelle de votre démarche, votre rigueur, mais votre imagination s’arrête à la mienne, et la mienne à la vôtre. Cela serait vrai même si nous étions cousins germains ! Nos aïeux ne peuvent devenir, nominativement, très individualisés, support ou prétexte à récit.Ils ne peuvent pas non plus devenir supports à récits multiples les transformant selon les probabilités et nos interprétations. Sauf, bien sûr, en leur donnant une autre identité. Plus encore, il y a, sur le fonds, un respect des morts qui doit s’imposer à nous. Vous m’avez aidée à éclaircir ce point et je vous en remercie.

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    • Bonjour Colette,

      Je suis très flatté par la première partie de votre commentaire et sans penser à servir de base de formation aux nouveaux généalogistes, ma façon de faire peut servir de modèle à certains, voir même de motivation. Se cantonner à collecter des faits, sans les interpréter ou les comprendre à ses limites. Il faut donc à chaque instant se poser la question « Pourquoi » et commencer un début de réponse par « Et si... ». Vous chercherez alors à vérifier votre hypothèse et trouverez forcément de nouveaux faits qui vous aideront ou non à répondre « Parce que ».

      « Pourquoi Louis François épouse-t-il Angélique ? » ==> « Et si ils se connaissaient depuis longtemps ! » ==> « Les familles JOHAN et HOUDUSSE étaient voisines », fait que je ne connaissais pas avant. Mais est-ce pour autant cette raison qui est à l’origine de leur mariage ? Peut-être que oui, sans doute que non, mais qui peut le dire maintenant ?

      Concernant la seconde partie de votre commentaire, contrairement à ce que vous affirmez, je ne partage pas l’assertion « A un contexte donné, une réponse unique ». Je dis juste que nos actes résultent de nos choix faits dans un contexte donné. Reconstitué ce contexte permet de mieux comprendre les actes. En situation de survie par exemple, nous sommes tous capables d’actes que nous n’aurions pas fait en temps ordinaire. Il serait très dangereux de juger des actes sans en connaître le contexte précis. C’est d’ailleurs toute la difficulté du travail de la justice.

      Pour terminer, je suis de ceux qui pensent que l’imagination ne doit pas avoir de limite. L’artiste ne doit pas se limiter aux règles d’une société bien pensante, il se doit au contraire de les transgresser, quitte à choquer. C’est toujours ainsi que se sont imposées les idées nouvelles qui ont révolutionné le monde.

      Cordialement

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      • Bonjour Patrice,

        Je ne saurais passer trop de temps à faire de recherches fines sur le sujet mais néanmoins, j’ai essayé de trouver le motif d’avertissements tels que :
        "Ce texte est une pure fiction. Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait fortuite et indépendante de la volonté de l’auteur." Paul Fournel (Banlieue)

        ou que :

        "Le Gardien des ruines est un roman. Toute homonymie, toute ressemblance avec des personnages et des personnes existantes ou ayant existé ne seraient que pure coïncidence et ne pourraient en aucun cas engager la responsabilité de l’auteur." François Nourissier (Le Gardien des ruines)
        Dans ce second exemple,on nomme la responsabilité de l’auteur.

        Ici, plus subtil :

        « Ce livre est une fiction, les propos prêtés aux personnages, ces personnages eux-mêmes, et les lieux où on les décrit sont en partie réels, en partie imaginaires. Ni eux-mêmes ni les faits évoqués ne sauraient donc être exactement ramenés à des personnes et des événements existant ou ayant existé, aux lieux cités ou ailleurs, ni témoigner d’une réalité ou d’un jugement sur ces faits, ces personnes et ces lieux. » François Bon

        La littérature, la création littéraire ne sont pas le droit de tout faire, sans limites ni mesure. Aussi un écrivain peut être très clair décidé dans sa démarche, tout en étant respectueux d’autrui :

        "Rien, dans ce roman, n’a été inventé. Le climat, l’histoire et les circonstances qui l’ont fait naître sont ceux de l’Afrique du Sud actuelle. Mais les évènements et les personnages ont été replacés dans le contexte d’un roman. Ils n’y existent qu’en tant que fiction. Ce n’est pas la réalité de surface qui importe, mais les relations qui se dessinent sous cette surface.
        Toute ressemblance donc avec des personnages ayant existé, existant, ou des situations ayant eu lieu ne serait que pure coïncidence." André Brink (Un Saison blanche et sèche)

        Il va de soi qu’en reprenant les lieux, dates et identités de personnes ayant vécu, en vous appuyant sur vos recherches et découvertes en archives à leur propos, sur l’aspect vraisemblable qui en découle, dans le récit que vous faites, vous ne pouvez invoquer la « pure coïncidence ».

        Ces avertissements ne figurent (films, livres...) parce qu’ils répondent à un besoin, à un cadrage juridique dans l’intérêt de tous, établissant notamment le « droit à la personnalité ». Je viens de découvrir ce terme. Je vous le laisse découvrir dans les liens ci-dessous : https://www.forumfr.com/sujet809544-utiliser-un-nom-de-famille-autrefois-existant-dans-une-fiction-%C3%A0-publier.html
        et , définition dans wikipédia :
        https://fr.wikipedia.org/wiki/Droits_de_la_personnalit%C3%A9

        notamment les dernières phrases du paragraphe « la personne physique »

        et, si vous voulez vous amuser avec de multiples textes d’avertissement, dont un San-Antonio pas franchement bien pensant, voici mes sources :
        http://michel.balmont.free.fr/pedago/textes/avertissements/collection.php

        Cordialement,

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  • Bonjour ! je viens de lire votre article qui m’a énormément plu. Je dois avouer que c’est une façon assez originale de voir les choses, et, étant moi même écrivain en plus de m’intéresser à la généalogie, après tout, je trouve ça intéressant cette façon de voir les choses.
    En attendant, j’avoue que vos recherches sont vraiment poussées, bien plus que les miennes jusqu’ici, même si ça commence à s’étoffer ici ou là.
    Mais ce que je trouve surtout amusant dans la démarche, c’est que la mienne... s’est faite totalement à l’inverse de la votre, par des histoires de familles, rarement vraies jusqu’ici pour ce que j’ai pu en apprendre, mais qui justement m’ont poussée vers la généalogie.
    Et pour moi... il faut toujours avoir cette part de rêve dans l’histoire. Après tout, ça ne mange pas de pain non plus, même si on apprend, des choses qui mettent parfois un peu mal à l’aise, mais comme vous le dites, on a tous un roi, et même avec surprise parfois bien plus, tout comme des pendus. J’ai trouvé les rois, pas encore les pendus dans mon cas, mais je suis sure que ça va venir !

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    • Bonjour Dominique,
      Votre démarche « à rebours » me plait beaucoup. Vérifier la véracité d’histoires de famille qui se transmettent sur plusieurs générations me plairait énormément je pense.

      On m’a beaucoup fait le reproche de ne pas respecter la vérité dans cet article. Mais qui peut dire où est la vérité ? Vous le dites vous même, vos histoires de famille que tout le monde considérait comme des faits avérés étaient pour la plupart fausses. La vérité, la seule vérité, n’est connue que de celui qui à agit. Lui seul sait réellement ce qui s’est passé, tout le reste n’est que supposition.

      Bonne continuation dans vos recherches.
      Cordialement

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  • Bonjour
    c’est un travail fort consciencieux et intéressant. Mais ,à votre place je n’aurais pas écrit la partie romancée.
    Après avoir écrit 6 livres, je sais qu’il est hasardeux de romancer une vie.
    Ce pauvre Louis-François doit se retourner dans sa tombe :’-(

    Bien cordialement
    Pierrick Chuto
    http://www.chuto.fr/

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  • L’affaire Louis François JOHAN 16 mars 09:52, par COUCKE

    Bonjour,

    Un grand merci pour cet article qui fait réfléchir.
    Bonne continuation.

    Vicky

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  • Bravo pour cet article, 3 points de vue très intéressants !
    En tout cas, si, tout n’est pas vrai, tout n’est pas faux non plus. Probablement que la vérité se situe entre les deux.
    Merci pour cet éclairage nouveau, je prends note. :)

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  • bonjour
    je viens de lire vos 3 textes et suis admirative pour toutes vos recherches !je suis tout à fait débutante en généalogie. et je viens de retrouver des ancêtres mystérieux par les circonstances de leur décès en 1829, laissant mon aieul de 6 ans orphelin. j’en suis vraiment au tout début de mes explorations et comme le souligne un de vos lecteurs votre démarche mériterait d’étre diffusée aux « jeunes » généalogistes.
    ainsi mon imagination travaille quand je lis que le témoin d un des décès est concierge de prison : un voisin ? un amant ? un gardien ? un parent ?

    que de questions soulevées et de mystères à éclaicir... l’histoire de votre famille romancée ou factuelle m’ouvre bien des perspectives et j éspère découvrir des pistes . en moins de 27 ans ?
    encore merci
    Edith Chevalier

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