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Mort dans l’accident du bateau à vapeur sur le Rhône

vendredi 25 septembre 2026, par Michel Guironnet

« Quarante bateaux, mus par une force de 3,600 chevaux et représentant un tonnage de quatre mille tonnes, sillonnent aujourd’hui le Rhône de Lyon à la mer.
La descente s’opère en neuf heures de Lyon à Avignon, et dix heures et demie de Lyon à Arles, point extrême de la navigation fluviale qui se relie avec Marseille par un service d’autres bateaux capables de tenir la mer. La remonte se fait d’Arles à Lyon en 33 h. de marche, et Lyon voit ainsi chaque jour arriver sur ses quais quatre bateaux à vapeur portant chacun 100 tonnes.
Le prix du transport sur cette voie fluviale a diminué à mesure que s’augmentait l’accélération du service ; et on peut l’évaluer en moyenne, pour un parcours de 380 kilomètres, à 25 francs la tonne de Lyon à Marseille, et 40 francs pour la remonte de Marseille à Lyon. »
(Extrait du « Courrier de Lyon » du 17 avril 1845)
...Et les accidents sont inévitables !

Service de l’Aigle
"Le Censeur" N° 1760 du 26 juillet 1840

"En état de putréfaction complète..."

"Journal de Vienne" du 2 juin 1949

Le cadavre de Louis Brondel, « malheureux patron du bateau à vapeur l’Aigle N°5 », « a été trouvé lundi matin », donc le 28 mai, « près de La Petite Hôtesse ». C’est un quartier au bord du Rhône, au sud d’Avignon, avec ; à l’époque ; une gare de marchandises pour les bateaux. Cet endroit est à une cinquantaine de kilomètres au sud de Pont Saint Esprit où a eu lieu l’accident.

La Petite Hôtesse à Avignon

L’acte de décès de ce pauvre Rochelois se trouve dans les registres d’Avignon [1] :

Acte de décès Louis Brondel à Avignon

Le 28 mai 1849, « à neuf heures du matin », Benoit Revon, « patron sur le Rhône », 47 ans, « beau-frère du décédé », « domicilié aux Roches de Condrieu » est accompagné de « Pierre Joseph Escoffier, employé à la compagnie de l’Aigle des bateaux à vapeur », 39 ans, domicilié à Avignon.
Ils viennent à la mairie d’Avignon déclarer que Louis Brondel, « patron sur le Rhône », 52 ans, « né aux Roches de Condrieu (Isère)…fils de Pierre Brondel, aussi patron, et d’Anne Siaux, mariés, époux d’Etiennette Siaux, est décédé le dix-neuf courant et le corps trouvé ce jourd’hui au quartier de la Petite Hôtesse en cette ville, à quatre heures du matin.  » [2]

Rien d’anormal sur « l’état de putréfaction » du cadavre resté plus de huit jours dans l’eau. Cependant, il est étonnant que Benoit Revon soit déjà présent sur place, à Avignon, cinq heures après la découverte du corps de son « beau-frère » !

Benoit Revon, né le 1er frimaire an X (22 novembre 1801) aux Roches, est le fils de Louis Revon et de Louise Vincent. Il a épousé le 16 février 1822 aux Roches Françoise Chatain, fille du « patron » Louis Chatain et de Marie Combe, née aux Roches le 6 prairial an XI (26 mai 1803). Il meurt aux Roches le 23 août 1860. Comment peut-il être « beau-frère du décédé » ? Je n’ai pas trouvé de lien familial entre eux !
Toutefois, après quelques recherches sans issue, j’ai cette explication :
Benoit Revon est le père d’Anne Revon, mariée le 11 juin 1844 aux Roches avec François Brondel, le fils de Louis Brondel. Le jour du mariage, les deux pères signent l’acte. Le 28 mai 1849, à Avignon, Benoit Revon signe l’acte de décès de Louis Brondel. Les signatures sont identiques !
Benoit Revon n’est donc pas le « beau-frère » du décédé comme indiqué en 1849 mais, simplement, leurs enfants se sont mariés ensemble ! [3]

Que s’est-il passé le 19 mai 1849 à Pont Saint Esprit ?

« Courrier de la Drôme » du vendredi 25 mai

Selon le « Courrier de la Drôme » du vendredi 25 mai (ci-dessus), l’accident est arrivé « samedi dernier » donc le 19 mai.

Même chose pour la « Gazette de France » du lundi 28 mai qui donne un peu plus de détails :
« Un événement tragique a eu lieu au pont Saint-Esprit. Samedi dernier, l’Aigle n° 5 descendait le Rhône chargé de marchandises et de passagers, quand, par l’effet sans doute d’une fausse manœuvre ou l’effort irrésistible du courant, l’arrière du bateau vint heurter si violemment une des arches du pont, qu’une partie de la coque fut emportée. Entraîné par les eaux, privé d’une partie de sa pompe, le bateau alla heureusement échouer sur la rive.
M. Barbut, maire de la ville, aidé de la gendarmerie et suivi par une nombreuse population, se rendit aussitôt sur les lieux pour porter secours aux naufragés.
Les passagers en ont été quittés pour la peur ; mais on a à déplorer la mort d’un témoin qui a été jeté violemment dans le Rhône. Le restaurateur du bateau a fait des pertes considérables : ses dressoirs, ainsi que l’argenterie, ont disparu dans les flots. »

La seule victime est, d’après ce journal, « un témoin » et non le pilote du vapeur.

« Le Journal des Débats » du 27 mai publie une lettre « du Pont Saint Esprit, le 21 mai » dans laquelle il est écrit que l’accident s’est produit « avant-hier », donc le 19 mai. Pour une fois, tous les journaux sont d’accord et donnent la bonne date de l’accident !

"Journal des Débats" du 27 mai 1849

Les Brondel, une famille de mariniers

Les Brondel sont une famille de mariniers. D’abord "patrons sur le Rhône" avec la batellerie à chevaux, ils s’embauchent ensuite sur les bateaux à vapeur.

Louis Brondel, fils de Pierre Brondel, également « patron », et d’Anne Siaux, est né aux Roches de Condrieu le 4 germinal an V (2 mars 1797)
Le 17 décembre 1817, dans son village natal, il épouse Etiennette Siaux, née aux Roches le 7 germinal an V (27 mars 1797), fille « de défunt Louis Siaux [4], en son vivant patron (sur le Rhône) et de vivante Françoise Plasson [5] »

Signatures au bas de l’acte de mariage
Louis, comme Pierre son père, signent "Brondelle"

D’après l’article de journal, Louis Brondel était père de six enfants. En fait, huit enfants Brondel sont nés aux Roches. Pour toutes ces naissances, il est dit « patron sur le Rhône ». Il déclare lui-même en mairie ses deux premiers enfants. Les autres déclarations sont faites par la sage-femme [6].

Au décès de leur père, Pierre, l’aîné des enfants, a presque 31 ans. Pierre, le benjamin né en 1832 n’a que 17 ans. Trois de ses garçons ne sont plus « à charge » :

  • Pierre, l’aîné, « employé sur les bateaux à vapeur », est marié depuis le 11 juin 1842 aux Roches avec Marguerite Manin ; fille de Laurent Manin, armurier, « adjoint à la mairie », et de Marie Olagnon ; née aux Roches le 2 avril 1822.
  • François Brondel, né aux Roches le 18 février 1823, "patron" (sur le Rhône) se marie aux Roches le 11 juin 1844 avec Anne Revon, née aux Roches le 8 avril 1826, fille de Benoit Revon, « patron sur le Rhône » et Françoise Chatin [7].
  • Pierre, celui né le 6 mars 1826, « patron dans un des bateaux à vapeur sur le Rhône », s’est marié il y a juste un mois, le 28 avril 1849 avec Eulalie Celard, « brodeuse », née aux Roches le 24 août 1830, fille de Jean Celard, « tonnelier », et de Françoise Tranchand.
Pour les naissances aux Roches de ses enfants, François Brondel est dit « patron sur Rhône ». Mais pour la naissance de son fils Léon, le 25 août 1857, François est « cafetier ». Le couple Brondel Revon s’installe à Lyon entre fin 1857 et début 1867. François est maintenant « blanchisseur », « maitre de platte » c’est-à-dire propriétaire d’un « bateau à laver » amarré sur le Rhône, au 3 quai de la Charité.
Son frère Pierre, marié avec Eulalie Celard, part également pour Lyon vers 1860 avec son épouse et ses quatre enfants. Prénommé maintenant Louis, mais toujours "marinier", il change trois fois de résidence, entre Caluire et Lyon.
Dans les années 1885, les deux frères reviennent finir leurs jours aux Roches de Condrieu. Leur histoire mériterait d’être racontée.

Les trois autres garçons se marieront les années suivantes :

  • Mathieu né le 3 janvier 1830, "patron (sur le Rhône)" se marie avec Jeanne Brunet, "brodeuse", le 28 avril 1852 aux Roches.
  • Jean né le 11 janvier 1827, "marinier sur le Rhône" se marie à Valence le 26 juin 1854 avec Louise Combet, 19 ans, "repasseuse".
  • Pierre né le 7 mars 1832, "marinier" épouse Fleurie Jury, "couturière", le 18 février 1856 à Saint Prim.

[1] Acte N° 443 1 E 355 archives municipales d’Avignon (vue 222/655)

[2] La transcription de l’acte faite le 18 juin 1849 dans le registre des décès des Roches note par erreur : « décédé le dix du courant »

[3] Anne Revon meurt aux Roches le 18 novembre 1892. François Brondel décède aux Roches le 23 juin 1894.

[4] Louis Siaux ; fils de Jean Siaux, marinier, et de Marie Tavian ; est né le 2 novembre 1760 aux Roches, baptisé le lendemain à Condrieu, paroisse en titre des Roches. Marié le 22 juin 1784 à Condrieu, il meurt aux Roches le 6 octobre 1814.

[5] Françoise Plasson, fille de Mathieu Plasson et de Marie Paret, sera retrouvée morte noyée dans le Rhône, âgée de 66 ans, le 19 septembre 1835…à Pont Saint Esprit !

[6] Naissances des enfants Brondel : Pierre 5 septembre 1818 ; Anne 16 juillet 1820, morte à 21 mois le 17 avril 1822 ; François 18 février 1823 ; Pierre 6 mars 1826 ; Jean 11 janvier 1827 ; Mathieu 3 janvier 1830 ; Pierre 7 mars 1832 ; Louis 4 octobre 1834, mort à 10 ans le 2 septembre 1845

[7] La date de naissance d’Anne, le 23 octobre 1825, écrite dans leur acte de mariage est fausse ! C’est celle d’une autre Anne Revon.

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