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L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire


jeudi 28 mars 2019, par Maryse Daudenet

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J’ai relevé dans la presse ancienne, un fait-divers troublant, dont j’ai voulu connaître la suite, et l’épilogue ! L’article est paru le 19 avril 1908, un dimanche, dans « Le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire » , puis repris le 20 par « Le Matin » et « Le Petit Parisien », enfin le 21 par « La Croix ». Le « Mémorial » écrira trois articles au sujet de ce fait-divers.

19 avril 1908 : « Hier matin, Mr Jean Massardier, ouvrier mineur domicilié rue du Buisson, 2, au Chambon Feugerolles, a déclaré à la gendarmerie que ses deux fillettes, Marie, 10 ans et Madeleine, 7 ans, étaient absentes du domicile familial depuis vendredi matin. Il ignore l’heure exacte de leur départ et malgré les plus actives recherches de la famille, il a été impossible de savoir ce qu’elles sont devenues. Ces deux enfants sont habillées de noir et chaussées de sabots. Elles sont plutôt petites pour leur âge. Les personnes qui pourraient en donner des renseignements sont priées d’en informer la famille ou la gendarmerie, ou encore la mairie. »

14 juin 1908, (encore un dimanche) : « Enfant perdu : dans la matinée d’hier, Mme Françoise Planchet conduisait à la gendarmerie une fillette de 10 ans, trouvée errante près des octrois de Montrambert. Cette enfant, qui n’a pu dire où elle habitait, a cependant donné le nom de son père, Jean Massardier, 36 ans (précision sans doute apportée par l’auteur de l’article), ouvrier mineur. Sa mère est morte l’année dernière à l’hospice de Bellevue" (Nouvel hôpital de Saint-Etienne).

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L’octroi du Chambon Feugerolles

Puis, toujours le 14 juin 1908, dans le journal « Le Stéphanois », on en apprend un peu plus :

« La Ricamarie (commune qui jouxte le Chambon Feugerolles) Enfant égarée. Une jeune fille, âgée d’une dizaine d’années, qui s’était égarée, a été recueillie par Mme Planchet, au hameau de la Pélissière. L’enfant est vêtue de noir, coiffée d’un chapeau de paille noire, portant un crêpe, chaussée de bottines à boutons, tablier noir. Elle venait de la direction de Saint-Etienne. Elle déclare que son père s’appelait Massardier Jean et sa mère, décédée, s’appelait Dumas Rosalie. Elle déclare en outre avoir des tantes travaillant à Bourg-Argental, chez Mr Colcombet. Prière aux personnes qui auraient quelques renseignements à fournir de s’adresser soit à la mairie, soit à la gendarmerie."

Notons qu’il s’est déjà écoulé environ deux mois entre la déclaration de disparition et sa remise à la gendarmerie ! D’autre part, chaussée à son départ de sabots, on la retrouve avec des bottines à boutons...

Puis, dans « Le Mémorial » du 28 juillet 1908 : « Suicide : Le Chambon Feugerolles. La nuit de dimanche à lundi, le sieur Jean Massardier, 35 ans, domicilié rue Dubuisson a mis fin à ses jours en se pendant au moyen d’une corde fixée à un clou planté dans le chambranle de la porte de son appartement ».

J’ouvre ici une parenthèse pour faire deux remarques qui se sont profilées au fur et à mesure de mon étude sur les faits divers du monde rural et ceux du milieu urbain au XIX me siècle.

On constate vraiment beaucoup de suicides, hommes, femmes, jeunes, adultes, vieux... tous confondus, mais surtout dans les classes populaires, dans les villes. Peut-être était-ce dû au déracinement, car beaucoup, suite à la crise du monde rural, venaient des campagnes travailler dans les mines de ce bassin qui s’étalait de la vallée de l’Ondaine à la vallée du Gier, et dont Saint-Etienne formait le nœud central. Les hommes s’employaient aux mines et les femmes aux usines de tissage ou de rubans, qui fleurissaient alors. Mais la misère les poursuivait souvent, les idées noires aussi...

Or, dans les campagnes, il existait un tel réseau de promiscuité, chacun intervenant dans la vie de ses proches et voisins, que l’individu ne pouvait que rarement s’échapper de leurs regards et de leurs griffes, ce qui évitait ce genre de drame (tout en causant d’autres nuisances).

Mais revenons à ce cas pour en rechercher d’éventuels éléments complémentaires.

Tout d’abord, je recherche l’acte de décès du père, puisqu’on a une date précise. Il survient le 27 juillet 1908 au Chambon Feugerolles. Or, il est mentionné « veuf de Marie-Rose Petit ». La fillette avait dit que sa mère se nommait Dumas !

Alors je recherche leur mariage, par le site « Généal 42 ». Avec Dumas, rien. Avec Petit, je le trouve, au 12 mai 1897 à Bourg-Argental. L’époux est cultivateur, l’épouse ouvrière en soie.

Puis, je recherche le décès de l’épouse, survenu « un an auparavant », dans les tables décennales des archives municipales de Saint-Etienne. Je le trouve non pas en 1907, mais le 29 novembre 1906, épouse de Jean Massardier, journalier au Chambon Feugerolles.

Apparemment, le père n’a pas pu continuer sans elle...

Et les deux fillettes ?

Par la mention en marge de son acte de naissance, retrouvé à Bourg-Argental (recherché au lieu du mariage des époux, car je ne trouvais rien au Chambon) nous apprenons que l’aînée se marie à la Grand-Croix le 25 janvier 1924 avec Jean-Marie Allègre. Marie était née le 12 avril 1898 à Bourg-Argental, père cultivateur et mère ouvrière en soie.

Quelle aura été sa vie depuis 1908, mystère ! Les recensements du Chambon Feugerolles ne la mentionnent pas. Mais le foyer n’apparait pas non plus rue du Buisson sur celui de 1906.

La recherche de Jean Massardier dans les registres matricules n’a rien donné non plus (Loire et Haute-Loire puisque, né à Saint-Didier (43), il avait vécu avec ses parents à St-Victor Malescours (43) avant de s’établir à Bourg-Argental (42).

Quant à la cadette, Madeleine, dont nous n’avons eu aucune nouvelles depuis sa disparition, née le 19 février 1902 à Bourg-Argental (prénommée en fait Marie-Magdeleine), une mention en marge nous apprend qu’elle meurt à Sainte-Foy les Lyon le 4 novembre 1987 (sans doute hôpital ou ehpad).

Qui pourrait m’aider à éclaircir les zones encore obscures de cette étrange affaire ?

Merci pour votre aide et vos conseils...

Maryse Daudenet est aussi l’auteur du Roncier , une histoire émouvante, imaginée à partir d’un véritable procès d’Assises.

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