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L’escale aux Tongas en 1937, quatrième partie de la croisière du Rigault de Genouilly dans le Pacifique

Le vendredi 14 janvier 2022, par Michel Carcenac

Le Commandant Moron sur le Rigault de Genouilly continue son périple dans le Pacifique Sud et rencontre aux îles Tonga une reine dont la majesté l’impressionne. La reine Salote fut rendue mondialement célèbre par sa digne attitude lors du couronnement de la reine Elisabeth II.

Tonga Tabu Nukualofa 11 Mai 1937


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Carte Wikipedia Commons.

L’escale à Tonga Tabu a laissé d’excellents souvenirs au commandant Moron. Salote Tupou III, la reine des Tonga, fêtait le couronnement du roi d’Angleterre Georges VI, ce 12 juin 1937, le lendemain de l’arrivée du Rigault de Genouilly. Georges VI allait diriger l’Empire britannique. Chacune des nations composant le Commonwealth était appelée à fêter dignement le Coronation Day, suivant le protocole édicté par Londres. L’arrivée du Rigault de Genouilly n’était pas due au hasard.

La reine Salote était heureuse d’accueillir un ambassadeur de la France, commandant un navire si élégant. La France républicaine se devait de rendre une visite de courtoisie à un monarque des îles du Pacifique, et d’apporter une note spéciale aux festivités dont les Tongiens se souviendraient. Sa Majesté Salote Tupou III et son consort le prince William Tugi allèrent assister à l’office dans l’église anglicane St Paul de Nukualofa. Le révérend H. A. Favell officiait devant une foule de fidèles. Après la messe, le commandant Moron rejoignit la reine Salote devant son palais de Nukualofa pour attendre le passage de l’hydravion.

Pacific islands Monthly June 23, 1937

Dans le port les marins préparaient l’appareil. Celui-ci, arrimé sur l’arrière de l’aviso, avait été mis à l’eau avec précaution à l’aide d’un mât de charge. Il y avait du monde à la manœuvre pour éviter les chocs contre la coque du bateau. Enfin, le pilote dans son manteau et son casque de cuir, les grosses lunettes bien ajustées, s’installe sur le siège et lance le moteur. Le nez tourné vers le large, des sangles retenant l’appareil au bateau, Claude Viellard augmente progressivement la vitesse du moteur, tout en surveillant la température et la pression de l’huile. Le pilote vérifie la liberté des commandes, si elles sont libres dans toutes les directions, sans résistance ; l’électricité n’est pas oubliée, les contacts 1+2 ; essence ; altimètre à zéro. Tout étant OK, l’appareil libéré de ses liens se dirige vers la zone de décollage. Après avoir vérifié qu’il n’y ait pas d’obstacle devant lui, pas une pirogue, pas un nageur dans le lagon, Claude Viellard met plein gaz et l’hydravion s’élance, prend de la vitesse et décolle.

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Un Gourdou-Lesueur comme celui du Rigault.

Les Tongiens assemblés sur la plage avaient reçu à pleines narines les vapeurs d’huile de ricin pendant le chauffage du moteur. Cela avait été difficile de les empêcher de partir en pirogue dans le lagon, aux premières loges. Quant aux enfants qui barbotaient, seuls les marins en faisant les gros yeux et en les menaçant réussirent à les faire sortir de l’eau.

Le décollage fut salué par les cris d’admiration des Tongiens qui, pour la première fois, voyaient voler un aéroplane. Pour faire plaisir aux spectateurs, le pilote fit des passages devant la plage, à ras de l’eau, sans se rapprocher des arbres cependant. Ainsi font les aviateurs au cours des meetings aériens, devant des milliers de spectateurs qui sont venus pour le spectacle. A Belvès, nous avons organisé des meetings magnifiques avec des démonstrations époustouflantes. Nous avons reçu le chevalier d’Orgeix avec sa panthère noire, le mannequin Colette Duval qui sautait de dix mille mètres et ouvrait son parachute vers cent ou deux cents mètres, Biancotto si gentil, champion du monde de vol sur le dos et qui remontait la piste d’atterrissage sur le dos, la tête à un mètre du sol, et Fabry de Brive qui terminait le looping de son aile volante (sans moteur) à ras des pâquerettes, et puis l’armée de l’air avec ses derniers appareils et la Patrouille de France. Eh bien, oui, la plupart des pilotes d’aéro-club aiment faire les démonstrations à leur portée, pour se faire plaisir et faire plaisir aux spectateurs.

Qu’a-t-il fait Claude Viellard en une heure et vingt minutes de vol sur Tonga Tabu, comme inscrit sur son carnet de vol. D’abord il a fait ce que lui avait ordonné son chef, le commandant Moron et lui même avait exposé à Moron ce qu’il comptait faire : des passages au-dessus de la reine et de Moron, répétés, et des passages à une altitude basse mais raisonnable cependant. Il savait que c’était le premier vol d’un avion sur l’île et que ceci serait repris par les journalistes présents. Il fallait bien un peu de fantaisie pour marquer le coup. Piquer sur les attroupements puis reprendre de l’altitude en faisant gueuler les moteurs, les gens à terre ont peur et sont heureux ensuite. Ça a dû jaser longtemps dans les cases.

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Claude Viellard dans sa tenue d’aviateur en Nouvelle-Zélande.

Sur son carnet de vol, Claude Viellard note :
12 mai 1937 – 1 h 20 de vol sur Nukualofa – premier vol aux Tonga.

C’est également ce qui est écrit par le journaliste du mensuel Pacific Islands de juin 1937, présent à ce premier meeting aérien.

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Carnet de vol de Claude Veillard.

Bien sûr la reine a gardé les officiers à déjeuner. Ce fut une réception royale !
Le repas comprenait des plats délicieux, inconnus de Moron et de ses officiers. Quant au cochon grillé au four, il trônait.

Dans les récits de Lapérouse, de Dumont d’Urville, de Bougainville, de Cook, partout dans les îles du Pacifique Sud, il est question de troc pour avoir des cochons, fort appréciés des équipages. La tradition a continué à Tonga Tabu. L’équipage n’était pas invité à la table royale, mais la reine offrit un cochon grillé cuit dans un four en pierre. Parmi les cadeaux de la reine au commandant il y avait un grand tapa aux motifs géométriques.

Après le repas les invités se réjouirent des danses guerrières des hommes.
C’est pour leur gabarit que les Tongiens sont appréciés dans les matches internationaux de rugby, et aussi pour leur brutalité. Moron n’a pas envisagé un match de rugby « amical » France-Tonga, il avait besoin de tous ses hommes à la manœuvre, il avait fait mieux comme distraction avec le meeting aérien. Le club de rugby de Belvès en Périgord a recruté un joueur des Tonga, passé par le Japon, grand importateur de rugbymen Tongiens.
Pour la première fois un hydravion survolait une petite île du Pacifique Sud. Il allait vite arriver le jour où des milliers d’avions survoleraient toutes les îles, toutes les terres du Pacifique. Le temps a vite passé, de 1937 à 1941 avec Pearl Harbor. Et déjà les Japonais se faisaient la main en Mandchourie en 1931, sans personne pour prévoir et annoncer le déferlement de milliers d’avions de guerre sur l’ensemble du Pacifique.

Les Tonga sont une royauté millénaire.

Salote, la Reine des Tonga fut couronnée le 11 octobre 1918 à 18 ans. Son règne durera 47 ans.

Elle a résidé cinq ans à Auckland pour faire ses études ; à Noël elle revenait dans sa famille à Tonga Tabu. Elle considérait la Nouvelle-Zélande comme sa seconde patrie et y fit de nombreux séjours. Pendant ses études à Auckland, la reine Salote habitait dans la résidence tongienne d’Atalanga. Une fois reine, elle fit aménager une partie de ce bâtiment en résidence pour les étudiants de Tonga.
Le prince consort William Tugi est mort en 1941. Salote a régné seule pendant un quart de siècle.

A partir de 1800, des naufragés et des missionnaires apprennent progressivement l’Anglais aux habitants de l’archipel relevant du royaume de Tonga. Les indigènes ne parlaient pas d’emblée l’Anglais. Ce qu’ils en apprirent se mélangea avec leur langage pour former le pidgin. Léon Moron se débrouillait fort bien pour parler le pidgin avec les indigènes. Il m’a offert son petit dictionnaire de pidgin.

Les Tonga ne connaissaient pas l’écriture avant l’arrivée des missionnaires en 1831 qui publient en 1838 une traduction de la Bible en Tongien : il s’agit du premier livre écrit dans cette langue, ce qui favorisa la christianisation de l’archipel.

La reine Salote est l’auteur d’une centaine de poèmes et de chansons qui ont joué un rôle majeur dans la préservation de la culture tongienne. Elle est considérée comme une poétesse très douée. Elle passait de nombreuses heures à écrire ses poèmes et invitait des groupes de musiciens au palais pour travailler avec elle et les séances durait souvent jusqu’aux premières heures du matin. Les poèmes mis en musique étaient des chansons d’amour, tristes ou gaies, ou des chansons écrites spécialement pour l’accompagnement des danses.

En parlant leur “Anglais,“ les chefs de tribus prirent de l’importance et dans le peuple certains purent défier les partisans des droits coutumiers. Sous les directives du ministère de la culture de Tonga, on enseigna à la fois le bon Anglais et le Tongien. Des chercheurs retrouvèrent de vieux mots ou expressions et ainsi cette langue, du fait qu’elle est écrite et enseignée ne disparaitra pas et au contraire s’enrichit de son passé.

Quand l’UNESCO se mit en devoir de reconnaître le Tongien comme langue officielle d’un état, on prit en considération tous ces efforts. Surtout l’UNESCO reconnut l’importance de l’œuvre littéraire de Sa Majesté Salote Tupou III.

La reine Salote, très investie dans la préservation du patrimoine culturel tongien, a permis la tenue de campagnes archéologiques.

Son règne est marqué par des réformes sociales pour augmenter le bien-être de ses sujets.

Les Spitfires de la reine Salote

La guerre de 39-45 était mal engagée et les Anglais savaient que les Allemands allaient débarquer chez eux, tout était prêt. Pour Goering, ministre de l’Air, l’aviation anglaise était l’obstacle à détruire avant toute tentative de débarquement. Déjà l’aviation britannique causait de lourdes pertes aux bombardiers allemands qui toutes les nuits attaquaient les villes anglaises. Les radios françaises et allemandes répétaient :

« Tout comme Carthage, Londres sera détruite ! »

Pour aider les Anglais, des pilotes venaient de France, de Pologne et d’autres pays libres ou occupés. C’était un duel à mort que cette bataille d’Angleterre, avec pas mal de casse.

Dans le Pacifique sud régnait la paix, pas pour longtemps. Le royaume de Tonga faisait partie du Commonwealth et les personnes averties suivaient avec inquiétude les évènements en Europe et surtout en Angleterre. Il n’y avait pas un seul pilote dans le royaume de Salote pour rejoindre l’Angleterre. La reine pensa que la bonne solution était de lever des fonds, et de les donner aux Anglais pour acheter des avions.

Salote partit en campagne avec ses amis, ses ministres. Personne ne lui résistait, elle savait où se trouvait l’argent et récolta de quoi payer trois Spitfires.

La Nouvelle Zélande et les Samoa occidentales offrirent un seul Spitfire. Mais les Samoa avaient généreusement participé à la création d’une force aérienne de la Nouvelle-Zélande, dont les pilotes se firent remarquer par leur témérité dans la guerre contre les Japonais.
Avant de partir sur le front, les Mark V Spitfires furent baptisés : Queen Salote, Prince Tungi and Tupou I.

Le Mark V Spitfire Queen Salote est arrivé au 602e escadron « Ville de Glasgow » de la R.A.F et il fut piloté par Brendan « Paddy » Finucane. Né en Irlande, il avait peint un motif de trèfle sur le fuselage.

Quelqu’un qui n’avait jamais entendu parler des Tonga avait baptisé l’avion « Queen of Salote ». Une série de photos de l’avion a été prise avec cette faute. Quelques jours plus tard le Ministère de la Guerre envoyait l’ordre d’effacer le « of » offensant sur la carlingue de l’avion. Il demanda aussi qu’il soit gratté sur les négatifs des photos.

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Paddy Finucane

Finucane était un as. Officiellement il était crédité de 28 avions abattus mais cela monta certainement à 32. Il continua à détenir le record des jeunes pilotes jusqu’à ce qu’il obtienne le grade de commandant d’escadron, alors qu’il avait seulement 21 ans. Finucane fut tué peu de temps après, en attaquant l’armée allemande à Étaples, en France. Le radiateur de Queen Salote fut touché par une rafale de mitrailleuse. Finucane essaya de regagner l’Angleterre à 13 kilomètres depuis le Touquet. Il rompit le silence radio et envoya son dernier message. On l’entendit dire “c’est butch“ avant “amerrissage forcé. “ Finucane est mort noyé.

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Le Spitfire Queen Salote et son pilote Paddy Finucane. La pellicule photo a été grattée pour masquer le « of ».

Le Prince Tungi, un Mark IX Spitfire, est muté dans le 485e Escadron en 1944. Transféré en Méditerranée, il termina ses jours à court de carburant.
Lors d’une mission en Sicile il s’écrasa près de Catane.

Le destin du troisième Spitfire de Tonga, le Roi Tupou I, a glissé dans les oubliettes de l’Histoire. 

Les tapas :

Ce sont les femmes qui fabriquent les tapas à partir des fibres qui sont sous l’écorce de plusieurs arbres, en particulier le murier à papier. Elles obtiennent des tiges de trois mètres de long qui vont subir plusieurs traitements. Le tapa est une étoffe végétale, la plupart du temps à décoration géométrique, sur lequel se trouvent parfois dessinés des évènements marquants. Par exemple le passage de la comète de Halley. Également les Spitfires offerts par les Tonga, avec leurs noms.

Les figurations des tapas contribuent à la mémorisation des évènements dans une culture qui était encore très orale.

Les tapas étaient portés comme vêtements, utilisés comme cadeaux et apparaissent dans toutes les cérémonies importantes.

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Tapa offert par la reine Salote au Commandant Moron.

Pour se couvrir, les habitants des îles du Pacifique n’avaient que des vêtements à base de fibres végétales. Ils faisaient des jupes pour les hommes comme pour les femmes. Cela ne valait pas les toiles de coton, le calicot, monnaie d’échange très prisé. Si les jupes n’avaient pas des dessins aussi beaux que les tapas décoratifs, elles présentaient des bandes de diverses couleurs. Les teintes pouvaient être naturelles ou produites par les traitements que subissaient les fibres végétales.

Herman Melville dans « Taïpi » explique la fabrication des tapa.
« Dans la confection du beau tapa blanc porté généralement aux îles Marquises, l’opération préliminaire consiste à recueillir une certaine quantité de jeunes rameaux de l’arbre à étoffe. L’écorce verte superficielle étant retirée comme sans valeur, il reste une mince couche de substance fibreuse que l’on détache soigneusement de la baguette, où elle adhère étroitement. Lorsqu’on en a recueilli une quantité suffisante, les diverses bandes sont mises dans une enveloppe de larges feuilles, dont les naturels se servent exactement comme nous de papier d’emballage, et qu’assujettissent quelques tours d’un lien quelconque. Le paquet est alors déposé dans le lit d’un cours d’eau rapide, avec une grosse pierre par-dessus pour l’empêcher d’être emporté. Après qu’il est resté deux ou trois jours dans cet état, on le retire et on l’expose durant un temps bref à l’action de l’air, chaque morceau étant examiné attentivement à tour de rôle, en vue de se rendre compte s’il est suffisamment modifié par l’opération. Ceci se renouvelle autant de fois qu’il est nécessaire.

Quand la substance est arrivée à l’état voulu pour passer au stade suivant, elle montre des symptômes de décomposition commençante : les fibres sont relâchées et ramollies, et devenues entièrement malléables. Les diverses bandes sont alors étalées, une à une par couches superposées, sur une surface lisse, - en général un tronc abattu de cocotier, - et après chaque nouvelle adjonction, le tas ainsi formé est soumis à un battage modéré au moyen d’une espèce de maillet. Celui-ci est fait d’une espèce de bois dur et pesant, analogue à l’ébène ; il a environ douze pouces de long, sur deux de large, avec par un bout une poignée arrondie, et sa forme est l’exacte réplique de l’un de nos cuirs à rasoir quadrangulaires. Les surfaces planes de l’instrument son rayées de stries parallèles et peu profondes, dont le creux diffère selon les faces, de manière à servir aux diverses phases de l’opération. Ces matrices donnent au tapa la vague apparence de velours à côtes qu’il offre dans son état définitif. Après avoir été battue de la façon susdite, la matière se trouve bientôt amalgamée en une masse, laquelle, humectée de temps à autre avec de l’eau, est à chaque fois martelée, par un procédé analogue à celui des batteurs d’or, jusqu’à ce qu’elle atteigne le degré de ténuité voulu. C’est ainsi que l’étoffe est amenée sans peine à varier en forme et épaisseur, de façon à s’adapter à tel ou tel de ses nombreux usages.

Une fois l’opération décrite en dernier lieu terminée, le tapa nouvellement fait est exposé sur l’herbe, où il sèche et acquiert bientôt une blancheur éblouissante. Parfois, dans les premiers stades de la fabrication, la matière est imprégnée d’un suc végétal qui lui communique une coloration durable. On voit ainsi de temps en temps des étoffes d’un beau brun, ou d’un jaune vif, mais les goûts simples de la tribu des Taïpis les incitent à préférer la teinte naturelle. »

En France aussi la plupart des vêtements sont en fibres végétales, comme le lin et le coton. Dans la forêt au-dessus de Cadouin en Périgord, on peut voir un bassin de pierre où l’on faisait rouir les fibres de lin dans l’eau. Cela apportait une puanteur tellement horrible que ces bassins étaient interdits près des maisons. De nos jours, les tiges de lin sont disposées en ballots réguliers et bien alignés dans les prairies. Les vêtements peuvent aussi être en peau de bêtes. Ils sont imperméables à l’eau et protègent mieux du froid, surtout avec la fourrure. Mais dans les îles du Pacifique Sud il n’y a pas de gros animaux, à part le cochon et le zébu, et surtout le froid est moins à craindre.

Pendant la guerre contre les Japonais, les soldats américains achetaient des jupes comme souvenirs ; c’était tout ce qu’ils pouvaient trouver avec les colliers de coquillages. Dans Pacifique Sud, James Michener raconte cette folie de milliers de soldats ne sachant comment dépenser leurs dollars.

Benny, dit “Atrabine“ était le plus heureux des Américains, toute sa vie il avait rêvé de visiter le Pacifique et le voilà avec une Jeep et un canot à moteur passant d’une île à l’autre. Sa mission était de distribuer des comprimés d’Atrabine pour lutter contre le paludisme. Il en fournissait aux soldats, mais aussi aux Tonkinois, travaillant sous contrat pour des colons français. Aux Tonkinois, il jetait dans la bouche les comprimés en leur disant de les avaler. Puis il passait un index scrutateur entre les dents et la joue, histoire de vérifier que les fameux comprimés soient bien avalés. Difficile de ne pas se faire avoir. Les tonkinoises s’étaient rendu compte des sommes folles que rapportaient les jupes de fibres, les “tutus d’herbes“ disaient-on. Les méthodes pour les fabriquer avaient été vite connues des Tonkinoises. En plus elles remarquèrent que l’Atrabine (chloroquine) colorait en jaune vif les fibres de murier. Leurs pagnes avaient meilleure allure que ceux des femmes du pays.

Toutes les demandes ne pouvaient être satisfaites, les Tonkinoises travaillaient la nuit avec l’aide du mari, elles produisaient huit tutus par semaine. Le jour, leur travail officiel n’avait pas un bon rendement, elles somnolaient ou dormaient quand personne ne les surveillait. Le couple gagnait plus que le propriétaire.

Les planteurs se plaignirent au gouverneur français et un décret interdit la vente des jupes, sauf par les colons. Les Tonkinoises entrèrent alors dans la clandestinité, mais leur adresse dans le maquis des îles fut vite connue des soldats. Et Atrabine continua de distribuer ses comprimés de quinine.

La Reine Salote à Londres

Elisabeth II succédant à son père Georges VI, est couronnée le 2 juin 1953. Les experts en météo avaient choisi cette date comme celle où il y avait le plus de chance d’avoir une belle journée, sans pluie.

Depuis 8 h 30, les personnalités du royaume et du Commonwealth se suivent dans une procession grandiose. On remarque notre Salote Tupou III dans un landau tiré par un cheval. Pendant le défilé retentissent les musiques de Händel et de Bach.

Précédée par la reine-mère, la reine Elisabeth II quitte le palais de Buckingham dans le carrosse d’État doré, le prince Philip à ses côtés. La foule brandit des drapeaux, acclame la reine. Des soldats forment une haie continue tout le long du parcours. La liesse ne faiblit pas à Trafalgar Square, à Whitehall, devant la résidence du Premier ministre Winston Churchill et à l’arrivée à l’abbaye de Westminster. Avec une couronne pesant plus de deux kilos, la reine est obligée de tenir sa tête bien droite. Les nombreuses pierres précieuses qui ornent la couronne ont été sorties de leur refuge, une boite de biscuits ! Celle-ci avait été cachée dans une chambre secrète, sous le porche d’entrée du château de Windsor, en 1940, au cas où les nazis se seraient emparés de l’Angleterre.

Les prévisionnistes météo de l’époque se sont trompés et les milliers de spectateurs ont été copieusement douchés. Les têtes couronnées, les chefs d’État, les grands hommes politiques, se moquaient de la pluie. Chaque carrosse, souvent monument historique, avait son cocher et son personnel attaché. Les capotes furent vite relevées. Mais quand le personnel a voulu relever la capote de cuir, Salote s’y est fermement opposée. Cependant elle a gardé son chapeau, non pour se protéger de la pluie, mais une grande dame ne se montre pas en public tête nue. Elle a traversé Londres dans son landau tapissé de satin couleur fraise, saluant la foule d’un large sourire.

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La reine Salote et le sultan de Kelantan quittent l’abbaye de Westminster après le couronnement d’Elisabeth II.

Les milliers de Londoniens ont vigoureusement applaudi Salote et hurlé d’admiration. Les photographes étaient ravis et les reporters de la BBC également. Plus de 2.000 journalistes et 500 photographes de 92 pays étaient postés sur le trajet. 30 cameramen filmaient, même dans l’abbaye de Westminster.

Et la reine Salote saluait en souriant, envoyait des baisers du bout des doigts. Le soir même, tous les Anglais connaissaient la reine d’un petit état de l’Océanie, membre du Commonwealth, une reine sympathique, charmante, ne craignant pas la pluie glaciale de Londres qui n’avait rien à voir avec la pluie chaude des tropiques.

Le lendemain toute la planète était au courant. Le couronnement d’Elisabeth a été diffusé intégralement à la télévision, c’est le premier couronnement royal à avoir été retransmis dans le monde entier. Les avions de la RAF transportèrent les bobines de films à travers l’Atlantique et les Canadiens, avec le décalage horaire, purent voir le couronnement le même jour. Et Salote était dans le film, quelle réclame !

En 1953 la reine Elisabeth II entreprit une visite des états du Commonwealth et s’arrêta à Tonga (voir la vidéo).

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La reine Elisabeth II et la reine Salote marchent sur un très long chemin de tapa, derrière le prince Philip et le prince William Tugi.

La reine garda un très bon souvenir de sa visite où un grand tapa lui fut offert ainsi qu’un éventail décoré.

La reine Salote et Elisabeth II étaient les deux seules reines du Commonwealth, ce qui crée des liens. Elle chargea, en 2018, le prince Harry en tournée dans le Commonwealth de rappeler aux Tongiens à quel point l’amitié de la reine Salote avait compté pour elle. « Je me souviens avec affection de la présence de la reine Salote à mon couronnement et le prince Philip et moi avons de délicieux souvenirs de nos trois merveilleuses visites dans votre pays en 1953, 1970 et 1977. »

Mort de la reine Salote :

La reine Salote est morte le 16 décembre 1965 d’une longue maladie à l’hôpital d’Auckland. Son corps a été ramené à Tonga Tabu pour y être enterré. Cent huit hommes ont porté son impressionnant catafalque sur un quart de mille, du palais à la tombe royale au son de la marche funèbre de Chopin. De son royaume, cinquante mille personnes sont venues assister aux funérailles, toutes habillées de noir.

Les liens de Salote avec la Nouvelle-Zélande étaient très forts. Ce deuil y a été aussi fortement ressenti.

Étaient présents :
Sir Bernard Ferguson, le gouverneur Général de la Nouvelle-Zélande,
Sir Derrick Gateway, gouverneur des Fiji,
Mr Holyoake, Le Premier Ministre de la Nouvelle-Zélande.
Les Représentant des Forces Armées de la Nouvelle-Zélande, le lieutenant général Fontaine et le contre-amiral Ross.
Mr Kirk, leader de l’opposition de la Nouvelle-Zélande

Le catafalque étant arrivé à la tombe, un très long tapa d’au moins vingt mètres décoré de motifs géométriques est déroulé pour cacher le cercueil pendant que les fossoyeurs royaux effectuent les derniers rites.

Dumont d’Urville

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Wikipedia commons.

Léon Moron avait été précédé à Tonga Tabu (ou Tapu) par de célèbres navigateurs et l’un d’eux, Dumont d’Urville, a manqué de peu d’y laisser sa corvette « l’Astrolabe » avec tout son équipage. Pourquoi diable l’avait-t-on baptisé du nom d’un navire qui avait fait naufrage, et qu’il était chargé de retrouver ?

Dumont d’Urville n’avait pas l’intention de relâcher à Tonga mais il y fut obligé par le manque d’aliments frais et d’eau, il estimait qu’un arrêt de cinq jours serait suffisant. Il craignait les désertions parmi les matelots ; l’administration de Toulon avait composé l’équipage de l’Astrolabe avec ce qu’elle avait trouvé, des voleurs, des déserteurs, des individus qui désiraient un bateau pour arriver en Amérique du Sud et y faire fortune ! Il fallait surveiller ce ramassis de voyous dans les escales, les empêcher de quitter le bord en les faisant travailler jusqu’au départ.

La mission de Dumont d’Urville n’est pas militaire mais scientifique et il doit retrouver le lieu du naufrage de Lapérouse. A Tonga Tabu, d’Urville se renseigne sur le pays et les habitants, il est très ami avec les trois chefs principaux, Palu, Tahofa et Lavaka.

Il signale dans son récit que les gens sont propres, surtout les femmes et les enfants ; les jardins sont bien tenus, leurs piquets d’enclos sont jolis. Les arbres fruitiers sont nombreux et donnent des fruits en abondance. On ne manque pas de nourriture à Tonga, les matelots font bombance de volailles, de cochons, de fruits et de légumes. La seule maladie qui les menace est l’indigestion, estime Dumont d’Urville. Quand ses matelots ont l’autorisation de se rendre à terre, les insulaires les comblent d’attentions, leur font voir comment la vie est belle et sans fatigue dans ce paradis, comment les Européens sont bien accueillis, des Anglais déserteurs confirment ces dires.

D’Urville rend visite aux missionnaires catholiques anglais installés sur l’île et leur demande s’ils pourraient héberger l’équipage en cas de conflit avec les îliens. La réponse est brutale et négative, ce serait une catastrophe pour eux qui sont au mieux avec les chefs et la population. Mais quelques missionnaires qu’il connait bien lui glissent à l’oreille que certains matelots pensent à déserter et qu’ils seraient bien contents si la corvette faisait naufrage. Ils lui conseillent de se méfier de ses grands amis, les trois chefs, ils le bercent de leur amitié pour recevoir des présents, mais ce sont des gens sans foi ni loi. Ils ne vous feraient pas de mal disent-ils, mais ils seraient ravis de vous avoir come garde du corps, de se pavaner avec à ses ordres le chef d’un bateau appartenant au roi de France (Charles X). Il serait respecté par les autres chefs, ce serait la gloire et il en rêve.

En avril 1827 l’Astrolabe se trouve à Tonga Tapu dans une position inconfortable, les ancres sont les seuls moyens d’empêcher la corvette de se briser contre les récifs de corail de la passe, les marins et les officiers s’épuisent en manœuvres d’ancre quand la chaîne ou le câble est cassé ou coincé dans le corail. Le vent souffle par violentes rafales, mais jamais dans la bonne direction. Cela dure plusieurs jours et la frégate se retrouve d’un coup, perchée en position très inconfortable sur un mur de corail.

Dumont d’Urville, très inquiet, se prépare au pire, il voit son bateau fracassé et les indigènes venir le piller et tuer le commandant.

On ne sait comment cela s’est produit, mais la corvette s’est libérée seule de sa position sur le mur de corail, peut-être sous l’effet d’un changement de courant. D’Urville pouvait enfin manger et dormir sans crainte.

C’était un samedi, d’Urville déclara que le départ serait le lundi, mais il demanda aux officiers de préparer en grand secret le départ pour le dimanche, les déserteurs qui pensaient s’enfuir seraient pris de court.

Le chef Tahofa, grand ami du commandant, installé sur le pont, regardait les insulaires entourer le navire ; d’Urville lui dit de faire dégager les pirogues, que l’Astrolabe partait bientôt, et qu’il lui faisait ses adieux. Tahofa tout ému serra longuement la main de d’Urville et des officiers et sauta prestement dans sa pirogue. Au même instant, toutes les pirogues qui entouraient l’Astrolabe poussèrent au large en un mouvement bien ordonné, obéissant à Tahofa.

Tout juste avant le grand départ, un officier voulut aller chercher du sable avec l’ordre du commandant de revenir dans 30 minutes au plus tard, et que tous les hommes restent groupés.

Mais, sitôt à terre, ils furent attaqués par des insulaires, dépouillés de leurs vêtements et emmenés de force. Et le gentil Tahofa donna un violent coup de poing à l’un des prisonniers qui implorait d’être relâché.

Vingt-trois hommes armés partirent à la poursuite des ravisseurs, mais trop tard. Des sauvages étaient restés en arrière et gambadaient en grimaçant, de sorte que les Français ne pouvaient les ajuster et qu’ils perdirent du temps.

Dans l’impossibilité de rattraper les fuyards, D’Urville donna l’ordre d’incendier toutes les cases. Certains Français purent s’échapper, mais ce fut huit marins qui disparurent tout nus avec leurs ravisseurs. Il n’était pas possible de les poursuivre au milieu de douze mille insulaires dont beaucoup étaient bien armés. Un des matelots avait profité de l’occasion pour déserter et il fut reconnu tout habillé et tenant un fusil au milieu des Tongiens. Les prisonniers racontèrent plus tard que, le conseil des chefs de Tonga s’étant réuni, tous les chefs critiquèrent la conduite très coupable de Tahofa et ils étaient d’accord pour rendre les prisonniers. Tahofa ne voulait rien savoir, il n’avait pu résister à la tentation de posséder quelques Européens à son service. Il avait promis à ses troupes le pillage de la corvette, assurant qu’elle allait bientôt tomber entre leurs mains.

Un détachement de Français fut envoyé le long de la côte avec l’ordre de tirer sur les sauvages trop hostiles et de brûler les maisons. Le canot devait les suivre dans le lagon. L’ordre impératif était donné de rester groupés. Il ne fallait pas tirer sur les femmes et les enfants, mais leur dire que si les prisonniers étaient rendus, les hostilités s’arrêteraient immédiatement. Le détachement fut attaqué par des sauvages cachés dans les fourrés. Le caporal Richard s’étant éloigné de quelques pas dans les bois fut attaqué par plusieurs sauvages, assommé à coups de casse-tête et blessé de plusieurs coups de sa propre baïonnette. A ses cris les autres accoururent, trop tard, à son secours. Exposés aux coups des assaillants cachés dans les fourrés et ne pouvant leur répondre, les Français battirent en retraite. Ils rentrèrent dans le canot à travers les balles des ennemis et un seul fut blessé au coude. Le grand canot rentra à cinq heures et demie et d’Urville fut désolé de voir l’état pitoyable dans lequel se trouvait Richard, qui expira à huit heures du soir.

D’Urville jugea qu’il était inutile et dangereux de mener une guerre terrestre dans laquelle les Français seraient submergés par des milliers de guerriers, mais il se devait de ramener en France les hommes dont il était responsable. Il jugea plus sûr d’amener la corvette devant Mafanga pour bombarder le sanctuaire vénéré par tous les habitants de Tonga, ce qui du coup obligerait les chefs à relâcher les prisonniers. Le caporal Richard fut enterré sur la pointe de Pangaï-Modou, à quarante pas du bord de la mer.

Les offres de paix venues des îliens, n’étaient que des tentatives perfides pour s’emparer d’autres Français. Voyant qu’on ne pouvait discuter, d’Urville se résolut à canonner le sanctuaire de Mafanga. Cependant, durant la nuit, les sauvages avaient creusé des tranchées sur la plage. Du bateau on voyait les têtes dépasser. Le premier coup de canon déclencha des hurlements sinistres bien qu’il n’y eut aucun mort ou blessé. Ensuite on n’entendit plus de cris, les sauvages s’étaient habitués. Puis on les vit se précipiter et fouiller leurs remparts de sable pour récupérer les boulets de canon. Trente coups de caronades furent tirés, dont quelques-uns à mitraille. Après le repas et le changement d’emplacement de l’Astrolabe, la canonnade a recommencé. Il a été tiré douze coups à boulet et douze coups à grenaille. D’Urville avait pris ce parti avec répugnance mais c’était la seule façon d’amener les sauvages à la raison.

La nuit, la garde sur la corvette fut renforcée. Les adversaires passèrent la nuit à abattre des cocotiers et des figuiers pour renforcer leurs défenses, les fossés étaient gardés jour et nuit. S’ils en avaient eu l’idée, la marée étant basse, ils pouvaient arriver à pied sec et lancer une attaque funeste sur la corvette. A six heures du matin, comme pour saluer, les Tonga envoient un coup de mousquet. L’Anglais Singleton et un Français viennent alors proposer diverses solutions qui sont toutes des perfidies. La petite guerre continuait toute la journée et la nuit les insulaires accumulent d’énormes troncs de bananiers et de cocotiers pour rehausser leurs remparts et les rendre infranchissables.

Près de la plage on vit trois prisonniers se promener sans personne pour les surveiller, ils allèrent même s’asseoir sous les arbres, tout près du rivage. Il était tentant d’aller les chercher, mais par sa lunette, le commandant vit des guerriers armés cachés dans les fourrés autour, attendant que les Français viennent s’exposer à leur tir.

D’Urville canonnait maintenant à coups espacés, pour tenir ses adversaires sur un qui-vive continuel et lassant. Enfin la pluie se mit de la partie, accompagnée d’un vent très frais. Sur un vaisseau de guerre les vêtements imperméables ne manquent pas, et l’équipage encaisse très bien les rafales de pluie et les embruns. Mais les gens de Tonga sont protégés par des vêtements en fibres végétales qui ne résistent pas à la pluie. Le temps devint de plus en plus mauvais et les cabanes où les îliens auraient pu s’abriter avaient été incendiées. Les habitants des Tonga ont horreur de la pluie et justement elle se mit à tomber à torrents sur leurs épaules et nul doute qu’elle refroidit leurs ardeurs belliqueuses. D’Urville ne fit plus tonner le canon, simplement des coups de fusil pour tenir les adversaires en haleine. Ceux-ci ne parlaient plus et devaient en avoir assez de cette guerre de position, et de ces douches froides. A six heures du soir, le coup de canon à retraite a été tiré à mitraille sur Mafanga.

Le vent tourna et la position de l’Astrolabe devint critique, si les ancres viennent à manquer, la corvette sera jetée sur les récifs et la destruction sera inévitable. D’Urville a pris ses résolutions : quand les sauvages envahiront la corvette et que tout espoir sera perdu, M. Dudemaine, homme de confiance, la fera sauter, il a reçu les instructions pour cela. D’Urville souligne qu’il ne s’agit pas d’un acte de bravoure de sa part, il échappera à une mort bien plus cruelle que celle que lui réservent ses ennemis. Ce sera une leçon sévère pour ces perfides insulaires de Tonga-Tabou. La nuit se passe dans la tempête, les guerriers sont toujours dans leur tranchée, mouillés jusqu’aux os et grelottants de froid.

L’après-midi, un matelot est venu, envoyé par Tahofa, pour annoncer que tous les prisonniers allaient être libérés sans rançon, si les hostilités s’arrêtaient. D’Urville promit de partir de Tonga dès que tous les prisonniers seraient libérés. Le même matelot revint pour dire qu’il manquait deux individus dont le meneur des candidats à la désertion, ils se cachaient dans les bois mais on était parti à leur recherche. D’Urville répondit que Tahofa pouvait les garder. Pendant ces négociations, les naturels étaient sortis de leurs retranchements et se promenaient ou cherchaient des boulets, confiants dans la parole donnée par d’Urville. La nuit une sévère surveillance des matelots fut exercée par les officiers et les maîtres ; il se trouvait seulement cinq ou six matelots sur lesquels on pouvait compter, tous les autres seraient passés avec joie du côté des sauvages. Au lever du jour, on vit les naturels revenus en foule sur la plage commencer à démolir leurs fortifications. Une fois reçue la réponse, Tahofa fit délivrer les prisonniers et le canot les amena à bord. Tout le monde était ému et le commandant se félicitait de sortir de ce traquenard à si bon compte. Les ex-prisonniers racontèrent que Tahofa avait envisagé de s’emparer de la corvette et ainsi tout le monde aurait pu récolter le fruit du pillage. Il était prévu que le commandant et le second seraient tués à petit feu.

Ayant eu vent que les matelots continuaient de comploter et attendaient le bon moment, dans la nuit, les ancres furent levées et l’Astrolabe s’engagea dans la grande passe nord ; à sa sortie le bateau s’immobilisa pour remonter à bord la grande chaloupe et mettre la corvette en état de s’engager dans la haute mer au lever du soleil.

D’Urville ne savait pas que bien pire l’attendait à Vanikoro.

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La fin des hostilités.

D’après « Voyage de la Corvette L’Astrolabe  » par Dumont d’Urville Tome 4 p.18-177 et Tome 5 p.8-12.

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