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Une ancêtre dans la rubrique des faits divers...


vendredi 8 mai 2020, par Philippe Grand

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Clémentine Foucher, la soeur de mon arrière grand-mère fut impliquée dans un fait divers. Voici un des articles qui ont décrit l’affaire. Les commentaires et chapeaux relèvent de la mise en page du journaliste.

Vengeance d’amoureux

" Le Petit Journal" du 24 septembre 1898

Nous sommes en pleine série de drames passionnels.
Il y a quelques jours, boulevard Beaumarchais, un jeune homme épris d’une paysanne débarquée depuis peu à Paris tentait de l’assassiner, puis se donnait la mort. Hier, un crime accompli dans des circonstances identiques a été commis rue Sainte-Anne, dans le quartier Gaillon.

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« La Liberté » du 8 février 1899

Une femme volage
Le meurtrier se nomme Jules Guerman et est âgé de dix-huit ans. Il habite avec sa grand mère, à Belleville, rue Julien-Lacroix.
Entré comme apprenti à l’âge de douze ans, chez. M.Busson, fabricant de bijouterie, rue Sainte-Anne, n° 63, il s’y montra travailleur, assidu et docile. Aussi, M. Busson le garda-t-il chez lui comme ouvrier.
II y a huit mois environ entrait chez ses patrons, qui ont leur appartement contigu à leurs ateliers, une bonne d’allure avenante, Clémentine Foucher, âgée de vingt-trois ans, née aux environs de Laval (Mayenne). Jules Guerman s’éprit de la belle fille qui, de son côté, ne sut résister au charme des jeunes années de l’ouvrier parisien. Des relations s’établirent entre eux.
Pendant que la passion allait grandissant chez le jeune homme, Clémentine Foucher, au contraire, faisait tout pour l’éloigner, désirant rompre des relations qu’elle jugeait dangereuses.
Elle trouvait Guerman trop jeune, pas assez sérieux, et le service militaire qu’il devait faire dans quelques années était un obstacle à tout projet d’avenir.
L’ouvrier bijoutier répondait à la jeune bonne qu’il était disposé à l’épouser, qu’elle n’avait qu’à prendre patience. La servante ne voulut rien entendre. Bien résolue à cesser des relations qui lui pesaient, elle prévint ses maîtres qu’elle s’en irait de chez eux le 15 octobre pour retourner dans son pays, où ses parents lui proposaient de l’établir. Elle en avisa Guerman. Celui-ci se montra très affecté par cette nouvelle ; il devint sombre et tourmenté.

Tue-moi !
Avant-hier, à six heures du soir, il rencontra dans l’escalier de la maison son infidèle amie. Le jeune homme la supplia de renoncer à ses projets, lui dit de l’entendre une dernière fois et lui demanda un rendez vous pour le lendemain matin. Elle refusa, déclarant que sa détermination était bien prise et que tout ce qu’il dirait serait inutile. Il insista, mais elle resta inflexible.
"Prends garde, s’écria alors l’ouvrier, ne me pousse pas à bout car je te tuerais !"
Elle se mit à rire, puis tout à coup s’emportant, Clémentine Foucher lui dit :
- Eh bien ! tue-moi tout de suite, va !...
Jules Guerman baissa la tête et répondit, paraît-il :
- Je n’en ai pas le courage.
Cependant la bonne ne s’était pas trompée à l’accent du jeune homme quand il l’avait menacée de mort. Elle se tint sur ses gardes.

Hier matin, afin de ne pas le rencontrer, elle quitta sa chambre un peu plus tard et descendit chez le concierge prendre les journaux de son maître.
Guerman l’attendait :
Je veux une explication, dit-il, et je l’aurai. Ecoute -moi...
La domestiqua répliqua que l’endroit choisi, la cour de la maison, n’était pas propice à une conversation intime et elle lui donna rendez vous dans sa cuisine dont une porte s’ouvre directement sur l’escalier.
- Je t’ouvrirai, promit-elle.

Le drame
Quelques instants après, ayant besoin de sortir pour aller acheter du lait, la bonne appela l’apprenti de M.Besson et lui dit d’aller voir si Jules Guerman n’était pas dans l’escalier faisant le guet. Le gamin revint en disant qu’il n’avait vu personne.
Alors Clémentine Foucher ouvrit sa porte. Le jeune homme, qui était blotti dans le couloir, attendant le moment favorable, s’élança, repoussa la bonne dans la cuisine et ferma la porte derrière lui.
Presque aussitôt, deux coups de revolver tirés par l’ouvrier bijoutier sur la jeune femme éclatèrent. Clémentine Foucher, atteinte d’une balle dans le côté gauche, s’enfuit. Un troisième coup de feu l’atteignit dans le dos. La malheureuse traversa l’appartement et vint s’abattre dans l’atelier où étaient les ouvriers avec leur patron.
Sa camisole flambait à l’endroit où les balles l’avaient touchée. On lui arracha son vêtement et on transporta la blessée sur le lit de sa patronne.
A ce moment un autre coup de revolver retentit dans la direction de la cuisine. C’était Guerman qui, se faisant justice, s’était tiré une balle dans la poitrine. On donna des soins aux blessés pendant qu’on courait prévenir M. Péchard, commissaire de police qui vint accompagné du docteur Savaire.

Les blessés
La domestique dont l’état paraissait très grave et qui se croyait frappée à mort, demanda un prêtre auprès d’elle. Le vicaire de l’église Saint Roch fut appelé près de la jeune bonne que l’on transporta dans une voiture des ambulances urbaines à l’hôpital de la Charité, salle Petit.
La blessure de Jules Guerman ne présentait pas de gravité. La balle qui avait glissé sur le sternum a pu être extraite. Guerman a été transporté à l’hôpital de la Charité comme victime.
Il a été interrogé par M. Péchard, à qui il a raconté les diverses phases de son crime.
Dans l’après-midi, M. Boucart, juge d’instruction désigné par le parquet, accompagné du docteur Socquet, s’est rendu à l’hôpital et a reçu les déclarations du jeune homme et de Clémentine Foucher. Celle-ci ne semble pas être en danger de mort."

L’affaire aurait pu en rester là, mais pour une fois que j’avais du contenu à mettre dans la vie d’un de mes ancêtres, je n’allais pas m’en contenter.

L’Amour au revolver

"Le Petit Journal" du 8 février 1899

"Un jeune homme de dix-neuf ans, nommé Jules-Emile Guerman, comparaissait hier devant le jury de la Seine, sous l’accusation de tentative de meurtre sur une demoiselle Clémentine Foucher, avec laquelle il avait vécu quelques mois.
Guerman avait été brusquement congédié, et il ne pouvait s’en consoler.
Le 22 septembre dernier, au cours d’une scène avec son ancienne compagne, il tira un coup de revolver sur celle-ci, puis tourna l’arme contre lui même.
Les deux jeunes gens furent transportés à l’hôpital. Ils en sont sortis guéris au bout de trois semaines.
Clémentine Foucher est venue demander, hier, aux jurés toute leur indulgence en faveur de celui qu’elle avait mis au désespoir.
Le jury a fait droit à cette prière, et après avoir entendu Me J. Lafon, l’avocat de Guerman, a rendu un verdict d’acquittement."

Le plus beau reste à venir...
J’ai retrouvé l’acte de mariage de Clémentine Foucher avec Jules-Emile Guerman le 30 mai 1903 à Paris 2e, sans doute alors que ce dernier allait terminer ses trois années de service militaire au 146e régiment d’infanterie de Toul .

Mais ce mariage a fait « long feu » si je puis dire, car le couple a divorcé le 2 mai 1910 à Paris. Guerman devait d’ailleurs décéder quelques temps plus tard, le 17 juillet 1913.
Clémentine Foucher s’était remariée à Paris 2e le 10 juillet 1913 avec Louis François Briard, soit une semaine avant le décès de Jules-Emile Guerman. Les deux événements sont-ils liés ?...

Je lance une bouteille à la mer pour savoir si Clémentine Foucher a eu une descendance, soit avec Jules-Emile, soit avec Louis François.

Merci à tous pour votre aide...

Voici les éléments généalogiques de Clémentine FOUCHER :
  • Née le 14 juin 1874 à Launay Villiers 53410, fille de FOUCHER Noël François et MASSEAU Jeannne Marie Julienne.
  • Mariée le 30 mai 1903 à PARIS 75002 avec GUERMAN Jules-Emile (1879-1913)
  • Divorcée le 2 mai 1910 à PARIS 75002
  • Mariée le 10 juillet 1913 à PARIS 75002 avec BRIARD Louis François.
  • Décédée le 19 novembre 1948 à PARIS 75016

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13 Messages

  • Bonjour,

    Il faudrait consulter sa déclaration de succession aux Archives de Paris (1948-1849 sont des années accessibles quant aux délais de communication).

    Certes, plus facile à dire qu’à faire si on habite loin de Paris.

    Cordialement.

    Répondre à ce message

  • Une ancêtre dans la rubrique des faits divers... 8 mai 10:33, par Marlie Toussaint

    Bonjour Philippe,
    Pour retrouver la composition d’une famille, vous avez les recensements de population « en ligne » aux AD75 notamment en 1926. Bonnes recherches à vous
    Cordialement
    Marlie

    Répondre à ce message

  • Une ancêtre dans la rubrique des faits divers... 8 mai 11:28, par Joëlle SCHMITT

    Bonjour,

    Jules Emile Guerman, bijoutier, le 28 mars 1911 2e arrondissement acte 177, a reconnu un enfant : Hélène Eugénie née le 25 décembre 1909, fille d’Eugénie Brunelle. Lors de la reconnaissance, il habite 261 avenue Gambetta.
    Cela explique sans doute le divorce.

    Je n’ai rien trouvé dans le 2e au nom de Foucher, ni Briard sur les tables 1903-1912, et 1913-1922. Il faut regarder les arrondissements limitrophes.

    cordialement

    Joëlle Schmitt

    Répondre à ce message

  • Une ancêtre dans la rubrique des faits divers... 8 mai 11:44, par martine hautot

    Bonjour

    Je peux vous donner des éléments sur Jules Guerman :le 25 Décembre 1909 , Marie Eugénie Brunelle a une fille Hélène Eugénie qui a pris le nom de German lorsque Jules a pu épouser sa mère ,après la prononciation du divorce avec Clementine .Le second mariage de Jules a eu lieu le 7 Octobre 1911.Son décès n’est pas dû à un chagrin d’ amour causée par Clementine ! Chacun avait refait sa vie ,comme on dit ...
    Cordialement,
    Martine

    Répondre à ce message

  • Une ancêtre dans la rubrique des faits divers... 8 mai 14:14, par martine hautot

    Essayez de voir au décés de Jules Guerman les enfants qui sont dans la succession :d’après un arbre sur geneanet ,il y en aurait deux Hélène Eugénie de son second mariage et une autre fille qui serait née dans la Niévre à Ville Langy en 1908:impossible de vérifier l’était civil est en ligne jusqu’en 1906
    Cordialement

    Répondre à ce message

    • Une ancêtre dans la rubrique des faits divers... 8 mai 14:35, par Philippe Grand

      Bonjour
      Merci, oui j’avais retrouvé dans le recensement de 1931 à Paris 16e la trace du couple Clémentine avec Briard Louis, et une fille né à Ville Langy en 1908 était présente.
      J’ai contacté la mairie, je suis tombé sur le maire qui était plutôt con fini que confiné...
      Cordialement

      Répondre à ce message

    • Une ancêtre dans la rubrique des faits divers... 8 mai 14:55, par Philippe Grand

      Bonjour
      J’avais retrouvé sur geneanet un descendant direct de Jules Guerman :
      https://gw.geneanet.org/rbilleau?lang=fr&pz=rodolphe+jean+jacques&nz=billeau&p=rodolphe+jean+jacques&n=billeau
      mais cette personne n’a jamais voulu répondre à mes mails
      Cordialement

      Répondre à ce message

      • Bonjour,

        Votre lien est très intéressant puisqu’il me conforte dans mon pronostic premier, à savoir que les origines de Jules Guerman se trouvent bien en Lorraine germanophone, soit donc à Sierck-les-Bains et auparavant à Rehlingen, actuellement en Allemagne, mais en Sarre et certainement pas en Basse-Saxe, comme l’écrit son parent Rodolphe Billeau sur Généanet.
        Guerman/German, c’est un peu la même problématique que Français/François, on ne sait pas forcément si le patronyme a été attribué parce que c’était le prénom ou parce que c’était la langue que savait parler l’individu (ou la région dont il venait). Donc Guerman, de toutes façons est une francisation de German (cela pour respecter la prononciation du « G »), ensuite, est-ce que cela voulait dire « germanophone » ou Germain (nom), on ne sait pas. Plus probablement Germain (nom,, car les patronymes étaient déjà figés à cette époque). Dans ce cas, l’explication à fournir, quant’à la justification du patronyme, remonte donc à quelques décennies ou siècles avant, mais avec la même incertitude en ce qui concerne sa raison d’être.

        Pour en revenir aux faits que vous exposez brillamment (j’étais captivé), j’en retiens d’abord que cet « ado » Guerman était très amoureux de cette jeune femme, laquelle avait certainement plus de maturité et (de ce fait ?) moins de sentiments partagés, même si elle n’était pas indifférente.
        Le temps de leur conjugalité ne leur a pas permis, semble-t-il, de réduire l’écart ou le dépasser.
        C’est assez triste, mais que voulez-vous ? Toutes les histoires d’amour ne finissent pas bien, et celle-ci, le confirme....
        Bien à vous.

        Répondre à ce message

      • Une ancêtre dans la rubrique des faits divers... 9 mai 09:09, par martine hautot

        Pour vérifier ce qu’il en est de la naissance à Ville-Langy ,voyez avec un cercle généalogique de la Niévre ou si vous fréquentez facebook , posez -la question au cercle génealogique de la Niévre :quelqu’un pourrait consulter les tables décennales à votre place

        https://www.facebook.com/groups/genealogie58/

        Bon courage

        Répondre à ce message

  • Une ancêtre dans la rubrique des faits divers... 8 mai 16:46, par martine hautot

    Maintenant vous êtes au moins sur qu’il existe une descendante,Je penserais plutôt que ville langy est le lieu où elle a été mise en nourrice :le département de la Nièvre était connue pour accueillir des enfants plus ou moins délaissés. Vous pourriez peut-être chercher un décès sur Paris,avant 1970,on ne trouve pas de nom correspondant sur le fichier de l’ Insee et après 1931
    Bon courage

    Répondre à ce message

  • Une ancêtre dans la rubrique des faits divers... 9 mai 22:24, par Suzon Charbonnier

    C’est vrai que parmi les faits divers relatés dans la presse ancienne on découvre parfois des histoires qui nous paraissent presque drôles 150 ou 200 ans après ! Pourtant, elles ne l’étaient pas ! J’avais envoyé à la Gazette une affaire assez rocambolesque aussi.
    Merci pour cette lecture que vous nous proposez. Et bravo à ceux qui ont trouvé des suites...
    Suzon

    Répondre à ce message

  • Une ancêtre dans la rubrique des faits divers... 10 mai 09:17, par Sonia Landgrebe

    Ça pourrait ressembler à un mauvais fait divers, et pourtant c’est une histoire bien touchante que vous avez fait revivre ...
    J’espère que vous parviendrez à en savoir plus sur Jules Emile et Clémentine !
    Bonne continuation.

    Répondre à ce message

  • Une ancêtre dans la rubrique des faits divers... 11 mai 08:16, par REVELLI Marylise

    Bonjour Philippe,
    J’ai trouvé un acte de reconnaissance d’une Hélène Eugénie en date du 28/03/1911, fille de Eugénie BRUNELLE ? reconnue par Jules Emile GUERMAN (AD75 1911 NAISSANCES 02 PAGE 2/31). Sur cet acte de reconnaissance, il est dit qu’elle est née le 25/12/1909 à PARIS 14e. Mais je me rends compte à l’instant que Martine Hautot a trouvé les mêmes renseignements que moi.
    Bonne continuation dans vos recherches.
    Cordialement,
    Marylise

    Répondre à ce message

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