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12/ La Grande Guerre et les Morel de Lavoine : correspondance familiale et témoignage historique.

Novembre 1915

Le vendredi 9 janvier 2026, par Jean Magnier

Désormais à l’écart des combats, Gaspard Morel est affecté en qualité de forgeron dans l’entreprise Mercier située à Moulins où il a trouvé une pension. Le chantier en cours est la construction d’un atelier de chargement d’obus dans la commune voisine d’Yzeure.
Ses trois frères sont en pleines zones d’intenses combats et s’apprêtent à passer un second hiver dans les pires conditions :

  • les deux Claude affrontent l’ennemi dans le faubourg Saint-Christophe à Soissons.
  • dans les Vosges, le régiment de chasseurs alpins de Bonnet, après un court séjour dans le secteur de Burnaupt, vient s’implanter le 7 novembre à Sondernach (au sud-est de Colmar) où il restera jusqu’au 8 mars 1916.

Pour lire les épisodes précédents

Lettre de Gaspard.

Il fait froid, il pleut.
Exempté, Gaspard a quitté les tranchées pour l’Atelier Mercier* de Moulins. De repos ce jour de Toussaint, il a travaillé la veille, un dimanche.
Il est responsable d’une équipe d’ouvriers, tous prisonniers allemands, lesquels sont nombreux sur la place. L’ouvrage presse, le chantier est gigantesque.
Il a rencontré quelques connaissances en ville. Une mutation pour Montluçon est envisagée.
Faute d’obtenir une permission et malgré le coût de la vie, Gaspard va économiser pour ménager une visite de Claudia et Célina. Revenu à la vie civile, il se préoccupe de sa tenue vestimentaire.
Même si les conditions de travail sont particulièrement rudes, il apprécie d’être loin des combats.

* Voir la lettre du 21 octobre 1915 : Arrêt sur image : Entreprise Mercier.

Le 1er. 11. 15

Chère femme et chère fille,

Je vous écris quelques lignes pour vous dire que je suis en bonne santée et j’espère que m’a lettre vous trouveras de même aujourd’hui jour de Toussaint j’ai repos mais hier dimanche j’ai travaillé toute la journée, il a fait bien froid durant 2 3 jours a Moulins et aujourd’hui il tombe de l’eau ; j’ai demandé une permission hier, mais ont n’en donne pas car le travail presse beaucoup vous me demandez si je suis a l’abri de la pluie oui je suis bien à couvert je ne me mouille pas il n’y a que les soirs et les matins qu’il faut faire 3 kilomètres et demis* mes chefs ne me disent jamais rien à l’atelier je suis seul de Français à la forge les autres ce sont des Allemands il n’y a pas moyen de comprendre un mot de ce qu’ils disent mais je commence bien à leur faire comprendre le travail il y a bien encore pour un mois de travail a Moulins et après nous avons Montluçon
Il y en a déjà beaucoup de partis pour y travailler dans les charpentiers et maçons j’ai trouvé Raymond (?) celui que nous avions comme pensionnaire qui travaillait à la gare de Lavoine. Hier j’ai aperçu Monsieur Bourgin (?) mais je n’ai pas pu lui parler. Figurez-vous que nous sommes dix huit cent ouvriers avec les Boches il y a quelque chose comme chantier.
Chères petites amies quand j’aurais fait quelques petites économies je vous inviterais à venir me voir un dimanche vous viendrez coucher à Moulins et nous aurons toute la journée du dimanche pour nous promener pour cela il me faut bien encore quelques jours car c’est tellement cher à vivre quand on a tout payé pension chambre blanchissage le tabac tant soit peu d’estrat le reste n’est pas gros enfin je m’arrangerai bien pour vous payer ce petit voyage.
Je me suis acheté un veston noir que j’ai payé 4,98 Fr. une casquette 3,50 Fr.** mais pour sortir le dimanche il me faudrait bien une veste un peu propre avec un faux col et une cravatte cela me suffit vous feriez pas mal aussi de m’envoyer mes souliers car ceux que j’ai ne valent plus rien j’ai reçu votre colis, il m’a bien fait plaisir pour me changer.
Enfin mes chéries malgré que c’est un peu dur je suis plus heureux que sur le front, et je demande que ça dure jusqu’a la fin de la guerre. Bien le bonjour aux parents et amis. je suis pour la vie votre bien dévoué qui vous aime et vous embrasse mille fois bien fort Morel Gaspard

* Logé à Moulins, son chantier est situé à Yzeure. Voir plan ci-après à la date du 14 novembre.
** Il a demandé des acomptes sur son premier salaire : il sera payé 0,60 Fr de l’heure.

Lettre de Gaspard

La mobilisation de Gaspard a, entre autres, entraîné des difficultés financières pour le ménage. En principe, ils sont exonérés du paiement de leur loyer par une disposition réglementaire spécifique*.
Leur propriétaire ne l’entend pas ainsi et les relations avec Claudia s’enveniment. Gaspard va intervenir et rappeler son bon droit.
Le temps manque pour écrire car les heures de travail s’accumulent.

* Dès le début des hostilités, en août 1914, le gouvernement a adopté un moratoire en matière de loyers. La mesure s’appliquera jusqu’à la fin du conflit.

Moulins le 3/11/15

Chère femme et chère fille

En réponse a votre lettre du 2 courant je vois que vous vous faites du mauvais sang ça en vaut guère la peine car tout cet embarras vient un peu de quelque paroles des fois lancées par-ci par-là question de ça soyez donc tranquilles comme je vous l’ai toujour dit ne faites plus attention a ce que le monde dit et laisser faire et surtout n’ai plus d’entretien avec la châtonne* si elle vient te redemander de l’argent dit lui que tu en as pas que tu la payeras quand la guerre seras finit pour le moment que tu n’a rien a faire avec elle ne l’insulte pas surtout c’est ce qu’il faut faire attention ; dit lui tout bonnement en rigolant que tu payeras après que la commission locale d’arbitrage aura décider de l’exonération ce qui veux dire que cette exonération seras probablement totale pour tous les mobilisés et il y auras déduction pour les loyers de ceux qui ne sont pas mobilisés enfin ne t’en fait (pas) ne lui donne pas un sou pour le moment je lui écrit une lettre en même temp qu’a toi je t’en met la copie dans ta lettre.
Chères petites amies vous me dites que je ne vous écrit pas assez souvent mais c’est que bien souvent il faut avoir le temps je vous ait écrit le jour Toussaint aujourd’hui cela va bien j’ai toute ma journée pour moi car a présent je travaille de nuit hier j’ai travaillé toute la journée et toute la nuit je reprend ce soir a 6 heures du soir jusqu’a 5 heures du matin cela fait que j’ai fait 20 heures de travail et c’est bien dur mais a partir d’aujourd’hui je ne travaillerai que la nuit a part que le travail presse trop.
Je me porte toujour bien et j’espère que m’a lettre vous trouve de même j’espère que vous aurez reçu ma lettre du jour de Toussaint
Je termine en vous embrassant mille fois bien fort votre mari qui vous aime et pense a vous
Morel Gaspard,
surtout ne te dispute plus avec la châtonne

* la châtonne. Surnom de leur propriétaire.

Copie de la lettre de Gaspard à la propriétaire.

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"Ouest-Eclair" mars 1916

Madame Monat
Je viens a l’instant même de recevoir une lettre de m’a femme me disant que tu l’avais insulté en lui disant de sortir de chez toi que tu voulais venir habiter ton bâtiment tu ne sais donc pas que nous sommes en guerre et qu’il faut aller doucement ma petite pour le moment m’a femme ne te dois rien tu n’a qu’a la laisser tranquille et même garde toi bien de renouveler ce que tu a fait cependant si tu avais été gentille je lui avait dit et même qu’elle m’en a parlé sur ses lettres qu’elle voulait faire son possible pour te payer ; Eh bien de la manière que tu a agis je viens de lui défendre de te donner un centime avant la fin de la guerre si j’ai le bonheur de me rentourner c’est moi qui veux régler et tu seras payé suivant l’enquête qui doit être faite pour tous les locataires je ne t’en dis pas plus long si tu ne connais pas la loi tu l’apprendra tu n’a qu’a te renseigner et au moins sois polie il y a une loi tu n’a qu’a t’y conformer c’est fait maintenant tu n’auras pas un sou avant la fin de la guerre et ce ne seras pas moi ni toi qui seront chargés d’évaluer la valeur de ton bâtiment pendant la durée de la guerre.
Je ne fais pas ça pour ton mari qui est un gentil garçon et qui comprend les choses c’est bien toi qui est cause de tout cela ainsi que tes conseilleurs et bien je te direz que les conseilleurs ne sont pas les payeurs.
Je te salue Morel.

Cinq mois plus tard, le contentieux des loyers perdurait . . .

Lettre des frères Claude Morel.

Maintenus en première ligne dans un faubourg de Soissons, les deux Claude du 298è Régiment d’Infanterie disent leur épuisement et aspirent à une fin rapide de la guerre.
Gaspard leur a fait part de sa nouvelle et si appréciable situation. Le plus jeune des deux frères devrait obtenir prochainement une permission.

J.M.O. du 298è Régiment d’Infanterie
28 octobre : le Régiment quitte ses cantonnements pour aller remplacer le 305è dans les tranchées du secteur St Christophe à Soissons [en 1re ligne].
1er au 29 novembre : Soissons

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Faubourg St Christophe Soissons.
Géoportail.gouv

Le 6 Novembre 1915
Cher belle sœur et niès
Je fais réponse a votre lettre qui nous a bien fait plaisir de savoir de vôt nouvelles et en (même) temp pour vous en donet des notres qui son toujour bonnes [. . . ]
Cher belles sœur, nous sommes dans les trancher et nous sommes a cablles de servisse et de travaille [. . . ] les nuit son très long et bien froide maitenent c’est une triste situations pour nous au vivement que tout sa finis car on comansse enavoire mar mais la fin ce fait pas santir bien vites enfin esperrons qu’ils viendera plus tôt que lon ce croix
cher belles sœur Gaspard nous et cris hier il nous dit qu’il sanbaite beaucoup avec c’est bôhes mais qu’il n’antemp pas le canon que çes déjas une bonne chose ni les balles sifflée le tour des ories
pour le frère Claudie il pansse dâler en permission dans le courrent du mois de décembre s’il ni a pas de changement et que sa cera bien a son tour
je suis aubliger pour aujourd’hui en vous soitant bien le bon jour et des milliers de bon baisser du profons de notre ceur
vot deux beaux frères et oncls pour la vie
Morel

Lettre de Gaspard.

Il félicite sa fille Célina pour ses progrès scolaires.
Quant à lui, ses journées de travail sont lourdement chargées mais bien préférables au maintien sur le front.
Le projet d’une visite de Claudia et Célina prend forme. Sa tenue de sortie le préoccupe.

Moulins le 8 / 11/ 1915
Chère femme et chère fille
Je m’empresse de répondre a vos deux lettres qui me fait plaisir de savoir de vos nouvelles pour quand (a) moi je me porte toujours bien et je désire de tout cœur que vous en soyez de mêmes.
Chère petite Célina, je suis été heureux de lire ta lettre, je vois que tu t’est appliquée plus que l’ordinaire tâche donc de faire ton possible en classe et de bien apprendre je ne vous écrit pas souvent car je n’ai pas le temp les matins il faut me lever a quatre heures il est six heures quand j’arrive car maintenant j’ai repris le jour et quand j’ai souper c’est sept heures et quand ont a travailler toute la journée avec le parcours que je fais tous les jours je prend bien de me reposer.
Enfin malgré que j’ai beaucoup de turbin je suis bien plus a l’aise que sur le front.
Chère femme a Moulins il fait beaucoup de brouillard vous êtes heureux s’il fait un si joli temps comme vous me dites chez nous

Je vous ait dit sur une lettre de venir me voir a Moulins pour cela il faudrait que ce soi un dimanche et que je puisse avoir la permission Célina me dit qu’il faudrait que vous fassiez recemeler vos souliers mais vous n’avez pas beaucoup de chemin a faire il faudrait que vous preniez le train que j’ai pris quand je suis aller en permission ou bien le train de six heures du matin vous seriez a Moulins a onze heures du matin nous déjeunerions ensemble et après nous ferions une petite promenade en ville nous pourrions rester ensemble qu’une demie journée et une nuit ensemble car je ne peux pas avoir plus d’une journée de permission et encore c’est le dimanche que je fais le plus faute.

Je crois bien qu’avec un pièce de trente francs vous pourriez faire votre tournée ce seras bien cher pour vous mais je serais content de vous voir et de vous faire promener dans Moulins.
Chère femme je t’avais demandé une veste mes deux souliers et un faux col une cravate je me demande pourquoi tu ne me l’a pas envoyer car si le dimanche j’avais repos je ne peux pas sortir je suis tout graisseux je travail tout le temp dans l’huile enfin tu me diras ce qui t’empêche.
Bonjour, mes chéries je termine en vous embrassant mille fois bien fort votre tout dévoué mari et papa qui vous aime. Morel Gaspard

Lettre de Gaspard.

Son affectation au chantier Mercier risque de s’achever. Payé à l’heure, il va percevoir son premier mois de salaire. Une visite de Claudia et Célina est toujours en projet.
Les nouvelles de ses trois frères au front sont bonnes. Il envisage de changer de pension.

Moulins le 11 novembre 1915
Chère femme et chère fille
Deux petits mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes pour le moment [. . . ]
Chères petites je ne sais pas si je resterai encore longtemp au chantier Mercier car ça se tire pour le gros du travail a Moulins il y en a déjà beaucoup qui sont partis pour Montluçon et d’autres qu’on renvois dans leur dépôt pour moi ont ne m’a encore rien dit je ne sais encore rien si je ne vas pas a Montluçon il pourrait se faire que je reste a Moulins mais comme militaire tous ce que je souhaite c’est de ne pas retourner sur le front malgré que je ne gagnerai rien et puis d’abord le gain n’est pas bien fort car nous ne faisons plus que neuf heures de travail par jour je ne sais pas encore ce que je gagne car l’on ne l’on n’a pas encore fait la paye je n’ai pris que des accomptes sanmedi ce seras la paye et je vous direz combien je suis payé de l’heure.

Allons chères petites quand vous serez décidés a venir a Moulins vous me direz le jour que vous voulez venir pour que je puisse demander une permission
mes trois frères m’ont écrit, ils se portes tous bien.
Pour aujourd’hui, je ne vois pas grand-chose a vous dire pour le moment je termine ma lettre en vous embrassant mille fois bien fort et ce que je vous recommande c’est de bien vous soignier votre bien dévoué qui vous aime. Morel Gaspard

Chère femme j’ai bien envie de changer de pension car je ne me trouve pas bien si je trouve mieux ailleurs, ça ne tardera pas. Et voici comment il faut adresser mes lettres

Morel Gaspard n° 21, place de la Liberttée Moulins Allier
C’est la qu’est ma chambre Bonsoir chéries je vais au lit

Lettre de Gaspard.

Pressé par ses horaires de travail, il n’a pas eu le temps d’écrire. Il s’inquiète à propos du versement de l’allocation due à Claudia. Il vient de recevoir sa paye et a changé de pension.

Dimanche 14 Octobre (novembre) 1915
Chère petite femme et chère fille
Deux petits mots pour vous dire que je suis toujour en bonne santée et j’espère que m’a lettre vous trouvera de même
Aujourd’hui dimanche j’ai travaillé toute la journée tu me dit sur ta lettre d’hier que tu crois que je t’a oublié a quoi tu pense donc tu crois que j’ai bien le temp oh non je voulez bien écrire a des amis qui sont sur le front je n’ai même pas pu prendre le temp enfin ça va bien je vois bien que c’est une plaisanterie

tout ce qui m’ennuie beaucoup c’est que tu me parle de ton allocation que si l’on venait a te la supprimer comment cela se ferait-il en a tu entendu parler enfin dis-moi le de suite et tu me parle que tu a été comme témoin a Cusset tu ne me dit pas qui t’a fait citer ni comme l’affaire s’est passer allons explique toi un peu plus

tu me demande aussi si j’ai assez d’argent et combien je gagne je suis payé soixante centimes de l’heure et je ne fait plus que neuf heures de travail par jour j’en ait pas encore bien de reste mais en tout cas j’en ai bien pour me suffire
la paye se fait que tout les mois et c’était aujourd’hui qu’elle se faisait et j’ai toucher ce que j’avais gagné le mois dernier, je n’avait que quinze francs a toucher mais j’avais pris des accomptes pour payer m’a pension aujourd’hui j’ai compter m’a petite bourse après avoir tout régler mes comptes de pension et chambre blanchissage il me reste quarante francs en plus j’en ai encore de gagner enfin il ne faut pas porter peine et si vous avez besoin je pourrez vous envoyer de l’argent il ne faut pas vous négliger et bien vous soignier

Aujourd’hui chères petites j’ai changé de pension et je crois que je serez mieux que ou j’étais mais je paye un peu plus cher, et je n’ai pas le café les matins je le bois en route et je donne 95 francs de pension par mois ce qui nous nourrirez bien tous les trois si nous étions ensemble
hier je vous ai donné l’adresse pour mes lettres
Allons pour aujourd’hui je vous embrasse mille fois bien fort votre petit mari et papanouce qui ne vous oublie pas.
Morel Gaspard

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Localisation à Moulins Yzeure des pensions et de l’atelier de Gaspard.

Lettre de Gaspard.

Le froid au travail lui fait apprécier les envois de Claudia qu’il a complétés par un achat jugé dispendieux
Le départ pour Montluçon ne le concernera peut-être pas.
Il s’inquiète de savoir sa famille sans réserve de bois et suggère une solution.
Il rassure : l’allocation due à Claudia lui sera versée.

Moulins le 18 Novembre 15
Chères petites femme et fille
Je vous écrit deux mots pour vous dire que je suis toujours en bonne santée et je désire de tout cœur que vous en soyez de même.
Chère femme tu est inquiète si j’ai reçu ton colis bien sûr que je l’ai reçu et il ne m’a pas fait déplaisir car les soirs je suis bien content de quitter le veston que j’ai si tu voyais comme il est graisseux c’est rien de le dire
vous me dites sur votre lettre qu’il fait froid chez nous mais a Moulin il ne fait pas chaud je vous assure que hier j’ai bien eu froid j’ai travaillé toute la journée dehors après une locomotive je ne pouvais plus tenir mais en arrivant a Moulins je me suis acheté un maillot en coton et je vous assure que je m’en suis bien trouvé seulement c’est trop cher on me l’a fait payer huit francs mais tant pis je ne voulez pas me geler.
Chères petites hier et aujourd’hui l’on a renvoyer beaucoup d’ouvriers a leurs dépôts j’attend tous les jours de partir sois a Montluçon ou a mon dépôt mais ont ne sait rien d’avance ont le dit deux heures avant partir.
cependant j’ai bon espoir si l’on me fait rentrer je ne dois que rentrer au dépôt du 36e a Moulins et peut-être que je pourrez rester pour travailler dans les usines que nous montons* enfin d’ici 2 ou 3 jours je saurez bien quelque chose.
Chères petites amies une chose qui m’ennuie beaucoup c’est de vous savoir sans bois si vous faisiez abatre ce bois et dire a chez Potin** de vous en conduire ce ne serait-il qu’un char vous pourriez vous chauffer je voudrais trop avoir une permission pour voir ce qui se passe j’ai peur que vous restiez sans bois.
Maintenant chère femme ne te fais pas de mauvais sang pour l’allocation l’on ne peux pas te l’a suprimer tu peux être tranquille de cela car ce n’est pas le Gouvernement qui me paye l’on n’a pas droit de te l’a retirer tu n’a qu’a rien dire tu me dira si tu as fait bonne foire et ce que Monsieur Lebrou*** t’a raconté pour aujourd’hui je termine en vous embrassant mille fois bien fort votre bien dévoué mari et papa.
Morel Gaspard

Vous direz bien que j’ai mal écrit m’a lettre mais c’est que j’ai froid j’arrive du travail et il faut aller souper.

* L’atelier de chargement d’obus, à Yzeure.
** Chez Potin. Village de Lavoine où réside la famille Fradin.
*** Monsieur Lebrou. Dr Achille François Lebrou. Médecin du Mayet-de-Montagne.

Lettre des frères Claude Morel.

Ils sont toujours en poste à Soissons, sous le feu de l’artillerie ennemie. Huit jours de garde en première ligne la nuit, alternent avec huit jours de travaux un peu en retrait. Le brouillard et le froid accentuent la pénibilité.
L’espoir d’une fin prochaine des combats est toujours présent, l’aide de Dieu aidant.

J.M.O. du 298è Régiment d’Infanterie : 1er au 30 novembre Soissons

Le 23 Novembre 1915
Cher belles sœur et nies
Nous répondons a vôtre aimable lettre qui nous a fait un grand plaisir de savoir de vôt nouvelles et de toute la famille aussi nous aussi nous sommes toujours en bonne santé pour le moment et en désirent de grand ceur que notre lettre vous trouve toujours de même telle qu’il nous quitte
Cher belles sœur et nies je te fait çes deux môt de lettres et temp dans un petit poste a 100 mètres des bôches a 8 heure du soir et a minuit je vas prendre [ position ? ] a 20 mètres de maudit camarade et je vous assure qu’il y a du brouyare il ne fait pas chaut
maintenant on n’est 8 jour toutafait en première ligne comme je vous parle vous voiyez bien çon n’est pas loin on fait la moutier le jour et la moutier la nuit et les autres huit jours a 50 m plus loin a travaillier tout le temps et je vous assure surtout les matins qu’il ne fait pas chaud
bien souvent tellement çon na froid au pier et au main on ne peux même pas faire une lettre et c’est souvent que notre mancher n’est pas chaud je vous assure que nôtre situassion n’est pas bien agraible
enfin espérron donc que tout sa cepaceras çan même parvut que Dieu nous dône toujour le courrages et la santer comme il nous a toujour dôner çes tout ce çons demande la fin viendera petétre bien un jour
cher belles sœur et nies je suit aubliger de finir pour aujourd’hui çar je n’est pas le temp de vous en dire plus lon je vous envoie bien le bonjour et des milliers de bon baisser de tout nôtre ceur nous alons causser avec les bôches
le frère Claudie ce pansse toujour daler en permission dans la fin de décembre.

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Barricade près de Soissons.
"L’Illustration" 30 octobre 1915

Carte militaire d’André Barret* à Claudia et Célina

Brève missive pour signaler qu’au cours de sa permission, il a croisé à la gare de Moulins son beau-frère Gaspard et son frère Claude. Mobilisé au 13e régiment d’infanterie territorial, il est en situation paisible.

* Époux de Marie Morel, sœur des frères Morel. Père de trois enfants, d’abord exempté, il a été rappelé à l’activité et incorporé au 13e R.I. Territorial.

Le chtimiste : 13e régiment d’infanterie territoriale.
1915 : multiples services des troupes à l’arrière : gardes en tout genre, escortes de prisonniers ou de matériel, installation de terrain d’aviation.

le 24 novembre 1915,
Chère belle sceur et nièce j’ai fait un bon voyage je suis arrivait a 12 heur du soire dimanche j’ai vue mon baux frère* a moulin a mon passage et mon frère Claude* le trin nat pas eu darét nous nous somme parler tros juste
je pense de retourner vous voire aux mois de janvier je suis bien tranquil et bien nourri aurevoire cher belle sceur et nièce je vous envois tout ma meilleur amitiée qu’il règne dans mons cœur et des mille de bons béset
baux frère et oncle
vous marquerez ladresse de mon baux frère je ne me souviens plus pour lui écrire
André Barret

* Son beau-frère Gaspard Morel et Claude Barret, son frère. Classe 1894. Sabotier à La Chabanne. Incorporé depuis peu.

Lettre de Gaspard.

Il est rassuré de savoir que Claudia est approvisionnée en bois alors que le mauvais temps est là.
Il a retrouvé la personne influente à qui il doit son affectation civile. Sa polyvalence est reconnue et lui permet d’être maintenu à l’atelier avec son équipe de prisonniers allemands.
Il remercie Célina pour son envoi de savoureuses noisettes. Son équipement vestimentaire nécessiterait un complément.

Moulins le 24 Novembre 1915

Chère petite femme et chère fille

En arrivant du travail, je trouve votre aimable lettre du 22 courant qui me raconte bien des choses j’ai voulut vous faire réponse avant d’aller manger ce qui fait que vous l’aurez demain Jeudi.
Je suis très content que vous me dites que vous allez rentrer votre bois car voici quelques jours j’étais très inquiet car il doit y avoir de la neige a Lavoine
a Moulins il y en a pas mais il fait très froid il fait un vieux brouillard qui n’est pas chaud.
Cher petite amie voici trois quatres jours que Monsieur Charret* est a Moulin je lui ai parlé il est employé au bureau a coté d’où je travaille je le vois tous les jours mais nous n’avons pas eu le temp de bien causer il est réquisitionné lui aussi comme moi.
Chère femme et fille, je ne sait pas si je suis encore a Moulins pour longtemp car les travaux commencent a se tirer mais a moi il ne manque pas voici quelques temp je fait un peu de tout forgeron mécanicien serrurier j’aide a installer les chaudières vous savez bien que tout m’est bon eh mes chères petites tout sert dans la vie
il y a une grande partie des autres qui sont parties a Montluçon, je reste seul avec mes Boches et ils sont bien content de moi quoi qu’ils me font bien faire du mauvais sang ils me disent vous Mosieu pas parti Montluçon resté avec nous ya je vous dis il me casse la tête avec leur jargon.
Chères petites amies j’avais oublier de vous dire sur mon autre lettre que j’avais trouvé quelque chose de bon dans la petite boîte qui a fait le tour du front je vous assure qu’elles étaient bonnes vos noisettes, je ne les ai pas encore finit je vous en remercie bien je crois bien que c’est toi cher Célina qui m’a fait ce cadeau allons merci bien
pour le moment je termine ma lettre en vous embrassant mille fois bien fort et bien le bonjour aux parents et amis.
Chère femme le veston que j’ai acheté est déjà tous percé il faudrat peut-être bien que j’en achète un autre j’en aurai un vieux mauvais il ferait bien pour les chaussettes que tu m’a envoyé je ne peux pas les porter car j’ai même de la peine a rentrer mes souliers avec celles de coton

* Monsieur Charret. Ami et relation influente à qui il doit peut-être son poste.

Lettre de Gaspard à sa fille Célina.

Il lui fait part de son souci à l’égard de leurs difficultés matérielles. Son départ de Moulins devient incertain.
Il se réjouit de la reprise d’activité d’aubergiste de Claudia et souhaite avoir des nouvelles locales.

Le 25 / 11/ 15 Chère petite fille
Je réponds a ton aimable petite lettre qui m’a fait plaisir de voir que tu penses a moi ; moi de mon côté je pense souvent a vous surtout a la saison ou nous nous trouvons car je crains que quelque chose vous manque surtout le bois.
Chère petite fille le courant du mois prochain l’on va faire la paye et j’aurais peut-être bien un peu d’économie si vous aviez besoin, il faudrait me le dire et je vous enverrai ce que je pourrai car vous me rendiez trop malheureux si je savait qu’il vous manque quelque chose.
Allons m’a chérie tu me le diras a moi il ne me manque rien il n’y a que vous deux je ne suis pas trop a plaindre j’ai beaucoup de travail mais je peux le faire et maintenant j’ai la confiance ce qui me vaut beaucoup de choses je te direz que je suis a Moulins peut-être pour plus longtemp que je ne croyais
Ma chérie a Moulins il a fait un temps très froid ces jours derniers ce matin il tombé de la neige mais vers midi le temps s’est éclerci.
Je suis heureux aussi que vous avez beaucoup de pensionnaires comme ça le temps vous durera bien moins et cela vous fera quelques petits sous quand vous m’écrirez vous me direz si le grand-père et la grand-mère sont a a Ferrières* si le cousin mitron** a réussit a se faire réformer tu lui donnera bien le bonjour ainsi qu’a la Françine*** de m’a part ainsi qu’a madame Ternoire**** et aussi a toute tes petites pensionnaires.
Allons ma chérie soi bien sage et bien obéissante a la maman tu l’embrassera bien fort pour moi en attendant que je puisse avoir une petite permission je suis pour la vie ton petit papa qui t’aime et t’embrasse tendrement. Morel Gaspard

* Les parents de Gaspard séjournent à ce moment chez Maria, sœur de Gaspard.
** cousin mitron. Leur cousin, Antoine Lagnieu, boulanger de Lavoine, remobilisé après avoir été exempté pour maladie.
*** Françine. Épouse d’Antoine Lagnieu.
**** madame Ternoire. Madame Terrenoire, institutrice de Lavoine.

Lettre de Gaspard.

La mutation à Montluçon est confirmée. Une visite de Claudia et Célina est encore possible, Gaspard est prêt à prendre les frais en charge. Une rencontre avec quelques connaissances a été bien arrosée !

Moulins le 29 / 11/ 15

Chère femme et chère fille

Je vous écrit deux mots pour vous dire que je suis toujours en bonne santée pour le moment et je désire que m’a lettre vous trouve de même.
Chères petites amies vous me dites sur votre lettre que vous êtes décidées a venir me voir pour la Noël mes chéries je ne serait plus a Moulins a moins de cas contraire je dois partir pour Montluçon a la fin de la semaine j’avais demandé une journée de repos à Monsieur Boris dimanche et je croyais partir dimanche soir en prenant la journée de lundi Il n’y a pas eus moyen il m’a dit qu’il me donnerait une journée a la fin de la semaine avant de partir pour Montluçon.
Donc mes chéries comme c’est la foire à Ferrières jeudi et que vous voulez y aller partez de bon matin et faites vos commissions pour prendre le train au Mayet à 2 heures du soir vous serez a Moulins à 9 heures du soir je vous attendrez a la gare et je demanderai m’a journée pour vendredi cela fait que nous passerons la nuit de jeudi et la journée de dimanche dans le cas contraire écrivez moi de suite.
Mes chéries a Moulins il a fait un froid terrible hier dimanche et aujourd’hui. c’est le vent et ce n’est pas froid.
Allons mes chères petites femmes je suis très content que vous êtes décidées a venir me voir au moins vous verrez m’a situation mais je ne voudrez pas que l’argent vous fasse faute mais tanpis pour l’argent quand je partirai a Montluçon ont me réglera bien et j’aurais bien quelques sous de reste si vous en avez besoin je vous les enverrez.
En attendant votre réponse je termine en vous embrassant mille fois bien fort votre tout dévoué qui pense à vous et vous embrasse mille fois bien fort.
Morel Gaspard.

Je ne vous ait pas dit que j’avais bu un bon coup avec le frère de l’André* le rouge de l’Anglais (?) et le frère au Bourut (?) q’avait resté sur l’eau**.

* Claude Barret, frère d’André, son beau-frère.
** sur l’eau. Lieu-dit de Lavoine.

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