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Un ancien curé chargé de l’état-civil, des parents de nouveaux-nés… et quelques fleurs !

vendredi 20 mai 2022, par Michel Guironnet

Dans les registres de la paroisse Saint Nicolas des Roches de Condrieu (Isère), j’ai relevé cet acte insolite : « Le dix du mois de mars mille sept cent nonante deux est né et seize juillet mil huit cent quatre, a été baptisé Jean, fils légitime à Guillaume Siaud et à Anne Tranchand, le parrain Jean Siaud et la marraine Reine Tranchand, illeterés, de ce enquis et requis. Bayle, curé des Roches »
Ainsi Guillaume, né le 10 mars 1792 en pleine Révolution, est baptisé le 16 juillet 1804, six ans plus tard, par Laurent Bayle, le nouveau curé des Roches ! Le fait n’est déjà pas banal….
Mais une petite enquête dans les registres de l’époque de la Révolution va me révéler d’autres trouvailles.

30 ventôse an II
Acte de naissance de Jean La Jacynte

En fait, Jean Siaud est né en 1794. Le 30 ventôse an II (20 mars 1794) « est comparue dans la maison commune » Marguerite Garat, 61 ans, « sage-femme des Roches ». Elle est « assistée de Jean Siaud, patron (sur le Rhône) », 26 ans, de Reine Tranchand, 38 ans. Marguerite Garat déclare qu’Anne Tranchand, 27 ans, « épouse en légitime mariage à Guillaume Siaud, patron (sur le Rhône) », 29 ans, « était accouchée hier d’un enfant mâle…auquel on a donné le prénom de Jean la Jacynte ».
La naissance est enregistrée par Nicolas Guillot, « adjoint des Roches & Clair du Rhône ». Le « Saint » de « Saint Clair » a disparu : nous sommes en pleine Terreur. Tout ce qui évoque le christianisme est très mal vu. Précisons aussi que Nicolas Guillot est l’ancien curé des Roches !

On pourrait croire que ses parents sont de fervents révolutionnaires et suivent à la lettre les prescriptions du nouveau « calendrier républicain ». A moins que ce ne soit plutôt l’adjoint qui applique, un peu hâtivement, les instructions venues du district de Vienne.

Qu’on en juge : le prénom donné à ce nouveau-né n’est pas un cas isolé. La saison des prénoms « fleuris » débute le 13 ventôse an II (3 mars 1794) avec l’enregistrement de la naissance du petit « Etienne La Violette Jury » puis celle de « Jean Jacynte Siaud » le 30 ventôse.
Le même jour est déclaré « Humbert La Violette Bonnet ». Le 6 germinal c’est « Jean La Tulipe Pitiot » puis le 9 « Antoinette La Tulipe Martoux ». Le 15 c’est le tour de « Pancrace La Jacynte Champin » puis le 21 c’est celui de « Marthe La Tulipe Baudrier ».
Encore une tulipe le 29 germinal avec la naissance de « Marthe La Tulipe Jamet ». Le 10 floréal est déclarée une petite « Catherine La Rose Férréol » et le même jour « Jean Romarin Boudin », l’enfant du futur maire de Saint Clair !

Un bouquet de roses : « Marguerite La Rose Celard » le 27 floréal, « Marie Rose Revon » le 30 floréal, « Jean La Rose Siaud » le 1er prairial, « Anne La Rose Revon » le 3 messidor.
De nouveau un peu de violette : « Jean La Violette Marsse » le 1er prairial. Et le 10 messidor « Marc L’Euillet Brondel », à lire, bien sûr, phonétiquement !

La série s’arrête « ce jour d’huit vinte neuf maisidor » (le 29 messidor an II = 17 juillet 1794) lorsque Jean Pierre Brondelle prend la charge de rédiger l’état-civil. Les nouveau-nés n’ont plus alors qu’un seul prénom.

Il est vrai qu’il maitrise beaucoup moins l’orthographe que son prédécesseur : « quinze termidor lan deux de la république française, un, indivisible, et de mocratique ». Page suivante, il écrit même « des mot cratique » !

Mais ne l’accablons pas : son effort pour écrire est méritoire et son dévouement à la commune est bien réel.

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